In girum imus nocte et consumimur igni

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dimanche 31 mai 2015

R.B. - Col. William F. Cody (1889)

La veillée du dimanche. Au lendemain de la Journée internationale des droits des femmes, deux oeuvres de la peintre et sculptrice française Rosa Bonheur (1822-1899), dont le père, saint-simonien convaincu, était ami de Goya. À 14 ans, elle fait la connaissance de Nathalie Micas, de deux ans sa cadette, qui deviendra sa compagne et le restera jusqu'à sa disparition cinquante-trois ans plus tard. 
En vertu d'une ordonnance de 1800, elles obtiendront par dérogation une permission de travestissement les autorisant à porter le pantalon.
C'est son père, son seul professeur, qui lui fait découvrir le philosophe et théologien Félicité de La Mennais (qui soutient que les animaux ont une âme), et les romans champêtres de George Sand ; les animaux deviennent alors son sujet de prédilection.

R.B. - Labourage nivernais (1849)
À côté du portrait de Buffalo Bill, un des héros de mon enfance, j'ai choisi son magnifique Labourage nivernais, issu d'une commande d'État et qui, d'abord destiné au musée des Beaux-Arts de Lyon, est entré en raison de son immense succès au musée du Louvre ; il est aujourd'hui à Orsay.
En 1865, elle se voit remettre les insignes de chevalier dans l'ordre de la Légion d'honneur des mains de l'impératrice Eugénie, qui déclare : « Je suis tout heureuse d'être la marraine de la première femme artiste qui reçoive cette haute distinction. J'ai voulu que le dernier acte de ma régence fût consacré à montrer qu'à mes yeux le génie n'a pas de sexe.»

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dimanche 24 mai 2015

Raymond Depardon - La Gallia (2007)
La veillée du dimanche. Deux clichés de Raymond Depardon (b.1942), l'une des grandes figures du photojournalisme et de la photographie documentaire, créateur de Gamma en 1966 et membre de Magnum depuis 1979.
Le photographe de guerre réalise qu'il connaît mieux le Vietnam, le Tchad, le Liban, l'Afghanistan que les territoires ruraux de son propre pays. 
Alors pendant quatre ans, inspiré dans son projet par deux figures majeures de la photographie documentaire – les Américains Paul Strand et Walker Evans –, il va sillonner la France en camping-car, à la recherche du génie du lieu.

R.D. - Le Portel, Pas-de-Calais (2007)
Rien de pittoresque au sens touristique du terme, rien de spectaculaire ni de délibérément séduisant... 
Ce qu'il photographie, c'est la France des sous-préfectures, les façades modestes des petits commerces, les trottoirs déserts, des moments simples mais révélateurs de la condition humaine.
« J'ai eu envie de revenir au silence de la photographie. »
Des lieux vides où la présence humaine, le plus souvent invisible, est perçue en creux...  
« Les gens ont peur du vide. Alors que ce n'est pas du tout ennuyeux de voir une photo vide.
Je trouve que c'est une façon très forte de voir l'être humain. »
Cette présence invisible et ces espaces du quotidien vécu, il les photographie avec minutie... 
Pas à la sauvette, pas au Leica, facile à dégainer, mais avec la contrainte d'une prise de vue unique à la chambre 20 x 25 sur trépied, en travaillant soigneusement les cadrages et les couleurs. La France de Raymond Depardon est le titre d'une publication du Seuil en 2010 dans la collection Beaux-livres. C'en est un.
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samedi 23 mai 2015

Eugenia Loli - Yerba buena
Une image et des mots. Un collage de l'artiste grecque Eugenia Loli, de sa série Oh l'amour (2014).
Pour aller avec, quelques lignes d'Hannah Arendt, extraites de l'ouvrage Du mensonge à la violence.

Un des traits marquants de l'action humaine est qu'elle entreprend toujours du nouveau, ce qui ne signifie pas qu'elle puisse alors partir de rien, créer à partir du néant. On ne peut faire place à une action nouvelle qu'à partir du déplacement ou de la destruction de ce qui préexistait et de la modification de l'état de choses existant. 
Ces transformations ne sont possibles que du fait que nous possédons la faculté de nous écarter par la pensée de notre environnement et d'imaginer que les choses pourraient être différentes de ce qu'elles sont en réalité. Autrement dit, la négation délibérée de la réalité - la capacité de mentir -, et la possibilité de modifier les faits - celle d'agir - sont intimement liées ; elles procèdent l'une et l'autre de la même source : l'imagination.
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dimanche 17 mai 2015

Jan Saudek - Hungry for your touch (1971)
La veillée du dimanche. Deux clichés argentiques de l'artiste tchèque Jan Saudek (b.1935). Persécutés par les nazis, de nombreux membres de sa famille, dont sa mère, ont péri dans le camp de concentration de Theresienstadt ; seul son père, son frère jumeau Karel et lui-même en sont revenus.
Autodidacte, Saudek démarre sa carrière en suivant la tradition photographique tchèque, mais se distingue vite par une approche très personnelle.

J. Saudek - The letter (1975)

Ses premières œuvres, marquées par l’histoire tragique de son pays et par ses propres combats, parlent de sensualité, d’amour, de désir, de fragilité et du temps qui passe... On retrouve cette mélancolie dans ces deux images, et tout particulièrement dans celle-ci, que j’aime beaucoup, de son père qui s’écrit à lui-même au pays de la jeunesse.
« J’ai toujours cherché à photographier ce qui est à la fois humain et au-delà de l’humain... »
J'aime particulièrement ses premiers travaux : en noir et blanc, comme ici, ou colorisés comme sa photo d'un enfant assis sur une barrière et qui regarde passer un train, comme un symbole de la fuite de l'innocence et du temps : l'un de ses rares clichés en extérieur et qui fera peut-être l'objet d'une future publication.

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dimanche 10 mai 2015

H. Gude - Pêcheurs à la côte (1887)
La veillée du dimanche. Deux œuvres du peintre paysagiste norvégien Hans Fredrik Gude (1825-1903), figure majeure de l’école de Düsseldorf et du romantisme scandinave, déjà cité dans ce blog à propos de certains de ses nombreux élèves : Alfred Wahlberg (février 2015), Amaldus Nielsen (juin 2010), et bientôt Sophus Jacobsen, qui fera lui aussi l’objet d’une chronique.
Entré à l'École royale de dessin de Christiania – aujourd'hui Oslo – en 1838, Gude poursuit sa formation à l’Académie des beaux-arts de Düsseldorf.

H.G. - Au bord du Chiemsee (1871)
Il y travaille auprès de Johann Schirmer, dont il devient l’assistant, puis le professeur quelques années plus tard. En 1861, il quitte Düsseldorf pour prendre la direction de l’Académie des beaux-arts de Karlsruhe, où il enseigne jusqu’en 1901.
Avec Johan Dahl, Gude participe au mouvement du nationalisme romantique, qui accompagne l’affirmation de l’identité norvégienne. À une époque où le jeune pays cherche à se définir, ses paysages grandioses deviennent bien davantage que de simples décors : ils contribuent à construire une image de la Norvège. Gude fait ainsi du paysage norvégien un motif central de l’imaginaire romantique.
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dimanche 3 mai 2015

Zoe Leonard - série Analogue
La veillée du dimanche. Deux clichés de l’artiste américaine Zoe Leonard (b.1961), dont le travail mêle photographie, installation et art conceptuel.
Ces deux photographies font partie de la série Analogue, dans laquelle, de 1997 à 2007, Zoe Leonard nous donne à voir les petits commerces rudimentaires qui, à des milliers de kilomètres les uns des autres, prennent place dans le vaste système de la mondialisation.

Z.L. - série Analogue
À New York, à Jérusalem ou à Kampala, dans les buvettes de fortune à l’enseigne de multinationales, dans les ateliers de réparation et dans les friperies où s’entassent ferraille et ballots de vêtements devenus anonymes, ce sont les mêmes objets et les mêmes produits qui circulent : des pays pauvres qui les fabriquent vers les pays riches qui les consomment, puis des pays riches qui les jettent vers les pays pauvres qui les convoitent.
Mais ce que Zoe Leonard fait surgir avec ces clichés d’échoppes de fortune, c’est aussi un récit plus touchant où affleurent les vies de ceux qui les tiennent, leur travail quotidien et le soin qu’ils mettent à donner un peu de couleur et de dignité à ces lieux précaires. Derrière les marchandises anonymes, on devine ainsi des existences bien réelles, prises dans les mêmes circulations que les objets qu’elles vendent, réparent ou récupèrent.
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samedi 2 mai 2015

Maître de Bedford - La tour de Babel
Une image et des mots. Cette enluminure représentant la tour de Babel est l'oeuvre du Maître de Bedford, maître enlumineur anonyme français de la première moitié du 15e. siècle.
Les mots sont extraits de l'essai de Merritt Ruhlen, "L’origine des langues", publié en 1994 et sous-titré "Sur les traces de la langue mère". Merritt Ruhlen enseigne la linguistique à l’université Stanford, en Californie.

« [.....] Pour de nombreux savants de l’époque (le 19e.), la famille indo-européenne constituait la forme la plus évoluée du langage humain, et ils se représentaient les langues du reste du monde comme des stades plus primitifs du développement du langage. […..] Au cours du 20e. se développa une perspective totalement différente. L’étude approfondie des langues parlées sur toute la Terre convainquit les linguistes qu’il n’existait en fait nulle part de langues primitives.
Ils considèrent pratiquement tous l’ensemble des langues humaines existantes comme étant de complexité équivalente, bien qu’il n’existe à vrai dire pas de moyen de mesurer la complexité d’une langue.
Pendant la même période les biologistes parvinrent à la conclusion qu’il n’existait pas non plus
sur Terre de peuples primitifs. Tous les êtres humains font montre de capacités cognitives et langagières très semblables, cela dans l’espèce entière ; les différences entre langues ne sont pas liées à des différences de structure du cerveau, et il est bien connu que tout enfant humain est capable d’apprendre n’importe quelle langue
. »
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