In girum imus nocte et consumimur igni

In girum imus nocte et consumimur igni
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dimanche 26 avril 2020

E.Erwitt - Waves, Brighton (1956)
Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés de l'américain d'origine russe Elliott Erwitt, né à Paris en 1928, grand photographe du chien de rue ou de compagnie, ce miroir de la condition humaine. Pas seulement, bien sûr, comme en témoignent les deux photos ci-jointes, dont la très célèbre Segregated fountain, évoquée dans la publication d'octobre 2011 : deux lavabos reliés entre eux et qui distribuent la même eau, mais l'un est propre et neuf, l'autre sale et vieillot...

E.E. - North Caroline segregated fountain
(1950)

Elliott Erwitt dit concéder à la technique une place très secondaire ; ses photos peuvent parfois être un peu floues, et leur cadrage – qu'il ne corrige pas au tirage – imparfait.
« To me, photography is an art of observation. It's about finding something interesting in an ordinary place... I've found it has little to do with the things you see and everything to do with the way you see them. »
Ce qui l'intéresse c'est l'émotion qu'elles portent, les situations légèrement insolites et souvent teintées d'une pointe d'humour très "tongue-in-cheek".
Pour « se moquer des excès absurdes de la photographie contemporaine », Erwitt a créé un alter ego, un artiste originaire de Grand Citron, en Guyane Française, le prétentieux André S. Solidor, coiffé d'un béret et dont les initiales forment le mot "ASS" ("âne" en anglais). Ses œuvres ont été publiées dans un livre, The Art of André S. Solidor (2009), et exposées en 2011 à la Paul Smith Gallery de Londres.

PG7
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dimanche 19 avril 2020

Alex Venezia - At rest (2019)
 Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres du peintre américain Alex Venezia (b.1993). Par le choix et le traitement du sujet, par l'atmosphère intime et subtile qui en émane, la première évoque immédiatement, à mes yeux, certaines œuvres de Bouguereau. Autodidacte, Venezia s'est rapidement fait remarquer par une maîtrise technique qui revendique l'héritage de la grande peinture figurative sans chercher à en faire une simple imitation.

A.V. - Lost nest (2018)
Il raconte avoir découvert sa vocation au lycée, lors d'un cours consacré au clair-obscur à travers une œuvre du Caravage, véritable révélation qui orientera durablement son travail.
J'aime beaucoup ses portraits et ses natures mortes, tout imprégnés de réalisme et de sensibilité, où la virtuosité technique me semble toujours s'effacer devant le sujet.
LC7

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samedi 18 avril 2020

Kevin McElheran - Abandoned church
Une image et des mots. Cette belle photo de Kevin McElheran, "Abandoned church", m'a fait penser à un texte de Thomas Vinau, intitulé "Comme tout le monde" et extrait du recueil Bleu de travail, publié en 2015 à La Fosse aux ours.

"Je fais ce que je peux. Avec le silence et le reste. Avec mes peurs de bête. Avec mes cris d'enfant qui ne débordent plus. Je fais ce que je peux. Dans ce petit bain de cruauté et de lumière. Dans les éclats de sucre et de mensonge. Dans la délicatesse. Dans la violence du temps qui piétine nos rêves. 
Dans nos petits pataugements précieux. Un matin après l'autre. Un oubli après l'autre. Un mot sur le suivant. Je fais ce que je peux. Avec le ciel et sans les dieux."
AV6

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dimanche 12 avril 2020

P.C. - Gardanne (1886)

Le vide-grenier du dimanche. Deux œuvres de Paul Cézanne (1839-1906), l'une des figures fondatrices de l'art moderne. Longtemps incompris, souvent rejeté par les institutions et le public, il a pourtant – en cherchant à dépasser les limites de la peinture impressionniste – ouvert la voie à une nouvelle manière de penser la peinture, notamment au cubisme, dont il est considéré comme l'un des précurseurs, et plus largement aux recherches qui mèneront à l'abstraction.
Formé à Paris, Cézanne rencontre Camille Pissarro, dont l'influence sera décisive. Il dira de lui qu'il était « un père », quelqu'un à qui demander conseil, « quelqu'un comme le Bon Dieu lui-même ». Dans un catalogue d'exposition des années 1900, il se présente d'ailleurs simplement comme « Paul Cézanne, élève de Pissarro ».

P.C. - Pots de fleurs (nd)
S'il participe un temps aux recherches impressionnistes, Cézanne cherche bientôt autre chose que la seule perception fugitive de la lumière. Il veut donner à la nature une architecture durable : « Traiter la nature par le cylindre, la sphère et le cône », disait-il. Derrière chaque paysage, chaque pomme, chaque objet, il cherche une organisation profonde des formes et des couleurs.
Ses séries de la montagne Sainte-Victoire et ses natures mortes témoignent de cette quête obstinée d'un équilibre entre observation et construction. Picasso, Matisse et bien d'autres verront en lui celui qui a ouvert la voie à la peinture moderne.

MR4

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dimanche 5 avril 2020

Y. H. - Cerisiers au printemps (1895)

Le vide-grenier du dimanche. Deux gravures sur bois du japonais Yamamoto Hosui (1850-1906), également connu sous le nom de Yamamoto Tamenosuke. Formé d'abord au style nan-ga (ou bujin-ga), inspiré de la peinture lettrée chinoise, il se tourne ensuite vers l'art occidental, qu'il découvre auprès de l'illustrateur anglais Charles Wirgman avant de partir pour Paris en 1878. Il y séjournera près de dix ans et suivra notamment l'enseignement de Jean-Léon Gérôme aux Beaux-Arts.

Y.H. - Cascade au printemps (1895)
À son retour au Japon, il fonde à Tokyo l'académie Seikokan, où il transmet les méthodes de la peinture occidentale apprises en France, notamment le travail d'après nature et les principes hérités de l'École de BarbizonAux côtés de Kuroda Seiki, il contribue ainsi à introduire la peinture en plein air et l'impressionnisme dans un pays alors en pleine modernisation artistique.
Peintre officiel durant les guerres sino-japonaise et russo-japonaise, Yamamoto Hosui demeure surtout l'une des figures de cette génération qui fit dialoguer les traditions picturales japonaises et les apports de l'art européen. Son œuvre témoigne d'un moment charnière de l'histoire culturelle du Japon, partagé entre fidélité à son héritage et ouverture à la modernité.

AN3

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samedi 4 avril 2020

Alain Guillemaud
Une image et des mots. La photographie est d'Alain Guillemaud, le texte est de Raoul Vaneigem, extrait de Nous qui désirons sans fin, publié en 1996 au Cherche Midi.

"Les hommes ont renoncé à vivre pour assurer la survie d'une économie censée garantir la survie de l'espèce. Ils ont arraché à la nature des ressources qu'elle leur eût prodigué sans limite, à peine de les restaurer, et ils les ont dénaturées dans le même temps qu'ils dénaturaient la femme, l'enfant, et leur propre humanité."
AS1

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