In girum imus nocte et consumimur igni

In girum imus nocte et consumimur igni
eiπ + 1 = 0

dimanche 26 juillet 2026

Will Rochfort - The first draft
Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres de Will Rochfort (b.1985), peintre britannique installé sur la côte sud de l’Angleterre. Formé à Kingston University en illustration et beaux-arts, il se consacre depuis la fin de ses études presque exclusivement à la peinture à l’huile. Son univers est nourri autant par Degas que par Norman Rockwell, mais aussi par le cinéma américain et l’âge d’or d’Hollywood – une culture visuelle assumée, populaire, narrative.
Ce qui le distingue, c’est sa manière de travailler : il construit ses tableaux comme des plateaux de cinéma.
Il fabrique des décors, assemble des accessoires, sollicite ses proches comme modèles, dirige la scène comme un metteur en scène avant de passer à la toile.

W.R. - The soda shop
Les images que l’on croit spontanées sont en réalité entièrement mises en place, photographiées, puis recomposées.
Il parle de « snapshots », des instantanés, mais ce sont des instantanés longuement préparés.
Il y a donc dans la démarche de Will Rochfort quelque chose d’artisanal et de cinématographique à la fois : construire, éclairer, cadrer, puis peindre. Comme si la toile était la dernière étape d’un long travail en coulisses.
JT1
ICI

samedi 25 juillet 2026

Anon. - Meeting Mickey Mouse Club (1950s)

Une image et des mots. Une convention du Club Mickey aux États-Unis dans les années 1950, et quelques mots de Hunter Thompson, extraits de Las Vegas Parano (1971).

Le principal problème de toute démocratie, c'est que les bateleurs capables d'enflammer les foules sont généralement des porcs décérébrés. Ils montent sur scène, plongent leurs partisans dans une transe quasi orgiaque, puis retournent dans leur bureau pour vendre chacun de ces pauvres types au rabais, pour une poignée de centimes.

AI3

ICI

dimanche 19 juillet 2026

W.B. - The wandering moon (1816)
Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres de William Blake (1757-1827), poète, graveur et peintre anglais, difficile à faire entrer dans une case.
Trop singulier pour son époque, trop visionnaire pour les catégories habituelles, il avance seul, nourri autant par la Bible que par ses propres visions.
Il écrit, dessine, grave et imprime lui-même ses livres, mêlant texte et image dans un même geste, comme si l’un ne pouvait pas aller sans l’autre.

Son travail s’inscrit à la marge du romantisme, mais sans le pittoresque ni le sentimentalisme que l’on y associe souvent. 

W.B. - Midsummer night's dream (1786)

Chez Blake, tout est symbole, tension, apparition. Les corps semblent parfois raides, presque maladroits, mais cette étrangeté fait partie du langage – rien n’est là pour plaire, tout sert à dire autre chose.

Ce qui me frappe avec ses illustrations, c’est cette impression de regarder non pas une scène, mais avant tout une pensée en train de prendre forme. William Blake ne décrit pas le monde et ses figures ne racontent pas une histoire : elles affirment une vision. On peut rester à distance, dérouté, ou juste accepter de se laisser traverser par ces images comme par un texte obscur.

PG15

ICI

dimanche 12 juillet 2026

Ch. H. - Harlem, NYC (1972)
Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés du photographe américain Chester Higgins Jr. (b.1946).
Né en Alabama, il étudie à la Tuskegee University auprès de P. H. Polk avant de s’installer à New York au début des années 1970. Après avoir travaillé avec Romare Bearden, il devient en 1975 le premier photographe noir intégré à l’équipe du New York Times, où il contribuera pendant près de quarante ans à renouveler la représentation des Afro-Américains. Dès ses premiers travaux, Higgins envisage la photographie comme un moyen d’explorer la mémoire, l’identité et les liens entre les générations. Dans un contexte où les images des populations noires étaient encore trop souvent enfermées dans les récits de la pauvreté, de la discrimination ou des conflits, il cherche à élargir ce regard : montrer des vies qui ne se résument pas aux épreuves qu’elles traversent.

C.H. - Harlem, NYC (1974)
La première photographie montre un couple avançant dans la rue.
Ils marchent enlacés et l’homme porte leur enfant sur ses épaules.
Ils sont photographiés de dos et c’est ce qui donne à cette scène toute sa portée : ces gestes de tendresse et de protection racontent, tout en s’inscrivant dans une histoire particulière, une histoire universelle.
La seconde montre un homme seul au comptoir d’un café de Harlem, devant sa tasse. Rien de spectaculaire : simplement un instant de calme dans un lieu familier et visiblement paisible. L’attention de Higgins se porte ici sur une présence, sur ce moment ordinaire où un homme s’accorde une pause dans le cours de sa journée. Le cadre, la sobriété du lieu et la simplicité de la scène rappellent que l’histoire humaine se raconte aussi dans ces moments sans éclat qui composent une existence.
WO1

ICI

dimanche 5 juillet 2026

L. Janmot - Fleurs des champs (1845)
Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres du peintre et poète français Anne-François-Louis Janmot (1814-1892). La seconde appartient à son grand cycle Le poème de l'âme, composé de 18 peintures et 16 dessins auxquels il consacra près de quarante années de sa vie. Profondément marqué par son éducation religieuse et philosophique, Janmot développe une œuvre singulière, imprégnée de spiritualité. Après des études au collège royal de Lyon, où il côtoie Frédéric Ozanam, puis à l’École des beaux-arts de Lyon, il poursuit sa formation à Paris auprès de Victor Orsel et d’Ingres avant de séjourner en Italie en 1835, où il découvre Rome et rencontre Hippolyte Flandrin.
L.J. - Rayons de soleil (1854)

De retour à Lyon, il espère imposer sa vision au Salon de Paris, mais l’accueil réservé au Poème de l’âme lors de l’Exposition universelle de 1855 le ramène à sa ville natale. Il y enseigne à l’École des beaux-arts et réalise également des commandes pour la décoration d’églises, développant une peinture où la rigueur héritée d’Ingres se mêle à une quête spirituelle proche de celle des nazaréens.
Ce qui me touche chez Janmot, c’est moins la dimension religieuse de son œuvre que cette tentative folle et profondément personnelle de transformer la peinture en cheminement intérieur ; cette volonté presque démesurée de donner une forme visible à ce qui, par nature, échappe au regard. Le titre même de son grand cycle, Le Poème de l’âme, dit cette ambition : comme un poète, Janmot ne cherche pas seulement à montrer le monde, mais à en révéler une dimension plus secrète.
Figure de transition entre romantisme et symbolisme, Janmot occupe une place à part dans la peinture française du XIXᵉ siècle. Par son goût de l’allégorie, son idéal de pureté et sa recherche d’un art profondément spirituel, son œuvre rejoint certaines préoccupations des préraphaélites, sans véritablement appartenir à aucun mouvement constitué. Admiré notamment par Puvis de Chavannes, Odilon Redon ou Maurice Denis, son travail, qui allie précision académique et quête intérieure, témoigne d’une époque où l’art et la foi pouvaient encore chercher ensemble un idéal commun.
Avec Le Poème de l’âme, Janmot ne cherche pas seulement à raconter une histoire : il compose un véritable chemin intérieur, où les images deviennent les étapes d’une méditation sur l’existence humaine.
VU5
ICI

samedi 4 juillet 2026

Sarah Chinnery - New Guinea (1937)

Une image et des mots. Un cliché de Sarah Chinnery – Lightning in clouds after a volcanic eruption –, et un poème d'Aragon, Les yeux et la mémoire (1954).

C'est une chose étrange à la fin que le monde
Un jour je m'en irai sans en avoir tout dit
Ces moments de bonheur ces midis d'incendie
La nuit immense et noire aux déchirures blondes
Rien n'est si précieux peut-être qu'on le croit
D'autres viennent Ils ont le cœur que j'ai moi-même
Ils savent toucher l'herbe et dire je vous aime
Et rêver dans le soir où s'éteignent des voix
D'autres qui referont comme moi le voyage
D'autres qui souriront d'un enfant rencontré
Qui se retourneront pour leur nom murmuré
D'autres qui lèveront les yeux vers les nuages
II y aura toujours un couple frémissant
Pour qui ce matin-là sera l'aube première
II y aura toujours l'eau le vent la lumière
Rien ne passe après tout si ce n'est le passant.
CO1

ICI

NC5 ICI