In girum imus nocte et consumimur igni

In girum imus nocte et consumimur igni
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dimanche 26 décembre 2021

Charlotte J. Sternberg

Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres de l'illustratrice américaine Charlotte Joan Sternberg (1920-2003).
Diplômée en beaux-arts de l’université de Yale, elle y découvre la tempera à l'oeuf, technique qu’elle adoptera toute sa vie. Surtout connue pour ses scènes rurales de Nouvelle-Angleterre, Sternberg a peint inlassablement un monde de fermes, de villages enneigés et de paysages paisibles réalisés avec une grande minutie, et qui semblent appartenir à une Amérique d’avant les grandes transformations de la seconde moitié du XXᵉ siècle.
C.S. - Christmas

Sternberg a aussi travaillé comme illustratrice pour des calendriers, des cartes de vœux et de nombreuses images de Noël ; de celles qui ornent les boîtes de chocolats ou les beaux puzzles de chez Gibsons. Bien au-delà des galeries et des musées, ses œuvres ont ainsi accompagné le quotidien de milliers de foyers américains et contribué à façonner, dans la mémoire collective, l'image d'une Amérique rurale idéalisée.

TW6
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dimanche 19 décembre 2021

Chris Donovan - Church

Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés du photojournaliste et photographe documentaire canadien Chris Donovan (b.1996). Originaire de Saint John, au Nouveau-Brunswick, une ville façonnée par l'industrie, il consacre une grande partie de son travail à ceux qui vivent dans ces territoires où usines, raffineries et quartiers populaires sont intimement liés.

C.D. - The cloud factory (2019)
Ses projets au long cours, notamment The Cloud Factory, consacré à sa ville natale, montrent moins l'industrie elle-même que les vies qu'elle façonne : les maisons, les familles, les paysages, les traces visibles d'une histoire économique dont il est difficile de s'affranchir. 
Donovan photographie les lieux autant que les personnes.
Il ne cherche pas seulement à montrer la pauvreté ou la fragilité sociale ; il raconte aussi l'attachement à un territoire, les contradictions d'une communauté, cette manière qu'ont les hommes de continuer à vivre là où tout semble les pousser à partir. La « fabrique de nuages » de Chris Donovan désigne sans doute ces industries dont vivent les habitants, mais qui – en même temps – obscurcissent leur horizon.

JB5
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samedi 18 décembre 2021

Brueghel l'Ancien - La parabole des aveugles
(1568)
Une image et des mots. Un tableau de Pieter Brueghel l'Ancien, La parabole des aveugles (1568), conservé au Musée Capodimonte de Naples.
Ce tableau fait référence à la parabole du Christ adressée aux pharisiens : "Laissez-les : ce sont des aveugles qui conduisent des aveugles..." (Matthieu 15, 14).

Le texte, de Gilles Lapouge, est extrait de son essai Utopie et civilisations.

" L’histoire est une aventure abominable. Elle est boueuse, elle n’a pas de sens et elle massacre. Ses riches heures éblouissent, mais leurs guirlandes et leurs quinquets n’allument aucune fête ou bien c’est un carnaval de gisants. Et pourtant, les hommes ont inventé leur demeure. Ils sont sortis de la forêt et ils ont érigé des villes. Leurs monuments, leurs barrages, les usines et les ports, les routes, les châteaux et les bibliothèques, les musées ont ajouté aux géologies extravagantes de Dieu celles de leur décision.
Les cités étincellent sur l’espace pacifié des prairies. Une ceinture de lumière encercle la Terre.
Les savants ont dérobé à la nature ses secrets, ils énoncent le problème des astres et le chiffre de la matière, mais le mystère ne se défait que pour tracer d’autres arabesques. Tant de science et ces beaux frontons, ces auriges et ces capitaines, ces Parthénons et ces mégalopoles n’entament pas les splendeurs lisses du néant.
Sur la nuit de ses miroirs, les générations se succèdent, à tâtons, comme chancellent les aveugles de Jérôme Bosch."
OA1

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dimanche 12 décembre 2021

Ken van Sickle - Untitled

Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés du photographe et cinéaste américain Kenneth van Sickle (b.1932), témoin élégant des bohèmes parisienne et new yorkaise des années 50 et 60.
Né dans le New Jersey, Van Sickle se distingue par une approche minimaliste et poétique, qui capture l’essence de la vie urbaine à travers des scènes intimes et intemporelles.
K.S. - Colombus (1968)

À 23 ans, alors qu’il vit à Paris, il assiste à un concert de Chet Baker et, faute de pellicule, il ne prend que deux clichés : l'un est flou, l'autre deviendra l'une de ses images les plus connues.
« My pictures don’t depend on extreme sharpness. They depend on the composition, on the subject, and on the way I see it. »
Ses clichés parisiens portent quelque chose de l'esprit de la photographie humaniste française : une attention aux êtres, aux lieux et aux instants ordinaires. À New York, il poursuit cette même recherche, avec des scènes de rue où l'ombre, la lumière et la composition donnent aux moments les plus simples une présence particulière.

TD1

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dimanche 5 décembre 2021

A.M. - Route de Hollande (c.1880)
Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres du peintre néerlandais Anton Mauve (1838-1888), figure majeure de l'École de La Haye et l'un des premiers maîtres de Van Gogh, dont il était le cousin par alliance.
C'est lui qui initie le jeune artiste au travail en plein air et à l'observation directe de la nature. Van Gogh conservera longtemps l'empreinte de cette influence, notamment dans ses premières scènes rurales aux tonalités sombres et terreuses, allant jusqu'à lui dédier un tableau, Souvenir de Mauve.
Mauve est surtout connu pour ses paysages et ses scènes pastorales : troupeaux, bergers, fermes, plages désertes...
A.M. - Bateau de pêche (1882)

Des sujets modestes, peints avec une palette de gris, de bruns et de verts attentive aux variations de la lumière et des saisons. Héritier de Millet et de l'école de Barbizon, proche de Jozef Israëls, il appartient à cette génération de peintres néerlandais qui cherchèrent à représenter la vie rurale avec simplicité et gravité.
BF4

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samedi 4 décembre 2021

Brandon Holland - Wind (2017)

Une image et des mots. Un cliché du photographe américain Brandon Holland.
Les mots sont du romancier et philosophe britannique John Cowper Powys (1872-1963), l'auteur du magnifique roman Les sables de la mer (1934).

Le vent qui fait frissonner l'herbe à son gré va et vient. Certains sont nés pour accueillir son message, d'autres pour le refuser. Chez ceux qui sont nés pour l'accueillir, on perçoit un étrange détachement des consolations d'ici-bas.

AH1

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dimanche 28 novembre 2021

Speedy Graphito - Carte d'artiste
(2021)

Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres du graphiste Olivier Rizzo (b.1961), aka Speedy Graphito, déjà présenté ici le 28 février 2015, jour de la Saint Valentin. Formé à l'École Estienne à Paris, il apparaît dans les années 1980, cette période où la Figuration libre – avec Robert Combas en France, Keith Haring et Jean-Michel Basquiat aux États-Unis – et les premiers développements du Street Art bouleversent les frontières entre culture populaire et art contemporain.

Speedy Graphito
Délaissant ses diablotins emblématiques, Dédé le démon, ou son personnage fétiche Lapinture, Speedy Graphito rend aujourd'hui hommage à ses propres références – Van Gogh, Mondrian ou, comme ici, Hokusai – en revisitant leurs œuvres.
« La constante, c'est le détournement ». Et pour en savoir plus sur lui et sur son oeuvre, c'est ICI.

MO2
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samedi 27 novembre 2021

a/u
Une image et des mots. Montaigne, qui a vécu à une époque de grandes découvertes, était lui-même un grand voyageur qui a sillonné l'Europe. 
Il voulait, disait-il, frotter sa cervelle contre celle d'autrui, et c'est à lui que l'on attribue l'adage bien connu selon lequel les voyages forment la jeunesse.

Dans sa Vie des philosophes illustres, Diogène Laërce évoque Anacharsis, "voyageur sauvage poli par les moeurs étrangères", qui se serait "défait" de sa barbarie en fréquentant les Athéniens. 
Du philosophe Scythe, issu d'un peuple de cavaliers nomades qui dominait les steppes eurasiennes entre le VIIe siècle av. J.-C. et la fin de l'Antiquité, il rapporte ces paroles :
Moi je suis venu au pays des Grecs pour être instruit de leurs coutumes et de leurs pratiques. L'or, je n'en ai aucun besoin ; il me suffit de retourner chez les Scythes en homme meilleur.

Quant à Goethe, il nous dit : Veux-tu vivre heureux? Voyage avec deux sacs, l'un pour donner, l'autre pour recevoir.

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dimanche 21 novembre 2021

Eugenia Loli - The other side
Le vide-grenier du dimanche. Je me rends compte que je n’ai, curieusement, encore jamais accordé ici de place au collage, une forme d’expression que j’aime pourtant depuis longtemps – depuis que je l’ai découverte, adolescent, avec Jacques Prévert.
En voici donc deux, signés de l’artiste grecque Eugenia Loli (b.1973), déjà présentée ici en mai 2015 et en mars 2016.
Ancienne professionnelle de l’industrie technologique installée en Californie, Eugenia Loli s’est tournée vers le collage, où elle s’est rapidement fait connaître par ses compositions surréalistes et rétro-futuristes.

E.L. - Let me get that for you
À partir d’images trouvées dans des magazines, des livres anciens ou des photographies d’archives – visages souriants des années 1950, décors de science-fiction, fragments de culture populaire – elle crée des associations inattendues où le familier bascule doucement vers l’étrange. Ses collages ne racontent pas vraiment des histoires ; ils ouvrent plutôt des espaces où le rêve, l’humour et l’absurde viennent déplacer notre regard sur des images que nous croyions connaître.
Le premier collage appartient à la série Reportaz, le second à Oh, l’amour !
Eugenia Loli cite parmi ses influences Julien Pacaud ICI et Kieron Cropper ICI ; et pour découvrir son travail à elle, c'est ICI.
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dimanche 14 novembre 2021

René Maltête - La majorité

Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés du photographe français René Maltête (1930-2000).
Né à Lamballe en Bretagne, il découvre la photographie dès l’adolescence, mais c’est à Paris qu’il trouve sa voie, d’abord comme assistant dans le cinéma auprès de Jacques Tati et de Claude Barma, avant de se tourner définitivement vers l’image fixe.

R.M. - Le pompiste
Il commence à photographier sérieusement (si on peut dire) à partir des années 1950, avec un style bien à lui : des scènes ordinaires traversées par un détail inattendu, un décalage.
Rien de spectaculaire, il capte juste avec finesse l’humour discret des situations humaines. René Maltête regarde le monde avec malice ; il suffit d'un léger décalage pour en révéler l'incongru.
« Il est important de masser le cœur du monde, son épiderme est en défloraison. »
En 1960 paraît Paris des rues et des chansons, où ses photographies dialoguent avec des textes de Jacques Prévert, Boris Vian, Georges Brassens, Charles Trenet ou Pierre Mac Orlan. Un compagnonnage qui lui ressemble.
DG7

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dimanche 7 novembre 2021

T.B. Kennington - Orphans (1885)
Le vide-grenier du dimanche. Deux œuvres de l'Anglais Thomas Benjamin Kennington (1856-1916), dont la peinture témoigne de l'Angleterre victorienne et de ses profondes inégalités sociales. Né à Grimsby dans le Lincolnshire, formé en Angleterre puis à Paris, notamment dans l'atelier de William Bouguereau, il met sa maîtrise académique au service de sujets que la grande peinture abordait rarement : les enfants abandonnés, les sans-abri, les ouvriers, les plus pauvres.
T.B.K. - Homeless (1890)

Les deux tableaux présentés ici, Orphans et Homeless, en sont des exemples particulièrement représentatifs. Homeless en particulier, où une femme protège son enfant dans le froid de la rue, est devenu l'une des images les plus emblématiques de cette peinture sociale anglaise. Mais ses tableaux ne cherchent pas le misérabilisme. Ils donnent à leurs personnages une présence, une dignité, qui expliquent sans doute pourquoi ils continuent de nous toucher aujourd'hui.

KA2
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samedi 6 novembre 2021

Gérard Exupéry - Leave

Une image et des mots. Je ne me souviens pas avoir déjà rêvé que j'étais en train de lire. 
Ça m'est donc arrivé pour la première fois une nuit de la semaine dernière et dans mon rêve je lisais un texte de Stevenson - qui, si j'écrivais moi-même serait un de mes modèles -, en revenant sans cesse sur les deux mêmes phrases : 
"Le dehors guérit" et "Là où je reste je ne suis pas chez moi". La première est bien de lui, mais la seconde sort de nulle part... 
C'est en voyant cette photo de Gérard Exupéry – déjà présenté ici en septembre 2011 – que ce rêve m'est revenu. Et pour aller avec, voici quelques lignes extraites d'une nouvelle de Jack London (qui, si j'écrivais moi-même etc... etc...), La piste des soleils (1905).

« ... et dès ce jour-là j'acquis une grande sagesse. Une grande lumière se fit et je vis clair, et je compris que ce n'était pas pour l'argent qu'un homme doit vivre mais pour un bonheur qu'aucun homme ne peut donner, ni acheter, ni vendre, et qui est au-delà de la valeur de tout l'or du monde. »

LB1

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dimanche 31 octobre 2021

Patrice Cudennec- Sans titre
Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres de l'artiste breton Patrice Cudennec (b.1952), peintre, sculpteur et céramiste, découvert ces jours-ci dans sa galerie de Pont-Aven, la cité des peintres.
Autodidacte profondément attaché à la Bretagne, il puise depuis toujours son inspiration dans la mer, les femmes, les pêcheurs et les paysages de son pays. Parallèlement à son travail de peintre, il a fondé la Faïencerie d'Art Breton à Quimper.

P. Cudennec - Sans titre
De ses visages, souvent légèrement penchés sur l’épaule, se dégage une même impression de douceur mystique.
Cette inclinaison, à la fois intime et recueillie, ouvre un espace de silence et de contemplation, comme si les figures se fondaient dans une paix intérieure. Période rose et période bleue, comme chez Picasso ?
Qui sait...,, encore que, chez Cudennec, le passage de l’une à l’autre ne doit rien à la mélancolie... Ou peut-être apaisée...
PJ1

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dimanche 24 octobre 2021

R.O. - Man in the rain, Manhattan, NY
(1952)
Le vide grenier du dimanche. Deux clichés de la photographe américaine Ruth Orkin (1921-1985), dont j’avais déjà présenté ici, en août 2010, son image la plus célèbre : An American Girl in Italy. Née à Boston et élevée à Los Angeles, elle s'installe très jeune à New York où elle mène une carrière de photographe indépendante pour Life, Look ou The New York Times.

R.O. - The card players (1955)
Ses photos racontent la vie urbaine, les gestes ordinaires, les hasards du quotidien : des scènes saisies sur le vif, pleines de mouvement et d’humanité.
« My mother said that when I was young I was constantly saying 'Look at this – Look at that'.
I think that taking pictures must be my way of asking people to 'Look at this – Look at that'..
If my photographs make the viewer feel what I did when I first took them – 'Isn't this funny... terrible... moving... beautiful?' – then I've accomplished my purpose. »

PG7

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samedi 23 octobre 2021

Karen Woods - Streetscape
Une image et des mots. L'image c'est un tableau de l'américaine Karen Woods (b.1963).
Les mots, quelques lignes de Thoreau extraites de Walden (1854).

Au milieu d'une douce pluie, [....], je me rendis compte soudain d'une compagnie si plaisante et si bienfaisante dans la nature, dans le bruit régulier des gouttes qui tombaient, régulières, dans tous les sons et les spectacles qui entouraient ma maison, une affection bienveillante, infinie et inexplicable tout à coup... [....]
On me dit souvent : "Il me semble que vous devez vous sentir bien seul, là-bas, et que vous aimeriez être près de quelqu'un, surtout par temps de pluie et de neige, la nuit". J'ai envie de leur répondre : Toute cette terre où nous vivons n'est qu'un point dans l'espace.
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dimanche 17 octobre 2021

H. Silvester - Untitled (1950s)
Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés du photographe allemand Hans W. Silvester (né en 1938).
Tout commence à l'adolescence avec un appareil photo offert par ses parents. À la fin de ses études, il part sur les routes d'Europe et découvre la Camargue, dont il photographie les paysages, les chevaux et les traditions. Son premier livre, Camargue (1960), accompagné d'un texte de Jean Giono, le révèle au grand public.

H.S. - Sur la route, Tsiganes et Gitans
Au fil des décennies, Hans Silvester élargit son regard au monde entier. Des villages de Provence aux peuples de la vallée de l'Omo, il photographie des hommes et des femmes dont la vie reste étroitement liée à la nature.
À partir des années 1980, son travail prend une dimension plus militante. Les mêmes paysages qu'il célébrait deviennent aussi des paysages menacés : déforestation, pollutions, disparition des milieux naturels...  Il photographie les parcs naturels d’Europe, documente la déforestation en Amazonie, les ravages écologiques en Amérique du Nord ou la pollution des rivières – comme dans La rivière assassinée, reportage sur le Calavon, en Haute-Provence.
Chez Hans Silvester, la photographie ne se contente plus de montrer la beauté du monde ; elle cherche aussi à rappeler combien elle est fragile.

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dimanche 10 octobre 2021

F. McCubbin - The letter (1884)

Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres du peintre australien Frederick McCubbin (1855-1917), un des cofondateurs de la Heidelberg School (voir sept. 2016), - qu’on appelle aussi l’impressionnisme australien.
Le courrier, missive officielle ou billet doux, est un motif récurrent dans l'histoire de la peinture.
Forcément illisible pour le spectateur – ou le "regardeur" comme disait Marcel Duchamp –, la lettre consacre l'intime ; elle est un élément empli de mystère dont le sens, le contenu, restent à deviner dans l'attitude de celui ou celle qui en prend connaissance, dans l'expression de son visage, ou dans le contexte de sa lecture.... 

F. McC. - Down on his luck (1889)
De celle qui donne son titre à ce tableau, décachetée ou relue au cours d'une promenade solitaire, on a envie d'imaginer qu'elle porte un message intime, et qui s'adresse au coeur de cette élégante jeune femme.
Le second tableau, lui, montre un swagman, un de ces travailleurs saisonniers itinérants qui parcouraient l'Australie pendant les grandes périodes de crise économique. Leur baluchon roulé dans la toile qui leur servait aussi de couche  (the swag ou bedroll) évoque une vie rude, libre et précaire, comme celle des hobos américains de la Grande Dépression chantés plus tard par Woody Guthrie.

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dimanche 3 octobre 2021

K. Sluban - Lettonie (2002)

Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés du photographe franco-slovène Klavdij Sluban (b.1963). Né à Paris, il passe une partie de son enfance en Slovénie avant de revenir en France, où il étudie la littérature anglo-américaine. Il découvre la photographie en autodidacte et se forme notamment au tirage noir et blanc auprès de Georges Fèvre, le tireur de Cartier-Bresson, Koudelka, Doisneau et Lartigue.
Installé quelque temps avec sa famille dans la campagne slovène, il traduit de la poésie avant de devoir repartir à cause de la guerre en Yougoslavie et de la sécession de la Slovénie. De retour en France, il décide de se consacrer entièrement à la photographie.
K. Sluban - Ukraine (1998)

Cherchant à comprendre ce qui se passe dans son pays d’origine, il repart vers les zones de combat - sans y prendre de clichés : « Je voulais comprendre, mais je n’ai pas compris pourquoi un homme saisit un fusil et court tuer son voisin. ». Photographe indépendant, sac au dos, sans agence ni production, Sluban voyage seul – à l’exception d’un périple dans les Balkans avec François Maspéro –, privilégiant l’expérience à la recherche du sensationnel : « Ce qui est important pour moi dans la photo, c’est la trace qu’elle laisse en moi. »
En 1995, son travail auprès de jeunes détenus de Fleury-Mérogis ouvre une longue série d'ateliers photographiques menés dans les prisons du monde entier. Là encore, il ne cherche pas à montrer l'enfermement, mais ce qui subsiste derrière les murs : des regards, des gestes, des fragments d'humanité.

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samedi 2 octobre 2021

Maarten van Heemskerck - Geometry (16e)
Une image et des mots. 
En contemplant cette oeuvre du maître hollandais Maarten van Heemskerck (1498-1574), qui nous donne à voir deux hommes prenant la mesure du monde, pourrait nous venir l'image plus prosaïque de deux maquignons qui évaluent d'un bestiau ce qu'il pourra leur rapporter.

Les mots pour l'accompagner sont extraits de l'ouvrage de Riccardo Petrella, Le bien commun - Éloge de la solidarité, traduit et publié en France en 1996.

Selon les Nouvelles Tables de la Loi, le monde est composé d'une série de marchés à conquérir. Le monde n'est pas composé de sociétés, de populations ayant une histoire, une culture, des besoins, des projets. Avant la société, c'est le marché qui compte. [....]
Alors que l'on cherche à éduquer nos sociétés à privilégier un développement durable (sustainable development) sur le plan environnemental et social, l'économie, elle, obéissant à la culture de la conquête, affirme qu'il n'y a pas de durabilité possible : ce qui compte, c'est gagner maintenant.
[....] Le nouveau monde mondialisé est surtout considéré comme un ensemble d'espaces de nouveaux gisements de richesses à exploiter. Le "village global" est ressenti et vécu surtout en tant que nouveau terrain d'affrontement entre les meilleurs candidats au pouvoir mondial. [....] Une nouvelle génération de conquérants est née. (En son sein), les financiers (et les industriels qui poursuivent davantage une stratégie financière) constituent une catégorie à part. Dans leur cas, en général, la culture de la conquête se transforme en une logique de prédation...
[....] La prédation ne crée pas de richesse. Elle ne fait que la prendre là où elle est. Elle a pris l'ampleur qu'on lui connaît suite à la vague de libéralisation des mouvements de capitaux qui a déferlé sur le monde dans les années 80 ; à l'abandon des mécanismes de contrôle public sur les capitaux ; à l'existence de 37 paradis fiscaux dans plusieurs régions du monde, et au maintien du secret bancaire.
[....] La culture d'un peuple est devenue également un marché comme les autres, et donc un marché à conquérir ...

A.D. - La tasse de thé (1935) Le vide-grenier du dimanche. Deux œuvres du peintre français André Derain (1880-1954), figure majeure du fauv...