In girum imus nocte et consumimur igni

In girum imus nocte et consumimur igni
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dimanche 31 août 2014

Will Barnet - Woman by the sea (1973)
Le vide-grenier du dimanche. Deux toiles de l'américain Will Barnet (1911-2012). Formé à la School of the Museum of Fine Arts de Boston, puis à l'Art Students League de New York, il a exploré divers courants artistiques, du réalisme social à l'abstraction, avant de trouver sa propre voie, à contre-courant des tendances abstraites dominantes à son époque : un style figuratif, épuré, tendu entre silence et rigueur géométrique.
Ses compositions mettent en scène des figures humaines stylisées, souvent féminines, posées dans des espaces calmes et ordonnés, presque méditatifs et empreints, il me semble, d'une forme de douceur.
W.B. - Reclining woman (1982)

Ci-contre, la silhouette élégante d’une femme devant la mer offre les seules courbes d’une composition bâtie sur des bandes horizontales et des lignes verticales. Et c’est cette harmonie épurée qui, aux côtés de celle qui contemple la mer, nous invite à notre tour à la même rêverie : celle qui nous saisit, comme l’écrivait Bachelard dans sa Poétique de la rêverie (1960), devant la grande beauté du monde.
"Ainsi nous nous trouvons bientôt sur la pente des souvenirs; insensiblement nous sommes ramenés à des rêveries anciennes, si anciennes soudain que nous ne pensons plus à les dater. Une lueur d'éternité descend sur la beauté du monde."
LC1

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dimanche 24 août 2014

Pierre Jahan - FFI, Paris (1944)
Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés du photographe et illustrateur Pierre Jahan (1909-2003). Autodidacte, il s'installe à Paris en 1933 où deux rencontres décisives – avec l'illustrateur Raymond Gid et le photographe Emmanuel Sougez – l'orientent vers une carrière professionnelle. Dès lors, il collabore à de nombreuses revues et expose aux côtés d'artistes comme Man Ray ou Henri Cartier-Bresson.

P. Jahan (1947)
Son œuvre, difficile à enfermer dans une école, mêle photographie documentaire, expérimentations visuelles et goût du détournement. Sans appartenir au mouvement surréaliste, il en partage souvent l'esprit : celui d'un regard attentif aux rencontres inattendues, aux métamorphoses du quotidien et à tout ce qui fait surgir l'étrange au cœur du réel.
Le premier cliché a été pris il y a soixante-dix ans jour pour jour, le 24 août 1944, et cet anniversaire aura au moins facilité mon choix parmi les nombreuses images que j'aime dans l'œuvre protéiforme et fantasque de celui qui disait avoir toujours été fasciné par les jeux de la lumière et du hasard.

MP1
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dimanche 17 août 2014

W. Russell - The flower girl (c.1938)
Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres du peintre portraitiste et paysagiste anglais Sir Walter Westley Russell (1867-1949), formé à la Westminster School of Art auprès de Frederick Brown. Membre de la Royal Academy à partir de 1926, dont il dirigera ensuite les écoles, il mène parallèlement une carrière d’enseignant à la Slade School of Fine Art.

W. R. - The farmyard (1934)
Très attaché aux paysages du Yorkshire, du Norfolk ou du Sussex, Russell peint volontiers des sujets modestes : portraits, scènes rurales, jardins, intérieurs ou paysages. Son œuvre se distingue moins par la recherche de l'effet que par son attention aux êtres et aux choses ordinaires.
J'aime tout particulièrement ces deux tableaux : une jeune femme assise, les mains aux hanches, le regard franc sous un nœud bleu ; et une basse-cour traversée de lumière.
Deux scènes sans éclat apparent, mais regardées avec une telle justesse qu'elles semblent retenir quelque chose de la beauté tranquille du monde. « La peinture permet de regarder les choses en tant qu'elles ont été une fois contemplées avec amour. » écrivait Paul Valéry.
AP3

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samedi 16 août 2014

Une image et des mots. Le 15 août 1944, l'Armée d'Afrique, des algériens, des marocains, des tunisiens, des sénégalais, débarquait en Provence pour participer à la libération de la France.
En 1943 déjà, les goumiers marocains se battaient en Corse pour libérer l'île du nazisme.

Mais entre avril et juin 44, ces mêmes soldats de l'Armée d'Afrique se sont livrés à des viols de masse en Italie, en particulier dans le région de Ciociarie, près de Monte Cassino. Les chiffres établis par le Sénat italien font état pour les victimes de ces "marocchinate" (maroquinades) de plus de 2000 femmes et enfants - de 11 à 86 ans - et de 600 hommes.
Libération en parle ICI

Une citation de Tocqueville (1805-1859): "Quand le passé n'éclaire plus l'avenir, l'esprit marche dans les ténèbres."
ML10

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dimanche 10 août 2014

G. Boldini - La femme en rouge

Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres de l'italien Giovanni Boldini (1842-1931), portraitiste de grand renom surnommé "le peintre de l'élégance".
Né à Ferrare, où son père Antonio lui donne ses premières leçons de peinture, Boldini s’éloigne rapidement de l’enseignement académique. Après un séjour à Florence, où il fréquente les Macchiaioli, il s’installe à Paris et y trouve le cadre dans lequel son talent s’épanouit pleinement. Ami de Degas, admirateur de Corot et de Frans Hals, rival d’un Sargent ou d’un Whistler, il devient l’un des portraitistes les plus recherchés de la Belle Époque.
G.B. - Conversation au café (1877)

Dans le portrait - le genre qui a fait sa renommée et sa fortune -, son style flamboyant se reconnaît au premier coup d’œil. 
" Je veux la vie dans mes portraits, pas des marbres ".
Et en effet, Boldini ne peignait pas des statues ; de son pinceau virevoltant, il dynamitait les poses figées du portrait traditionnel pour exprimer tout le raffinement d'un monde en fête. Surnommé aussi le « Paganini du pinceau », Boldini devient alors l’interprète le plus brillant de la vie élégante et électrique de la Belle Époque, d'une parenthèse suspendue entre faste et fragilité.
La première des deux oeuvres que j'ai choisies donne à voir une femme qui cherche ses notes sur le clavier d’un piano. Son visage reste à deviner, son geste semble hésitant : elle ne joue pas encore, elle s’y essaie. C’est précisément cette retenue, cette atmosphère d'intimité qui me touche beaucoup. La seconde œuvre nous invite à la terrasse d’un café parisien.
Deux amies y partagent un moment de complicité.. Que sont-elles en train de commenter ?
La mise d'une passante, ou l'allure d'un homme à leur goût ? C'est une scène pleine de charme.

ES1

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dimanche 3 août 2014

K. Yamamoto - Untitled (1955)
 Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres du photographe et poète japonais Kansuke Yamamoto (1914-1987), profondément marqué par le Surréalisme - même si les deux clichés que j’ai choisis n’en témoignent pas directement. Il écrivait dans son journal :
"Artwork comes out of some disobedient spirit against readymade things of society...".
Issu d’un milieu intellectuel ouvert aux influences occidentales, Yamamoto découvre très jeune les écrits d’André Breton et les photographies de Man Ray.
Ces rencontres l'accompagnent durablement.

K.Y. - In Kobe (1953)
À une époque où le Japon s'oriente vers l'autoritarisme, il explore au contraire les voies de l'imaginaire, du rêve et de l'expérimentation visuelle, dans une œuvre singulière où se croisent influences européennes et sensibilité japonaise.
En 1938 puis en 1939, il publie la revue Yoru no funsui (The Night's Fountain), où il rassemble textes, dessins et photographies. L'aventure est brève. Les autorités voient d'un mauvais œil cette liberté d'expression et la publication disparaît rapidement. Yamamoto poursuivra pourtant, tout au long de sa vie, cette exploration poétique et indépendante qui fait aujourd'hui de lui l'une des figures les plus originales de la photographie japonaise du XXe siècle.
EE2

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samedi 2 août 2014

Duane Hanson - Supermarket lady (1969).

Une image et des mots. L'image, c'est celle de la célébrissime sculpture hyperréaliste de Duane Hanson (1925-1996), Supermarket lady (1969).
Pour aller avec, voici quelques lignes des Mémoires d'Hadrien (1958), de Marguerite Yourcenar.

Je doute que toute la philosophie du monde parvienne à supprimer l'esclavage : on en changera tout au plus le nom. Je suis capable d'imaginer des formes de servitude pires que les nôtres, parce que plus insidieuses : soit qu'on réussisse à transformer les hommes en machines stupides et satisfaites, qui se croient libres alors qu'elles sont asservies, soit qu'on développe chez eux, à l'exclusion des loisirs et des plaisirs humains, un goût du travail aussi forcené que la passion de la guerre chez les races barbares.

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Peter Turnley - New York (2013) Une image et des mots. Un cliché du photographe américain Peter Turnley, et quelques vers d'Emma Lazaru...