In girum imus nocte et consumimur igni

In girum imus nocte et consumimur igni
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dimanche 31 août 2025

Emile Zola - Denise (1900)
La veillée du dimanche. Deux clichés d’Émile Zola (1840-1902), que l’on connaît évidemment comme romancier, mais beaucoup moins comme photographe.
À partir des années 1890, Zola se passionne pour la photographie, qui devient pour lui à la fois un terrain d’expérimentation et une nouvelle façon d’observer le monde. Il s’équipe d’un matériel sophistiqué pour l’époque, développe lui-même ses plaques, et photographie tout ce qui l’entoure : sa famille, ses enfants, les paysages, mais aussi les rues de Paris, les gares, ou encore les scènes de la vie quotidienne.

E.Z. - Londres (1899)
Zola photographe n’est pas un simple observateur occasionnel : il expérimente, cherche, construit ses images avec le même souci d’organisation et de précision que dans son œuvre littéraire. Il a laissé plus de 700 plaques conservées aujourd’hui à la Médiathèque de l’architecture et du patrimoine.
Ses images sont à la fois simples et émouvantes ; pour la plupart elles ont été prises après la rédaction des Rougon-Macquart, un peu comme si, après avoir tant décrit le monde, il avait eu besoin, enfin, de le regarder.

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dimanche 24 août 2025

Sasha Hartslief (2019)
La veillée du dimanche. Deux œuvres de la peintre sud-africaine Sasha Hartslief (b.1974). Autodidacte passionnée de dessin depuis l'enfance, elle s’est inspirée pour se former de maîtres classiques et impressionnistes, de Singer Sargent à Ingres.
Ses peintures, souvent des scènes d’intérieur, s’intéressent à des moments familiers de la vie quotidienne et sont tout imprégnées de sensibilité : les personnages sont souvent seuls ou plongés dans la contemplation, les couleurs sont douces. J'aime l'atmosphère de ces tableaux, subtile et intimiste, qui – par des postures, par des attitudes et des regards – révèlent sans emphase la singularité de l'expérience humaine.
S.H. - The journey (2022)

Mais qu'est-ce qui nous retient devant un tableau ? Son sujet ? Mais quand il n'est pas figuratif ?
Alors le choix des couleurs "en un certain ordre assemblées", chères à Maurice Denis que je présenterai bientôt ? Ou bien comme c'est le cas ici pour moi parce qu'un des tableaux me rappelle un cliché de Todd Hido ? La question est immense et mérite mieux qu'une parenthèse. Beaucoup ont écrit des livres entiers sur le sujet, et mieux que je ne le ferais ici. Mais peut-être pourrai-je un jour y consacrer une chronique ?
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samedi 23 août 2025

Tamas Andok - Untitled (2016)
Une image et des mots. « On croit qu’on va faire un voyage, mais bientôt c’est le voyage qui vous fait, ou vous défait. », écrit Nicolas Bouvier dans L'usage du monde (1963).
Pour accompagner ce cliché à l'iPhone du hongrois Tamas Andok (b.1988), quelques lignes de Joseph Conrad, extraites de Au coeur des ténèbres (1899).

« Je me trouvais au cœur de cette prodigieuse obscurité. J’avais pénétré jusque-là pour découvrir le secret du voyage, le sens de cette aventure qui m’avait appelé. Et ce que j’avais vu n’était point une énigme de la nature, ni un mystère de la terre, mais quelque chose d’enfoui dans les âmes humaines.
J’avais vu le masque de la civilisation tomber, et derrière lui, la folie nue, la vérité d’un cœur sans retenue, livré à lui-même. Le voyage ne m’avait pas mené au bout du monde : il m’avait ramené au centre des ténèbres — là où elles commençaient, en nous
. »
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dimanche 17 août 2025

K. P-Vodkine - Nature morte (1928)
La veillée du dimanche. Deux œuvres du peintre russe Kouzma Petrov-Vodkine (1878–1939), figure singulière de l’art du début du XXᵉ siècle, à la croisée du symbolisme, du réalisme et des avant-gardes.
Formé à Saint-Pétersbourg puis à Paris, il développe très tôt un style immédiatement reconnaissable : compositions d’une grande clarté, couleurs franches, et cette fameuse perspective sphérique qui donne parfois à ses espaces une profondeur inhabituelle.

K.P. - La Vierge de compassion
Ses sujets restent souvent modestes : scènes domestiques, maternités, portraits, chevaux ou natures mortes. Mais tout y est traversé par une lumière calme, presque méditative. On y sent à la fois l’influence des icônes et celle d’une modernité naissante.
Petrov-Vodkine, qui avait aussi étudié la théologie et la philosophie, cherchait à dépasser la simple représentation du visible. Ce qui me touche particulièrement dans sa peinture, et plus encore dans ses natures mortes, c’est cette alliance rare entre une grande simplicité et une profondeur presque spirituelle : il peint le quotidien comme si chaque chose contenait davantage qu’elle-même.
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dimanche 10 août 2025

R. Maltête - Au Pêcheur acharné
La veillée du dimanche. Deux nouveaux clichés du photographe français René Maltête (1930–2000), déjà présenté ici en novembre 2021. Deux images irrévérencieuses qui illustrent encore ce que j'aime dans son travail et montrent à quel point Maltête savait capter l’incongru dans le quotidien.
R.M. - Les 7 péchés capitaux

« Rien n’est plus nécessaire que l’humour, car il nous évite de souffrir des choses, face à notre impuissance individuelle à les modifier. »
Ces mots résument bien le regard de Maltête.
Son humour n’est pas une simple plaisanterie : c’est une manière de prendre de la distance avec le monde, de ne pas accepter passivement ce qui nous entoure. Ses images, légères et souvent drôles, nous font d’abord sourire, mais elles nous invitent aussi à regarder autrement le quotidien, à y découvrir l’inattendu, l’absurde et parfois une forme de poésie.
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dimanche 3 août 2025

L.K. - Life in the suburbs (2019)
La veillée du dimanche. Deux œuvres du peintre américain Leonard Kocianski (b.1952). Né à Cleveland, dans l’Ohio, il étudie au Cleveland Institute of Art puis à l’Université de Californie à Davis, où il est notamment marqué par l’enseignement de Wayne Thiebaud et par la pensée de R. Buckminster Fuller.
Ses peintures montrent souvent des lieux familiers : maisons de banlieue, intérieurs, scènes nocturnes, personnages dans des espaces ordinaires. Pourtant, quelque chose résiste immédiatement à une lecture tranquille. Une impression de malaise discret s’installe, sans qu’on sache toujours précisément d’où elle vient.
L.K. - Night lights

Ce qui me frappe, c’est cette tension que l'on ressent, qui transforme le familier en un espace de réflexion et d’étrangeté ; comme une dissonance qui s’installe sans qu’on sache vraiment à quoi l’attribuer. Elle tient sans doute aux oppositions lumineuses – ces intérieurs trop éclairés face aux zones d'ombre – mais pas seulement. Il y a aussi la manière dont les personnages semblent séparés, même lorsqu’ils partagent le même espace. Chacun paraît absorbé dans son propre silence, comme si la proximité rendait plus visible encore la distance qui les sépare.
Chez Kocianski, la banalité du quotidien devient ainsi le théâtre d’un trouble discret : la lumière ne rassure pas, elle révèle ce qui demeure invisible dans les relations humaines.
LB1

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samedi 2 août 2025

Béla Tarr - Damnation (1988)
Une image et des mots. L'image c'est cette capture d'écran d'une scène de Damnation, du cinéaste hongrois Béla Tarr.
Pour aller avec, j'ai pensé à un extrait de la dernière page de Matinales (1956), de Jacques Chardonne.

"La mélancolique possession de la matière ne m'a point gêné; je n'en ai pas voulu, justement. J'en ai retenu l'inexplicable; l'amour, quelquefois, et avec méfiance; la beauté, toujours; les "plaisirs" quand ils sont l'ombre du bonheur; "l'art pour l'art", au sens profond, qui n'est pas sur le plan strictement terrestre, du moins qui est un peu dégagé de la substance humaine la plus éphémère, et qui devient grossier dans la mesure où il s'y insère davantage; en somme, les signes étranges d'un monde qui n'est pas proprement humain.
De ce monde invisible, je me suis approché à reculons, refusant toutes les interprétations comme sacrilèges. Je me sens plus humble encore, plus ouvert à tout le possible, plus confiant dans le doute, à mesure que vient l'heure de l'oubli; et si le Dieu qui m'a créé doit me recevoir, je lui rendrai sa créature telle qu'il l'a faite, l'esprit aveugle et que je n'ai pu changer."
JC2

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C.C. - All on a summer's day (1888) La veillée du dimanche. Deux œuvres du peintre anglais Charles Conder (1868-1909), qui fut, avec To...