In girum imus nocte et consumimur igni

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lundi 17 août 2026

G. Little - Black necklace (2014)
La veillée du dimanche. Deux œuvres postmodernes, traversées d’un romantisme discret, réalisées à la gouache et aux crayons de couleur par l’Écossais Graham Little (né en 1972), peintre de la beauté, de l’intimité et de la solitude, dans des compositions d’une minutie presque obsessionnelle ; on dit qu’il passe des mois à réaliser chacune de ses œuvres.
Diplômé en beaux-arts du Duncan of Jordanstone College de Dundee et du Goldsmiths College de Londres, il vit et travaille aujourd'hui à Londres.
G.L. - Sleeping (2014)

Inspirées par les magazines de mode des années 1970 et 1980 – Vogue, Harper’s Bazaar ou Burda Moden –, ses tableaux mettent souvent en scène des figures féminines à l’air las ou lointain, absorbées dans des tâches quotidiennes ou perdues dans la rêverie. De ces images naissent des récits où passé et présent se superposent subtilement, dans une atmosphère à la fois énigmatique et délicatement poétique.

vendredi 14 août 2026

C.C. - All on a summer's day (1888)
La veillée du dimanche. Deux œuvres du peintre anglais Charles Conder (1868-1909), qui fut, avec Tom Roberts, Arthur Streeton et Frederick McCubbin, l’un des principaux représentants de la Heidelberg School, le mouvement auquel on rattache généralement les débuts de l’impressionnisme australien. Né à Londres, Conder arrive en Australie en 1886, à l’âge de dix-sept ans, pour travailler comme arpenteur auprès de son oncle.
Il abandonne rapidement cette voie et se tourne vers le dessin et la peinture. Il travaille un temps comme illustrateur pour The Illustrated Sydney News, avant de rencontrer Tom Roberts, avec lequel il peint en plein air. En 1888, il s’installe à Melbourne et rejoint le petit groupe d’artistes qui cherche alors à peindre l’Australie telle qu’elle est : sa lumière, ses paysages, mais aussi ses habitants et leurs loisirs.

C.C. - A holiday at Mentone (1888)
All on a Summer’s Day, peint à Coogee en avril 1888, montre une journée de plage. La scène est toute simple, presque banale : une femme, seule sur ce morceau de plage, profite d’une belle journée, assise sur une chaise et protégée du soleil par son ombrelle.
Conder ne cherche pas à donner à cette petite scène une importance qu’elle n’a pas – ou bien, justement, il lui donne toute l’importance qu’elle a. Tout cela, un jour d'été.
Il peint ce qu’il voit, avec cette lumière australienne qui devient l’un des grands sujets de cette génération de peintres. Quelques mois plus tard, à Melbourne, il peint A Holiday at Mentone. Là encore, la plage et ceux qui la fréquentent sont au centre du tableau. Mais la scène est peut-être un peu plus amusante : hommes en costume et chapeau, femmes en longues robes et chapeaux élégants, chacun semblant avoir apporté avec lui une partie de la ville jusque sur le sable.
Charles Conder quittera l’Australie dès 1890 pour l’Europe. Ces deux tableaux appartiennent donc à une période très courte de sa courte vie – mais à une période essentielle, puisqu’elle aura largement contribué à faire de lui l’un des peintres importants de l’art australien de la fin du XIXe siècle.
A.N. Samokhvalov - Blue twilight (1960)
La veillée du dimanche. Deux oeuvres du peintre et illustrateur russe Alexander Nikolaevich Samokhvalov (1894-1971), associé au réalisme socialiste et à la modernité soviétique du XXe siècle. Né à Bezhetsk et formé par Kouzma Petrov-Vodkine à l'Académie impériale des arts de Saint-Pétersbourg, il développe très tôt un style personnel, à la croisée du réalisme et des avant-gardes russes des années 1920, celles du constructivisme et de l'art monumental.
Connu pour ses portraits de héros du sport et du travail, qui traduisent la fierté et l’idéalisme de l’URSS, il est considéré comme l’un des représentants majeurs de l'École de Léningrad.

A.N.S. - Trees in flower (1962)
Son style, immédiatement reconnaissable, occupe une place importante dans le paysage artistique soviétique, où il reste aujourd’hui une figure emblématique de l’esthétique socialiste.
Je dois dire qu’il y a assez peu d’œuvres de Samokhvalov qui me touchent réellement, mais j’aime particulièrement ces deux-là, au point de les présenter ici. J’ai pensé aussi à une toile disparue dont la paternité a été récemment établie : Rencontre d’amis, qui montre une tablée d’officiers russes célébrant la victoire de 1945, et qui fera peut-être l’objet d’une future publication, en compagnie de Jeune femme avec un foulard rouge (1934).

lundi 10 août 2026

B. Bourel - Flirt with me (1994)
La veillée du dimanche. Deux clichés du photographe français Bruno Bourel (b.1957), installé à Budapest depuis 1993. Après des études de réalisation et de musique – il joue chaque jour Bach et Bartók au piano –, il se tourne vers la photo à la fin des années 1970. 
Fidèle depuis ses débuts au noir et blanc et à son Leica M6, il photographie la rue ordinaire : bus, tramways, marchés, cafés, trottoirs, silhouettes croisées au hasard de la marche.
B. Bourel - Door

Les cérémonies de l'arpente, l'usure des semelles, les rencontres ... Tout cela vous conduit partout et nulle part, c'est la lumière qui me guide, je ne sais pas pourquoi je prends une rue plutôt qu'une autre mais je sais que toujours je reviens monter mon escalier, regarder par ma fenêtre.

dimanche 9 août 2026

Luigia Pansera - Solitude (2009)
La veillée du dimanche. Deux clichés de Luigia Pansera, photographe et vidéaste italienne qui s'est spécialisée avec son époux Giuseppe Colonese dans le documentaire nuptial.
L.P. - Milk #3, Epilogue (2009)

Après des études en communication et au DAMS, elle cofonde avec lui la société Evergreen Films - voir ICI -, qui a pour objet de documenter de belles histoires d'amour aux quatre coins du monde.
Je connais peu son travail photographique mené en parallèle de son activité commerciale, mais je suis tombé sur ces deux images, au caractère assez conceptuel, qui m'ont suffisamment plu pour avoir envie de les partager ici.

dimanche 2 août 2026

A.D. - La tasse de thé (1935)
La veillée du dimanche. Deux œuvres du peintre français André Derain (1880-1954), figure majeure du fauvisme, mouvement déjà évoqué ici à travers Vlaminck (voir décembre 2012), Van Dongen (voir avril 2017) et Raoul Dufy (voir août 2018). Avec Henri Matisse et Maurice de Vlaminck, Derain fut l’un des principaux acteurs de cette aventure picturale qui, au début du XXe siècle, donna à la couleur une liberté nouvelle.
Né à Chatou, près de Paris, André Derain se forme à l’Académie Camillo puis à l’Académie Julian, où il rencontre notamment Maurice de Vlaminck. Sa rencontre avec Henri Matisse en 1905 sera décisive : ensemble, ils vont contribuer à l’émergence du fauvisme, dont l’exposition au Salon d’Automne de la même année suscitera de vives réactions. 

A.D. - Aux environs de Chatou (1905)
Après cette période de recherches audacieuses sur la couleur, Derain évoluera vers une peinture plus classique, nourrie par son admiration pour les maîtres anciens.
Le Paysage aux alentours de Chatou (1905) appartient pleinement à cette période fauve : les couleurs y sont flamboyantes, presque irréelles ; elles s’affranchissent du réel pour devenir un moyen d’expression. À l’inverse, La Tasse de thé (1935) témoigne d’un autre moment de son parcours, plus apaisé, où Derain revient à une peinture plus sobre et plus proche de la tradition. C'est celle qui me plaît davantage.
Je l’avoue : le fauvisme n’est pas un mouvement qui me touche particulièrement.
Mais cela n’empêche pas certaines œuvres de me séduire ; derrière un mouvement artistique, il y a toujours des personnalités, des sensibilités et des chemins très différents. Ces deux tableaux en sont une illustration : ils m’ont suffisamment plu pour me donner envie de les partager.
NM1

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samedi 1 août 2026

I.B. - 8, Imp. Florimont, Paris (1948)
Une image et des mots.
« Je suis pour ces minuscules et invisibles forces de l'amour humain qui agissent d'individus à individus en s'insinuant entre les fissures du monde », écrivait le philosophe William James.
Pour accompagner ce cliché d'Izis Bidermanas (voir juin 2016), quelques lignes de Le Clézio, extraites de L'Extase matérielle (1967).

Être vivant, c'est d'abord savoir regarder. Pour ceux dont la vie n'est pas sûre, regarder est une action. C'est la première jouissance effective de l'être vivant. Il est né. Le monde est autour de lui. Le monde est lui. Il le voit. Il le regarde. [...] Il ne faut pas s'habituer. Il faut être stupéfait tout le temps, par chaque nouvelle vision.
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dimanche 26 juillet 2026

Will Rochfort - The first draft
La veillée du dimanche. Deux œuvres de Will Rochfort (b.1985), peintre britannique installé sur la côte sud de l’Angleterre. Formé à Kingston University en illustration et beaux-arts, il se consacre depuis la fin de ses études presque exclusivement à la peinture à l’huile. Son univers est nourri autant par Degas que par Norman Rockwell, mais aussi par le cinéma américain et l’âge d’or d’Hollywood – une culture visuelle assumée, populaire, narrative.
Ce qui le distingue, c’est sa manière de travailler : il construit ses tableaux comme des plateaux de cinéma.
Il fabrique des décors, assemble des accessoires, sollicite ses proches comme modèles, dirige la scène comme un metteur en scène avant de passer à la toile.

W.R. - The soda shop
Les images que l’on croit spontanées sont en réalité entièrement mises en place, photographiées, puis recomposées.
Il parle de « snapshots », des instantanés, mais ce sont des instantanés longuement préparés.
Il y a donc dans la démarche de Will Rochfort quelque chose d’artisanal et de cinématographique à la fois : construire, éclairer, cadrer, puis peindre. Comme si la toile était la dernière étape d’un long travail en coulisses.
JT1
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samedi 25 juillet 2026

Anon. - Meeting Mickey Mouse Club (1950s)

Une image et des mots. Une convention du Club Mickey aux États-Unis dans les années 1950, et quelques mots de Hunter Thompson, extraits de Las Vegas Parano (1971).

Le principal problème de toute démocratie, c'est que les bateleurs capables d'enflammer les foules sont généralement des porcs décérébrés. Ils montent sur scène, plongent leurs partisans dans une transe quasi orgiaque, puis retournent dans leur bureau pour vendre chacun de ces pauvres types au rabais, pour une poignée de centimes.

AI3

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dimanche 19 juillet 2026

W.B. - The wandering moon (1816)
La veillée du dimanche. Deux œuvres de William Blake (1757-1827), poète, graveur et peintre anglais, difficile à faire entrer dans une case.
Trop singulier pour son époque, trop visionnaire pour les catégories habituelles, il avance seul, nourri autant par la Bible que par ses propres visions.
Il écrit, dessine, grave et imprime lui-même ses livres, mêlant texte et image dans un même geste, comme si l’un ne pouvait pas aller sans l’autre.

Son travail s’inscrit à la marge du romantisme, mais sans le pittoresque ni le sentimentalisme que l’on y associe souvent. 

W.B. - Midsummer night's dream (1786)

Chez Blake, tout est symbole, tension, apparition. Les corps semblent parfois raides, presque maladroits, mais cette étrangeté fait partie du langage – rien n’est là pour plaire, tout sert à dire autre chose.

Ce qui me frappe avec ses illustrations, c’est cette impression de regarder non pas une scène, mais avant tout une pensée en train de prendre forme. William Blake ne décrit pas le monde et ses figures ne racontent pas une histoire : elles affirment une vision. On peut rester à distance, dérouté, ou juste accepter de se laisser traverser par ces images comme par un texte obscur.

PG15

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dimanche 12 juillet 2026

Ch. H. - Harlem, NYC (1972)
La veillée du dimanche. Deux clichés du photographe américain Chester Higgins Jr. (b.1946).
Né en Alabama, il étudie à la Tuskegee University auprès de P. H. Polk avant de s’installer à New York au début des années 1970. Après avoir travaillé avec Romare Bearden, il devient en 1975 le premier photographe noir intégré à l’équipe du New York Times, où il contribuera pendant près de quarante ans à renouveler la représentation des Afro-Américains. Dès ses premiers travaux, Higgins envisage la photographie comme un moyen d’explorer la mémoire, l’identité et les liens entre les générations. Dans un contexte où les images des populations noires étaient encore trop souvent enfermées dans les récits de la pauvreté, de la discrimination ou des conflits, il cherche à élargir ce regard : montrer des vies qui ne se résument pas aux épreuves qu’elles traversent.

C.H. - Harlem, NYC (1974)
La première photographie montre un couple avançant dans la rue.
Ils marchent enlacés et l’homme porte leur enfant sur ses épaules.
Ils sont photographiés de dos et c’est ce qui donne à cette scène toute sa portée : ces gestes de tendresse et de protection racontent, tout en s’inscrivant dans une histoire particulière, une histoire universelle.
La seconde montre un homme seul au comptoir d’un café de Harlem, devant sa tasse. Rien de spectaculaire : simplement un instant de calme dans un lieu familier et visiblement paisible. L’attention de Higgins se porte ici sur une présence, sur ce moment ordinaire où un homme s’accorde une pause dans le cours de sa journée. Le cadre, la sobriété du lieu et la simplicité de la scène rappellent que l’histoire humaine se raconte aussi dans ces moments sans éclat qui composent une existence.
WO1

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dimanche 5 juillet 2026

L. Janmot - Fleurs des champs (1845)
La veillée du dimanche. Deux œuvres du peintre et poète français Anne-François-Louis Janmot (1814-1892). La seconde appartient à son grand cycle Le poème de l'âme, composé de 18 peintures et 16 dessins auxquels il consacra près de quarante années de sa vie. Profondément marqué par son éducation religieuse et philosophique, Janmot développe une œuvre singulière, imprégnée de spiritualité. Après des études au collège royal de Lyon, où il côtoie Frédéric Ozanam, puis à l’École des beaux-arts de Lyon, il poursuit sa formation à Paris auprès de Victor Orsel et d’Ingres avant de séjourner en Italie en 1835, où il découvre Rome et rencontre Hippolyte Flandrin.
L.J. - Rayons de soleil (1854)

De retour à Lyon, il espère imposer sa vision au Salon de Paris, mais l’accueil réservé au Poème de l’âme lors de l’Exposition universelle de 1855 le ramène à sa ville natale. Il y enseigne à l’École des beaux-arts et réalise également des commandes pour la décoration d’églises, développant une peinture où la rigueur héritée d’Ingres se mêle à une quête spirituelle proche de celle des nazaréens.
Ce qui me touche chez Janmot, c’est moins la dimension religieuse de son œuvre que cette tentative folle et profondément personnelle de transformer la peinture en cheminement intérieur ; cette volonté presque démesurée de donner une forme visible à ce qui, par nature, échappe au regard. Le titre même de son grand cycle, Le Poème de l’âme, dit cette ambition : comme un poète, Janmot ne cherche pas seulement à montrer le monde, mais à en révéler une dimension plus secrète.
Figure de transition entre romantisme et symbolisme, Janmot occupe une place à part dans la peinture française du XIXᵉ siècle. Par son goût de l’allégorie, son idéal de pureté et sa recherche d’un art profondément spirituel, son œuvre rejoint certaines préoccupations des préraphaélites, sans véritablement appartenir à aucun mouvement constitué. Admiré notamment par Puvis de Chavannes, Odilon Redon ou Maurice Denis, son travail, qui allie précision académique et quête intérieure, témoigne d’une époque où l’art et la foi pouvaient encore chercher ensemble un idéal commun.
Avec Le Poème de l’âme, Janmot ne cherche pas seulement à raconter une histoire : il compose un véritable chemin intérieur, où les images deviennent les étapes d’une méditation sur l’existence humaine.
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samedi 4 juillet 2026

Sarah Chinnery - New Guinea (1937)

Une image et des mots. Un cliché de Sarah Chinnery – Lightning in clouds after a volcanic eruption –, et un poème d'Aragon, Les yeux et la mémoire (1954).

C'est une chose étrange à la fin que le monde
Un jour je m'en irai sans en avoir tout dit
Ces moments de bonheur ces midis d'incendie
La nuit immense et noire aux déchirures blondes
Rien n'est si précieux peut-être qu'on le croit
D'autres viennent Ils ont le cœur que j'ai moi-même
Ils savent toucher l'herbe et dire je vous aime
Et rêver dans le soir où s'éteignent des voix
D'autres qui referont comme moi le voyage
D'autres qui souriront d'un enfant rencontré
Qui se retourneront pour leur nom murmuré
D'autres qui lèveront les yeux vers les nuages
II y aura toujours un couple frémissant
Pour qui ce matin-là sera l'aube première
II y aura toujours l'eau le vent la lumière
Rien ne passe après tout si ce n'est le passant.
CO1

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dimanche 28 juin 2026

Dod Procter - The golden girl (c.1929)
La veillée du dimanche. Deux œuvres de l'artiste anglaise Dod Procter (1890–1972), figure discrète mais essentielle de la Newlyn School et l’une des artistes britanniques les plus reconnues de l’entre-deux-guerres. Née Doris Shaw à Hampstead, Londres, elle s’installe à 15 ans à Newlyn avec sa mère et son frère pour étudier à la Forbes School of Art, où elle partage la maison Myrtle Cottage avec sa cousine Cicely Jesse et l’artiste Tennyson Jesse. C'est là qu'elle rencontre Ernest Procter, futur mari et compagnon d’atelier et de voyages, avec qui elle se fait remarquer parmi les élèves les plus prometteurs de Stanhope Forbes.

Dod Procter - Morning (1926)
En 1910 et 1911, Dod et Ernest se rendent à Paris pour se former à l’Atelier Colarossi.
Là, ils découvrent l’Impressionnisme et le Postimpressionnisme, et rencontrent les oeuvres de Renoir et Cézanne. Le couple se marie en 1912 à l’église Paul Church, poursuivant à deux une pratique où intimité et observation du quotidien se répondent avec délicate discrétion.
Dans les années 1920, Dod Procter s’oriente vers une peinture plus épurée.
Ses modèles – souvent des jeunes femmes, parfois des enfants – apparaissent dans une lumière douce et pleine, sans décor superflu. Il me semble qu’on y devine Renoir dans la douceur des couleurs, tout en conservant quelque chose de très anglais dans la retenue. En 1927, son tableau Morning  - portrait sensuel de la fille d'un pêcheur de Newlyn -, remporte un succès immense à la Royal Academy, au point d’être acquis par la Tate : une jeune femme allongée, les yeux mi-clos, dans un silence presque tangible. C’est sans doute son œuvre la plus célèbre.
SA1

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samedi 27 juin 2026

Anon. - Hambourg (1936)
Une image et des mots. « Sapere aude » – « ose savoir ».
Cette formule, reprise par Kant et devenue la devise des Lumières, est une invitation à penser par soi-même, à avoir le courage de se servir de sa propre raison.
Pour accompagner ce cliché pris le 13 juin 1936 à Hambourg, lors d'un rassemblement au chantier naval Blohm & Voss, où l’ouvrier August Landmesser, seul, reste les bras croisés au milieu d’une foule qui fait le salut nazi, voici quelques lignes de Thoreau, extraites de Walden ou la Vie dans les bois (1854).

« Si un homme ne marche pas au pas de ses compagnons, c'est peut-être parce qu'il entend un autre tambour. Qu'il marche au son de la musique qu'il entend, quelle qu'elle soit, aussi mesurée ou lointaine qu'elle puisse être. »
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dimanche 21 juin 2026

T.B.K. - Reading by a window (1900)
La veillée du dimanche. Deux œuvres de Thomas Benjamin Kennington (1856-1916), déjà présenté en novembre 2021. Si son nom reste souvent associé à ses grandes compositions consacrées à la pauvreté de l'Angleterre victorienne, son œuvre ne s'y réduit pas. Il peint aussi une certaine idée des valeurs de son temps.
 
T.B. Kennington - Babies' beach
Comme beaucoup de peintres du XIXᵉ siècle, Kennington est aussi un peintre narratif : chacun de ses tableaux raconte une histoire, qu'elle soit liée aux réalités sociales, à la vie familiale ou aux moments les plus ordinaires de l'existence. Ces deux nouvelles œuvres nous montrent une autre dimension de son œuvre, plus paisible, où il s'intéresse aux gestes familiers et aux scènes de la vie quotidienne.
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dimanche 14 juin 2026

Max Yavno - The Heiress (1949)
La veillée du dimanche. Deux clichés du photographe américain Max Yavno (1911-1985). Né à New York, Yavno commence sa carrière dans la photographie commerciale avant de développer un travail plus personnel. Membre de la Photo League dans les années 1940, il partage avec ce groupe une conception de la photographie attentive à la société et aux moments ordinaires de la vie. Installé en Californie après la Seconde Guerre mondiale, il photographie Los Angeles et ses habitants au moment où la ville connaît de profondes transformations. Mais son regard ne se limite pas aux rues et aux architectures : il s’intéresse aux signes qui racontent une époque, aux lieux où se rencontrent les individus, les images et les rêves collectifs.

M.Y. - High School Beach (1947)
Avec The Heiress, il saisit une nuit hollywoodienne presque théâtrale : la foule rassemblée devant un cinéma, l’immense affiche du film de Wyler, les faisceaux lumineux des projecteurs qui trouent le ciel nocturne. Dans High School Beach, il observe une autre facette de la Californie, celle de la jeunesse et des loisirs.
Deux images où Yavno montre, davantage que de simples situations, des moments où une société se met elle-même en scène.
AC1

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dimanche 7 juin 2026

F. Porter - Interior with roses (1955)
La veillée du dimanche. Deux œuvres du peintre américain Fairfield Porter (1907-1975), figure discrète mais essentielle de la peinture figurative du XXᵉ siècle. Né dans une famille d’artistes et d’écrivains, il étudie à Harvard puis à l’Art Students League de New York, avant de s’installer entre Southampton et l’île de Great Spruce Head, dans le Maine. Porter forge peu à peu une vision très personnelle – à la croisée du réalisme et de l’abstraction gestuelle chère à l'école de New York. Influencé par Bonnard et Vuillard autant que par ses amis Willem et Elaine de Kooning, il reste volontairement figuratif dans une époque dominée par l’expressionnisme abstrait. Ses tableaux montrent ce qu’il connaît le mieux : sa maison, sa famille, ses amis, les paysages du littoral.
F.P. - Clothesline (1958)

Porter peint sans effet des scènes où la lumière adoucit tout – une table, une fenêtre ouverte, un coin de jardin. Rien n’est spectaculaire ; tout est apaisé, et paraît vu avec gratitude. Ce que j’aime dans sa peinture, c’est ce mélange d’attention et de détachement : il regarde le quotidien sans le charger de symboles, mais il en révèle la paisible beauté.
« Fais que tout soit plus beau », disait Renoir à Bonnard ; Porter semble avoir pris ce conseil à la lettre.
CB3

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samedi 6 juin 2026

Peter Turnley - New York (2013)
Une image et des mots. Un cliché du photographe américain Peter Turnley, et quelques vers d'Emma Lazarus, extraits de son poème The New Colossus (1883).

"Give me your tired, your poor,
Your huddled masses yearning to breathe free,
The wretched refuse of your teeming shore.
Send these, the homeless, the tempest-tossed to me,
I lift my lamp beside the golden door!"
PG9

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samedi 30 mai 2026

Jürgen Nefzger - Serris, Marne-la-Vallée (2000)
Une image et des mots. Un cliché de Jürgen Nefzger extrait de sa série Aux  portes du royaume, réalisée entre 1997 et 2000 sur les zones pavillonnaires autour de Eurodisney. Le poème pour aller avec est d'André Dhôtel.

La rue aux cent maisons pareilles
s'ouvrait sur la campagne
que déjà les trottoirs annonçaient
pâquerettes et véroniques.

Partout la paix impénétrable
à cause des maisons simples
et des herbes abandonnées
qui réclamaient leur part de ciel.

Faut-il se demander
comment l'amour venait
du plus lointain du monde
nous apporter le rêve d'un temps
qui oubliait d'être le temps
pour rayonner dans l'espace
et rassembler les étincelles
de tout âge précipitées
en son infini diamant.

KA2 ICI