In girum imus nocte et consumimur igni

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dimanche 31 janvier 2010


Al Capp - Lil' Abner
Le vide-grenier du dimanche. En ce jour de clôture du 37ème festival international de la bande dessinée d'Angoulême, une petite évocation nostalgique de deux des auteurs américains qui ont vraiment beaucoup compté pour moi.
D'abord Al Capp (1909-1979), le génial créateur de Lil'Abner.
Lil'Abner est le grand garçon un peu simple d'une famille de hillbillies, les Yokum, et l'objet très innocent de la convoitise de la belle Daisy Mae.

Gilbert Shelton
The Fabulous Freak Brothers





Les trois Freak Brothers en revanche, nés sous la plume du non moins génial Gilbert Shelton (b.1940), sont complètement immoraux. Ces héros de la culture underground ont pour seule préoccupation de se procurer de quoi fumer et d'échapper à la police.
SS1

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dimanche 24 janvier 2010

Vilhelm Hammershøi - Intérieurs
Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres de l'inclassable danois Vilhelm Hammershøi (1864-1916), admiré par Rilke et par Dreyer.
À l’occasion de son séjour à Paris pour l’Exposition universelle de 1889, il découvre les impressionnistes et l'art contemporain, sans que cela n’affecte réellement son œuvre, qui demeure résolument hors mode.
Hammershøi dos à la couleur. Dans cet article du 21 novembre 1997, publié dans Libération, le critique Hervé Gauville écrit : "Il y a, dans l'attitude de cet homme austère, une fermeture à ses contemporains qui contribue à l'écarter des débats de son époque." 

V.H. - Intérieurs
Le peintre apparaît ainsi à l’image de ses personnages : indifférent au monde qui l’entoure. Ils ne regardent personne, ni nous lorsqu’ils nous font face (portrait d’Ida Ilsted), ni ceux avec lesquels ils partagent l’espace (Trois jeunes femmes, 1895) ; leur regard est ailleurs.
Des oeuvres de cette superbe série Intérieurs (1900-1909), se dégage une atmosphère étrange, une forme de mélancolie apaisée. Un personnage féminin vêtu de sombre - immobile le plus souvent, de dos le plus souvent -, et comme perdu dans ses pensées ou occupé à quelque affaire silencieuse. 
Rien d'oppressant pourtant, car la lumière - âme invisible de la peinture, disait Kierkegaard, un autre danois -, est partout dans ces vastes pièces dépouillées ; et peu importe que l'ombre portée au pied des meubles nous désoriente parfois.
RE1

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samedi 23 janvier 2010

A.S. Anker
La petite éplucheuse de pommes de terre
(1886)

Une image et des mots. J'aime beaucoup la peinture d'Albert Samuel Anker, à qui il me faudra consacrer une publication.
Pour accompagner ce tableau, voici quelques lignes du grand Alexandre Vialatte.

Il est contraire à la décence, au sens commun, aux bonnes manières, à la syntaxe, à l'amitié que l'on a de toujours pour la grammaire, à la rapidité du style, à la clarté, au confort vocal et, d'une façon plus générale, à tout ce qui fait le plaisir d'être homme, d'employer le subjonctif à la suite d' "après que".
On ne dit pas "j'ai mangé du steak après que j'eusse mangé les frites", mais "après que j'eus" ; mieux encore : "quand j'eus"; mieux encore : "après avoir mangé les frites"; et mieux encore : "après les frites"; et si l'on veut être parfait, "avec les frites", tout simplement. C'est bien meilleur.
Alexandre Vialatte, Chroniques de La Montagne  (1962-1971)

BS1

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dimanche 17 janvier 2010

Fan Ho - Hong Kong (1950)
Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés du photographe et cinéaste chinois Fan Ho (b.1931), déjà présenté en mai 2009.
Photographe avant de se tourner vers le cinéma – d’abord comme acteur puis comme réalisateur à partir de la trentaine –, il s’est surtout attaché à documenter la vie urbaine de Hong Kong : bidonvilles, rues, marchés, coolies, colporteurs, enfants qui jouent...

Fan Ho - The trap
L'atmosphère particulière qui se dégage de ses photographies vient pour moi de ce mélange de spontanéité et de rigueur : à la fois un travail patient sur la géométrie, en particulier de ses arrière-plans, sur la lumière souvent mêlée de brume ou de fumées, et l'activité saisie au vol - propre à la street-photography -, des gens ordinaires qui vaquent à leurs occupations et à leurs jeux.
Le photographe américain Alex Webb (voir mars 2009) disait de son travail : « Fan Ho’s photographs are like poetry. They speak to the heart and the soul, and capture the beauty and essence of life in Hong Kong in a way that is both timeless and deeply moving. »
EG1
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dimanche 10 janvier 2010

Arateus de Leyde - Céphée
Le vide-grenier du dimanche. Deux des 35 magnifiques enluminures pleine page qui figurent dans l'Aratea de Leyde, manuscrit de la Renaissance carolingienne (VIIIe– IXe siècles) illustrant les "Phénomènes" du poète grec Aratos, consacré aux constellations.

Arateus de Leyde
Planisphère céleste
Il n’y a pas de lien direct, mais par association d’idées ces deux images me font penser à une phrase de Nietzsche dans Ainsi parlait Zarathoustra, que je n’ai jamais oubliée : :
"Il faut avoir un chaos en soi pour accoucher d'une étoile qui danse." 
On pense que ce codex est une commande de Louis le Pieux (778-840), fils de Charlemagne.



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dimanche 3 janvier 2010

W.E. Smith - Bob Dylan (c.1965)

Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés du photojournaliste américain William Eugene Smith (1918-1978). Correspondant de guerre dans le Pacifique pendant la Seconde guerre mondiale, fidèle à sa formule "sink into the picture", il est grièvement blessé au Japon en mai 45 et rapatrié aux États-Unis. 

W.E.S.
The walk into Paradise Garden
(1946)
C'est au cours de sa convalescence qu'il réalise ce portrait de ses enfants Patrick et Juanita , devenu célèbre mais refusé à l'époque par le magazine Life au motif que les protagonistes tournent le dos à l'objectif. Professionnel intransigeant, intraitable sur l'éthique de sa pratique comme sur celle de ses commanditaires, W.E. Smith démissionne de Life en 1954 après un désaccord profond sur l'usage de ses images et la modification de leurs légendes.
I am a passionate photographer ; passionate about life, love, and beauty... Life is precious and I savor it to the fullest, capturing its magical moments with my camera.
Son refus des compromis le conduit souvent à la précarité. À sa mort, à 60 ans, il laisse 11 tonnes d’archives et seulement 18 dollars sur son compte bancaire.
BD2

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samedi 2 janvier 2010

George Clausen - Winter work (1883)
Une image et des mots. C'est le travail de Jules Bastien-Lepage qui a mené Sir George Clausen (1852-1944) à la peinture réaliste de la vie rurale. 
Cette toile, intitulée "Winter work" (1883), nous montre une famille de paysans en train d'équeuter les rutabagas destinés à affourrager les moutons. La Tate Gallery, qui conserve ce tableau, nous explique que Clausen privilégiait l'emploi de couleurs sobres et sombres pour traduire la lumière maussade et le froid de l'hiver, et ainsi rendre compte de la dureté du travail aux champs. Cette vision dénuée de romantisme de la vie paysanne était le plus souvent rejetée par les organisateurs des expositions annuelles de la Royal Academy.
Les mots pour accompagner cette illustration seront d'abord ces quelques lignes extraites du passionnant ouvrage de Marcel Mazoyer et Laurence Roudart, Histoire des agricultures du monde, du néolithique à la crise contemporaine:

"Compte tenu du rôle que devront jouer toutes les agricultures du monde dans la construction d'un avenir vivable pour l'humanité, il est inquiétant de constater à quel point l'opinion et les esprits éclairés de ce temps sont éloignés des réalités agricoles, et à quel point même ceux qui sont en charge de l'agriculture méconnaissent toute la richesse de l'héritage agraire de l'humanité."
Déjà en 1897, dans un discours à la Chambre des députés, Jean Jaurès disait ceci: "Voici que sur son champ passent non plus des forces naturelles, mais des forces économiques, des forces sociales, des forces humaines. [.....] De récolte en récolte, son labeur restant le même, le prix de son blé fléchit presque constamment. [.....] Dans les grandes plaines de l'Inde, de la Russie, de l'Ouest américain, d'autres hommes travaillent, à moins de frais, et toute cette production, brusquement rapprochée par la vitesse des grands navires, pèse constamment sur lui. Voilà donc que les peuples et les continents lointains surgissent maintenant de la brume, comme de dures et massives réalités, et c'est peut-être de la quantité de blé ensemencé par un fermier de l'Ouest américain, du salaire distribué aux pauvres journaliers de l'Inde, et encore des lois de douanes, d'impôt et de monnaie promulguées dans toutes les parties du monde que dépendra le prix de son blé, le prix de son travail, sa liberté peut-être et sa prospérité
."

Et pour conclure, quelques mots de l'économiste John Maynard Keynes : "Le problème politique de l'humanité consiste à combiner trois choses: l'efficacité économique, la justice sociale, et la liberté politique." Élémentaire ...
SJ1

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