In girum imus nocte et consumimur igni

In girum imus nocte et consumimur igni
eiπ + 1 = 0

dimanche 27 janvier 2008

Don Martin - Fester Bestertester

La veillée du dimanche. Il y a les photographes, il y a les peintres, mais les dessinateurs ont également une place importante dans la construction de mon univers culturel et de mon imaginaire. Qu’ils viennent de la bande dessinée classique, de la presse satirique ou des territoires plus inclassables du neuvième art, certains m'ont profondément marqué. Chaque année, à l’occasion de la clôture du festival d’Angoulême, je présenterai donc sobrement l’un ou l’autre de ceux qui ont compté pour moi et qui continuent de m’accompagner.
D.M. - The Beatles

Pour cette première chronique, je choisis Don Martin (1931-2000). Surnommé « Mad’s Maddest Artist », il fut l’un des dessinateurs les plus emblématiques du magazine Mad, l’une de mes 
"bibles" d’adolescent au même titre que Charlie Mensuel.
Son humour absurde, ses personnages aux anatomies improbables et aux silhouettes élastiques, ses bruitages délirants ont beaucoup compté dans ma découverte des possibilités infinies du dessin humoristique, mais aussi dans une certaine façon décalée de regarder le monde.

CP1

ICI

samedi 26 janvier 2008

Cornelis Anthonisz - Le cochon ailé
Une image et des mots. Une gravure du cartographe, peintre et graveur néerlandais Cornelis Anthonisz (1505-1553). Son titre complet est Le cochon ailé, l'actionniste volant sur le monde.

L'heure allait bientôt sonner de remettre les pendules à l'heure ! Il faudrait moins de trois ans pour dissiper le charme et assurer le triomphe des années 80, écoeurantes d'ennui, de cupidité et de bêtise, années des "révolutions conservatrices" néolibérales, années cyniques de Reagan ou de Thatcher... et de l'hypocrite trivialité de l'ère Mitterand, années de la contre-attaque planétaire des imbéciles ulcérés par l'arc-en-ciel de générosité et de liberté entrouvert pendant quinze ans.
L'heure serait désormais celle de la Main invisible du marché, qui ne prend pas de gants pour affamer et broyer sans bruit, invincible parce que faisant pression partout et nulle part, mais qui pourtant, comme Dieu a besoin des hommes, avait besoin d'une voix. Elle était toute désignée. 
La Contre-Réforme néolibérale, mercenaire zélé, allait offrir les services classiques de l'option réactionnaire, ceux d'une alchimie sociale capable de transformer en force politique ce qui finit toujours par exsuder des classes moyennes : crainte, envie, et conformisme.
Gilles Châtelet, Vivre et penser comme des porcs (2004)
TC1

ICI

dimanche 20 janvier 2008

U.H. - N°18, Düsseldorf, Hans Vilz Weg (2003)

La veillée du dimanche. Il faut apprendre à vivre avec nos décombres, nous dit Gaston Bachelard, car ce sont eux qui façonnent notre paysage intérieur. Voici deux oeuvres du photographe allemand Ulrich Hensel (b.1946).

U.H. - Düsseldorf, Grünstraße (1998)
Influencé par le travail du couple Bernd et Hilla Becher, et proche d'Andreas Gursky – auquel je consacrerai sans doute une prochaine publication –,  il s'est fait connaître, dès le début des années 1990, par ses photographies de grand format où il tire de l'infra-ordinaire – chantiers, échafaudages, structures métalliques, masses de béton – des compositions presque abstraites, révélant toute la poésie brute des paysages industriels.
« L’art est déjà là ; je vais simplement à sa rencontre ».

MH1
ICI 

dimanche 13 janvier 2008

W. Ishmael - Winter shelter
La veillée du dimanche. J'ai toujours beaucoup aimé le travail des illustrateurs américains, surtout ceux des années 40 et 50 avec leur peinture d'une Amérique pimpante et sûre d'elle... Celle des films de Lubitsch et de Minelli, des couvertures des pulp magazines, des réclames éhontément machistes pour les robots ménagers, ou encore celle des images fantasmées d'une conquête de l'Ouest devenue chanson de geste.

W.I. - Mack Trucks ad. (1955)
Voici deux œuvres de l'illustrateur américain Woodi Ishmael (1914-1995). Né dans le Kentucky, il se forme au Cleveland Institute of Art, dans l'Ohio, puis à l'Art Students League de New York.
Il a enseigné le dessin et la peinture à la Troy State University, dans l'Alabama et, comme illustrateur, a également assumé la rubrique hebdomadaire "The Power of Faith" pour l'Associated Press Newsfeature.
Il fut aussi artiste officiel pour l'US Air Force.
J'aurai l'occasion, dans ce blog, de revenir sur cet univers de l'illustration américaine, qui occupe une place particulière dans mon imaginaire. Derrière ces images, souvent destinées aux magazines, aux affiches ou à la publicité, se cache un véritable art du récit : une manière de raconter une époque, ses rêves et parfois ses illusions.
CG1
ICI

dimanche 6 janvier 2008

L. Moholy-Nagy - Sans titre (1926)
La veillée du dimanche. Deux clichés du hongrois László Moholy-Nagy (1895-1946). Né en Hongrie, d’abord attiré par l’écriture, il entreprend à Budapest des études de droit que la guerre interrompt.
Mobilisé dans l’artillerie, il commence à dessiner dans des circonstances peu propices, sur des cartes envoyées du front. Après 1918, il se rapproche des milieux d’avant-garde, fréquente le cercle réuni autour de la revue MA et quitte rapidement son pays pour Berlin. Il y découvre les courants les plus novateurs de son temps – du dadaïsme au constructivisme – dans un climat artistique en pleine effervescence. Cette curiosité l’amène bientôt au Bauhaus, où Walter Gropius l’appelle en 1923.
L.M-N - Parking, Chicago (1938)

Il y enseignera, avant de poursuivre en Europe puis aux États-Unis une œuvre où se mêlent peinture, typographie, photographie, cinéma et design.
De façon générale, je suis très peu sensible à la peinture abstraite ; celle de Moholy-Nagy ne fait pas exception. 
Son travail de photographe, où sa recherche trouve peut-être une forme plus directe, a davantage retenu mon attention, et c'est celui que j'ai choisi d'illustrer ici.
Initié notamment par sa femme Lucia, il en explore les possibilités sans se limiter à l’usage de l’appareil, notamment à travers ses photogrammes, obtenus par simple exposition d’objets à la lumière sur du papier sensible. Ils feront peut-être l’objet d’une autre publication.
WI1

ICI

samedi 5 janvier 2008

Une image et des mots. Vous êtes ICI. "Pale blue dot", voici la fameuse photo de la Terre prise le 14 février 1990 par la sonde spatiale Voyager 1 à une distance de plus de 6 milliards de kilomètres. Il faut en prendre soin, c'est un endroit formidable ; un jour j'y ai rencontré un tyrosémiophile.
« Regardez encore ce petit point. C'est ici. C'est notre foyer. C'est nous. Sur lui se trouvent tous ceux que vous aimez, tous ceux que vous connaissez, tous ceux dont vous avez entendu parler, tous les êtres humains qui aient jamais vécu. Toute la somme de nos joies et de nos souffrances, des milliers de religions aux convictions assurées, d'idéologies et de doctrines économiques, tous les chasseurs et cueilleurs, tous les héros et tous les lâches, tous les créateurs et destructeurs de civilisations, tous les rois et tous les paysans, tous les jeunes couples d'amoureux, tous les pères et mères, tous les enfants plein d'espoir, les inventeurs et les explorateurs, tous les professeurs de morale, tous les politiciens corrompus, toutes les “superstars”, tous les “guides suprêmes”, tous les saints et pécheurs de l'histoire de notre espèce ont vécu ici, sur ce grain de poussière suspendu dans un rayon de soleil.»  Carl Sagan, Pale blue dot (1994)
Sonde Voyager - Pale blue dot (1990)

DG1
ICI

IP1 ICI