In girum imus nocte et consumimur igni

In girum imus nocte et consumimur igni
eiπ + 1 = 0

dimanche 28 janvier 2018

Winsor McCay - Little Nemo
La veillée du dimanche. L'habitude est prise, la dernière publication de janvier, qui correspond peu ou prou à la clôture du Festival de la bande dessinée d'Angoulême, est l'occasion pour moi de présenter un dessinateur - parfois aussi auteur - de BD de mon petit panthéon personnel.
Aujourd'hui l'Américain Winsor McCay (1871-1934), que j'ai découvert il y a fort longtemps grâce à un ami patron d'un restaurant bordelais du quartier Saint Pierre que je fréquentais assidûment, Le Soleil Noir. Grâce lui en soit rendue. Il ne le saura pas mais je tenais à le faire.

W. McCay - Little Nemo
Winsor McCay est notamment – et surtout – l’auteur de Little Nemo in Slumberland, créé en 1905, qui raconte l’histoire d’un petit garçon voyageant chaque nuit au Pays du sommeil à la rencontre de la princesse, fille de Morphée. Le dessin, l'histoire, les procédés narratifs sont un régal, et l'influence qu'a eu McCay sur la bande dessinée moderne est immense.
BS5

ICI

dimanche 21 janvier 2018

J. Heiden - New York (2014)
La veillée du dimanche. Deux clichés de l’Américaine Jamie Heiden, artiste contemporaine installée dans le Wisconsin, où elle vit dans une ferme avec sa famille et sa petite ménagerie. Photographe de formation, elle s’est peu à peu tournée vers un travail de composition numérique : 
à partir de ses propres photographies, elle intervient à l’aide d’outils graphiques et picturaux pour créer des images à la frontière entre photographie et peinture.
Elle explique sa démarche [ICI].
J. Heiden - Tree (2014)

Heiden se dit fascinée par le pouvoir narratif des images.
Ses paysages, souvent ruraux ou forestiers, sont peuplés d’arbres solitaires, de chemins qui se perdent, de maisons oubliées ou de silhouettes fragiles. Les textures qu’elle ajoute – craquelures, transparences, halos – éloignent la photographie du simple enregistrement du réel et lui donnent quelque chose de pictural et d’onirique. On pense par moments au pictorialismemais avec les outils de l’image numérique. « Simplicity is my inspiration, story is my goal.I love an open horizon or a lone tree, an abandoned house or an aged barn. It's this simplicity that more effectively sets the stage for narrative to begin inside the viewer's mind. I hope my images start a story, make you stop and think of someone, someplace or sometime. » 
C’est peut-être là que réside le charme de ses images : elles ne cherchent pas seulement à montrer un lieu, mais à laisser une place à ce que chacun peut y projeter – un souvenir, une émotion, une histoire.
 © Veilleur de Nuit – 2018.
ML7

ICI

samedi 20 janvier 2018

Édouard Manet - L'asperge (1880)
Une image et des mots. Des premières natures mortes de l'Antiquité aux oeuvres contemporaines de Daniel Spoerri ou de Carl Warner, la nourriture – et plus largement le fait alimentaire – est abondamment représentée par les artistes.
Le richissime collectionneur Charles Ephrussi avait commandé à Manet une nature morte représentant une botte d’asperges. Manet s'en acquitta si bien qu’Ephrussi lui versa 1000 francs au lieu des 800 demandés. Manet décida alors de peindre un second tableau, plus petit, qu’il lui offrit avec ces quelques mots : « Il en manquait une à votre botte. »
Il est aujourd’hui conservé au musée d’Orsay.
Pour accompagner cette petite histoire, voici quelques lignes de Michel Jeanneret, professeur de littérature française à l’université de Genève et spécialiste de la Renaissance. Elles sont extraites de La gourmandise, ouvrage collectif publié aux éditions Autrement sous la direction de la philosophe Catherine N’Diaye.

" La réprobation de la gourmandise – l’un des sept péchés capitaux – traverse les siècles de ses litanies édifiantes. […..] Dans sa campagne contre les impostures, Montaigne dénonce le terrorisme des bien-pensants. La prohibition des voluptés corporelles, dit-il, n’est pas moins suspecte que l’abus des plaisirs.
L’abstinence que prêchent les moralistes, les théologiens et leurs complices brime la nature. […..] Dans le mot « gastronomie » voisinent le nom de l’estomac et l’idée de coutume et de règle (nomos), suggérant que le plaisir du ventre ne perd rien à être maîtrisé, relayé et reconnu par la raison. Le bon mangeur se met à table sans perdre la tête. Tel est le moyen de sauvegarder la gourmandise et de célébrer en elle l’une des rares activités qui réconcilie l’homme avec lui-même. On conçoit, dans cette perspective, l’intérêt que lui témoignent les humanistes, eux qui cherchent justement à actualiser, sans restriction, toutes les puissances de l’humain. ˮ

Et Michel Jeanneret de rappeler, un peu plus loin, que Platon, dans Le Banquet, nous enseigne que la sagesse n’est pas de se dérober devant les réjouissances…
JH1

ICI

dimanche 14 janvier 2018

Goya - Perro semihundido (c.1820)
La veillée du dimanche. Je n’ai jamais été très sensible à la peinture de Goya. Son univers, quand il ne me dérange pas, me laisse plutôt indifférent – à l’exception de ses Caprichos, dont j’apprécie la fantaisie satirique.
Peut-être parce que je ne le connais pas assez ?

(détail)
Mais il y a un tableau que je trouve fascinant : le Perro semihundido (vers 1820), l’une des « peintures noires » qu’il a directement peintes sur les murs de la Quinta del Sordo, la maison qu’il occupait dans le quartier madrilène de Carabanchel avant de s’exiler à Bordeaux. On y voit un chien à demi englouti, le museau levé vers le ciel, dans un espace vide et oppressant.
Difficile de ne pas y voir, aujourd’hui, une métaphore de ceux qui luttent en vain et disparaissent au large de nos côtes.
 © Veilleur de Nuit – 2018.
PS1

ICI

dimanche 7 janvier 2018

H. Sohlberg - Street in Roros (1902)
La veillée du dimanche. Deux œuvres du peintre et aquarelliste norvégien Harald Sohlberg (1860-1935). Formé à l'École des arts et métiers de Christiania (aujourd'hui Oslo), puis à l'Académie royale des beaux-arts de Stockholm, il compte parmi les principaux peintres norvégiens du début du XXᵉ siècle.

H.S. - Winter night in Rondane
(1914)
Son œuvre, qui s'inscrit dans le courant néoromantique, est marquée par des paysages où la nature prend une dimension presque symbolique.
Son tableau Nuit d’hiver à Rondane en est un bel exemple.
Décliné en plusieurs versions et avec des techniques différentes – la plus célèbre est celle-ci, peinte en 1914 et conservée à la Nasjonalgalleriet d’Oslo –, il montre comment Sohlberg mêle une observation très précise de la nature à une atmosphère presque irréelle. Ici, les bleus, les violets et les gris se répondent et transforment peu à peu le paysage en quelque chose qui dépasse la simple représentation de la nature.
 © Veilleur de Nuit – 2018
EG3

ICI

samedi 6 janvier 2018

(A/U)
Une image et des mots. Amazonie, indiens yanomamis. Le texte est extrait du petit ouvrage de Patrick Boucheron, "Un été avec Machiavel", aux Éditions des Équateurs.

Souhaitez-vous parvenir au but que vous désirez ? Faites alors comme le bon archer. Il place sa mire plus haut que la cible, non pour la dépasser, mais pour l’atteindre. Autrement dit, visez haut pour viser juste. La métaphore est tirée de la rhétorique classique ; Machiavel en use pour justifier le fait qu’il place dans ses œuvres politiques, et notamment dans Le Prince, les « très grands exemples » d’hommes illustres comme des guides pour l’action. En termes de langage politique, d’éducation, ou simplement dans la manière de conduire sa propre vie, on devrait toujours se souvenir de cette leçon : se donner des exemples élevés n’est pas présumer de ses capacités, c’est au contraire, écrit Machiavel, "savoir jusqu’où va la force de son arc".
IP1

ICI

lundi 1 janvier 2018

Meilleurs vœux ! Dix ans de publications…
En survolant ce blog, je constate que l’art qui m’attire est celui auquel je réagis le plus intimement, d'une façon que je serais bien incapable de définir complètement.
Coups de cœur, coups de tête, il n’y a eu ni fil conducteur rigoureux, ni classement méthodique par écoles, genres ou hiérarchies artistiques. Pas de grandes théories savantes ou d’analyse académique.
Ce blog n’est donc pas une encyclopédie et ne prétend pas à l’érudition – que je ne possède pas.

Il suit simplement le fil de mes goûts, évidemment subjectifs et qui peuvent parfois paraître surprenants.
On peut aussi y voir des lacunes, des incongruités, des déséquilibres : pourquoi tel grand maître manque-t-il à l’appel ? Pourquoi une chronique sur un peintre du dimanche succède-t-elle à une publication consacrée à un génie incontestable ? Pourquoi certaines publications sont-elles brèves et d’autres plus développées ? Simplement parce que ce blog n’a pour ambition que de partager mon regard au moment où je choisis un sujet, en fonction de ma sensibilité, de mon humeur, et parfois, tout simplement, du temps dont je dispose ; car si certaines sont nées d'un jet, d'autres pour quelques lignes m'ont pris des heures...
Il ne s’adresse ni aux historiens ni aux universitaires, mais à des lecteurs comme moi : des curieux, des amateurs, des passionnés peut-être, ou de simples visiteurs en quête d’une rencontre plutôt que d’une leçon. C’est vrai aussi, de Purcell à Nick Cave, pour la musique qui accompagne ces publications.
Ce que j’aime le plus dans une œuvre d’art, ce n’est pas toujours sa qualité d'exécution ou son originalité. C’est aussi – et peut-être surtout – ce qu’elle me raconte, ou mieux encore, ce qu’elle me permet de me raconter. Une œuvre peut être très bien faite, très originale, et je peux parfaitement comprendre pourquoi elle est admirée. Mais si elle ne me dit rien, je passe à côté. C’est aussi simple.
Donc, pas d’exhaustivité ni d’analyse savante… Pour moi, et pour paraphraser Robert Filliou, l’art c’est simplement ce qui rend la vie plus belle que l’art.
D’ailleurs, en parlant de Filliou, je remarque le peu de place que j'ai accordé à l’art contemporain ou conceptuel. Ce n’est pas un choix délibéré, pas un rejet systématique ; c'est juste que l’art contemporain, avec ses références complexes et ses détours parfois très cérébraux où le discours peut masquer l'absence de contenu, me déroute beaucoup plus souvent qu'il ne me touche. Pour être honnête, c’est un univers où je ne me sens pas toujours à l’aise.
Et pour être tout à fait honnête, c'est un milieu à l'égard duquel j'ai certaines réserves. Voire même une méfiance certaine. Voire même une bonne dose de suspicion. Disons que je n’ai ni le goût ni les codes qu’il me faudrait pour faire toujours la différence entre une recyclerie et une galerie d’art contemporain.
Quand je publie Hanson (août 2014), c’est parce que sa sculpture me plaît, qu’elle me touche ou me stimule intellectuellement. Quand je publie Gursky (oct.2011), je le fais un peu tongue-in-cheek. Alors je pourrais mieux m’y plonger, me documenter davantage, mais mon rapport à l’art reste avant tout instinctif. Et si je m'intéresse beaucoup plus au préraphaélisme qu'à l’abstraction lyrique de Twombly, ou à la street photography plus qu'à la photographie conceptuelle, c’est sans doute parce que j’y trouve un terrain plus familier, un ancrage solide dans un monde que je comprends mieux.
Alors ce blog peut sembler – comme cette chronique – un peu désordonné, parfois désinvolte, mais il obéit à une seule règle : partager ce qui me plaît. Merci de suivre ce chemin avec moi, aussi sinueux soit-il.
À l’art, à ses mystères, et à tous ceux qui l’aiment à leur façon, qu’il soit pour eux une source de plaisir ou une forme de consolation. « Seul l’art – nous dit Aharon Appelfeld – a le pouvoir de tirer la souffrance de l’abîme. »
Meilleurs vœux !
BD7

ICI

BE2 ICI