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Veilleur de nuit
In girum imus nocte et consumimur igni
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mercredi 1 avril 2026
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| Dora Carrington |
Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres de l'anglaise Dora Carrington (1893-1932). Formée à la Slade School of Art à Londres, où elle obtient plusieurs prix, elle appartient à cette génération d’artistes proches du Bloomsbury Group, sans jamais s’y intégrer pleinement. Elle expose peu, signe rarement ses œuvres, et travaille aussi bien la peinture que les arts décoratifs.
Carrington reste aujourd’hui encore difficile à classer. Ses paysages, souvent silencieux, mêlent une observation très concrète du monde à quelque chose de plus intérieur, presque secret. Les formes sont simples, les couleurs retenues, mais l’espace semble chargé d’une présence diffuse, parfois troublante.
Alors quand on connaît son histoire, il est difficile, en regardant son travail, de ne pas penser à sa relation avec Lytton Strachey – amour fou, profond, essentiellement platonique, qui a traversé toute sa vie. Cette relation, si singulière, me touche beaucoup et j’ai l’impression qu’elle imprègne son œuvre, sans jamais s’y raconter directement : une intensité contenue, une tension affective tenue à distance, quelque chose qui ne se résout pas.
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| Rembrandt - Ronde de nuit (1642) |
Ce tableau, oeuvre majeure de l'art baroque hollandais, est une commande du Kloveniersdoelen, siège des compagnies militaires formées par les citoyens d'Amsterdam. Elle est célèbre pour sa composition dynamique et complexe, ainsi que pour son utilisation magistrale de l'ombre et de la lumière ; Rembrandt crée ainsi un effet de profondeur et de clair-obscur qui attire l'oeil sur les personnages centraux.
J'associerai cette image avec un extrait d'un ouvrage d'un autre philosophe, Nietzsche, qui dans Naissance de la tragédie explore l'opposition entre les forces apolliniennes, qui représentent la clarté, la raison et la mesure, et les forces dionysiaques, qui sont celles de l'ombre, de la déraison et du chaos. Il y affirme que la tragédie grecque, née de l'interaction entre ces deux forces, est un reflet de la vie humaine elle-même, marquée par la confrontation de l'ombre et de la lumière.
"La tragédie grecque ne représente pas une lutte entre les vices et les vertus, mais entre les forces divines qui habitent la nature humaine elle-même. Elle révèle la vérité cachée de notre existence, qui est marquée par la dualité entre l'ordre et le chaos, la raison et l'instinct, l'ombre et la lumière. Cette vérité est insupportable pour l'esprit humain, qui cherche à tout prix à éviter le chaos et à maintenir l'ordre, mais elle est révélée de manière éclatante par la tragédie, qui montre que la vie ne peut être comprise qu'à travers la confrontation entre ces forces contradictoires."
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| F. Porter - Interior with roses (1955) |
Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres du peintre américain Fairfield Porter (1907-1975), figure discrète mais essentielle de la peinture figurative du XXᵉ siècle. Né dans une famille d’artistes et d’écrivains, il étudie à Harvard puis à l’Art Students League de New York, avant de s’installer entre Southampton et l’île de Great Spruce Head, dans le Maine. Porter forge peu à peu une vision très personnelle – à la croisée du réalisme et de l’abstraction gestuelle chère à l'école de New York. Influencé par Bonnard et Vuillard autant que par ses amis Willem et Elaine de Kooning, il reste volontairement figuratif dans une époque dominée par l’expressionnisme abstrait. Ses tableaux montrent ce qu’il connaît le mieux : sa maison, sa famille, ses amis, les paysages du littoral.
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| F.P. - Clothesline (1958) |
Porter peint sans effet des scènes où la lumière adoucit tout – une table, une fenêtre ouverte, un coin de jardin. Rien n’est spectaculaire ; tout est apaisé, et paraît vu avec gratitude. Ce que j’aime dans sa peinture, c’est ce mélange d’attention et de détachement : il regarde le quotidien sans le charger de symboles, mais il en révèle la paisible beauté.
« Fais que tout soit plus beau », disait Renoir à Bonnard ; Porter semble avoir pris ce conseil à la lettre.
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| T.B.K. - Reading by a window (1900) |
Si l’on se souvient de son intérêt pour les réalités sociales, ces deux nouvelles images révèlent surtout son sens de la composition et sa manière de rendre chaque scène vivante et crédible. J'aime la délicate sobriété de son regard : pas d’effet spectaculaire, mais chaque geste, chaque posture, chaque expression semble soigneusement observée.
Kennington reste fidèle à sa formation académique, mais son classicisme n'empêche rien : il s’allie toujours à une sensibilité attentive aux individus, aux détails de la vie et aux nuances des rapports humains. Cette précision discrète fait toute la force de son œuvre et explique pourquoi, plus d’un siècle après, elle continue de nous parler. C'est un peintre que j'aime beaucoup.
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| Dod Procter - The golden girl (c.1929) |
Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres de l'artiste anglaise Dod Procter (1890–1972), figure discrète mais essentielle de la Newlyn School et l’une des artistes britanniques les plus reconnues de l’entre-deux-guerres. Née Doris Shaw à Hampstead, Londres, elle s’installe à 15 ans à Newlyn avec sa mère et son frère pour étudier à la Forbes School of Art, où elle partage la maison Myrtle Cottage avec sa cousine Cicely Jesse et l’artiste Tennyson Jesse. C'est là qu'elle rencontre Ernest Procter, futur mari et compagnon d’atelier et de voyages, avec qui elle se fait remarquer parmi les élèves les plus prometteurs de Stanhope Forbes.
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| Dod Procter - Morning (1926) |
En 1910 et 1911, Dod et Ernest se rendent à Paris pour se former à l’Atelier Colarossi.
Là, ils découvrent l’Impressionnisme et le Postimpressionnisme, et rencontrent les oeuvres de Renoir et Cézanne. Le couple se marie en 1912 à l’église Paul Church, poursuivant à deux une pratique où intimité et observation du quotidien se répondent avec délicate discrétion.
Dans les années 1920, Dod Procter s’oriente vers une peinture plus épurée.
Ses modèles – souvent des jeunes femmes, parfois des enfants – apparaissent dans une lumière douce et pleine, sans décor superflu. Il me semble qu’on y devine Renoir dans la douceur des couleurs, tout en conservant quelque chose de très anglais dans la retenue. En 1927, son tableau Morning - portrait sensuel de la fille d'un pêcheur de Newlyn -, remporte un succès immense à la Royal Academy, au point d’être acquis par la Tate : une jeune femme allongée, les yeux mi-clos, dans un silence presque tangible. C’est sans doute son œuvre la plus célèbre.
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| G.C. - Reading by lamplight (1909) |
Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres du peintre britannique George Clausen (1852-1944), déjà présenté en janvier 2010. Né à Londres d’un père décorateur d’origine danoise et d’une mère écossaise, il se forme très tôt au dessin à l’école de South Kensington, puis complète sa formation à Paris auprès de Bouguereau et de Tony Robert-Fleury à l’Académie Julian. Admirateur de Jules Bastien-Lepage, il développe un réalisme attentif à la lumière et aux gestes du quotidien, influencé dans une certaine mesure par les Impressionnistes.
Clausen devient rapidement l’un des grands peintres modernes de paysages et de la vie paysanne en Angleterre. Il explore aussi l’urbain et le décoratif, ainsi que le rôle du peintre en temps de guerre, avec des œuvres comme Gun Factory at Woolwich Arsenal (1919) ou la série de lithographies Making Guns for the Government. Son enseignement à la Royal Academy témoigne de son souci de transmettre une vision précise et honnête de la peinture, alliant observation et maîtrise technique.
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