In girum imus nocte et consumimur igni

In girum imus nocte et consumimur igni
eiπ + 1 = 0

dimanche 25 mars 2012

Beata Bieniak - Untitled (2009)
La veillée du dimanche. Deux œuvres de Beata Bieniak, née en 1966 dans la petite ville polonaise de Poddębice, où elle vit encore aujourd’hui. D’abord formée comme kinésithérapeute, elle ne se tourne vers la photographie et le photomontage qu’au début des années 2010. 
Totalement autodidacte, elle travaille principalement en noir et blanc et mêle dans ses images portraits, autoportraits, objets familiers et éléments naturels.
Parmi les artistes qu’elle admire, elle cite son compatriote Dariusz Klimczak, mais aussi Salvador Dalí, Giorgio de Chirico ou René Magritte. Objets déplacés de leur contexte, paysages silencieux… on retrouve en effet dans certaines de ses images quelque chose de leur imaginaire.

B.B. - Stationary traveler
(2011)
Mais ce qui me plaît surtout dans ses photomontages, c’est leur douce étrangeté. Tout semble calme, paisible, comme si le monde avait légèrement changé sans que l’on ait vraiment à s’en inquiéter.
Ses images nous amènent ailleurs, mais sans jamais nous faire perdre le sentiment d’être dans un monde familier. « Il y a un autre monde, mais il est dans celui-ci », écrit Paul Éluard.
Son goût pour la peinture, la musique et la poésie n’est sans doute pas étranger à cette manière très personnelle de regarder le monde.
Ceci étant, cette chronique sur Beata Bieniak occupe probablement la majeure partie de l’espace que je consacrerai au surréalisme dans ce blog ; une place en fin de compte à la mesure de mon intérêt pour le mouvement.
GA1

ICI

dimanche 18 mars 2012

H.O.Tanner - Christ walking on the water
(c.1907)
La veillée du dimanche. Deux œuvres du peintre américain Henry Ossawa Tanner (1859–1937), l’un des premiers artistes afro-américains à connaître une véritable reconnaissance internationale.
Son père, Benjamin Tucker Tanner, est pasteur de l’Église épiscopale méthodiste africaine et deviendra évêque ; sa mère, Sarah Miller, est née esclave ; sa propre mère fit parvenir ses enfants vers le Nord par l’Underground Railroad, et Sarah fut recueillie à Pittsburgh. En 1880, Tanner entre à la Pennsylvania Academy of the Fine Arts, où il étudie notamment sous la direction de Thomas Eakins, que je présenterai sans doute un jour dans ce blog.
H.T. - The Annunciation (1898)

Confronté au racisme qui règne alors aux États-Unis, Tanner s’installe à Paris en 1891. Il étudie à l’Académie Julian auprès de Jean-Joseph Benjamin-Constant et de Jean-Paul Laurens, et découvre un milieu artistique où la question de sa couleur de peau se pose moins qu’aux États-Unis. Il s’installe durablement en France, expose régulièrement au Salon et reçoit plusieurs distinctions. En 1897, The Resurrection of Lazarus obtient une médaille au Salon et est acheté par l’État français.
Tanner devient surtout célèbre pour ses scènes bibliques, auxquelles il se consacre à partir du milieu des années 1890. Mais son parcours ne se résume pas à la peinture religieuse.
Attentif à la condition des Afro-Américains, il donne notamment en 1893 une conférence intitulée The American Negro in Art.
« Art is to me an expression of the soul, not a profession. I believe in the power of art, in its mystery and its magic, in its eloquence and its message, and in its ability to transform human spirit and human life. »

DR2

ICI

samedi 17 mars 2012

Terence Davies - Of time and the city (2008)
Une image et des mots. L'image est tirée du film Of time and the city, le documentaire qu'a consacré le réalisateur Terence Davies à sa ville, Liverpool.
Les mots sont extraits du petit essai publié par Pierre Bergounioux chez Fata Morgana, avec des illustrations de Joël Leick : Les restes du monde (2010).

La face du monde a été bouleversée, voilà deux siècles, par les initiatives conjointes d'entrepreneurs anglo-saxons protestants et d'intellectuels français radicaux. Les uns ont inventé l'économie en vue du profit, introduit le calcul des chances pacifiques de gain pécuniaire dans l'activité productive, les autres institué l'égalité formelle assortie à l'exploitation rationnelle du travail salarié. La révolution industrielle pouvait commencer.
[.....]
L'activité sacrilège qui a éventré la terre pour en extraire le combustible et les minerais, lancé vers les cieux les hauts fourneaux et les cheminées, oppose à la destruction, à l'oubli, la même ténacité qu'elle a mise à asservir l'étendue, la matière. Trente ans après le démantèlement de la sidérurgie, le paysage se souvient. Le souvenir occupe le terrain, se confond avec lui parce que, à la différence des champs, du frêle habitat paysans, des temps agraires, la révolution industrielle a mordu profondément dans la chair du monde, opposé à la nature une culture matérielle qui lui empruntait sa roideur, sa puissance, ses permanences, [.....] De là ces aires fantomatiques, ces édifices blêmes, lavés de leur suie et de leur crasse par les pluies, rendus au vide et au silence mais non au néant.
LF1

ICI

dimanche 11 mars 2012

Victor Hugo - Ma destinée (1867)
La veillée du dimanche. « En art point de frontière », disait Victor Hugo. Voici deux dessins parmi les quelque 4000 qu'il a réalisés, le plus souvent sur papier au stylo et à l'encre noire délavée.
"L'encre, cette noirceur d'où sort une lumière" (Océan, Oeuvres posthumes)

V.H. - Paysage avec 3 arbres (1850)





Ces dessins, où l'imagination pour s'exprimer est délivrée des contraintes de l'écriture, Victor Hugo disait les faire « à des heures de rêverie presque inconsciente, avec ce qui restait d'encre dans ma plume.»
Restés de son vivant dans le cercle des intimes, ils ne furent connus du public qu’après sa mort.
PF2
ICI

dimanche 4 mars 2012

Wallace Berman - 7 (1965)

La veillée du dimanche. Deux œuvres de l'artiste plasticien américain Wallace Berman (1926-1976), figure importante de la scène artistique Beat californienne des années 1950 et 1960.
Né à Staten Island, New York, mais installé très tôt à Los Angeles, Berman développe une œuvre très personnelle mêlant collages, photographies, objets récupérés et fragments typographiques. Passionné de musique, de poésie, de spiritualité et de cultures marginales, il fréquente les milieux Beat et publie à partir de 1955 Semina, une revue artisanale et expérimentale où paraissent notamment William S. Burroughs, Allen Ginsberg ou Michael McClure. Il s'intéresse aussi au jazz, qui occupe une place importante dans sa vie et dans son environnement artistique.
W.B. - See you soon (1965)

« The creative act is a way of reclaiming our humanity, of asserting our freedom, of expressing our deeper truths.»

À partir de 1963, Berman commence à réaliser ses célèbres collages Verifax, à l’aide d’une machine qui est alors une sorte de précurseur du photocopieur. On y retrouve souvent l’image d’une main tenant un petit poste de radio transistor dont la surface est recouverte d’images empruntées aux médias : actualités, publicité, pop-culture, références mystiques et langages codés ; ces images répétées et juxtaposées, dont voici un exemple, composent un étrange langage fait de signes dont le sens reste en partie mystérieux.
Longtemps resté à l’écart des circuits officiels de l’art, Wallace Berman n’en a pas moins exercé une influence importante sur la contre-culture artistique américaine.
KS1

ICI

samedi 3 mars 2012

Hans Holbein le Jeune - Les Ambassadeurs (1533)

Une image et des mots. Vanitas vanitatum... Où l'on apprend que Patrick Poivre d'Arvor brigue un fauteuil à l'Académie Française.

Cet homme de télévision, qui pendant près de 30 ans nous a présenté l'actualité du monde avec des minauderies de mirliflore érotomane, accusé de truquages dans son métier de journaliste (la fausse interview de Castro, le faux garde-du-corps de Saddam Hussein, ICI), accusé de plagiat dans son métier d'écrivain (sa biographie d'Hemingway, ICI), condamné en appel à une peine de prison avec sursis pour recel d'abus de bien sociaux (affaire Botton, ICI) a tout de même été fait chevalier de la Légion d'Honneur, élevé au grade de commandeur dans l'ordre des Arts et des Lettres, et est également officier de l'ordre national du Mérite.
Cet homme donc, qui connaît mieux que quiconque ses faiblesses et sa vanité – cet « hommage d’un imbécile aux qualités d’un âne très intime », disait Ambrose Bierce –, n'estime visiblement pas être indigne de tous ces honneurs puisqu'il en brigue un surcroît, en venant aujourd'hui, sans aucune honte, prétendre mériter l'immortalité.... Formidable !

Lire, au sujet de ce tableau de Hans Holbein que j'ai choisi pour illustrer ce billet – et à propos de sa fameuse anamorphose –, ce qu'en dit Roger Caillois dans son ouvrage Au coeur du fantastique (1965). Jacques Lacan aussi l'avait commenté, mais bon..., Lacan.

TI3
ICI

C.C. - All on a summer's day (1888) La veillée du dimanche. Deux œuvres du peintre anglais Charles Conder (1868-1909), qui fut, avec To...