In girum imus nocte et consumimur igni

In girum imus nocte et consumimur igni
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dimanche 27 septembre 2020

V. Gilbert - Élégante sur les quais

La veillée du dimanche. Deux œuvres du peintre français Victor Gilbert (1847-1933), dont j’aime la manière de peindre le Paris de la Belle Époque : ses marchés, ses rues, ses scènes de la vie quotidienne. Entre réalisme et influence impressionniste, il porte sur la capitale un regard attentif aux détails, aux gestes et aux atmosphères.
Issu d’un milieu modeste, il ne peut intégrer l’École des Beaux-Arts malgré ses dons précoces pour le dessin. Il devient apprenti chez un peintre-décorateur et ne reçoit qu’une formation limitée, complétée par des cours du soir à l’École de la Ville de Paris. C’est donc principalement par l’observation et le travail qu’il développe son art.
V.G. - Marché rue Mouffetard (n.d)

Ses tableaux témoignent d’une grande attention à la vie parisienne de son temps : marchands, enfants, ménagères, promeneurs anonymes composent une ville vivante, où les scènes les plus ordinaires deviennent dignes d’être regardées.
Certains de ses choix pourraient d’ailleurs – quelques décennies plus tard – être ceux d’un photographe de rue : saisir un instant, une attitude, une rencontre fugitive.
J’aime beaucoup ce tableau d’une élégante sur les quais de Seine, ou encore cette scène de marché dans la rue Mouffetard. C’est ce Paris-là, quotidien et vivant, que je trouve si réussi chez Gilbert ; on a envie de s’engager dans cette rue et de regarder ces gens vivre.
 © Veilleur de Nuit – 2020

EP2

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samedi 26 septembre 2020

Depuis La Perdicie, à Jumilhac-le-Grand, Dordogne (2011)
Une image et des mots. L'image, c'est cette vue sur les vallons de la campagne périgourdine prise il y a quelques minutes depuis La Perdicie.
Les mots sont de Stevenson (bien qu'il les signe W.P. Bannatyne), extraits de son Voyages avec un âne dans les Cévennes.

"We travelled in the print of olden wars; yet all the land was green; and love we found, and peace, where fire and war had been. They pass and smile, the children of the sword - No more the sword they wield; and O, how deep the corn, along the battlefield!"

Ce paysage que j'ai chaque jour sous les yeux dit quelque chose de la résilience des hommes et des sols meurtris. Il dit aussi le devoir que nous avons de garder vive la mémoire des sacrifices anciens qui ont façonné le monde dans lequel nous vivons, et fait de nous ce que nous sommes aujourd'hui.
DO7

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dimanche 20 septembre 2020

C.M. - Impression soleil levant (1872)
La veillée du dimanche. Deux œuvres de Claude Monet (1840-1926). Après tout pourquoi, au motif qu'il est célébrissime et qu'à ce titre tout le monde ou presque l'a déjà vu cent fois, s'abstenir de publier Impression, soleil levant ?
Ce tableau est une révolution. L'œuvre, qui semble dissoudre la ligne d'horizon dans la brume et les reflets, prolonge une recherche de la lumière déjà explorée par l'éblouissant précurseur J.M.W. Turner, que Monet a découvert lors de son séjour à Londres en 1870. 
Monet veut peindre l'insaisissable, « je veux peindre l'air dans lequel se trouve le pont, la maison, le bateau. La beauté de l'air où ils sont, et ce n'est rien d'autre que l'impossible ».
C.M. - Bouquet de soleils
(1881)

Le tableau, lorsqu'il est dévoilé à Paris en avril 1874, fait scandale ;
le critique Louis Leroy, pour s'en moquer, reprend son titre et qualifie Monet et ses amis d'impressionnistes. Le mot fera fortune, et l'impressionnisme entre dans l'histoire de l'art. « La couleur, écrit Monet, est mon obsession, ma joie et mon tourment ».
Quelle oeuvre choisir pour l'accompagner ? La promenade (ou femme à l'ombrelle), Les nympheas, Les coquelicots, ou l'une des sublimes vues de Londres ?
En forme de clin d'oeil à un autre géant, je choisis ces tournesols, une oeuvre considérée comme mineure. Alors, ... qui c'est le plus fort ? 
Monet ou Van Gogh ? Monet, bien sûr ! Douze tournesols dans le vase de Van Gogh, alors que j'en compte au moins dix-sept dans celui de Monet ! Alors hein... pouet-pouet !
La critique d'art, c'est tout un art.
 © Veilleur de Nuit – 2020

AM1
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dimanche 13 septembre 2020

Robert Demachy - Sans titre
La veillée du dimanche. Deux clichés de Robert Demachy (1859-1936), figure majeure du pictorialisme français.
Issu d'une famille aisée, il peut se consacrer entièrement à la photographie dès les années 1880 et devient l’un des théoriciens les plus actifs du mouvement. Son père ayant refusé qu’il entreprenne une formation de peintre à l’Académie Julian, il trouve dans la photographie un moyen d’expression qui lui permet de poursuivre son ambition artistique.
R.D. - Sans titre

Convaincu que la photographie ne devait pas être un simple enregistrement du réel, mais une création interprétée par l’artiste, Demachy défend une pratique proche de la peinture, où le photographe intervient sur l’image pour en construire l’atmosphère. Il devient ainsi l’un des grands maîtres de la gomme bichromatée, un procédé qui lui permet de donner à ses photographies des tonalités et des textures proches du dessin ou de la peinture.
Très lié au Linked Ring anglais, communauté de photographes opposés à une approche purement technique de leur pratique, il entretient également une correspondance régulière avec Alfred Stieglitz (voir publication de novembre 2011), grande figure du pictorialisme américain.
Ce qui me frappe surtout dans la photographie pictorialiste – au-delà de ses qualités esthétiques –, c’est son étrange rapport au temps. Plus que de simplement fixer l’instant, elle crée une image qui flotte entre le présent et le souvenir. On pourrait presque y voir, avant la lettre, quelque chose de ce que Derrida appellera plus tard l’« hantologie » : un présent habité par ce qui n’est plus là.
 © Veilleur de Nuit – 2020

AJ1
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dimanche 6 septembre 2020

Dora Carrington
La veillée du dimanche. Deux œuvres de l'anglaise Dora Carrington (1893-1932). Formée à la Slade School of Art à Londres, où elle obtient plusieurs prix, elle appartient à cette génération d’artistes proches du Bloomsbury Group, sans jamais s’y intégrer pleinement. 
Elle expose peu, signe rarement ses œuvres, et travaille aussi bien la peinture que les arts décoratifs.
Carrington reste aujourd’hui encore difficile à classer.
Ses paysages mêlent une observation très concrète du monde à quelque chose de plus intérieur, presque secret. Les formes sont simples, les couleurs retenues, mais l’espace semble chargé d’une présence diffuse, parfois troublante.
D.C. - Farm at Watendlath (1921)

Sa vie fut profondément marquée par sa relation avec l’écrivain et critique Lytton Strachey : un amour profond et intense, essentiellement platonique, qui l’accompagna jusqu’à sa mort. Cette relation si singulière me touche beaucoup. Sans chercher à lire son œuvre uniquement à travers elle, il est difficile de ne pas être sensible à ce qu’elle peut suggérer de sa peinture : quelque chose de très intime, que Carrington semble toujours garder à distance. Quelque chose qui ne se résout pas.
IO2

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samedi 5 septembre 2020

Une image et des mots.
 
Vous pensez que Dieu oubliera votre homicide si vous vous baignez dans un fleuve, si vous immolez une brebis noire, et si on prononce sur vous des paroles. Un second homicide vous sera donc pardonné au même prix, et ainsi un troisième, et cent meurtres ne vous coûteront que cent brebis noires et cent ablutions ! Faites mieux, misérables humains : point de meurtres et point de brebis noires.
Voltaire, extrait de l'article "Superstition" du Dictionnairee philosophique.

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