In girum imus nocte et consumimur igni

In girum imus nocte et consumimur igni
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samedi 30 mai 2026

Jürgen Nefzger - Serris, Marne-la-Vallée (2000)
Une image et des mots. Un cliché de Jürgen Nefzger extrait de sa série Aux  portes du royaume, réalisée entre 1997 et 2000 sur les zones pavillonnaires autour de Eurodisney. Le poème pour aller avec est d'André Dhôtel.

La rue aux cent maisons pareilles
s'ouvrait sur la campagne
que déjà les trottoirs annonçaient
pâquerettes et véroniques.

Partout la paix impénétrable
à cause des maisons simples
et des herbes abandonnées
qui réclamaient leur part de ciel.

Faut-il se demander
comment l'amour venait
du plus lointain du monde
nous apporter le rêve d'un temps
qui oubliait d'être le temps
pour rayonner dans l'espace
et rassembler les étincelles
de tout âge précipitées
en son infini diamant.
NS2

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dimanche 24 mai 2026

A.K. - Coping with modernism
La veillée du dimanche. Deux œuvres du peintre anglais Alan Kingsbury (b.1960). Il commence à peindre à l’huile dès l’âge de neuf ans, puis étudie la psychologie et l’histoire de l’art à l’université de Cardiff, avant de se spécialiser dans les maîtres anciens et la peinture européenne moderne. En 1983, un stage à la collection Peggy Guggenheim à Venise lui permet un contact quotidien avec les œuvres et l’architecture de la ville.
Il travaille ensuite chez Bonhams Fine Art comme catalogueur, avant de s’installer successivement en Italie, en Écosse puis en Cornouailles, où il développe une pratique centrée sur des motifs simples : paysages, intérieurs, objets et scènes du quotidien.

A.K.- John O' Groats
Ce qui m’a attiré chez ce peintre, c’est le sentiment d’étrangeté qui émane de ses compositions. Les personnages sont en mouvement, mais tout semble immobile autour d’eux – et peut-être en eux aussi.
À bicyclette ou à moto, ils traversent l’espace sans vraiment y appartenir. Leurs visages inexpressifs renforcent cette impression de présence détachée, comme si la scène se déroulait légèrement en dehors de la réalité.
NR1

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dimanche 17 mai 2026

E.C. - Riding the subway (1967)
La veillée du dimanche. Deux clichés du photographe sud-africain Ernest Cole (1940–1990), l’un des grands témoins photographiques de l’apartheid et de l’exil.
Né à Eersterust près de Pretoria, il grandit dans une Afrique du Sud profondément marquée par la ségrégation raciale. Très tôt, il comprend que la photographie peut être une manière de rendre visible ce que le système cherche à dissimuler. Il apprend le métier à Johannesburg, notamment auprès de photographes du magazine Drum, qui jouent un rôle essentiel dans l’émergence d’une photographie noire sud-africaine engagée.

E.C. - The true America
En 1967, il publie House of Bondage, livre clandestin qui documente sans détour les réalités de l’apartheid : pass laws, travail forcé, humiliations quotidiennes, espaces strictement séparés selon les catégories raciales. L’ouvrage est immédiatement interdit en Afrique du Sud. Cole s’exile alors aux États-Unis, où il poursuit son travail, mais dans des conditions de plus en plus difficiles, marqué par l’errance et la précarité.
Ses images ne cherchent ni l'effet ni la dramatisation : Elles montrent la mécanique ordinaire d’un système d’oppression : la fatigue des corps, les gestes contraints, les espaces saturés de contrôle invisible.
Ernest Cole meurt en exil en 1990, quelques années avant la fin de l’apartheid. Redécouvertes et réévaluées bien plus tard, ses archives ont confirmé la place essentielle d’une œuvre qui ne se contente pas de dénoncer un régime : elle montre comment celui-ci s’inscrivait dans les gestes les plus ordinaires de la vie quotidienne.
BE2

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dimanche 10 mai 2026

O. Redon - Cinq papillons (1912)

La veillée du dimanche. Deux œuvres du peintre et graveur français Odilon Redon (1840–1916), figure singulière du symbolisme.
Né à Bordeaux, il suit quelques études aux Beaux-Arts de la ville, mais se détourne rapidement d’un enseignement académique qu’il juge trop rigide.
Il se forme alors en grande partie seul, nourri par la découverte de l’estampe japonaise, les œuvres de Gustave Doré et de Gustave Moreau, mais aussi par la littérature, la philosophie et les sciences.

O.R. - La barque mystique (1890)
La rencontre du botaniste Armand Clavaud, dont il admire la pensée, l’amène à considérer la nature comme un monde mystérieux, traversé de forces invisibles. Plus tard, la lecture de Darwin comme son éducation religieuse viendront encore enrichir cette sensibilité. Dans son recueil autobiographique À soi-même, Redon écrit que Clavaud explorait « les confins du monde imperceptible ».
Ce sont sans doute ces mêmes territoires - faits de rêve, de silence et d’étrangeté - que Redon tente d’atteindre dans ses dessins, ses noirs, puis dans ses pastels colorés, toujours à la recherche de cet invisible qu’aucun mot ne saurait véritablement désigner.
BB2

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dimanche 3 mai 2026

L. Misonne - Dans la forêt (1941)
La veillée du dimanche. Deux clichés du photographe belge Léonard Misonne (1870-1943).
Ingénieur de formation – il étudie à l’université de Louvain sans jamais exercer – Misonne se tourne très tôt vers la photographie, après s’être intéressé à la musique et à la peinture. À partir du milieu des années 1890, il s’y consacre pleinement et rencontre rapidement un certain succès, exposant en Belgique puis à l’étranger. Il voyage en Suisse, en Allemagne, en France, mais reste fidèle à des motifs proches : paysages, vues urbaines, scènes prises en Belgique ou aux Pays-Bas.
L.M. - Auprès du moulin (1905)

On le rattache au pictorialisme, un mouvement qui cherche à rapprocher la photographie de la peinture et que certains de ses détracteurs surnommeront parfois « l’école du flou ». Misonne y occupe toutefois une place un peu particulière : il ne cherche pas à dissoudre le sujet, mais à le transformer par la lumière. « Le sujet n’est rien, la lumière est tout. »
Ses images sont traversées par les brumes, les pluies fines, les éclaircies après l’averse.
Les silhouettes y apparaissent légèrement voilées, comme retenues dans l’atmosphère. Grâce à différents procédés de tirage, il intervient sur la matière même de l’image, sans jamais chercher l’effet pour lui-même. Ce qui me plaît dans ses photographies, c’est sans doute cette retenue : tout semble légèrement éloigné, comme vu à travers une fine épaisseur d’air ou de mémoire.
SB1

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samedi 2 mai 2026

O.S. - Nature morte (2015)
Une image et des mots. " L’escargot est naturellement héroïque, disait Alexandre Vialatte, car il ne recule jamais. » Pourtant, pour accompagner ce détail d’une nature morte d’Olga Smirnova (Nature morte aux raisins et à l’escargot, 2015), j’ai préféré une figure bien moins flatteuse : celle imaginée par Hans-Christian Andersen dans son conte Le rosier et l’escargot.

Le jardin était entouré de noisetiers. Au milieu, fleurissait un rosier, et sous lui vivait un escargot.
— Attendez que mon temps arrive ! disait l’escargot. Je ferai des choses bien plus grandioses que de fleurir, ou donner des noisettes, ou donner du lait comme les vaches et les moutons.
— Quand les ferez-vous ? demanda le rosier.
— Je prends mon temps. Attendre est plus excitant.
[…]
Un an plus tard, l’escargot était toujours là. Le rosier, lui, avait produit des fleurs fraîches, emportées par le vent ou cueillies.
— Rien n’a changé, dit l’escargot. Toujours des roses. Vous n’évoluez pas.
— Je ne peux pas faire autrement. Je sens une force de la terre et du ciel. Alors je fleuris. C’est ma vie.
— Vous avez eu la vie facile, dit l’escargot. Moi, j’ai une pensée plus profonde. Le monde ne m’intéresse pas, je me suffis.
— Mais nous ne devrions pas donner le meilleur de nous-mêmes ? Moi, je donne mes roses. Et vous, que donnez-vous ?
— Je crache sur le monde ! Je n’ai besoin que de moi.
Et l’escargot rentra dans sa coquille et la referma.
— C’est triste, dit le rosier. J’ai vu une femme garder une rose dans son missel, une autre fut portée par une jeune fille. Un enfant en a embrassé une. Cela m’a rendu heureux. Voilà ma vie.
[…]
Les années passèrent. L’escargot et le rosier devinrent poussière. Mais de nouveaux rosiers fleurirent. Et de nouveaux escargots grandirent à leurs pieds.
Ils rentraient dans leur coquille… car le monde ne les concernait pas. Allons-nous relire cette histoire une nouvelle fois ? Elle ne sera pas différente.

Dans ce conte, Andersen oppose deux figures : l’escargot, replié sur lui-même, convaincu de sa supériorité et trop « profond » pour agir, et le rosier, modeste mais généreux, qui offre ses fleurs sans rien attendre. L’escargot devient la métaphore d’un individualisme stérile, qui refuse de se mêler au monde au nom d’un idéal jamais réalisé. À l’inverse, le rosier incarne la fécondité de ceux qui, sans se poser en donneurs de leçons, apportent de la beauté et de la joie au monde - parfois à leur insu. Le conte dénonce avec légèreté l’illusion d’un dépassement de soi - ou même tout simplement d'une importance de soi -, qui, à force de mépriser les choses simples, finit par ne rien produire.
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