In girum imus nocte et consumimur igni

In girum imus nocte et consumimur igni
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dimanche 28 décembre 2025

L.S. - Manhole, Times Square, NY (1954)
La veillée du dimanche. Deux clichés du photographe américain Louis Stettner (1922-2016).
Né à Brooklyn en 1922, Louis Stettner découvre très jeune la photographie à travers les grandes revues du début du XXᵉ siècle, notamment Camera Work.
Cette découverte le convainc que la photographie peut être bien davantage qu'un simple usage domestique. Il commence alors à photographier sérieusement, encouragé par ses parents.
À New York, dans les années 1930 et 1940, il fréquente des photographes engagés comme Berenice Abbott, Lisette Model ou Weegee, et reçoit l’attention d'Alfred Stieglitz et de Paul Strand.

L.S. - On a ferry, Holland (1958)
Après la guerre, une série réalisée dans le métro new-yorkais attire l’œil de Sid Grossman et le conduit à la Photo League, où il rencontre Willy Ronis. C’est dans ce contexte qu’il découvre Paris, où il s’installe en 1947.
Entre New York et Paris, Stettner photographie la rue, le travail, les déplacements, sans chercher l’événement. Il reste fidèle au noir et blanc et à une pratique directe, attentive aux gestes et aux scènes ordinaires. Cette constance donne aujourd'hui à son œuvre une unité rare, faite de situations simples regardées avec humanité, sans distance ni commentaire.
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samedi 27 décembre 2025

Alan Maley - Untitled
Une image et des mots. L'illustrateur anglais Alan Maley (1931-1995) est une référence dans le monde du cinéma pour son travail sur les effets spéciaux, en particulier avec le procédé de la peinture sur cache ou matte painting.
Mais aujourd'hui, c'est sa peinture de la Belle Époque (ou de l'époque édouardienne selon qu'on se place du côté français ou du côté britannique) que je veux mettre à l'honneur.

Et pour aller avec, je pense à ces quelques mots de Jean-Michel Maulpoix, extraits de Pas sur la neige (2004) : Nous ne sommes que pas sur la neige, empreinte légère, fugace, brouillée souvent, mais brillante, puisque le poids de notre corps comprime en cristaux la précaire poudre de ce monde.
RM1

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dimanche 21 décembre 2025

M-E. Mark - Irish Travellers, Dublin
La veillée du dimanche. En cette période de joujoux par milliers, deux clichés de la photographe américaine Mary Ellen Mark (1940-2015). Formée à l’Université de Pennsylvanie, où elle étudie le photojournalisme et l’anthropologie visuelle, elle part très tôt en Inde avec une bourse Fulbright.
Ce voyage, puis plusieurs séjours dans les années qui suivent, marquent durablement sa façon d’aborder le documentaire : avec une attention patiente, presque obstinée, pour des existences fragiles, souvent laissées à l’écart.

M-E.M. - New York (1963)
Dans les années 1970 et 1980, elle s’impose aux États-Unis comme l’une des grandes figures de la photographie sociale. Elle travaille pour la presse, accompagne des réalisateurs au cinéma – Milos Forman, Coppola – tout en menant ses propres projets au long cours.
Ses séries les plus marquantes naissent souvent de ces immersions prolongées : les adolescentes sans abri de Seattle, les pensionnaires d’institutions psychiatriques, les cirques indiens, les familles en situation de précarité. On peut penser parfois à Diane Arbus pour la frontalité de certaines images, mais Mary Ellen Mark reste moins fascinée par l’étrangeté que par le lien humain, la relation qui se construit au fil du temps.
Son oeuvre éclaire des vies dont on détourne souvent les yeux.
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dimanche 14 décembre 2025

Stevan Dohanos - Marmont Hill
La veillée du dimanche. Deux œuvres de l'illustrateur américain Stevan Dohanos (1907-1994). Né dans l’Ohio de parents immigrés hongrois, Dohanos se forme à la Cleveland School of Art avant de mener une double carrière de peintre et d’illustrateur. Influencé par le réalisme américain, notamment par Grant Wood et Edward Hopper, il s’attache aux scènes ordinaires de la vie quotidienne.
À partir de 1942, il devient l’un des illustrateurs réguliers du Saturday Evening Post, pour lequel il réalise plus de cent vingt couvertures [ICI].
S.D. - Men working

Ces images, destinées à un large public, reposent sur une construction claire et une lecture immédiate. Dohanos y observe des situations ordinaires, souvent modestes, avec un sens très sûr du récit : un lieu, un objet, un geste suffisent chez lui à raconter une histoire.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, il réalise également des affiches de propagande, mais reste fidèle à son intérêt pour les scènes ordinaires et les objets familiers. L'œuvre de Stevan Dohanos, longtemps associée à l’illustration plus qu’aux beaux-arts, se lit aujourd’hui comme un témoignage précis de l’image que l’Amérique du milieu du XXᵉ siècle voulait donner d’elle-même.
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dimanche 7 décembre 2025

M.P - The Perry family; London (2012)
La veillée du dimanche. Deux oeuvres du photographe anglais Martin Parr (1952-2025), déjà présenté en mai 2020. Il nous a quittés hier, en laissant derrière lui une œuvre qui a profondément marqué la photographie documentaire anglaise et renouvelé notre manière de regarder.
Parr a su imposer la couleur dans un univers encore largement dominé par le noir et blanc, mais ce n’est pas seulement la couleur elle-même qui frappe dans ses photographies ; c’est la façon dont elle révèle le quotidien, les petites contradictions, les gestes triviaux.

M.P. - Liverpool, England (1984)
Vacances populaires, fêtes locales ou scènes de consommation banales, ses sujets peuvent paraître anecdotiques, mais ils deviennent sous son regard des révélateurs de nos habitudes et de nos comportements. Ses images nous donnent à voir de petits fragments de vie où l’on devine des histoires, des habitudes, des comportements parfois amusants, parfois incongrus... C’est ce que j’apprécie beaucoup chez lui, cet équilibre subtil entre l’ironie et la curiosité bienveillante, comme avec ce portrait « so British » des artistes contemporains Philippa et Grayson Perry avec leur fille Florence.
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samedi 6 décembre 2025

Phil Greenwood - Leaf fall (1979)

Une image et des mots. Une oeuvre du graveur et aquafortiste gallois Philip Greenwood (b.1943).
Et un poème de Nâzim Hikmet (1901-1963).

J'ai lu cinquante mille poèmes et romans
qui parlaient de la chute des feuilles en automne
j'ai vu cinquante mille films
sur la chute des feuilles en automne

j'ai vu cinquante mille fois tomber
les feuilles en automne
les feuilles qui tombent, qui traînent, qui
pourrissent sur le sol

cinquante mille fois j'ai entendu leur crissement sans vie
sous les semelles de mes souliers
entre mes paumes et au bout de mes doigts
et pourtant la chute des feuilles me serre toujours le cœur

surtout les feuilles qui tombent sur les boulevards
surtout s'il s'agit de feuilles de marronniers
surtout si des enfants passent par là
surtout s'il fait soleil

surtout si j'ai reçu ce jour-là une bonne nouvelle
me parlant d'amitié
surtout si mon cœur ne me fait pas trop mal
surtout si je crois que m'aime ma bien-aimée

surtout si ce jour-là je suis d'accord
avec les autres et avec moi-même
rencontrer la chute des feuilles en automne me serre le cœur
surtout celles qui tombent sur les boulevards
surtout s'il s'agit de feuilles de marronniers.

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dimanche 30 novembre 2025

L.M. - Navajo woman (1948)
La veillée du dimanche. Deux clichés du photographe américain d’origine manxo-britannique Leonard McCombe (1923-2015). Né sur l’île de Man, il commence à photographier dès l’âge de 16 ans. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il accompagne l’avance alliée en Europe pour le magazine Picture Post, avant de s’installer aux États-Unis en 1945, où il rejoint Life Magazine à l'âge de 22 ans.
Photographe de reportage, McCombe s’intéresse moins aux événements spectaculaires qu’aux moments ordinaires : la vie quotidienne, le travail, les visages, les gestes. Parmi ses travaux les plus connus figure Career Girl: Her Life and Problems (1948), consacré au quotidien d’une jeune diplômée new-yorkaise. Cette série me plaît beaucoup et j’y reviendrai sans doute, parce qu’elle me donne à voir, à travers le parcours d’une jeune femme, tout un visage de l’Amérique urbaine de l’après-guerre.

L.M. - Texas cowboy (1949)
Les deux clichés que j'ai choisis aujourd'hui montrent deux autres aspects de son travail. Le premier appartient à son reportage consacré à la Nation navajo, réalisé en 1948 dans l'Arizona.
Au sein d’une communauté confrontée à de profondes difficultés économiques et sociales, McCombe suit la vie quotidienne d’une famille.
Le second portrait montre Clarence Hailey Long, cow‑boy texan photographié peu après dans son ranch. Cette image inspirera plus tard à l'agence Leo Burnett le célèbre « Marlboro Man ». Mais avant de devenir une icône publicitaire, elle est d'abord le portrait d'un homme, photographié dans son quotidien, avec cette présence particulière que McCombe savait donner à ses sujets. C’est peut-être ce qui caractérise le mieux le travail de Leonard McCombe : photographier des individus et laisser apparaître, derrière chacun d’eux, une époque et une société.
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dimanche 23 novembre 2025

David Park - The bus (1954)
La veillée du dimanche. Deux œuvres du peintre américain David Park (1911-1960), figure fondatrice de l’École de San Francisco, mouvement qui marque le renouveau de la figuration dans l’Amérique des années 1950.
Né à Boston, Park s’installe très jeune en Californie, où il enseigne à la California School of Fine Arts. Avec Richard Diebenkorn et Elmer Bischoff, il s’éloigne peu à peu de l’abstraction dominante pour revenir à la figure humaine, à une époque où triomphait l’expressionnisme abstrait.
« Je voulais peindre des images que je connais et qui me tiennent à cœur. »
D.P. - Boston street scene (1954)

Ses tableaux, souvent peints de mémoire, montrent des scènes simples : des enfants qui jouent, des musiciens, des amis réunis, des baigneuses.
Les formes sont larges, les couleurs épaisses et chaudes : le rapport au monde semble direct, sans distance ni recherche d’effet. On y sent la présence du peintre – son attention à la lumière, à la matière, à la vie ordinaire.
C'est ce que j’aime dans ces œuvres – et que je retrouve aussi dans les tableaux de Dylan : cette tension entre la simplicité du sujet et la densité du geste.
Tout est proche et familier, mais la peinture dégage un grand sentiment de liberté. Dix ans plus tard, un autre vent de liberté soufflera sur la Californie ; mais chez Park, cette liberté est déjà là, inscrite dans la peinture même. « Toutes les formes d'art sont au service du plus grand de tous les arts : l'art de vivre », disait Brecht.
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samedi 22 novembre 2025

Anon. - Los Angeles (2016)

Une image et des mots. Un cliché anonyme pris à Los Angeles en 2016. Et pour aller avec, quelques vers d'Alfred de Vigny extraits des Destinées.

"Ne sens-tu pas le monde et tout le genre humain
Qui souffre avec ma chair et frémit dans ta main ?"
[.....]
S'il est vrai qu'au jardin sacré des Écritures,
Le Fils de l'homme ait dit ce qu'on voit rapporté ;
Muet, aveugle et sourd aux cris des créatures,
Si le Ciel nous laissa comme un monde avorté,
Le juste opposera le dédain à l'absence,
Et ne répondra plus que par un froid silence
Au silence éternel de la Divinité.

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dimanche 16 novembre 2025

Albert Rieger - Clair de lune

La veillée du dimanche. Deux œuvres du peintre et photographe autrichien Albert Rieger (1834-1905), formé à l'Académie des Beaux-Arts de Venise.

A.R. - Traversée au clair de lune
J'avoue qu'une partie significative de son œuvre me laisse assez indifférent, notamment ses vues de Venise ou ses représentations orientalistes. En revanche, je suis sensible à ses marines sur une mer du Nord souvent tourmentée, ainsi qu'à ses paysages alpins dont voici un bel exemple, avec ces deux scènes baignées de lune. C'est le genre d'illustrations qu'il m'aurait plu de trouver dans les romans d'aventures que je lisais adolescent.

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dimanche 9 novembre 2025

Peter Turnley
La veillée du dimanche. Deux clichés du photographe américain Peter Turnley (b.1955). Je l’ai découvert sur Facebook, où il partage régulièrement son travail, entre reportages sur l’actualité internationale et scènes de vie quotidienne à Paris, New York ou Cuba.

P.T. - La Tartine, Paris (2025)
Installé à Paris depuis 1978, il a couvert des conflits et des événements politiques et sociaux dans plus de quatre-vingts pays, tout en poursuivant des projets plus personnels, comme son journal visuel de la pandémie de Covid-19. Son dernier livre, Paris je t’aime – publié le mois dernier – compile cinquante ans de photographies de la capitale, qu’il connaît et aime profondément.
On y retrouve à la fois le regard du photographe de rue et celui du photojournaliste. « Je vois ce monde avec simplicité », disait un autre grand photographe – Saul Leiter –, « c'est une source de joie infinie. »
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dimanche 2 novembre 2025

W.S. - I do not understand (2017)
La veillée du dimanche. Deux œuvres du peintre belge Walter Swennen (1946-2025). Walter Swennen s’intéresse très tôt à la poésie, à la philosophie et aux expérimentations artistiques des années 1960, notamment le happening et les avant-gardes proches de la Beat Generation. Il participe alors à des actions collectives et publie des textes poétiques, avant de choisir, dans les années 1980, de se consacrer pleinement à la peinture.
Son œuvre mêle avec humour et une grande liberté mots, signes, fragments d’objets, références à la bande dessinée ou à l’histoire de l’art. Swennen joue constamment avec les frontières entre l’image et le langage, entre le sens et ce qui lui échappe.

W.S. - Bras d'honneur (2005)
Chez lui, le procédé plastique fait partie du sens ; la manière de peindre devient inséparable de ce que le tableau veut dire : « Le comment détermine le quoi », disait-il. Dans Bras d'honneur, il réduit le geste à sa plus simple expression : sans corps, sans visage, sans contexte, sans auteur, ce bras d’honneur devient le geste lui-même. Dans I don't understand – l’expression « je ne comprends pas » répétée dans plusieurs langues – les superpositions et les brouillages pourraient justement rendre le message incompréhensible. Le tableau nous fait presque éprouver ce qu’il dit. Mais nous comprenons.
Dans ces deux œuvres, il complique ou simplifie les moyens, mais le résultat est le même : le sens ne s’affaiblit pas, il semble au contraire s’en trouver renforcé. La forme ne se contente pas d’accompagner l’idée : elle en fait partie. J'aime beaucoup le travail de Walter Swennen.
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samedi 1 novembre 2025

Anon.
Une image et des mots. "Entre les forts et les faibles c’est la loi qui protège et la liberté qui opprime", disait Lacordaire. Pour aller avec ce cliché dont je ne connais pas l'auteur, voici quelques lignes de Hugo, extraites des Misérables (1862) :

Tant qu'il existera, par le fait des lois et des moeurs, une damnation sociale créant artificiellement, en pleine civilisation, des enfers, et compliquant d'une fatalité humaine la destinée qui est divine ; tant que les trois problèmes du siècle, la dégradation de l'homme par le prolétariat, la déchéance de la femme par la faim, l'atrophie de l'enfant par la nuit, ne seront pas résolus ; tant que, ,dans certaines régions, l'asphyxie sociale sera possible ; en d'autres termes, et à un point de vue plus étendu encore, tant qu'il y aura sur la terre ignorance et misère, des livres de la nature de celui-ci pourront ne pas être inutiles.
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dimanche 26 octobre 2025

M. D. - La Cuisinière (1893)
La veillée du dimanche. Deux œuvres de Maurice Denis (1870-1943). Peintre, graveur et théoricien, il fut l’un des acteurs majeurs du renouveau de la peinture française à la fin du XIXᵉ siècle. Né à Granville, il découvre sa vocation devant les oeuvres de Fra Angelico au Louvre :
la révélation d’un art où foi et beauté sont inséparables, une conviction qui guidera toute son œuvre. É100lève de l’École des beaux-arts et de l’Académie Julian, il fonde avec Vuillard, Roussel et Sérusier le groupe des Nabis, dont il devient le théoricien : « Se rappeler qu’un tableau, avant d’être un cheval de bataille ou une femme nue, est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées. »
Proche du symbolisme par son désir de dépasser la simple représentation du réel, il cherche, sous l’influence de Puvis de Chavannes et de Gauguin (« l’incontesté »), une peinture où une scène familière peut révéler une présence plus profonde, où le monde visible semble porter en lui autre chose que lui-même.

M.D. - La digue rouge à Loctudy
(1894)
Les figures féminines occupent une place centrale dans son œuvre et prennent souvent les traits de son épouse Marthe, musicienne, fervente chrétienne et modèle fidèle.
On la retrouve ici dans La Cuisinière. Peinte durant leur voyage de noces à Perros-Guirec, cette scène d'intérieur paraît d'abord d'une grande simplicité. Pourtant, derrière les gestes familiers de la vie domestique se révèle une autre lecture.
Au fond de la pièce, presque fondues dans la lumière de la fenêtre, apparaissent les silhouettes du Christ et de Marie de Béthanie. Marthe, absorbée par ses tâches ménagères, rejoint ainsi la Marthe de l'Évangile, mais Maurice Denis ne l'oppose pas à sa sœur : il donne à ce geste quotidien une dimension spirituelle, où la cuisine elle-même devient un lieu de grâce.
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samedi 25 octobre 2025

Anon.

Une image et des mots. Pour accompagner cette image anonyme, quelques vers de Roberto Juarroz, extraits de sa Treizième poésie verticale.

Aujourd'hui je n'ai rien fait.
Mais beaucoup de choses se sont faites en moi.
Des oiseaux qui n'existent pas
ont trouvé leur nid.
Des ombres qui peut-être existent
ont rencontré leur corps.
Des paroles qui existent
ont recouvré leur silence.

Ne rien faire
sauve parfois l'équilibre du monde,
en obtenant que quelque chose pèse
sur le plateau vide de la balance.
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dimanche 19 octobre 2025

John Mayer - Lost in time (2024)
La veillée du dimanche. Deux œuvres du peintre sud-africain John Meyer (b.1942). Figure importante du réalisme contemporain sud-africain, il s’est d’abord formé à Johannesburg avant de travailler dans la publicité, puis de se consacrer entièrement à la peinture. Il décrit aujourd’hui davantage son travail comme une forme de peinture narrative que comme un simple réalisme : ses œuvres, souvent regroupées en séries, racontent des histoires à travers des scènes soigneusement construites.
« L’histoire, le cinéma et l’art sont mes grandes passions… Je travaille seul, à la recherche des détails, de tout ce qui peut m’aider à comprendre mon sujet. »

J.M. - CG Hulle (2009)
Admirateur de Velázquez et de Degas, John Meyer associe la rigueur du dessin à une attention particulière aux attitudes, aux regards et aux instants saisis, une approche qui en effet n’est pas sans rappeler le langage du cinéma.
Cette exigence se sent dans ses toiles : rien n'est laissé au hasard, depuis la précision des détails jusqu’à la construction de la lumière.
Ses paysages et ses portraits, d'une précision presque photographique, sont pourtant imaginés ; ils ne cherchent pas à reproduire, mais à faire naître une histoire possible. Ses tableaux ressemblent pour moi à des souvenirs dont je n’aurais pas vécu l’histoire.
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dimanche 12 octobre 2025

F. S. - Fisher girl, North Yorkshire (1890s)
La veillée du dimanche. Deux clichés du photographe anglais Francis Meadow “Frank” Sutcliffe (1853–1941), f, qui a consacré l’essentiel de son œuvre à la ville côtière de Whitby, dans le Yorkshire, et à ses habitants. Issu d’une famille d’artistes, il découvre très jeune l’univers des images et de la lumière.
Après la mort de son père, il devient portraitiste, d’abord à Tunbridge Wells, puis s’installe définitivement à Whitby, où il réalise la majeure partie de son œuvre : une chronique visuelle de la vie quotidienne d’une ville maritime anglaise à la fin de l’époque victorienne.

F.M. Sutcliffe
Ses photographies de pêcheurs, d’enfants, de familles et de paysages du littoral sont aujourd’hui considérées comme un témoignage unique de cette époque.
Sutcliffe est resté fidèle à une ambition : montrer la dignité du monde ordinaire avec un sens aigu de la composition et de la lumière naturelle. Même lorsqu’il se disait contraint de "gagner sa vie avec les touristes", il trouvait dans les visages de ses voisins, dans les ruelles ou sur la plage, une beauté sans apprêt. Membre fondateur du Linked Ring Brotherhood, qui défendait la photographie comme art à part entière, Sutcliffe a également beaucoup écrit sur son métier et dirigé, jusqu’à sa mort, le musée de Whitby.
Ce que j’aime dans ses images, c’est leur humanité tranquille ; ses photos semblent respirer la mer, la lumière, et la vie.
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dimanche 5 octobre 2025

Ganjifa moghol
La veillée du dimanche. Les Ganjifas, ces cartes à jouer peintes à la main venues d’Inde, sont d’un jeu ancien originaire de Perse, qui a pris tout son essor en Inde à partir du XVIᵉ siècle, surtout sous les Moghols. Ces cartes ne sont pas simplement des cartes à jouer : elles sont peintes à la main, parfois sur des matériaux précieux : ivoire, écaille de tortue, bois, carton ou pâte de papier, selon le rang social et la fortune. Chaque jeu compte plusieurs enseignes (ou « suits »), numérotées de 1 à 10, plus deux cartes de cour : le roi (ou rajah) et le vizir/ministre. Dans les versions les plus élaborées comme le Dashavatara Ganjifa, on peut trouver 10 à 16 enseignes, avec des thèmes tirés de la mythologie, des avatars de Vishnou, des constellations...

Ganjifa moghol
La fabrication est méticuleuse. On prépare des supports (papier cartonné, bois ou même vieux saris), on peint à la main avec des pinceaux fins (parfois en poils d’animal), on utilise des pigments naturels (pierre broyée, insectes, feuilles, noirs de fumée), et souvent, on applique des couches de laque ou de vernis pour protéger et faire briller les couleurs. Avec le temps, le Ganjifa a décliné sous l’effet de la concurrence des cartes imprimées modernes, de la perte des artisans traditionnels, des nouveaux matériaux, voire du désintérêt pour les règles du jeu classique. Mais il connaît aujourd’hui un renouveau dans certaines régions comme Sawantwadi, Bishnupur, Odisha ou le Karnataka – non tant comme jeu populaire que comme objet d’art et de collection.
Ce que j’aime dans le Ganjifa, c’est qu’il résume en miniature ce que j’admire dans les arts traditionnels : le soin, le récit, la matière. Une carte de ce jeu, même délaissée comme outil, reste un petit tableau, un fragment d’histoire - mythe, astrologie, légende ou simple recherche de beauté.
Elle laisse deviner un monde ancien, où chaque image compte, chaque couleur, chaque trait.
Et je trouve ça émouvant : c’est un objet trivial – une carte à jouer – et en même temps empli de poésie. Triviales dans leur usage, mais précieuses par leur exécution, ces cartes rappellent combien, dans la culture indienne, le quotidien peut se mêler naturellement au spirituel et au merveilleux.
SR1

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samedi 4 octobre 2025

C.Ebbets - Lunch atop a skyscraper (1932)

Une image et des mots. Pour aller avec ce cliché célébrissime, attribué à Charles Ebbets, voici quelques mots de Roger Caillois, un extrait de L'incertitude qui vient des rêves (1956).

J'ai cédé à un souci personnel constant, presque exclusif, invincible [.....]. Je veux parler d'un attrait ininterrompu pour les forces d'instinct, de vertige, du goût d'en définir la nature, d'en démonter autant que possible la sorcellerie, d'en apprécier exactement les pouvoirs ; de la décision, enfin, de maintenir sur eux, contre eux, la primauté de l'intelligence, de la volonté, parce que, de ces facultés seules naît pour l'homme une chance de liberté et de création.

C.C. - All on a summer's day (1888) La veillée du dimanche. Deux œuvres du peintre anglais Charles Conder (1868-1909), qui fut, avec To...