In girum imus nocte et consumimur igni

In girum imus nocte et consumimur igni
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dimanche 30 décembre 2012

M. de Vlaminck - Route sous la neige

Le vide-grenier du dimanche. Deux œuvres du peintre, écrivain et ancien lutteur de foire français Maurice de Vlaminck (1876–1958), l’une des grandes figures du Fauvisme. Autodidacte et animé d’un tempérament rebelle, il défend très tôt une peinture instinctive, affranchie des conventions académiques. Ses premières œuvres, marquées par l’influence de Van Gogh et l’usage de couleurs pures et éclatantes, marquent son engagement dans le mouvement fauve aux côtés de Derain et Matisse.

M.V. - Nature morte aux oranges
(1907)


Mais dès les années 1910, sous l’influence de Cézanne, sa peinture évolue vers une palette plus sombre et une construction plus rigoureuse. Ses paysages, souvent dépouillés, traversés de ciels lourds et de routes désertes, prennent une intensité plus grave, parfois presque tourmentée. Passionné de littérature, Vlaminck laisse aussi des écrits à l’image de sa peinture : directs, violents, profondément anti-académiques.
Ce que je n'aurais pu faire dans la société qu'en jetant une bombe - ce qui m'aurait conduit à l'échafaud -, j'ai tenté de le réaliser dans la peinture en employant de pures couleurs sortant de leur tube. J'ai satisfait ainsi ma volonté de détruire, de désobéir, afin de recréer un monde sensible, vivant et libéré.

ML5

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dimanche 23 décembre 2012

Krass Clement - série For natten (2000)
Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés du danois Krass Clement (b.1946), documentariste de la mélancolie. Plus attentif aux atmosphères qu’aux événements eux-mêmes, il photographie en flâneur au sens où l'entendait Baudelaire, en parcourant la ville comme on traverse un état d’âme.
Fils d'un peintre et d'une pianiste il passe une grande partie de son enfance à Paris, où il découvre la photographie et travaille quelque temps en free-lance avant d’étudier le cinéma à la National Film School of Denmark de Copenhagen. Mais il revient rapidement à la photographie et publie en 1978 son premier livre, Shadows of the Moment.
K.C. - Vesterbrogade (1960s)

The street is a fantastic space wherein everything unfolds, everything is possible and everything is seen. In other words, the street reveals existence
Commence alors une œuvre documentaire considérable sur le Denmark et ses habitants, le plus souvent en noir et blanc, où reviennent sans cesse la solitude, l’attente, les visages perdus dans leurs pensées, les lumières de fin de jour.
All my books are formed by two things, partly the memory, partly the loss.
Krass Clement a également photographié Paris et l'Irlande. Ce travail donnera notamment naissance en 1991 à Drum, série devenue célèbre de photographies prises en une seule soirée dans un pub irlandais. Loin du spectaculaire, Clement trouve dans le quotidien une beauté discrète, sobre et profondément humaine.
DS3

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samedi 22 décembre 2012

Château de Cénevières (Lot),
Fresque au-dessus du cabinet d'alchimie
Une image et des mots. L'image c'est un détail de la fresque qui orne, au-dessus de l'athanor, le mur nord du cabinet d'alchimie du Château de Cénevières, dans le Lot.
Les mots sont de Clarice Lispector, extraits de sa Passion selon G.H.

"Depuis la Préhistoire, j'avais commencé ma marche à travers le désert, et sans étoile pour me guider, la perdition seule me guidant, l'égarement seul me guidant - jusqu'à ce que, presque terrassée par l'extase de la fatigue, illuminée par la passion, je trouve enfin l'écrin. Et dans cet écrin, étincelant de gloire, le secret caché.
Le secret le plus ancien du monde, opaque, mais m'aveuglant du rayonnement de son existence simple, y étincelant d'une gloire qui me faisait mal aux yeux. Dans l'écrin, le secret : un morceau de chose. Un morceau de fer, une antenne de cafard, le plâtre du mur. [.....] Le secret de la force était la force, le secret de l'amour était l'amour - et le joyau du monde est un morceau de chose opaque
."
PG4

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dimanche 16 décembre 2012

I. Morath - Bédouins, sud de Bagdad (1955)
Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés de la photojournaliste américaine Ingeborg Morath (1923-2002).
Née à Graz, elle étudie les langues et l’histoire de l’art à Berlin avant de travailler comme traductrice et journaliste, puis de se former à la photographie aux côtés d’Ernst Haas (voir oct.2011).
I.M. - Tinkers, Ireland (1954)

Elle parcourt ensuite le monde, du Proche-Orient à l’Amérique latine, et photographie les visages, les gestes, les lieux, en mêlant regard documentaire et attention poétique.
Mariée au dramaturge Arthur Miller, elle réalise également de nombreux portraits de ses proches, parmi lesquels Marilyn Monroe.
En 1953, Morath devient la première femme admise au sein de la prestigieuse agence Magnum, où elle débute comme assistante d'Henri Cartier-Bresson avant d'en devenir membre à part entière en 1955.
La photographie est un étrange phénomène; vous faites confiance à votre oeil et ne pouvez pas vous empêcher de mettre votre âme à nu. C'est essentiellement une affaire personnelle, une recherche de la vérité intérieure. Avec la photographie j'ai compris que je pouvais donner corps à une pensée.
ES1

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dimanche 9 décembre 2012

J. Grimshaw - Evening shadows (1881)
Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres de l'anglais John Atkinson Grimshaw (1836-1893), l’un des grands maîtres des atmosphères crépusculaires et des paysages urbains nocturnes de l’Angleterre victorienne.
Autodidacte, d'abord proche de l'esthétique préraphaélite, il commence dans les années 1860 par peindre des natures mortes avant de se tourner vers les paysages.
Il est ensuite sensible au travail du peintre français James Tissot, très apprécié dans la haute société victorienne, et qui fera probablement lui aussi l’objet d’une prochaine publication.
J.G. - Westminster Bridge (1880)

Si Grimshaw peint des paysages portuaires, des rues de Leeds, Liverpool ou Londres, ce n’est pas pour en documenter la réalité, mais pour en extraire une poésie diffuse ;  à mi-chemin entre réalisme et romantisme, il s’attache aux lumières artificielles, aux halos du gaz, aux brumes épaisses, pour construire un monde silencieux et presque irréel.
Il reste pour beaucoup le peintre des nuits claires, celui qui a fait dire à l'américain James Abbott Whistler : I considered myself the inventor of nocturnes, until I saw Grimmy's moonlit pictures.
AV1
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dimanche 2 décembre 2012

Adger Cowans - Untitled
Le vide-grenier du dimanche. Douceur rêveuse de la neige qui tombe - le silence de la ville, l'avez-vous connu si profond ?, écrit Carson McCullers dans "La ballade du café triste" (1951).
Voici deux clichés du peintre et photographe américain Adger Cowans (b.1936), l’une des figures importantes du groupe Kamoinge, collectif majeur de la photographie afro-américaine.
Formé à l’Ohio University, puis à la School of Motion Picture Arts, il commence sa carrière comme photographe de plateau pour la marine américaine, avant de s’installer à New York où il se tourne vers le photojournalisme.
A.C. - Footsteps (1960)

Proche de Gordon Parks, dont il partage la sensibilité humaniste, et nourri par l’influence des grands noms de la photographie moderne, Cowans développe une œuvre à la fois politique et poétique, qui mêle regard documentaire et recherche esthétique.
Pour moi, la responsabilité de l'artiste est de garder le temple (le corps et l'esprit) clair, propre et ouvert, en étant conscient et en surveillant ce qui y entre mentalement et physiquement. Quand il est ainsi réglé, les pulsions créatives peuvent être pleinement reçues et réfléchies au plus haut degré; là où la ligne, la forme, et la couleur définissent un espace que le spectateur peut sentir avec le coeur, explorer avec les yeux, et contempler avec l'esprit.

BH1

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samedi 1 décembre 2012

F. Bacon - Study for a running dog
(1954)
Une image et des mots. Il y a bien longtemps j'ai voulu lire Trilces, un recueil de poèmes du péruvien César Vallejo, tout simplement parce qu'une de mes connaissances avait choisi cette oeuvre pour sa thèse en linguistique et que son choix m'intriguait.
C'est un gros volume, et je devais revenir souvent sur des passages que je ne comprenais pas, mais je l'ai lu obstinément, avec peine et sans aucun plaisir, du premier au dernier vers.
De ces milliers de vers obscurs un seul m'est resté, que je n'ai jamais oublié et qui aujourd'hui encore me revient devant cette étude de Bacon.

"Un perro pasa royendo el hueso de otro perro que fue."
  Un chien passe, rongeant l'os d'un autre chien qui fut.
EB1
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dimanche 25 novembre 2012

John Koch - Morning (1971)
Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres de l'américain John Koch (1909-1978). Au début des années 1930, il part pour Paris, où il passe plusieurs années à étudier et copier les maîtres dans les musées de la capitale.
Influencé par la peinture européenne, il joue avec la lumière naturelle et des compositions très construites pour créer des scènes à la fois intimistes et légèrement théâtrales.
J.K. - The painter (1964)

Peignant souvent son propre appartement à Manhattan, Koch restitue avec finesse l’atmosphère feutrée de la bourgeoisie new-yorkaise du milieu du XXe siècle.
Il peint ses proches, des musiciens, des scènes de salon ou de simples moments du quotidien, dans un style classique attentif aux gestes, aux regards et à ces détails du quotidien qui disent l’intimité des êtres.
I am quite visibly a realist, occupied essentially with human beings, the environments they create, and their relationships.

AC1
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dimanche 18 novembre 2012

Bill Rauhauser - Kresge Court, Detroit (1970s)
Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés de Bill Rauhauser (b.1918), figure majeure de la photographie de rue américaine. Né à Detroit dans une famille d’origine allemande de Pennsylvanie, il se forme d’abord en ingénierie architecturale et travaille pendant plus de vingt ans dans le secteur industriel avant de se consacrer à la photographie.
Il achète son premier appareil en 1933, un Univex Model A commandé pour 39 cents. Mais c’est surtout une exposition consacrée à Henri Cartier-Bresson au MoMA, en 1947, qui marque un tournant décisif. 
Dans le livret de l’exposition, une phrase retient son attention : « Photography isn’t a hobby.
The art is in the seeing. ». Il dira plus tard que c’est à ce moment-là qu’il comprend que la photographie ne pouvait plus être un simple loisir.
B.R. - Three on a bench, Detroit
(1952)

À partir de là, il adopte le 35 mm et commence à photographier les rues de Detroit. Il s’attache à la vie de la ville au moment où celle-ci devient l’un des grands centres industriels des États-Unis, puis traverse des transformations urbaines et sociales profondes entre les années 1950 et 1970.
La reconnaissance arrive en 1955 lorsque l’un de ses clichés, Three on a bench, est sélectionné par Edward Steichen pour l’exposition The Family of Man au MoMA, vue par des millions de visiteurs dans le monde.
Cette reconnaissance l’amène progressivement à se consacrer davantage à la photographie et à l’enseignement. Pendant plus de trente ans, il enseigne au College for Creative Studies de Detroit, où il insiste sur une idée simple : « Recognizing significance is what counts. »
En 1964, il participe également à la création de la Group Four Gallery, l’un des premiers lieux dédiés à la photographie à Detroit.
Son travail de rue se développe dans la durée, au fil des décennies, avec une grande sobriété de moyens. Il photographie la ville sans mise en scène, au plus près des situations, attentif à ce qui se joue dans les interactions ordinaires et les scènes quotidiennes. Ses images, longtemps restées discrètes, constituent aujourd’hui un ensemble essentiel pour comprendre la mémoire visuelle de Detroit et les transformations de la ville au XXe siècle.
CY1

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samedi 17 novembre 2012

Sean Landers - Hourglass (2011)
Une image et des mots. Sous le titre Une bibliothèque idéale, Payot a réuni récemment dans sa collection Rivages une sélection d'articles rédigés par Hermann Hesse sur le monde du livre - le plus grand de tous les mondes que l'homme n'a pas reçu de la nature -, et l'art de la lecture. Qui s'adonne à la lecture comme on écoute un ami, écrit-il, verra les livres s'ouvrir à lui et devenir siens.
Mais la présence, sur ce tableau de l'américain Sean Landers (b.1962), d'un sablier - fragile symbole du temps qui passe -, parmi ces voix périssables de l'éternité que sont les livres, me fait évidemment penser à Borgès. Voici un extrait de la nouvelle La Bibliothèque de Babel, publiée en 1944 dans le recueil Fictions.

Je me retrouvai dans une galerie hexagonale dont les murs étaient cachés par des étagères de livres. Au centre de cette galerie, un puits permettait de voir, au dessus et en dessous, d'autres galeries hexagonales à perte de vue. Elles étaient reliées par des labyrinthes de couloirs et d'escaliers en colimaçons. Un vieillard, probablement un bibliothécaire, contemplait le puits. Je m'approchai.
- Qui êtes-vous et où sommes nous ?
- Je suis Jorge de Burgos et nous sommes dans une des galeries de la Bibliothèque de Babel.
- Comment fait-on pour sortir d'ici ?
- On ne peut sortir d'ici. Cette Bibliothèque est infinie, c'est l'Univers dans lequel les hommes naissent, vivent et meurent.
Je compris qu'il croyait en l'existence de l'infini actuel. En me montrant les miroirs jalonnant les galeries et multipliant les images, il ajouta :
- Ces miroirs qui multiplient les images rappellent que la Bibliothèque est infinie.
Je protestai.
- Ils créent l'illusion de l'infini, mais ce n'est pas l'infini. Puisqu'il y a des murs, la Bibliothèque est finie et on peut en sortir.
- Derrière ces étagères formant un hexagone, il y a d'autres étagères formant un autre hexagone, jusqu'à l'infini. Nous sommes au centre de la Bibliothèque. Dans un espace infini, on est toujours en son centre et les frontières sont inaccessibles. Chaque hexagone est contenu dans un autre hexagone., la Bibliothèque est infinie, c'est l'Univers.
JB1

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dimanche 11 novembre 2012

K. Matsubayashi - Lune d'automne
Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres du japonais Keigetsu Matsubayashi (1876-1963), formé par Noguchi Yukoku, le maître de la peinture nan-ga (peinture du Sud), un courant né au Japon à partir du XVIIIe siècle sous l’influence de la tradition lettrée chinoise des peintres érudits (wenrenhua). 

K. M. - Sans titre (nd)
Apparue à l’époque d’Edo (1603–1868), cette peinture était surtout pratiquée par des artistes amateurs, des intellectuels ou des poètes, qui privilégiaient une approche personnelle, libre et expressive, loin des normes académiques. Dans cette tradition, peindre n’est pas tant représenter le monde que s’y accorder, dans un geste où la pensée et le regard ne font qu’un.
« Je crois que je pourrais me tourner vers les animaux et vivre quelque temps parmi eux », écrivait Walt Whitman, ajoutant ailleurs : « Je crois qu'une feuille d'herbe est à la mesure du labeur des étoiles ».

JA1
ICI

dimanche 4 novembre 2012

J. F. - Miracle of cryofloration (2002)
Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres du catalan Joan Fontcuberta (b.1955). La première est extraite de sa série Miracles & Co, qui a fait grand bruit en Espagne. On y voit un prêtre orthodoxe (incarné par le photographe) marcher sur l'eau, ou bien en état de lévitation, ou bien encore ouvrant sa soutane sur une glorieuse poitrine féminine. Il s'agit, nous dit Fontcuberta 
d' "une référence critique à la foi religieuse, au fanatisme, à la superstition, au paranormal et à la crédulité."
J. F. - Braohypoda frustata
(1982)

Certes...., mais on a parfois l’impression que l’artiste force un peu le trait avec, comme on dit au rugby, des passes un peu trop téléphonées. Pour ma part je ne conserve de cette série, pour des raisons simplement esthétiques, que cette photo qui me plaît assez pour la présenter ici.
Pour sa beauté abstraite, mais aussi pour la réflexion à laquelle elle nous invite, j'aime bien davantage sa série Herbarium (1982-1985),
ci-contre, d'où est issue cette plante imaginaire.
Il s'agit – à la manière du splendide Formes originelles de l'art de Karl Blossfeldt – d'un catalogue pseudo-scientifique de fausses plantes exotiques reconstituées à partir de déchets végétaux, de débris industriels, et de restes animaux. Un travail sur le simulacre et la fiction qui questionne notre manière de regarder le monde, entre fascination, croyance et construction du réel.
Fontcuberta est également théoricien de la photographie et a publié en 2005, chez Actes Sud, un essai intéressant intitulé "Le baiser de Judas".
EC1

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samedi 3 novembre 2012

Une image et des mots. J'ai découvert par hasard ce petit film d'animation, ICI, qui bien sûr, et malgré une tonalité sans doute plus proche de Kafka que de Borges, évoque immédiatement les aberrations spatiales d'Escher.
À quelle connaissance de l'espace et de l'objet notre perception nous permet-elle d'accéder ? Nous savons que ces moines ne gravissent ni ne descendent cet escalier impossible, inspiré du triangle paradoxal de Penrose, mais peut-on le "voir" ? Peu importe ; c'est à l'infini et à l'idée de l'éternel retour qu'Escher nous confronte.

Escher - Ascending and descending
(lithographie 1960)
« Le temps peut-il être enclos dans le mouvement nécessaire d’une liaison logique? » s’interrogeait le philosophe mathématicien - et marxiste - Pierre Raymond ("La résistible fatalité de l'histoire",1982)

Pour aller plus loin dans la réflexion à laquelle invite le travail du graveur hollandais, un livre de Douglas Hofstadter ("Gödel, Escher, Bach", 1979) ICI.
Plus qu'une mise en relation des mathématiques, des arts, et de la musique, il s'agit ici d'étudier dans quels mécanismes neurologiques cachés la cognition trouve son origine.

Et, pour découvrir l'oeuvre d'Escher, c'est ICI.

Et si un jour ou une nuit, un démon se glissait furtivement dans ta plus solitaire solitude et te disait : ” Cette vie, telle que tu la vis et l’a vécue, il te faudra la vivre encore une fois et encore d’innombrables fois; et elle ne comportera rien de nouveau, au contraire, chaque douleur et chaque plaisir et chaque pensée et soupir et tout ce qu’il y a dans ta vie d’indiciblement petit et grand doit pour toi revenir, et tout suivant la même succession et le même enchaînement – et également cette araignée et ce clair de lune entre les arbres, et également cet instant et moi-même. Un éternel sablier de l’existence est sans cesse renversé, et toi avec lui, poussière des poussières !
Friedrich Nietzsche, Le Gai Savoir

"Nous reviendrons avec le cours des choses réversibles, avec la marche errante des saisons, avec les astres se mouvant sur leurs routes usuelles [...]
[...] et les signes qu'aux murs retrace l'ombre remuée des feuilles en tous lieux, nous les avions déjà tracés."
Saint-John Perse, Vents
MR1

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dimanche 28 octobre 2012

C.M. - American color 2 (2010)
Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés de Constantine Manos, déjà présenté ici en mai 2011. Connu d’abord pour son travail en noir et blanc, notamment son magnifique A Greek Portfolio, Manos se tourne à partir des années 1980 vers la photographie couleur. Avec American Color (1995), puis American Color 2 (2010), il photographie plages, parkings, défilés, vitrines, carnavals, foires populaires ou simples passants dans les rues américaines.

CM. - American colors 2
Couleurs violentes, enseignes, silhouettes isolées au milieu de la foule : Manos compose des images où l’humour, l’étrangeté et parfois une certaine mélancolie naissent du spectacle ordinaire de l’Amérique contemporaine.
Il ne cherche pas tant à raconter une histoire qu’à faire surgir des rapports inattendus entre les êtres, les couleurs et l’espace.
« Une photographie n’est pas forcément un mensonge, mais ce n’est pas non plus la vérité ».
Longtemps resté discret malgré son appartenance à Magnum, Constantine Manos est aujourd’hui considéré comme l’un des grands photographes américains de la seconde moitié du XXᵉ siècle, aussi à l’aise dans la rigueur du noir et blanc que dans l'exubérance de l'Amérique en couleur.
TD3

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dimanche 21 octobre 2012

Izaak Levitan - Brouillard d'automne (1899)

Le vide-grenier du dimanche. Deux œuvres d’Isaac Levitan (1860–1900), admirateur de Corot et ami de Tchekhov, figure majeure du paysage russe de la fin du XIXe siècle. 
Né en Lituanie dans une famille juive modeste, il étudie à l’École de peinture, de sculpture et d’architecture de Moscou auprès notamment de Vassili Polenov et d’Alekseï Savrassov.
I. L. - Automne (1896)

Très tôt frappé par de dures épreuves, notamment la perte prématurée de ses parents, Levitan peint toute sa courte vie des paysages empreints d’une discrète mélancolie. La nature n’y est plus simplement représentée ; comme chez son ami Tchekhov, elle semble partager nos états d’âme. Membre des Peredvizhniki – les Ambulants –, Isaac Levitan est l’une des grandes figures du mood landscape, ce "paysage d’humeur" dominé par la lumière et les variations du ciel.

GH2

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photo Seb soWat
Vu Richard Hawley, hier soir au Krakatoa à Bordeaux. 
Voici sa version de Lonesome town,  ICI
 
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samedi 20 octobre 2012

G. Doré - Le Paradis Perdu (1866)
Une image et des mots. Une illustration de Gustave Doré pour le Paradis perdu de Milton (1866), avec Satan qui le contemple, et quelques lignes d'Emil Cioran, extraites de son Précis de décomposition (1949).

Quand la conscience parviendra à surplomber tous nos secrets, quand de notre malheur sera évacué le dernier vestige de mystère, aurons-nous encore un reste de fièvre et d'exaltation pour contempler la ruine de l'existence et de la poésie?

BA1

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dimanche 14 octobre 2012

Ernest Pignon-Ernest - Rimbaud (1978)
Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres d'un précurseur de l'art urbain. Ernest Pignon-Ernest était avant-hier au Courtaud Institute à l'occasion d'une manifestation très justement intitulée : "Before Banksy : Ernest Pignon-Ernest".
Alors voilà, avant Banksy il y a Ernest Pignon-Ernest (b.1942), figure de l’art urbain en France, dont la démarche associe dessin, mémoire et engagement politique. Formé à l’École des beaux-arts de Nice, il développe dès les années 1960 une pratique in situ qui conjugue art plastique et conscience sociale.

E. P-E - Les expulsés (1977-1979)
Refusant les musées comme seuls lieux de légitimité artistique, il investit l’espace public avec des interventions éphémères - sérigraphies ou dessins grandeur nature, collés à même les murs -, toujours en résonance avec les lieux, les événements ou les blessures de l’Histoire.
" Mes oeuvres, ce ne sont pas mes dessins, c'est ce que provoquent mes dessins dans les lieux dans lesquels je travaille. Et dans cette réalité là, je viens glisser un élément de fiction. Cet élément de fiction c'est mon dessin. "

RG1
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dimanche 7 octobre 2012

S.S. -  East Harlem dinner

Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés de l'américain Steve Schapiro (b.1934), grande figure du photojournalisme des années 1960, qui a témoigné de certains des moments les plus marquants et les plus tendus de l’histoire américaine.
Élevé à Brooklyn, il découvre très tôt la photographie, fasciné par Henri Cartier-Bresson, avant de se former auprès de
W. Eugene Smith, dont le regard profondément humain le marquera durablement.
Comprenant que « tout art est un point de vue », Schapiro voit dans la photographie une manière d’agir sur le regard porté au monde. Mais il n’hésite jamais à donner une forme de beauté à la dure réalité – la beauté comme outil de compassion – pour rendre visible ce qui, autrement, resterait dans l’ombre.

S.S. - The worst (1965)
À partir de 1961, il travaille pour Life, Look, Time, Newsweek ou Rolling Stone. Il photographie Harlem, les travailleurs migrants de l’Arkansas, les hippies de Haight-Ashbury, les mouvements pour les droits civiques, les marches de Selma et de Washington, où il saisit Martin Luther King au plus près.
Dans les années 1970, alors que le photo-essai décline dans la presse américaine, il se tourne vers le cinéma et devient photographe de plateau sur des films devenus cultes comme The Godfather, Taxi Driver ou Midnight Cowboy.
Il photographie aussi David Bowie, Andy Warhol, Barbra Streisand ou Muhammad Ali.
Admirateur de Cartier-Bresson, Schapiro travaille dans la discrétion... Attendre, invisible, comme une mouche sur un mur, le moment d'émotion qui fait le bon cliché [....] l'image iconique qui révèle de façon honnête la personne et la situation. Ce regard "fly‑on‑the‑wall", discret mais jamais voyeuriste, donne à ses images une présence humaine très particulière.

NS2 ICI