In girum imus nocte et consumimur igni

In girum imus nocte et consumimur igni
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dimanche 26 novembre 2023

L.K. - Zugleich parallel verlaufend (1966)
La veillée du dimanche. Je suis rarement sensible à l’art abstrait, mais voici deux œuvres qui m’ont suffisamment séduit pour que je les publie ici, du peintre et graveur suisse Lenz Klotz (1925-2017), acteur important de l’abstraction européenne d’après-guerre. Son travail s’appuie sur des formes organiques, des lignes fluides et des couleurs douces, dans une recherche où la nature semble rester une source d’inspiration.

L.K. - Beinahe klassisch (1964)
À travers ces compositions, Klotz ne semble pas chercher à représenter le réel, mais plutôt à traduire un rythme, une énergie, ce qui circule davantage que ce qui se voit. « L’art abstrait, disait Mondrian, est un effort pour atteindre le pur et l’universel, pour exprimer une vérité fondamentale qui dépasse les apparences.» 
Chez Lenz Klotz, on dirait que cette recherche devient plus intime : comme une manière de saisir ce qui demeure, quand tout se défait.
 © Veilleur de Nuit – 2023

CW1

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samedi 25 novembre 2023

Isa Marcelli - série Impermanence
Une image et des mots. Un cliché de la photographe Isa Marcelli (b.1958), tiré de sa série "Impermanence", pour illustrer une démarche artistique qu'elle qualifie sur son site de quête pictorialiste assumée.
Les mots sont un extrait d'un poème en prose de Marc Quaghebeur, tiré du recueil Les carmes du Saulchoir (1993).

L'obscure fascination du monde est l'habitacle des visages, leur regret : celui des mères.
Comme nos mensonges, ils font tampon. Ils font la foule. Celle qui s'hystérise, pour oublier l'intensité tragique des regards qui la composent.
Ils sont pourtant la clef du monde.
On voit très rarement les visages. Sinon furtivement, parfois, entre les rythmes de l'amour. Ils irradient aussi des mots ou des traits forcenés des grands maîtres. À la manière d'un rappel. 
D'un manque. D'un écho.
JJ1

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dimanche 19 novembre 2023

Dirk Nijland - Nature morte
La veillée du dimanche. Deux œuvres du peintre et graphiste néerlandais Dirk Hidde Nijland (1881-1955). J’ai toujours beaucoup aimé les natures mortes, des maîtres flamands aux bodegones espagnols, et celle-ci m’a particulièrement plu : une vieille carte marine, une planche ancienne consacrée aux balises, quelques volumes au cuir fatigué, et la maquette d’un petit voilier traditionnel des côtes flamandes. Des objets usés par le temps où semble se raconter toute une histoire de voyages, de découvertes et de souvenirs.

D.N. - Het baken
Cette attention portée aux objets modestes et aux traces du temps n’est pas étrangère à l’ensemble de l’œuvre de Nijland. Son père, collectionneur passionné, lui fait découvrir très tôt les œuvres de George Breitner, Jan Toorop et Vincent van Gogh. Formé à la Rijksschool d’Amsterdam, puis à Rotterdam auprès d’A.H.R. van Maasdijk et J.D. Huibers, il commence par réaliser des natures mortes minutieuses d’objets ordinaires, à la plume, au pinceau ou à l’encre de Chine. À l’abri des soucis matériels, il voyage ensuite en Belgique et en France, où la découverte du pointillisme de Georges Seurat le marque profondément.
De retour au pays, vers 1905, Dirk Nijland se consacre à la peinture de ce qui l’entoure : les polders, les canaux, les petits ports, les figures humaines dans leur relation avec l’eau et la lumière... Une peinture de paysages modestes et d'atmosphères paisibles.
 © Veilleur de Nuit – 2023
NC14

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dimanche 12 novembre 2023

T.O'Shea - Border Roads (90s)
La veillée du dimanche. Deux clichés du photographe irlandais Tony O'Shea (b.1947), une figure importante de la photographie contemporaine en Irlande.
Après des études d’anglais et de philosophie à l’université de Dublin, il se tourne vers la photographie et collabore d’abord avec le magazine In Dublin, puis avec le Sunday Business Post, avant de poursuivre une carrière indépendante.
T.O'S. - Ways of the Cross (80s)

Son travail s’inscrit dans la tradition documentaire européenne, avec une attention particulière à la vie quotidienne des Irlandais. Ses images témoignent des réalités sociales de leur temps, mais elles racontent aussi des histoires singulières, où affleurent parfois la solitude, les tensions sociales ou ces moments où les attitudes se relâchent et laissent entrevoir quelque chose de plus intime. Je trouve cette photo, Border Roads, en ce sens magistrale.
 © Veilleur de Nuit – 2023

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dimanche 5 novembre 2023

S. Cerchi - Rendez-vous (2013)

La veillée du dimanche. Deux œuvres de l'italien Sergio Cerchi (b.1957). Né à Florence, où il vit et travaille, il a étudié à l’Istituto d’Arte di Porta Romana puis au Conservatoire Luigi Cherubini. Très tôt, il mène de front la musique et la peinture, deux pratiques qu’il considère comme indissociables et qui nourrissent son travail.
D’abord influencé par le cubisme, Cerchi évolue ensuite vers une forme plus personnelle, où figures et espaces semblent se déployer sur plusieurs plans à la fois. Il parle lui-même de « figures et géométries » : une manière de construire l'image où rien ne paraît définitivement stable.
S.C. - Note finale

Les surfaces se fragmentent, se superposent, les volumes se brouillent. En même temps, ses couleurs assourdies donnent à ses toiles une chaleur particulière, qui rappelle son admiration pour les maîtres italiens de la Renaissance.
Ce qui m'a intéressé dans son travail, c’est cette impression d’équilibre mouvant : les formes semblent se construire et se défaire à la fois.
On ne sait jamais très bien, en regardant ses tableaux, s’il nous montre une construction ou une déconstruction ; chaque fragment paraît vouloir assembler le réel autant qu’il le fragmente. Il y a là comme une hésitation qui semble nous rappeler que toute forme, comme toute réalité, se construit en se défaisant. Dis autrement, et sans connaître les intentions du peintre, je ressens devant ces deux œuvres une sorte d'étrange incertitude, comme si la peinture hésitait entre l’ordre et le désordre, entre la construction et son effacement.
 © Veilleur de Nuit – 2023
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samedi 4 novembre 2023

D.L. - Country road, County Clare, Ireland (1954)
Une image et des mots. L'image est de Dorothea Lange (voir mars 2013), et les mots pour l'accompagner sont de l'empereur philosophe Marc-Aurèle, extraits du Livre V de Pensées pour moi-même (c.180 ap. J.-C.)

Je marche dans les sentiers que me trace la nature, jusqu'à ce que je me repose en tombant, exhalant mon dernier souffle dans cet élément où je puise à chaque instant le souffle de ma vie, tombant sur cette terre d'où mon père a tiré le germe de mon être, d'où ma mère a tiré son sang, d'où ma nourrice a tiré son lait ; sur cette terre, dont moi-même, depuis tant d'années, je me nourris et m'abreuve chaque jour ; sur cette terre, qui me porte, quand je la parcours et que j'en abuse de tant de façons.
CK1

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