In girum imus nocte et consumimur igni

In girum imus nocte et consumimur igni
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dimanche 27 juin 2021

J.N. - Rauwhiri Winitana Paki
Taupo Village, New Zealand
(2011)

La veillée du dimanche. Deux clichés du photographe anglais Jimmy Nelson (b.1967), extraits de son livre Before they pass away, paru en 2013. Depuis plusieurs décennies, Jimmy Nelson parcourt le monde à la rencontre de peuples dont les modes de vie, les traditions et les territoires sont fragilisés par les bouleversements contemporains. Sa démarche est d'abord visuelle : costumes, parures, gestes rituels et paysages composent des images soigneusement construites, presque picturales, qui rendent hommage à la diversité des cultures humaines. La beauté de ces photographies est indéniable. Mais elle a aussi suscité des critiques. Certains lui reprochent un regard trop romantique, qui ferait de ces communautés les derniers vestiges d'un monde ancien, alors qu'elles sont aussi des sociétés vivantes, confrontées au présent et capables d'évoluer. Le titre même de son livre a été contesté par plusieurs représentants autochtones, qui refusent l'idée que leurs peuples seraient voués à disparaître.

J.N.Altansogts, Bayab Olgii, Mongolia
(2011)
Cette question n'est pas nouvelle. Déjà, les magnifiques photographies d'Edward S. Curtis sur les peuples amérindiens (voir publications de février 2011, octobre 2015 et décembre 2018) portaient en elles cette ambiguïté : préserver une mémoire menacée tout en risquant de figer ceux que l'on voulait sauver de l'oubli. Avec Before They Pass Away, Jimmy Nelson revendique moins un travail anthropologique qu'un regard porté sur ces cultures, avec l'intention de les célébrer et de susciter l'émerveillement. Ses images nous invitent à regarder autrement ceux que nous connaissons mal, avec cette conviction qu'il résume ainsi :
« If you change the way you look at people, the people you look at change. And if that change is powerful enough, it will gather momentum to affect the whole of humanity. »
Le mois prochain, je reviendrai sur un autre regard porté sur les peuples autochtones : celui de Claudia Andujar, dont le travail auprès des Yanomami montre une approche radicalement différente, fondée non seulement sur la photographie, mais sur une relation étroite avec ceux qu'elle photographie et sur un engagement durable en faveur de leurs droits.
 © Veilleur de Nuit – 2021

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samedi 26 juin 2021

King George VI, Wembley (1930s)
Une image et des mots. L'image c'est cette photo anonyme, prise dans les années 30, qui nous donne à voir le roi George VI au comble de l'excitation dans un parc d'attractions.
Les mots sont un extrait d'un texte de Nicolas Go, intitulé Le rire philosophique et publié en 2002 dans le n°17 de la revue Le Philosophoire.

Il faut postuler la joie comme on pose un axiome mathématique, par un décret de la raison. Contre le dérisoire des réjouissances passagères, elle se doit d'être une réjouissance inconditionnelle de et à propos de l'existence. C'est ce qu'assure Clément Rosset pour qui "toute joie parfaite consiste en la joie de vivre, et en elle seule". Selon lui, le "vivre" confère à la joie toute sa perfection, sans quoi elle ne serait que virtuelle et en attente de sa propre complétude.
[....] La joie n'est pas fondée mais fondatrice. L'auteur de La force majeure la définit comme un secours qui, à l'instar de la grâce pascalienne, vient sauver du nihilisme, comme grande et unique règle, du "savoir-vivre", celui d'une vie menée en conscience et connaissance de cause. Alors même que tout concourt à nous décourager de la vie, la force paradoxale et impénétrable de la joie vient substituer aux accommodements névrotiques à la réalité - et tout spécialement celui de l'espérance -, le goût de vivre sans condition.

Sur la recherche de l'étourdissement et du vertige chez l'homme et chez l'animal, il faut lire aussi les lignes qu'y consacre Roger Caillois dans son ouvrage passionnant Les jeux et les hommes, publié en 1977 chez Gallimard.

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dimanche 20 juin 2021

J. Ciągliński - La toilette (1909)

La veillée du dimanche. Deux œuvres du peintre polonais Jan Ciągliński (1858-1913).
Alors qu'il étudie la médecine à l'Université de Varsovie, il suit les cours de dessin de Wojciech Gerson, grande figure du réalisme polonais que je présenterai prochainement.
Il abandonne bientôt la médecine pour la peinture et part s'installer à Saint-Pétersbourg, où il entre à l'Académie impériale des beaux-arts en 1879.

J.S. - Sur le Bosphore (1899)
Il y restera jusqu'à sa mort, tout en voyageant régulièrement en Europe, en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. Il rapporte de ces voyages des centaines d'études de paysages, souvent peintes sur le motif, d'une manière très libre qui doit beaucoup à l'impressionnisme français. En 1894, lors d'un séjour à Paris, il travaille quelque temps dans l'atelier de Benjamin-Constant, mais c'est surtout à Saint-Pétersbourg qu'il contribue au renouvellement de la peinture, au point d'être considéré par certains critiques comme l'un des premiers  impressionnistes russes. J'y reviendrai.
 © Veilleur de Nuit – 2021

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dimanche 13 juin 2021

André de Dienes - Untitled

La veillée du dimanche. Deux clichés du photographe hongrois André de Dienes (1913-1985). Très tôt marqué par l’errance et la liberté, il quitte son foyer à quinze ans et traverse une grande partie de l'Europe à pied. Arrivé à Paris en 1933, il travaille d’abord pour L’Humanité, avant de partir à New York où il se fait connaître dans la photographie de mode. Mais, dès qu’il le peut, il parcourt le pays et photographie les grands espaces et les communautés amérindiennes – notamment les Apaches, les Hopis et les Navajos – avec un regard attentif et respectueux, loin de tout exotisme.

A.D. - Marilyn, Tobay Beach
(1946)
Peu à peu, il délaisse la photographie commerciale et s’installe en Californie où il s'engage dans une œuvre plus personnelle, consacrée au nu, au paysage et au mouvement (voir les belles images de Mallia Phillips dansant dans le désert). « Every nude photograph I have ever taken was intended only to express my feeling for beauty. »
Lorsqu'il rencontre une jeune Norma Jeane en 1945, elle n'est encore qu'une aspirante actrice. Fasciné par sa beauté naturelle, il réalise d'elle plusieurs séries de photographies, dont celle de Tobay Beach en 1949. C'est dans cette belle série que j'ai – difficilement – fait le choix de cette image.
 © Veilleur de Nuit – 2021

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dimanche 6 juin 2021

V.V. - Jeune fille face à son miroir
(1971)
La veillée du dimanche. Deux œuvres du Finlandais Veikko Vionoja (1909-2001). Né en Ostrobotnie centrale, fils d'un menuisier, il reste toute sa vie très attaché aux paysages de son enfance. Il y passe ses étés, y retrouve les villages, les fermes et les vieilles maisons, les paysages qu'il peint à partir de croquis et de souvenirs.
« On ne peut représenter que ce à quoi son cœur est entièrement attaché ».
Mais ce que j'aime davantage, ce sont ses scènes d'intérieur : des pièces lumineuses, parfaitement ordonnées et d'une propreté presque irréelle, où quelques meubles, quelques fleurs ou quelques objets suffisent à créer une impression de chaleur et de vie. Vermeer était l'un de ses peintres préférés.

V.V. - Intérieur à Korpela (1989)
Dans Jeune fille face à son miroir, une jeune femme en chemise blanche est assise devant une jolie desserte sur laquelle ne repose qu'un vase empli de fleurs. Rien d'autre, rien à lire ni à écrire, ni brosses ni flacons ; elle s'est assise pour se regarder. À côté d'elle, un buffet aux étagères presque vides complète cet intérieur sans ornement mais d'une coquette sobriété. La jeune fille se regarde en coin.
Même rigueur dans Intérieur à Korpela, que viennent agrémenter deux bouquets de fleurs fraîches. Korpela était le nom de la maison du XVIIIᵉ siècle qui servait de résidence d'été à la famille Vionoja, dans le village de Haapala.
Peut-être est-ce cette histoire intime avec les lieux qui donne à ses intérieurs cette impression si particulière : celle d'un monde simple, ordonné, habité par la mémoire.
 © Veilleur de Nuit – 2021
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samedi 5 juin 2021

Aneurin Edward - Iron heart (2020)

Une image et des mots. J'aime beaucoup ce dessin - fusain, mine de plomb et acrylique -, d' Aneurin Edward, un artiste originaire de Sainte Lucie.
Pour aller avec, voici un extrait du roman d'Edward Abbey, Le gang de la clé à molette, traduit de l'américain et publié en 2019 chez Gallmeister dans une belle édition illustrée par Robert Crumb.

Tous les yeux convergeaient vers le feu pendant que la nuit du canyon se resserrait sur les dos. Des petites flammes bleues et vertes léchaient et lapaient le bois du fleuve - bouts de pin ponderosa sculptés par leur descente depuis le haut pays, à une centaine de kilomètres de là, branches de genévrier, de pin pignon, de peuplier, brindilles polies de gainier du Canada, micocoulier et frêne. Suivant des yeux les escarbilles qui filaient vers le ciel, ils virent les étoiles s'allumer par séquences décalées. Émeraudes, saphirs, rubis, diamants et opales parsemés sur la voûte en une distribution mystérieuse, aléatoire.
Loin au-delà de ces galaxies galopantes, à moins que beaucoup trop proche et trop présent pour qu'on le voie, se cachait Dieu.

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E.L. - Les travaux aux champs (1918) La veillée du dimanche. Deux œuvres du peintre belge Eugène Laermans (1864-1940). J’ai eu plusieurs fo...