In girum imus nocte et consumimur igni

In girum imus nocte et consumimur igni
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dimanche 30 mai 2010

H.R. - Autoportrait au turban (1698)
La veillée du dimanche. Du portrait, Diderot disait qu'il était une lettre de recommandation écrite dans une langue commune à tous les hommes. En voici deux, du grand portraitiste Hyacinthe Rigaud (1659-1743).
Le premier, que je préfère pour son étonnante présence, est le sien.
H.R. - Louis XIV (1701)

J'aime aussi beaucoup celui de Bossuet ; mais comme un roi n'est roi qu'en peinture, (c'est en tous cas ce qu'affirme en 1690 l'abbé Furetière dans son Dictionnaire universel contenant généralement tous les mots français tant vieux que modernes), c'est son fameux portrait de Louis XIV, "roi des arts", en costume de sacre, que je choisis ensuite.
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dimanche 23 mai 2010

H.Callahan - Eleanor, Chicago (1948)

La veillée du dimanche. Deux clichés de l’Américain Harry Callahan (1912-1999), figure majeure de la photographie d’après-guerre. Il achète son premier appareil en 1938, lorsqu’il rejoint le club photo de Chrysler Motors, où il travaille, tout comme sa femme Eleanor, qui deviendra l’un de ses principaux modèles.
Trois ans plus tard, il participe à un atelier d'Ansel Adams (voir publication du 11/04), où il découvre les principes du zone system, qui marqueront durablement son approche. Il enseigne ensuite à l’Institute of Design de Chicago.

H.C. - Aix-en-Provence (1957)
« I do believe strongly in photography and hope by following it intuitively that when the photographs are looked at they will touch the spirit in people. [...] I can't say what makes a picture. I can't say. It's mysterious. A picture is like a prayer. »
En 1956, une bourse de la Graham Foundation lui permet, sur les conseils d’Edward Steichen, de séjourner un an en France avec sa famille (1957–1958). Steichen dira de lui : « The precision of his skill places his work beyond the tentative and the experimental stage… »
De retour aux États-Unis, Callahan expose au MoMA de New York et enseigne à la Rhode Island School of Design jusqu’à sa retraite en 1977.

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samedi 22 mai 2010

G. Gómez Gil - Lever de lune (1906)

Une image et des mots. L'image, c'est cette toile du peintre espagnol Guillermo Gómez Gil (1862-1942).
Les mots sont un extrait du court traité du juriste néerlandais Grotius, De la liberté des mers (1609).

La mer est donc au nombre des choses qui ne sont point dans le commerce, c'est-à-dire qui ne peuvent devenir propriétés privées ; d'où il suit qu'à bien dire, aucune partie de la mer ne peut être comprise dans le territoire d'un peuple. C'est ce que me semble avoir pensé Placentinus, lorsqu'il a dit, "La mer est à tel point commune, qu'elle n'est sous la domination de personne que de Dieu seul", et Jean Fabre, lorsqu'il affirme "que la mer est restée libre, et doit demeurer régie par le droit primitif, en vertu duquel toutes choses étaient communes." [.....] La mer, étant insaisissable comme l'air, ne peut être ajoutée aux domaines d'aucun peuple.... Personne n'ignore qu'un navire qui traverse la mer n'y prend pas plus de droit qu'il n'y laisse de trace.

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dimanche 16 mai 2010

S. Shore - Beverly Boulevard, Los Angeles (1975)
La veillée du dimanche. Deux clichés de l'américain Stephen Shore (b.1947), pionnier de la photographie couleur dite « vernaculaire » aux États-Unis.
Très tôt remarqué, il entre dans la collection du MoMA à seulement 14 ans grâce à Edward Steichen, alors directeur du département photo. À 17 ans, il fréquente la Factory d’Andy Warhol, et en documente l’effervescence.

S.S. - Room 125, West Bank Motel
Idaho Falls
(1973)





Dans les années 1970, Shore s’impose comme une figure décisive : influencé par Walker Evans, il traverse les États-Unis et photographie motels, stations-service, parkings, vitrines ou banlieues dans une esthétique frontale et sans hiérarchie des sujets, une radicalité encore peu admise dans le monde de l’art.
Car tout, pour Stephen Shore, mérite d’être photographié : les architectures banales, les lieux ordinaires, le visage prosaïque de l’Amérique.
Lorsqu’il montre une série d’avenues à la photographe Hilla Becher, celle-ci lui lance :
– « Alors Stephen, comme ça tu as l’intention de photographier toutes les avenues ? » 
– « Non, Hilla, c’est ce que toi tu veux faire… Moi, je veux photographier la quintessence de l’avenue. »
Ses séries American Surfaces (1972) et Uncommon Places (1973-81) s’inscrivent dans le sillage de la New Topographics, tout en s’en distinguant par l’usage du grand format et une attention particulière portée à la lumière et à la couleur. Il cite volontiers le Bauhaus et Eugène Atget parmi ses influences.
Avec lui, la couleur, encore largement associée à la publicité et à la photographie de loisir, s’impose comme un langage documentaire à part entière et ouvre la voie à une génération de photographes comme William Eggleston, Joel Sternfeld ou Alec Soth.

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dimanche 9 mai 2010

C.M. - Nymphéas et saule (1917)
La veillée du dimanche. Deux œuvres de Claude Monet (1840-1926), figure majeure de l'Impressionnisme dont il fut l'un des fondateurs. Formé notamment auprès d’Eugène Boudin, qui l’initie à la peinture en plein air, il est passionné par les métamorphoses de la lumière et les effets des variations atmosphériques. Rejeté par les Salons officiels, il expose en 1874 Impression, soleil levant, tableau aujourd’hui célébrissime qui donnera son nom à un mouvement appelé à transformer profondément l’art moderne et à ouvrir la voie à l’abstraction.

C.M. - La pluie (1886)
Autour de l'étang aux nymphéas, à Giverny, Monet fait planter quatre saules pleureurs dits "de Babylone". On les retrouve dans bon nombre de ses tableaux, d'abord comme des éléments majeurs de la composition, avec leurs troncs et leurs reflets dans l’eau calme de l’étang.
Puis, comme ici, d'une présence plus discrète, réduite à ces retombées qui semblent n'être là que pour voir, à travers elles, la légèreté du ciel posé sur l'eau et les nuages qui flottent parmi les nymphéas. 
« J'ai mis du temps à comprendre mes nymphéas. Un paysage ne vous imprègne pas en un jour. Et puis, tout d'un coup, j'ai eu la révélation des féeries de mon étang.»

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dimanche 2 mai 2010

A.N. - Otto Frank, Amsterdam (1960)
La veillée du dimanche. Deux clichés de l'américain Arnold Newman (1918-2006), figure majeure du portrait « environnemental » au XXe siècle.
Formé à la peinture à l’Université de Miami, il débute la photographie en 1938 en travaillant dans un studio de portraits à bas prix. Dès les années 1940, il élabore une approche singulière : au lieu d’isoler ses sujets dans un décor neutre, il les inscrit dans leur univers personnel ou professionnel – atelier, bureau, laboratoire, bibliothèque – afin de révéler, à travers le lieu même, leur personnalité ou leur activité.
Cette méthode deviendra sa signature et l’une des grandes innovations du portrait moderne.
Newman photographie ainsi de nombreuses figures intellectuelles, politiques et artistiques du XXe siècle : Igor Stravinsky, Pablo Picasso, Salvador Dalí, Martha Graham, John F. Kennedy, Marilyn Monroe, Piet Mondrian, Otto Frank, Andy Warhol ou encore Alfried Krupp, dont le célèbre portrait de 1963 – sombre et glaçant – suscita une vive controverse.
Arnold Newman
M.M. et Carl Sandburg (1962)

Newman refuse l’improvisation : chaque image est longuement pensée, composée avec une précision presque architecturale. Il revendique un double héritage, classique – Rembrandt, Ingres – et moderniste, notamment celui de Piet Mondrian, qu’il admire profondément. Son œuvre conjugue ainsi rigueur géométrique, clair-obscur et narration visuelle.
Le premier cliché montre Otto Frank, photographié le 3 mai 1960 dans le grenier de "l'annexe secrète", quelques heures avant l’inauguration de la Maison d'Anne Frank – il y a presque jour pour jour cinquante ans.

Sur le second, Marilyn Monroe et le poète Carl Sandburg sirotent un Dry Martini à Hollywood.                        You may not come, O girl of a dream,
                  We may but pass as the world goes by,
                  And take from a look of eyes into eyes,
                  A film of hope and a memoried day.

Collaborateur régulier de Life, Look, The New Yorker ou Harper’s Bazaar, Arnold Newman a également publié plusieurs ouvrages et enseigné à la Parsons School of Design. Son œuvre est aujourd’hui conservée dans les collections des plus grands musées américains.

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samedi 1 mai 2010

Louis Lingg
Une image et des mots. L'image, c'est cette oeuvre de Walter Crane, A garland for May Day (1895).
Le 1er mai 1886 une grève mobilisant près de 350.000 ouvriers et employés éclate à l'usine McCormick de Chicago, pour revendiquer la journée de travail de huit heures.
Après la prise de parole du militant anarchiste August Spies (photo) la police charge la foule, faisant des dizaines de blessés et un mort.
Un appel est alors lancé pour un rassemblement le 4 mai, en protestation contre la violence policière. La manifestation dégénère, une bombe est lancée sur la police, la police tire sur la foule...; c'est le massacre de Haymarket Square. Huit militants anarchistes sont arrêtés, sept sont condamnés à mort, le dernier à 15 ans de prison. Des sept condamnés à mort, Louis Lingg (photo 1) se suicide en prison et deux verront leur peine commuée en prison à perpétuité avant d'être finalement graciés sept ans plus tard.

August Spies

Les quatre autres seront pendus : August Spies (photo), George Engel, Adolph Fisher, et Albert Parsons. L'exécution a lieu le 11 novembre 1887. Six ans plus tard, en 1893, la justice les réhabilite, le gouverneur de l'Illinois avouant que le chef de la police de Chicago avait tout organisé, y compris l'attentat à la bombe contre la police, pour justifier la répression qui allait suivre.
En 1889, le deuxième congrès socialiste international choisit de commémorer le massacre du Haymarket chaque 1er mai pour faire de cette journée la fête internationale des travailleurs.
Elle est aujourd'hui célébrée dans plus de 80 pays.

Les mots qui suivent sont de Thomas More..
"Maintenant cher Morus, je vais vous ouvrir le fond de mon âme, et vous dire mes pensées les plus intimes.
Partout où la propriété est un droit individuel, où toutes choses se mesurent par l'argent, là,
on ne pourra jamais organiser la justice et la prospérité sociale, à moins que vous n'appeliez juste la société où ce qu'il y a de meilleur est le partage des plus méchants, et que vous n'estimiez parfaitement heureux l'État où la fortune publique se trouve la proie d'une poignée d'individus insatiables de jouissances, tandis que la masse est dévorée par la misère."
Thomas More, L'Utopie, 1516.

GL4

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