In girum imus nocte et consumimur igni

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dimanche 28 décembre 2008

H.S. - Paysage au clair de lune (1890)
La veillée du dimanche. Deux oeuvres du peintre finlandais Hugo Gerhard Simberg (1873-1917). Formé d’abord à l’école de dessin de Viipuri puis à celle de la Finnish Art Society, il devient en 1895 l’élève d’Akseli Gallen-Kallela, figure majeure de la peinture finlandaise, dans son atelier de Kalela, à Ruovesi.

H.S. - L'Ange blessé (1903)
Très tôt marqué par le symbolisme, Simberg développe un univers peuplé de créatures étranges, d’anges, de démons familiers et de paysages où le réel semble toujours sur le point de basculer vers le rêve. Loin d’être de simples images fantastiques, ses œuvres interrogent la fragilité humaine, la solitude et les forces invisibles qui semblent accompagner nos existences. Sa toile la plus célèbre, The Wounded Angel, illustre parfaitement cette atmosphère particulière : deux enfants transportent un ange blessé à travers un paysage dépouillé, dans une scène à la fois mystérieuse et profondément humaine.
Mort prématurément à quarante-quatre ans, Simberg a laissé une œuvre brève mais importante, qui occupe encore aujourd’hui une place à part dans la peinture finlandaise et nordique.

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samedi 27 décembre 2008

A/U - Allemagne (1930)

Une image et des mots.
Or le Père Noël lui-même est démonétisé. Les enfants, qu'il emplit naguère de révérence et de frisson sacré, le chahutent aujourd'hui aux portes du Printemps. C'est depuis qu'on le fabrique en série. On croit au Père Noël, pas à dix Pères Noël, pas à cinquante, pas à un syndicat. On a tort de commercialiser ; le commerce tue la foi et la poule aux oeufs d'or. La Noël, la fête des mamans, le jour des pères, entre une journée du détergent et une journée du rasoir à lame bleue. On ne sait plus ce qu'ont été les choses. Elles ne sont plus. La Noël se vend deux mois d'avance. Il faut relire Pourrat pour la retrouver. On ne sait plus ce que purent être une pomme, une rose, une bague, voire un âne, un pâté. C'étaient des trésors spirituels. Ils brillent dans l'ombre du vieux temps, désirs du coeur, désirs de l'âme, hautes récompenses de longues vertus, plaisirs profonds et presque abstraits. On ne sait plus ce que furent la polaire, les Trois Rois, l'étoile du Bouvier. Ni cette tranquillité de la neige de minuit, qui fut une sérénité de l'âme. Ni cette "grande nuit d'astres et d'anges" qui prit une odeur de jardin quand passa l'étoile du berger. Nous avions tous au fond du coeur je ne sais quel arbre de Noël que les marchands ont mis en vente. Tant pis pour lui, tant pis pour nous, tant pis pour eux. Tout ne se reboise pas. Et c'est ainsi qu'Allah est grand. Alexandre Vialatte, chronique de La Montagne (1952-1971).

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dimanche 21 décembre 2008

Anna Syperek - Twilight

La veillée du dimanche. Deux oeuvres de la Canadienne Anna Syperek (b.1951), née en Angleterre de parents anglais et polonais.
Elle étudie la peinture et l'histoire de l'art à la York University de Toronto puis, en 1971, part s'installer à Antigonish où elle apprend l'aquarelle en autodidacte.
Quelques années plus tard, elle reprend des études au Nova Scotia College of Art and Design d'Halifax pour se former à la gravure, et obtient son Bachelor of Fine Arts en 1980. Elle retourne ensuite vivre à Antigonish, où elle installe son atelier.
A.S. - Twilight, College St. (1995)

Son travail est profondément lié aux paysages ruraux et côtiers de cette région : champs, routes, fenêtres, arbres, lumières d’hiver… Des motifs très simples, observés avec une attention calme et patiente.
« Une grande partie de ce que je peins se trouve tout simplement autour de chez moi : ce que j'aperçois par la fenêtre au petit déjeuner, ou au bord de la route en allant en ville. Il arrive qu'une image s'impose à moi avec évidence ; d'autres fois, je vois le même paysage pendant des années avant que, soudain, je le découvre autrement. Ce que je vois alors est plein de sens, de beauté et de cohérence. J'essaie de retrouver cette manière de voir, de révéler la vérité, l'unité et la cohérence de la vie quotidienne. »

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dimanche 14 décembre 2008

A.Aubrey Bodine - Jessie's coffee shop

La veillée du dimanche. 
Deux clichés du photographe et photojournaliste américain A. Aubrey Bodine (1906-1970).
Entré en 1923 au Baltimore Sunday Sun comme garçon de courses, il y commence sa carrière de photographe quelques années plus tard et consacrera ensuite plus de quarante ans à documenter la vie du Maryland.

A.A.B. - Journey's end (1950)
Entre documentaire et pictorialisme, son travail célèbre les paysages industriels, marins ou ruraux du Maryland, toujours avec un grand soin apporté à la composition et aux contrastes.
Il considérait la photographie comme un art véritable, exigeant patience et maîtrise technique ; il retouchait souvent ses tirages en chambre noire pour en affiner les contrastes.
Un de ses collègues du Baltimore Sun, Rob Hiaasen, disait de lui : « Aubrey Bodine was a master photographer who had an extraordinary vision of beauty in ordinary things.»
« Il n’y a rien de plus extraordinaire que ce qui est ordinaire », aurait dit Chesterton.

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dimanche 7 décembre 2008

Victor de Budt - Le passeur (1929)

La veillée du dimanche. Deux œuvres du belge Victor-Frans de Budt (1886-1965), dont j’ai découvert le travail un peu par hasard, mais avec assez d’intérêt pour vouloir le partager ici. 
De lui je sais très peu de choses, sinon que le déclenchement de la Première Guerre mondiale le poussa à fuir vers les Pays-Bas, en compagnie de Frits Van den Berghe et de Gustave De Smet.
Il s’installe alors à Amsterdam, puis à La Haye.
Mais l’ignorance a ses bienfaits – disait Disraeli – qui sont qu’on a toujours quelque chose à apprendre.

V.d B. - Soir d'hiver à Bruges
Dès ses premières expositions, sa peinture marque les esprits des critiques. Pourtant, peu médiatisé, il ne courtise ni les avant-gardes ni les cénacles. Il reste en retrait, avec une œuvre souvent intime, marquée par une forme de spiritualité discrète, dans la continuité du symbolisme et de l’idéalisme belge de la fin du XIXe siècle. C'est ce que montre, il me semble, ces deux tableaux.
Le journaliste Cornelis Karel Elout a écrit cette belle formule à son sujet : « De Budt sonde sous les surfaces troublées les profonds silences qui sont sous toute créature comme sous toute mer. Et toujours, c’est la petitesse de l’homme et de la chose contre la création qu’il nous fait voir et sentir. »

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samedi 6 décembre 2008

Félix Thiollier - Un jour de neige (1899)
Une image et des mots. L'image est de Félix Thiollier, les mots sont de la poétesse amérindienne Joy Harjo (b.1951), de la nation Muskogee Creek.

All around the world
The wild horses are dancing
Bringing their grace
To this earth.
[.....]
The horses are dancing
To bring us back to life
To remind us of the freedom
That we have lost.

Their dance is a prayer
To the winds and the sun
To the earth and the sky
To the spirits of all things.

Their dance is a gift
To all of us
A reminder of the beauty
That lie within us all.

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dimanche 30 novembre 2008

W.C. - Jug with bottles (1930s)
La veillée du dimanche. En ce jour anniversaire de sa naissance, deux œuvres du Sunday painter anglais Winston Churchill (1874-1965). Même s'il qualifiait volontiers ses tableaux de « barbouillages », Churchill a peint plus de cinq cents toiles. Il continuera jusqu'à un âge très avancé, tant la peinture occupa une place importante dans sa vie. Dans son essai Painting as a Pastime, publié en 1948, il écrit : « Quand j'arriverai au ciel, j'ai bien l'intention de consacrer une bonne partie de mon premier million d'années à peindre. »

W.C. - Trees near Breccles (1936)
Et un peu plus loin :
« Heureux les peintres, car ils ne seront jamais seuls. La lumière et la couleur, la paix et l'espérance leur tiendront compagnie jusqu'à la fin, ou presque, de la journée. »
On lui prête aussi d'avoir répondu, à quelqu'un qui lui conseillait de tailler dans le budget des arts pour aider à l'effort de guerre : « Mais alors, pourquoi nous battons-nous ? »

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samedi 29 novembre 2008

Wayne Miller - Lovers (1957)
Une image et des mots. L'image, c'est ce cliché du photographe américain Wayne Miller.
Ont-ils trouvé chaussure à leur pied ?
Dans son commentaire au Cantique des Cantiques, Claudel nous dit ceci : "La chaussure est ce qui sépare le pied de la terre, qui l'exhausse, qui l'empêche d'être souillé par la boue et meurtri par l'obstacle. C'est de la foi, c'est de l'idée, c'est du ciel, qu'il faut nous mettre au pied si nous voulons assurer notre avancement".

Mais s'agit-il, chez Beckett, des mêmes chaussures, celles qu'Estragon tente désespérément d'enlever tant elles le font souffrir ? Ces souliers douloureux, il les enlève, les remets, les enlève encore... ; jusqu'à ce quelqu'un d'autre les trouve et lui laisse les siennes. Car chacun doit trouver chaussure à son pied et un monde à sa mesure...
" On trouve toujours quelque chose, hein Didi, pour nous donner l'impression d'exister ?"
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dimanche 23 novembre 2008

H. Hartung - Sans titre (1955)

La veillée du dimanche. Deux toiles du peintre et photographe français d'origine allemande Hans Hartung (1904-1989), figure majeure de l’abstraction européenne de l’après-guerre, associé notamment à l'Art Informel.
Hartung raconte que, dès l’âge de six ans, il dessinait dans ses cahiers les zigzags des éclairs aussitôt qu’ils apparaissaient dans le ciel, avant même que le tonnerre ne se fasse entendre, comme pour apprivoiser la foudre. Ce geste d’enfant contient peut-être déjà quelque chose de son œuvre future : la volonté de saisir une énergie invisible et d’en conserver la trace. Passionné très tôt par la photographie, l’astronomie et l’histoire de l’art, il découvre les maîtres anciens, les expressionnistes allemands puis, après son installation à Paris, les avant-gardes de son temps.

H. H. - Rayonnement (1962)
Pendant la Seconde Guerre mondiale, opposé au nazisme, Hartung rejoint la Légion étrangère. Après avoir fui la France occupée en franchissant clandestinement les Pyrénées, il est arrêté et interné par les autorités franquistes en Espagne. Libéré, il s’engage à nouveau dans la Légion ; grièvement blessé en 1944, il perdra une jambe au combat. Naturalisé français en 1946, il recevra la croix de guerre et la Légion d’honneur.
Cette histoire d’épreuves, d’arrachement et de survie n’explique pas à elle seule son œuvre, mais elle donne peut-être à ses éclaboussures, à ses projections et à ses gestes spontanés une profondeur particulière. Pionnier de l’art gestuel, Hans Hartung reste aujourd’hui considéré comme l’un des artistes majeurs de l’abstraction du XXᵉ siècle. « L’art n’est pas ce que l’on voit, mais ce que l’on donne à voir. »

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dimanche 16 novembre 2008

Tore Johnson - Paris (1950)

La veillée du dimanche. Deux clichés du photographe suédois Tore Yngve Johnson (1928-1980), membre du collectif Ten photographers, fondé en 1958. À la fin des années 1940, avant de devenir photographe indépendant, il travaille comme assistant auprès de deux figures importantes de la photographie suédoise : Karl Werner Gullers, dont une photographie sera choisie par Edward Steichen pour son exposition The Family of Man, puis Sten Didrik Bellander, qui avait lui-même travaillé auprès de Richard Avedon à New York.
T.J. - Paris (1950)

Au début des années 1950, Tore Johnson séjourne à Paris avec d’autres photographes suédois. Cette expérience marquera profondément son regard. Comme beaucoup de photographes européens de l’après-guerre, il est influencé par la photographie humaniste, attentive aux gestes simples, aux lieux familiers et aux vies anonymes.
Les deux images choisies ici appartiennent à cette période.

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dimanche 9 novembre 2008

F. Vallotton - Lever de soleil (1910)
La veillée du dimanche. Deux œuvres de Félix Valloton (1865-1925). Issu d’une famille protestante de Lausanne, il s’installe à Paris en 1882, où il fréquente l’Académie Julian, atelier privé très lié aux milieux artistiques de l’époque et où se côtoient notamment plusieurs futurs Nabis. Influencé par Ingres, Manet et le japonisme, il développe très vite un style très personnel rigoureux, aux contours nets et aux compositions souvent volontairement dépouillées.
Il se fait d’abord connaître par ses gravures sur bois, qu’il commence à produire vers 1891, et qui rencontrent un grand succès, notamment dans La Revue blanche ou L’Assiette au beurre. Leur noir et blanc très contrasté, hérité en partie de l’estampe japonaise, renouvelle profondément la xylographie moderne..
F. V. - Soleil couchant (1913)

En 1892, il rejoint le groupe des Nabis, dont il partage certains principes (aplats de couleur, contours marqués, rejet du naturalisme académique), tout en gardant une position à part.
Il s’en éloigne ensuite pour développer un style plus personnel, influencé notamment par Ingres et Holbein, où la précision du dessin se conjugue à une atmosphère parfois étrange.
Pendant la Première Guerre mondiale, bien qu’il ne soit pas mobilisé, il se rend sur le front à plusieurs reprises comme correspondant ; il en rapporte une série de toiles à caractère patriotique, ainsi qu’un ensemble d’estampes regroupées sous le titre C’est la guerre (1915).
Chez la plupart des artistes que j’aime, choisir deux ou trois œuvres est assez simple.
Mais avec Vallotton – comme avec le Mondrian figuratif – le choix devient beaucoup plus difficile, même en se limitant à la peinture. Alors, pour cette fois, je me suis remis aux astres ; c’est peut-être ce à quoi nous conduit l’étude d’Aratus et de Madame Soleil.
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dimanche 2 novembre 2008

G. Tice - Telephone booth, 3 a.m., Rahway, NJ
(1974)

La veillée du dimanche. Deux clichés du photographe George Tice (b.1938), figure discrète mais importante de la photographie américaine, qui a consacré son travail en noir et blanc aux paysages et aux lieux ordinaires des États-Unis.
Il s’intéresse très tôt à la photographie, dès l’âge de quatorze ans, puis fréquente la Newark School of Fine and Industrial Arts avant de suivre l’enseignement de Minor White à Rochester, dans l’État de New York.
À partir de 1962 il travaille comme photographe indépendant et collabore à diverses publications comme Life ou Time magazine ; il enseigne aussi la photographie à la Parsons School of Design de New York.
G.T. - Ideal Diner, Perth Amboyn, NJ
(1980)

Originaire du New Jersey, où il vit toujours, Tice a fait de sa région natale l’un de ses sujets de prédilection : petites villes en mutation, rues désertes, stations-service, façades fatiguées, bâtiments abandonnés, silhouettes rares et parfois désœuvrées… autant de fragments d’une Amérique quotidienne, observée sans effet ni nostalgie appuyée.
« Pour moi, la photographie est un art de l’observation. Il s’agit de trouver quelque chose d’intéressant dans un lieu ordinaire… J’ai découvert que cela avait peu à voir avec les choses que l’on voit, et beaucoup à voir avec la manière dont on les regarde. »
Ce que j’aime chez lui, c’est cette manière de faire exister des lieux ordinaires sans les dramatiser, simplement par la lumière, les distances, et le calme étrange qui s'en dégage.

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samedi 1 novembre 2008

Vermeer - L'astronome (c.1668)
Une image et des mots. Pour aller avec le merveilleux Astronome (c. 1668) de Vermeer, voici quelques lignes de l'irremplaçable Alexandre Vialatte. Elles sont extraites de son Antiquité du grand chosier, un recueil de ses chroniques écrites entre 1950 et 1970.

Le soleil est vieux comme Hérode. Les écritures les plus cunéiformes en font déjà mention sur des murailles de briques dans les terrains qui contiennent des villes mortes. 
Le pâtre chaldéen fut le premier à le signaler dans les déserts d'Asie Mineure où il gardait le mouton à queue plate. D'ailleurs, plus le soleil brille sur le désert de Chaldée (où naquit toute astronomie), plus le mouton a la queue plate. C'est un effet de la dessication.
Le soleil est donc le père du mouton à queue plate dont l'origine se perd elle-même dans la nuit des temps. C'est chiffrer son antiquité.
Elle est reconnue par tous les bons esprits. Sans le soleil, jamais le Breton n'aurait pu peindre de "Bruyères au soleil couchant". Phorcypeute le Microchire dit de lui le plus grand bien dans ses ouvrages posthumes. Chyme l'Environnaire le vante.

Et c'est ainsi qu'Alexandre est grand.
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dimanche 26 octobre 2008

Th. Robinson - Autumn

La veillée du dimanche. Deux œuvres du peintre américain Theodore Robinson (1852-1896), associé au mouvement impressionniste. Né dans le Vermont et élevé dans le rural Wisconsin, il part étudier l'art à Chicago et New York, puis à Paris pour suivre à l'École des beaux-arts l'enseignement de Jean-Léon Gérôme. Il découvre très tôt l’impressionnisme, rencontre Monet à Giverny dans les années 1880, et devient l’un de ses amis proches – l’un des rares Américains à entretenir une relation durable avec le maître français.
Th.R. - On the canal

Disparu prématurément à l'âge de 44 ans, Robinson aimait les bords de rivière, les figures en promenade, les intérieurs tranquilles... Il semble avoir résumé lui-même cette attention aux choses simples : « En peinture comme dans la vie, ce sont les petites choses qui comptent. Ce sont les nuances imperceptibles de la couleur, de la lumière et de la forme qui peuvent faire toute la différence. »
Pour ses oeuvres aux couleurs douces et aux lumières subtiles, Theodore Robinson est aujourd'hui considéré comme une figure majeure de l'impressionnisme américain.

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samedi 25 octobre 2008

Anonyme - Zoo du Bronx, NYC (1963)
Une image et des mots. Cette photo, L'animal le plus dangereux du monde, a été publiée avec l'autorisation de la New York Zoological Society dans l'Illustrated London News du 8 juin 1963.

L'homme vient du singe, dit-on, et il va au cimetière. Telle serait sa zoologie. Que fait-il en chemin ? De tout. Des zigzags, l'école buissonnière. [.....] Ces zigzags constituent l'Histoire. Mais d'autres fois il va tout droit, il court, il fonce, il se bouscule, et il pousse son voisin devant lui, en lui tenant l'épée dans les reins. Et c'est encore bien plus l'Histoire. Bref on le sent capable de tout. C'est un monsieur qui ne se refuse rien. Il tue, il pille, il voit le diable au pied de son lit. On se demande ce que fait l'homme de son âme immortelle.
Alexandre Vialatte, Les champignons du Détroit de Behring (1990).

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dimanche 19 octobre 2008

L.U. - Soir à Grunewaldsee (1910)

La veillée du dimanche. Deux œuvres du peintre et graveur allemand Lesser Ury (1861-1931), né à Birnbau, aujourd'hui en Pologne.
Solitaire de tempérament, souvent considéré comme un précurseur de l’expressionnisme, il étudie l’art à Düsseldorf, Bruxelles puis Paris, où il découvre l'impressionnisme, notamment à travers Monet et Renoir. De retour à Berlin en 1887, il trouve dans cette ville cosmopolite son véritable sujet : reflets de réverbères sur les trottoirs mouillés, silhouettes furtives, rues pluvieuses, cafés nocturnes, intérieurs feutrés… Toute une poésie urbaine qui traverse son œuvre.

L.U. - Waterloo Bridge au soleil
(1899)
Membre de la Sécession de Munich, puis de la Sécession berlinoise, il restera pourtant longtemps à l’écart des grandes reconnaissances officielles. Son œuvre, discrète, me touche par cette manière de faire naître une émotion à partir de scènes très simples.
Un tableau comme Soir au Grunewaldsee, par exemple, me séduit par son dépouillement. La place laissée au vide et sa lumière paisible évoquent pour moi quelque chose de l’art japonais, comme l’épure d’une estampe, ou celle de ce haïku de Yosa Buson : « Les vieux étangs, les grenouilles qui sautent, le son de l’eau ».

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dimanche 12 octobre 2008

L. Friedlander - Maria, NYC (1959)

La veillée du dimanche. Deux clichés du photographe américain Lee Friedlander (b.1934).
Parmi les photographes qui l’ont marqué figure d’abord Walker Evans (voir janvier), dont les images de l’Amérique de la Grande Dépression lui ont montré qu’une photographie pouvait être à la fois un témoignage et une forme de regard sur le monde. « The best photography is a form of bearing witness, a way of bringing a moment of truth to the world

L.F. - série Little screens (1961)
Robert Frank, avec The Americans, compte également parmi ses références majeures par son approche plus libre et plus critique de la société américaine.
Enfin, Henri Cartier-Bresson, et l’idée d’“instant décisif”, qui nourrit son approche de la photographie de rue – même si Friedlander s’en éloignera par la suite.
Lee Friedlander est aujourd’hui considéré comme l’une des figures importantes de la photographie américaine. Son travail se distingue par une manière très personnelle d’intégrer dans ses images les reflets, les ombres, les silhouettes ou les éléments apparemment insignifiants du décor. Ce qui pourrait être un obstacle devient chez lui une composante de la photographie : le réel n’apparaît jamais simplement, mais toujours à travers quelque chose.

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dimanche 5 octobre 2008

K. Nelson - Mending (2007)

La veillée du dimanche. Deux œuvres de Kenton Nelson (b.1954), héritier de l’American Scene Painting, en particulier du régionalisme dont il revisite l’optimisme dans une peinture baignée de lumière californienne.
Originaire de Los Angeles, il étudie à la California State University de Long Beach puis à l’Otis Art Institute, où il enseignera plus tard. Son grand-oncle était le muraliste mexicain Roberto Montenegro, proche de Diego Rivera et de Frida Kahlo ; Kenton Nelson voit volontiers dans cette filiation l’une des origines de sa vocation de peintre.
À partir des années 1990, il développe une peinture figurative immédiatement reconnaissable, à la croisée du réalisme stylisé, de l’illustration américaine et d’une certaine esthétique des années 1950.
K.N. - Charitably inclined (1995)

Il revendique des influences aussi diverses que les peintres régionalistes américains de l'époque de la Grande Dépression, les affiches publicitaires de l’après-guerre et le pop-art.
« I'm interested in making paintings that evoke some sort of emotion or memory for people. »
C’est sans doute ce qui me plaît le plus dans ses tableaux : des aplats de couleurs franches, des contours nets, des compositions épurées, une élégance presque rétro. On peut penser parfois à Hopper, mais là où celui-ci laisse souvent affleurer la solitude, Kenton Nelson semble préférer une forme de nostalgie sereine, une Amérique idéalisée qui doit autant au souvenir qu’au cinéma, aux magazines et à la culture visuelle de l’après-guerre.
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samedi 4 octobre 2008

E. Osterlof - Miss Curiosity (1908)
Une image et des mots. "Veilleur, où en est la nuit?" (Isaïe, 21,11).
Voici un beau portrait de sa fille Sophie par le photographe polonais Edmund Osterloff (1863-1938).
Représentant du courant pictorialiste - il a pu être comparé à Léonard Misonne - il fut l'un des pionniers de la photographie artistique en Pologne.
Ce cliché a été pris à Tbilissi, en Georgie, où il dut s'exiler pendant 25 ans après deux ans d'emprisonnement pour son appartenance aux cercles socialistes.
Les mots pour l'accompagner sont de Clarice Lispector, extraits de Silencio.

Seulement ça : il pleut et je regarde la pluie. Comme c'est simple. Je n'aurais jamais cru que le monde et moi puissions parvenir à un tel accord. La pluie tombe non pas parce qu'elle a besoin de moi, et je la regarde non pas parce que j'ai besoin d'elle. Mais nous sommes aussi indissociables que l'eau de pluie l'est de la pluie. Et je ne remercie rien. [.....]
Je suis une femme, je suis une personne, je suis une attention, je suis un corps qui regarde par la fenêtre. De même la pluie n'est pas reconnaissante de n'être pas une pierre. Elle est la pluie. Peut-être est-ce cela, ce que l'on pourrait appeler
"être vivant". Ce n'est pas plus que cela, seulement cela : "être vivant". Et je vis seulement d'une joie paisible.

A.N. Samokhvalov - Blue twilight (1960) La veillée du dimanche. Deux oeuvres du peintre et illustrateur russe Alexander Nikolaevich Samo...