In girum imus nocte et consumimur igni

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dimanche 2 août 2026

A.D. - La tasse de thé (1935)
La veillée du dimanche. Deux œuvres du peintre français André Derain (1880-1954), figure majeure du fauvisme, mouvement déjà évoqué ici à travers Vlaminck (voir décembre 2012), Van Dongen (voir avril 2017) et Raoul Dufy (voir août 2018). Avec Henri Matisse et Maurice de Vlaminck, Derain fut l’un des principaux acteurs de cette aventure picturale qui, au début du XXe siècle, donna à la couleur une liberté nouvelle.
Né à Chatou, près de Paris, André Derain se forme à l’Académie Camillo puis à l’Académie Julian, où il rencontre notamment Maurice de Vlaminck. Sa rencontre avec Henri Matisse en 1905 sera décisive : ensemble, ils vont contribuer à l’émergence du fauvisme, dont l’exposition au Salon d’Automne de la même année suscitera de vives réactions. 

A.D. - Aux environs de Chatou (1905)
Après cette période de recherches audacieuses sur la couleur, Derain évoluera vers une peinture plus classique, nourrie par son admiration pour les maîtres anciens.
Le Paysage aux alentours de Chatou (1905) appartient pleinement à cette période fauve : les couleurs y sont flamboyantes, presque irréelles ; elles s’affranchissent du réel pour devenir un moyen d’expression. À l’inverse, La Tasse de thé (1935) témoigne d’un autre moment de son parcours, plus apaisé, où Derain revient à une peinture plus sobre et plus proche de la tradition. C'est celle qui me plaît davantage.
Je l’avoue : le fauvisme n’est pas un mouvement qui me touche particulièrement.
Mais cela n’empêche pas certaines œuvres de me séduire ; derrière un mouvement artistique, il y a toujours des personnalités, des sensibilités et des chemins très différents. Ces deux tableaux en sont une illustration : ils m’ont suffisamment plu pour me donner envie de les partager.

dimanche 1 avril 2018

H.M. - Les poissons rouges (1911)

La veillée du dimanche. Deux œuvres d'Henri Matisse (1869-1954), l’un des grands peintres du XXᵉ siècle et chef de file du fauvisme.
Né au Cateau-Cambrésis, dans le Nord de la France, il ne se destine pas d’abord à la peinture : c’est en 1890, pendant une longue convalescence, qu’il découvre sa vocation. Élève de Gustave Moreau à Paris, il expose en 1905 au Salon d’Automne avec André Derain et Maurice de Vlaminck. Leurs toiles aux couleurs pures, posées en larges aplats, font scandale et valent aux trois peintres le surnom de « fauves ».

H. M. - Femme assise (1922)
Matisse ne cessera ensuite d’explorer les possibilités de la couleur et de la simplification des formes. Des natures mortes et portraits de ses débuts aux intérieurs lumineux de Nice, de la sculpture aux célèbres gouaches découpées de la fin de sa vie, il cherche toujours à aller à l’essentiel. Son influence sur l’art moderne est considérable, notamment aux États-Unis, de 1'École de New York à Rothko, Warhol ou Lichtenstein.  Le présenter en quelques lignes est évidemment bien difficile.
Mais si Picasso incarne souvent l’artiste de la rupture, Matisse serait plutôt, à mes yeux, celui de la continuité : il avance sans cesse, mais sans jamais perdre de vue ce qu’il cherche depuis le début. « Un art d’équilibre, de pureté, de tranquillité ». Et c’est peut-être ce qui me plaît le plus chez lui : cette impression que l’art peut être à la fois simple et savant, exigeant et léger.
Ses tableaux, lumineux et sereins, témoignent de cette quête d’un bonheur possible par la peinture.
 © Veilleur de Nuit – 2018

dimanche 23 avril 2017

K. van Dongen - Face au miroir (1908)

La veillée du dimanche. Deux œuvres de Kees van Dongen (1877-1968), peintre néerlandais naturalisé français, figure incontournable du fauvisme.
Né à Rotterdam, il suit l’enseignement de l’Académie royale des beaux-arts, où il rencontre Augusta Preitinger (« Guus »), étudiante comme lui et qu’il épousera à Paris en 1901. Installé à Paris dès 1897, il fréquente les milieux bohèmes de Montmartre puis de Montparnasse, exposant aux côtés de Derain, Vlaminck et surtout Matisse.

K.D. - La lecture (1912)
Très vite, ses toiles aux couleurs franches et aux contours simplifiés attirent l’attention.
Après la Première Guerre mondiale, il devient l’un des portraitistes mondains les plus recherchés de l’entre-deux-guerres. Ses portraits de femmes, reconnaissables entre tous, avec leurs yeux immenses, leurs couleurs éclatantes et leur sensualité mêlée d’élégance et de provocation, lui valent un immense succès auprès de l’aristocratie et de la haute bourgeoisie parisiennes. « Painting is the most beautiful lie », disait-il.
Mais Van Dongen s’intéresse aussi à la vie populaire des faubourgs, aux cabarets, au cirque et au monde interlope de la capitale – il sera même surnommé « le peintre des maisons closes ». On peut penser que cette sensibilité n'est pas étrangère à ses convictions libertaires : en 1895, il illustre l’édition néerlandaise de L’Anarchie de Kropotkine et, quelques années plus tard, collabore au journal satirique L’Assiette au beurre.
Le second tableau montre une lectrice absorbée par Rabelais. J’aime assez ce détail, qui semble prolonger, jusque dans le choix d’un livre, le goût de Van Dongen pour une certaine liberté de ton.
 © Veilleur de Nuit – 2017

dimanche 24 juillet 2016

A. Marquet - Le jardin à Pyla (1935)
La veillée du dimanche. Deux œuvres d’Albert Marquet (1875-1947), associé au mouvement fauviste. Formé à l’École des Arts décoratifs grâce au soutien de sa mère, qui croit en son talent et vient s’installer avec lui à Paris, il rencontre Matisse, qui deviendra son ami fidèle. Tous deux intègrent ensuite l’École des Beaux-Arts, où ils suivent l’enseignement du peintre symboliste Gustave Moreau ; ils partagent dix années d’apprentissage et de vaches maigres.

A.M. - Les toits de Paris (1906)
Réservé et discret, réfractaire à l'autorité sans être militant, Marquet fréquente les milieux libertaires des années 1890-1900, avant de se rapprocher, dans l’entre-deux-guerres, d'une gauche antifasciste plus classique.
S’il n’exprime jamais clairement ses opinions, « il a un côté ni dieu ni maître, ni jury ni récompense », résume Sophie Krebs, conservatrice en chef au Musée d’Art Moderne de Paris.
En 1910, Apollinaire écrivait de lui : 
« Ce peintre regarde la nature avec bonté. Il y a en lui un peu de la douceur de saint François. »
Derrière cette douceur dont parle Apollinaire, il y a aussi l’homme réservé dont parle Sophie Krebs, sans goût pour l’esbroufe et assez peu soucieux de paraître autre qu’il n’est.
Il sait ce qu’il sait faire, ce qu’il ne sait pas faire, et il en prend son parti : il peint, il dessine, et il laisse ses tableaux faire le reste : « Je ne sais ni écrire ni parler, mais seulement peindre et dessiner. Regardez ce que je fais. Ou je suis arrivé à m’exprimer ou j’ai échoué. En ce cas, que vous me compreniez ou pas, par votre faute ou par la mienne, je ne peux pas faire plus. »
 © Veilleur de Nuit – 2016

dimanche 17 janvier 2016

A. Bocchi - Bianca en rose (1930)
La veillée du dimanche. Deux œuvres de l’Italien Amedeo Bocchi (1883-1976). Troisième d’une fratrie de sept enfants, il est d’abord destiné à seconder son père, décorateur, et entre à douze ans à l’École des Beaux-Arts de Parme.
Après des résultats remarquables, son professeur conseille à sa famille de l’envoyer se perfectionner à Rome, où il passe trois ans à l’École libre du nu de la Via di Ripetta. 
« Le véritable effort, le véritable tourment de l'artiste responsable et conscient de sa mission n'est pas d'étonner avec des compositions compliquées [...] mais d'arriver à l'expression la plus profonde avec les moyens les plus simples et les plus clairs. »
A.B. - Dans le parc (1919)

Il travaille ensuite à Padoue, à la restauration des fresques de la basilique Saint-Antoine, tout en poursuivant son activité de portraitiste.
La famille constitue le sujet central de son œuvre : parents, épouse et surtout sa fille Bianca deviennent les protagonistes de ses tableaux.
Le portrait de sa femme Niccolina Toppi (Dans le parc, 1919), aux couleurs franches et contrastées, porte clairement l’influence des Fauves et des Nabis, deux courants déjà évoqués ici à propos de Vallotton (2008) et de Randon (2014). Onze ans plus tard, celui de sa fille Bianca, dans une gamme de roses et de tonalités pâles, est l’un des derniers portraits d’une émouvante galerie commencée dix-huit ans plus tôt avec Bianca bambina (1912), qui allait bientôt s’interrompre avec la disparition de la jeune femme.
 © Veilleur de Nuit – 2016

dimanche 30 décembre 2012

M. de Vlaminck - Route sous la neige

La veillée du dimanche. Deux œuvres du peintre, écrivain et ancien lutteur de foire français Maurice de Vlaminck (1876–1958), l’une des grandes figures du Fauvisme. Autodidacte et animé d’un tempérament rebelle, il défend très tôt une peinture instinctive, affranchie des conventions académiques. Ses premières œuvres, marquées par Van Gogh et l’usage de couleurs pures et éclatantes, l’inscrivent rapidement dans le mouvement fauve aux côtés de Derain et Matisse.

M.V. - Nature morte aux oranges
(1907)
Mais dès les années 1910, sous l’influence de Cézanne, sa peinture évolue vers une palette plus sombre et une construction plus rigoureuse. Ses paysages, souvent dépouillés, traversés de ciels lourds et de routes désertes, ont alors quelque chose de plus sombre et de plus inquiet. Passionné de littérature, Vlaminck laisse aussi des écrits à l’image de sa peinture : directs, violents, profondément anti-académiques.
« Ce que je n'aurais pu faire dans la société qu'en jetant une bombe – ce qui m'aurait conduit à l'échafaud –, j'ai tenté de le réaliser dans la peinture en employant de pures couleurs sortant de leur tube. J'ai satisfait ainsi ma volonté de détruire, de désobéir, afin de recréer un monde sensible, vivant et libéré.»

dimanche 24 août 2008

H. Lebasque - La lectrice (1912)
La veillée du dimanche. Deux œuvres du peintre post-impressionniste Henri Lebasque (1867-1935), souvent associé au fauvisme.
Formé à l’École des beaux-arts de Paris, Lebasque se rapproche au fil de son parcours des recherches sur la couleur et la lumière qui traversent la peinture française de la fin du XIXᵉ siècle. Ami de nombreux artistes de son époque, il est notamment sensible aux audaces des fauves, sans jamais renoncer à une certaine douceur.

H.L. - Femme en robe blanche
Mais Henri Lebasque a aussi été marqué par l'art japonais, notamment par l'estampe, qui a profondément influencé l’art européen de la fin du XIXᵉ siècle. On retrouve cette influence dans Femme en robe blanche, avec sa composition simple, ses formes épurées et ses couleurs lumineuses. Des deux tableaux présentés ici, c'est celui qui me plaît le plus.

dimanche 10 août 2008

H.W. - Un jardin en fleurs (1904)
La veillée du dimanche. Deux œuvres du peintre postimpressionniste Henri Prosper Wirth (1869-1947). Né à Paris, il y passe toute sa vie, et la capitale reste au cœur de son univers artistique, même s’il effectue quelques voyages en France et en Europe.
Formé à l’École des beaux-arts, il y enseignera plus tard, ainsi qu’à l’Académie Julian et à l’Académie de la Grande Chaumière. Parmi ses élèves figurera notamment Suzanne Valadon.
H.W. - Entrée du port de Sauzon
(1935)

Ses premières œuvres portent la marque de l'impressionnisme, notamment dans son attention à la lumière et aux effets de couleur.
Mais Wirth reste attentif aux recherches de son temps : dans Entrée du port de Sauzon, on perçoit quelque chose des audaces colorées du fauvisme.
J’aime particulièrement ce tableau, lumineux dans tous les sens du terme. On voit bien que les hommes sont à la tâche, sur leurs petits bateaux de pêche, et pourtant il s’en dégage une grande impression de liberté : celle de l’espace marin, de la brise, du mouvement de l’eau et du ciel ouvert.
L’autre tableau, Jardin en fleurs, séduit d’une tout autre manière. Les fleurs occupent tout le premier plan, tandis qu’au détour du chemin une silhouette féminine apparaît, presque absorbée par le paysage. Le ciel très pâle, la robe aux tons gris bleutés et cette abondance florale dans laquelle elle se fond composent une scène plus douce, presque rêveuse.

FM1 ICI