In girum imus nocte et consumimur igni

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lundi 27 avril 2026

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T.B.K. - Reading by a window (1900)
Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres de Thomas Benjamin Kennington (1856-1916), déjà présenté en novembre 2021.
Si l’on se souvient de son intérêt pour les réalités sociales, ces deux nouvelles images révèlent surtout son sens de la composition et sa manière de rendre chaque scène vivante et crédible. J'aime la délicate sobriété de son regard : pas d’effet spectaculaire, mais chaque geste, chaque posture, chaque expression semble soigneusement observée.

T.B. Kennington - Babies' beach
Kennington reste fidèle à sa formation académique, mais son classicisme n'empêche rien : il s’allie toujours à une sensibilité attentive aux individus, aux détails de la vie et aux nuances des rapports humains. Cette précision discrète fait toute la force de son œuvre et explique pourquoi, plus d’un siècle après, elle continue de nous parler. C'est un peintre que j'aime beaucoup.
Dod Procter - The golden girl (c.1929)
Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres de l'artiste anglaise Dod Procter (1890–1972), figure discrète mais essentielle de la Newlyn School et l’une des artistes britanniques les plus reconnues de l’entre-deux-guerres. Née Doris Shaw à Hampstead, Londres, elle s’installe à 15 ans à Newlyn avec sa mère et son frère pour étudier à la Forbes School of Art, où elle partage la maison Myrtle Cottage avec sa cousine Cicely Jesse et l’artiste Tennyson Jesse. C'est là qu'elle rencontre Ernest Procter, futur mari et compagnon d’atelier et de voyages, avec qui elle se fait remarquer parmi les élèves les plus prometteurs de Stanhope Forbes.

Dod Procter - Morning (1926)
En 1910 et 1911, Dod et Ernest se rendent à Paris pour se former à l’Atelier Colarossi.
Là, ils découvrent l’Impressionnisme et le Postimpressionnisme, et rencontrent les oeuvres de Renoir et Cézanne. Le couple se marie en 1912 à l’église Paul Church, poursuivant à deux une pratique où intimité et observation du quotidien se répondent avec délicate discrétion.
Dans les années 1920, Dod Procter s’oriente vers une peinture plus épurée.
Ses modèles – souvent des jeunes femmes, parfois des enfants – apparaissent dans une lumière douce et pleine, sans décor superflu. Il me semble qu’on y devine Renoir dans la douceur des couleurs, tout en conservant quelque chose de très anglais dans la retenue. En 1927, son tableau Morning  - portrait sensuel de la fille d'un pêcheur de Newlyn -, remporte un succès immense à la Royal Academy, au point d’être acquis par la Tate : une jeune femme allongée, les yeux mi-clos, dans un silence presque tangible. C’est sans doute son œuvre la plus célèbre.
W.B. - The wandering moon (1816)
Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres de William Blake (1757-1827), poète, graveur et peintre anglais, difficile à faire entrer dans une case.
Trop singulier pour son époque, trop visionnaire pour les catégories habituelles, il avance seul, nourri autant par la Bible que par ses propres visions.
Il écrit, dessine, grave et imprime lui-même ses livres, mêlant texte et image dans un même geste, comme si l’un ne pouvait pas aller sans l’autre.

Son travail s’inscrit à la marge du romantisme, mais sans le pittoresque ni le sentimentalisme que l’on y associe souvent. 

W.B. - Midsummer night's dream (1786)

Chez Blake, tout est symbole, tension, apparition. Les corps semblent parfois raides, presque maladroits, mais cette étrangeté fait partie du langage – rien n’est là pour plaire, tout sert à dire autre chose.

Ce qui me frappe avec ses illustrations, c’est cette impression de regarder non pas une scène, mais avant tout une pensée en train de prendre forme. William Blake ne décrit pas le monde et ses figures ne racontent pas une histoire : elles affirment une vision. On peut rester à distance, dérouté, ou juste accepter de se laisser traverser par ces images comme par un texte obscur.

F. Porter - Interior with roses (1955)
Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres du peintre américain Fairfield Porter (1907-1975), figure discrète mais essentielle de la peinture figurative du XXᵉ siècle. Né dans une famille d’artistes et d’écrivains, il étudie à Harvard puis à l’Art Students League de New York, avant de s’installer entre Southampton et l’île de Great Spruce Head, dans le Maine. Porter forge peu à peu une vision très personnelle – à la croisée du réalisme et de l’abstraction gestuelle chère à l'école de New York. Influencé par Bonnard et Vuillard autant que par ses amis Willem et Elaine de Kooning, il reste volontairement figuratif dans une époque dominée par l’expressionnisme abstrait. Ses tableaux montrent ce qu’il connaît le mieux : sa maison, sa famille, ses amis, les paysages du littoral.
F.P. - Clothesline (1958)

Porter peint sans effet des scènes où la lumière adoucit tout – une table, une fenêtre ouverte, un coin de jardin. Rien n’est spectaculaire ; tout est apaisé, et paraît vu avec gratitude. Ce que j’aime dans sa peinture, c’est ce mélange d’attention et de détachement : il regarde le quotidien sans le charger de symboles, mais il en révèle la paisible beauté.
« Fais que tout soit plus beau », disait Renoir à Bonnard ; Porter semble avoir pris ce conseil à la lettre.
Will Rochfort - The first draft
Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres de Will Rochfort (b.1985), peintre britannique installé sur la côte sud de l’Angleterre. Formé à Kingston University en illustration et beaux-arts, il se consacre depuis la fin de ses études presque exclusivement à la peinture à l’huile. Son univers est nourri autant par Degas que par Norman Rockwell, mais aussi par le cinéma américain et l’âge d’or d’Hollywood – une culture visuelle assumée, populaire, narrative.
Ce qui le distingue, c’est sa manière de travailler : il construit ses tableaux comme des plateaux de cinéma.
Il fabrique des décors, assemble des accessoires, sollicite ses proches comme modèles, dirige la scène comme un metteur en scène avant de passer à la toile.

W.R. - The soda shop
Les images que l’on croit spontanées sont en réalité entièrement mises en place, photographiées, puis recomposées.
Il parle de « snapshots », des instantanés, mais ce sont des instantanés longuement préparés.
Il y a donc dans la démarche de Will Rochfort quelque chose d’artisanal et de cinématographique à la fois : construire, éclairer, cadrer, puis peindre. Comme si la toile était la dernière étape d’un long travail en coulisses.
Jürgen Nefzger - Serris, Marne-la-Vallée (2000)
Une image et des mots. Un cliché de Jürgen Nefzger extrait de sa série Aux  portes du royaume, réalisée entre 1997 et 2000 sur les zones pavillonnaires autour de Eurodisney. Le poème pour aller avec est d'André Dhôtel.

La rue aux cent maisons pareilles
s'ouvrait sur la campagne
que déjà les trottoirs annonçaient
pâquerettes et véroniques.

Partout la paix impénétrable
à cause des maisons simples
et des herbes abandonnées
qui réclamaient leur part de ciel.

Faut-il se demander
comment l'amour venait
du plus lointain du monde
nous apporter le rêve d'un temps
qui oubliait d'être le temps
pour rayonner dans l'espace
et rassembler les étincelles
de tout âge précipitées
en son infini diamant.

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