In girum imus nocte et consumimur igni

In girum imus nocte et consumimur igni
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dimanche 26 mai 2019

A.A. - Tiburon, California (1957)

Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés du photographe américain Ansel Adams, déjà présenté en octobre 2009 et en décembre 2018. Figure majeure de la photographie de paysage, il est notamment connu pour son exceptionnelle maîtrise technique et pour le développement, avec Fred Archer, du zone system, qui permet un contrôle très précis de l'exposition et des contrastes.
A.A. - Manzanar, Californie

Ansel Adams a utilisé sa notoriété pour sensibiliser le public aux questions de conservation et a contribué à la création de plusieurs parcs nationaux.
« The whole world is, to me, very much "alive" –  all the little growing things, even the rocks. I can't look at a swell bit of grass and earth, for instance, without feeling the essential life – the things going on - within them. The same goes for a mountain, or a bit of the ocean, or a magnificent piece of old wood. »
Son oeuvreà la fois expression artistique et plaidoyer écologique, est une invitation à regarder autrement un monde fragile qu'il a consacré une grande partie de sa vie à défendre.

HH1
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samedi 25 mai 2019

Guy Rose - Carmel shore (1919)
Une image et des mots. "Carmel shore" (1919) est une toile du peintre impressionniste américain Guy Rose (1867-1925), ami de Claude Monet. 
Je l'ai choisie pour illustrer ces vers de la poétesse américaine (d'origine anglaise) Denise Levertov (1923-1997):

The sea’s repeated gesture

Stroking its blue shore
throughout the night, patient, patient,
determined rhetoric that never
persuades, the rocks unwilling
to be pebbles, nights and days and
centuries passing before the pebbles
dwindle to join the sand, the sand itself
at last barring the sea’s way
into the land, an island
forming from the silt. Yet still
all this night and all
the nights of our life the sea
stoking its blue shore,
patient, patient.


Denise Levertov

***

Le geste répété de la mer

Caressant son rivage bleu
tout au long de la nuit, patiente, patiente,
rhétorique entêtée qui jamais
ne persuade, les rochers ne voulant pas
être galets, les nuits et les jours et
les siècles s’écoulant avant que les galets
ne soient réduits en sable, le sable
enfin barrant le chemin de la mer
à l’intérieur des terres, une île
se formant du limon. Néanmoins
cette nuit toute entière et toutes
les nuits de notre vie la mer
caressant son rivage bleu,
patiente, patiente.
SC1

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dimanche 19 mai 2019

Wout Schram - Still life with bottle (nd)
Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres, deux natures mortes, du peintre néerlandais Wouter Jorinus Bernardus 'Wout' Schram (1895-1987), formé à la Rijksacademie d'Amsterdam, où il a bénéficié de l'enseignement de maîtres tels que Antoon Derkinderen et Nicolaes van der Waay, que je présenterai sans doute - pour le second - dans une future publication.

WS - Stilll life with fruit (nd)
Ses natures mortes, composées souvent d'objets aux formes simples, sont caractérisées par le soin extrême apporté à leur placement, et par le choix d'un point de vue en plongée ; aucun élément n'en cache un autre, tout est donné au regard, tout est offert à l'observation.
J'ai toujours aimé les natures mortes, qu'elles soient espagnoles, flamandes ou hollandaises. Moins pour la virtuosité qu'elles exigent que pour l'attention qu'elles portent aux choses les plus ordinaires : un bol, un fruit, un ustensile deviennent soudain dignes d'être regardés. Elles sont aussi de précieux témoins de leur époque ; elles racontent les goûts, les usages, les objets familiers, parfois même une certaine manière d'habiter le monde. Chez Schram comme chez bien d'autres, la beauté naît simplement de cette attention portée aux choses de tous les jours.
CC3

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dimanche 12 mai 2019

A.C. Johnston - Tilly Losch
Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés du photographe américain Alfred Cheney Johnston (1885-1971), dont le nom reste indissociable des Ziegfeld Follies (voir le film de Minnelli, en 1946), ces célèbres revues musicales de Broadway dont il fut le photographe officiel du milieu des années 1910 jusqu'à la fin des années 1920. 
Réalisés presque toujours en studio, dans une lumière soigneusement travaillée, ses portraits célèbrent l'élégance, le charme et une sensualité qui reste, pour l'époque, étonnamment libre. En costume de scène ou parfois dénudées, les "Ziegfeld Girls" incarnent aujourd'hui encore l'esthétique des Années folles.

A.C. J. - Drucilla Strain
(c.1929)
Ce qui me plaît dans ces photographies, c'est qu'elles ont largement dépassé leur simple fonction publicitaire : elles sont devenues les témoins d'une époque fascinée par le spectacle, la beauté et le glamour.
Le premier de ces deux portraits est celui d'Ottilie (Tilly) Losch, qui deviendra comtesse de Carnarvon, et était l'une des danseuses des Ziegfeld Follies, avant de tâter du cinéma et de la peinture :
« My role of ballerina comes first. Second is my work as a choreographer. My acting comes third, my painting fourth. I rate my role as Lady Carnarvon fifth in importance simply because I can't think of anything interesting to put after painting.» 
Drucilla Strain, le second portrait, fut elle aussi l'une des nombreuses Ziegfeld Girls immortalisées par Alfred Cheney Johnston.
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dimanche 5 mai 2019

A. L. García - Lavabo et miroir (1967)
Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres du peintre espagnol Antonio López García (b.1936), l'un des principaux représentants de l'hyperréalisme en Europe. Éveillé à la peinture par son oncle, le peintre réaliste Antonio López Torres, il s'inscrit en 1949 à l'Académie royale des beaux-arts San Fernando, à Madrid. Il s'y lie d'amitié avec plusieurs artistes dont Isabel Quintanilla (voir novembre 2011), avec qui il formera le groupe des réalistes madrilènes.

A.G. - Gran Vía (1981)
Sept ans ont été nécessaires à la réalisation d'une de ses oeuvres les plus emblématiques, Gran Vía, sa représentation de la célèbre avenue madrilène.
« Une oeuvre n'est jamais terminée. Tout au plus atteint-elle la limite de ses propres possibilités. »
Ce qui me fascine dans l’hyperréalisme (comme devant une nature morte), ce n’est pas seulement la prouesse technique, mais cette façon de nous faire redécouvrir le monde familier.
À force d’attention, un objet banal, une façade ou une lumière ordinaire semblent retrouver une présence que nous ne savions plus voir.
HT1

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samedi 4 mai 2019

Abraham Cresques - Atlas catalan (c.1375)
partie occidentale
Une image et des mots. Voici la partie occidentale de l'Atlas catalan (c.1375) attribué au cartographe médiéval Abraham Cresques. La deuxième image est un détail de ce même atlas,
représentant Marco Polo sur la route des Indes.
Pour accompagner ces merveilleuses illustrations, j'ai choisi un extrait de La nouvelle alliance, un ouvrage publié en 1979 par Ilya Prigogine, Nobel de chimie en 1977, en collaboration avec Isabelle Stengers, chimiste elle-même et philosophe des sciences.

Abraham Cresques - Atlas Catalan
(détail)
« Dès lors, Jacques Monod avait raison, l’ancienne alliance animiste est bien morte, et avec elle toutes les autres qui nous présentaient comme sujets volontaires, conscients, doués de projets, clos dans une identité stable et des usages bien établis, citoyens au sein d’un monde fait pour nous. Il est bien mort, le monde finalisé, statique et harmonieux que la révolution copernicienne détruisit lorsqu’elle lança la Terre dans les espaces infinis.

Mais notre monde n’est pas non plus celui de l’ « alliance moderne ».
Ce n’est pas le monde silencieux et monotone, déserté par les anciens enchantements, le monde horloge sur lequel nous avions reçu juridiction. La nature n’est pas faite pour nous,  et elle n’est pas livrée à notre volonté. Le temps est venu, comme Jacques Monod nous l’annonçait, d’assumer les risques de l’aventure des hommes, mais si nous pouvons le faire, c’est parce que tel est le mode, désormais, de notre participation au devenir culturel et naturel, telle est la leçon qu’énonce la nature lorsque nous l’écoutons. Le savoir scientifique, tiré des songes d’une révélation inspirée, c’est-à-dire surnaturelle, peut se découvrir aujourd’hui en même temps « écoute poétique » de la nature et processus naturel dans la nature, processus ouvert de production et d’invention, dans un monde ouvert, productif et inventif.
Le temps est venu de nouvelles alliances, depuis toujours nouées, longtemps méconnues,
entre l’histoire des hommes, de leurs sociétés, de leurs savoirs et l’aventure exploratrice de la nature
JF1

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