In girum imus nocte et consumimur igni

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dimanche 29 mai 2022

O.C. - Guerre dans le Donbass (2014)

La veillée du dimanche. Deux clichés du photographe documentaire et photojournaliste ukrainien Oleksandr Chekmenov (b.1969), originaire de Luhansk, dans le Donbass, auquel il a consacré un livre publié en 2011.
Chekmenov commence sa carrière dans un studio de photographie de sa ville natale en 1988. Après la chute de l’URSS, il photographie les conséquences de la crise économique et les bouleversements que connaît alors la région minière du Donbass.
En 1997, il s’installe à Kyiv et devient photojournaliste indépendant. Il travaille depuis sur les transformations de son pays, en temps de paix comme pendant les révolutions et la guerre.

O.C. - Euromaidan (2014)
Sa série Passport est née d’une situation assez particulière.
En 1994-1995, les services sociaux de Louhansk font appel à des photographes pour prendre à domicile les photos d’identité des personnes âgées ou malades qui ne peuvent pas se déplacer. Chekmenov est chargé de ces visites. Il photographie les personnes pour leur nouveau passeport ukrainien, mais prend aussi, avec un autre appareil, des photographies de leurs intérieurs et de leurs conditions de vie. Il découvre ainsi une pauvreté et une solitude qui le frappent profondément.
Ce qui devait être un simple travail administratif devient alors une véritable série photographique. Les petits portraits destinés aux passeports sont accompagnés d’images beaucoup plus larges, où l’on voit les personnes chez elles, entourées de ce qu’elles possèdent. Chekmenov ne cherche pas à embellir ces intérieurs ni à cacher leur dénuement. Il nous montre simplement ce qu’il découvre.
Il poursuivra ce travail documentaire dans le Donbass, puis photographiera les bouleversements de l’Ukraine contemporaine, jusqu’à la guerre actuelle. Son travail a notamment été publié par The New York Times, Time et The Guardian. Pour découvrir son travail, c’est ICI.
 © Veilleur de Nuit – 2022
HB2

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samedi 28 mai 2022

Gennady Blohin - Collection (2012)
Une image et des mots. Le cliché est du russe Gennady Blohin, déjà présenté en février 2015, et le texte est de Nietzsche, extrait de Aurores (1881).

Au fond, ce qu'on sent aujourd'hui, à la vue du travail - on vise toujours sous ce nom le dur labeur du matin au soir -, qu'un tel travail constitue la meilleure des polices, qu'il tient chacun en bride et s'entend à entraver puissamment le développement de la raison, des désirs, du goût de l'indépendance. 
Car il consume une extraordinaire quantité de force nerveuse et la soustrait à la réflexion, à la méditation, à la rêverie, aux soucis, à l'amour et à la haine, il présente constamment à la vue un but mesquin et assure des satisfactions faciles et régulières.
[....] Êtes-vous complices de la folie actuelle des nations qui ne pensent qu'à produire le plus possible et à s'enrichir le plus possible ? Votre tâche serait de leur présenter l'addition négative : quelles énormes sommes de valeur intérieure sont gaspillées pour une fin aussi extérieure ! Mais qu'est devenue votre valeur intérieure si vous ne savez plus ce que c'est que respirer librement ?
JB10

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dimanche 22 mai 2022

S. Downey - Down the stairs (2015)
La veillée du dimanche. Deux œuvres de l’artiste canadien Shaun Downey (né en 1978). Il étudie le dessin et la peinture à l’Angel Academy de Toronto avant d’obtenir, en 2002, un diplôme du programme d’illustration du Sheridan College. Sa peinture, qui s’inscrit dans une tradition réaliste, se nourrit aussi d'influences plus contemporaines comme la bande dessinée.
Ses personnages sont souvent représentés dans des intérieurs familiers, parfois seuls, absorbés dans leurs pensées. Downey peint notamment sa femme, ses amis et des personnes de son entourage.

S. Downey - Wave 3
Ce qui me plaît, c’est justement le caractère très ordinaire de ces scènes. Une femme près d’une fenêtre, quelqu’un qui attend, un personnage qui semble regarder ou écouter quelque chose : il y a toujours cette petite incertitude, parfois teintée d'un malaise imperceptible, qui fait qu'on se demande ce qui vient de se passer, ou ce qui va arriver. 
On ne sait pas bien si l’on se trouve dans l’« avant » ou dans l’« après », et ça donne à ses tableaux une dimension presque cinématographique. Certaines œuvres, comme The Visitor, Window Watcher ou The Investigator II, semblent sortir de photogrammes d’un film de David Lynch.
Shaun Downey dit vouloir « ralentir la marche du temps » en peignant ces moments de solitude. Ses personnages, seuls, semblent écouter quelque chose – peut-être le monde, ou peut-être simplement quelque chose d’eux-mêmes.
 © Veilleur de Nuit – 2022

VM3

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dimanche 15 mai 2022

M. Ferguson - Shoe repair shop (2008)

La veillée du dimanche. Deux œuvres du peintre américain Max Ferguson (1959), qui peint principalement des scènes de la vie urbaine, le plus souvent dans sa ville natale, New York : des représentations hyperréalistes de lieux familiers du quotidien – comme ici une laverie ou une échoppe de cordonnier.
M.F. - Laundromat (2006)

Ferguson commence sa carrière artistique à l’adolescence en réalisant des films d’animation dessinés à la main, avant d’obtenir un diplôme de cinéma à l’Université de New York en 1980.
Mais c’est une année passée à la Gerrit Rietveld Academie d’Amsterdam, nourrie de son admiration pour Vermeer et Rembrandt, qui oriente définitivement son parcours. Il abandonne alors le cinéma pour la peinture – et, ironie heureuse, la ville d’Amsterdam acquiert l’une de ses premières toiles.
Le style de Max Ferguson garde l’empreinte de cette filiation néerlandaise : un soin extrême apporté à la lumière, à la composition et à la texture des choses ordinaires. À travers ces scènes du quotidien new-yorkais, c’est moins le tumulte de la ville qu’il peint que sa mémoire, la poésie discrète de ce qui – perpetually erasing itself, dit-il sur son site – « s'efface perpétuellement ».
 © Veilleur de Nuit – 2022

LG2

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dimanche 8 mai 2022

T.H.B. - The waterboy (1946)

La veillée du dimanche. Deux œuvres du peintre et muraliste américain Thomas Hart Benton (1889-1975), emblématique du mouvement régionaliste, aux côtés de Grant Wood et John Steuart Curry. Né à Neosho, dans le Missouri, Benton s’est attaché tout au long de sa carrière à représenter l’Amérique rurale, les travailleurs et leur vie quotidienne, notamment durant la Grande Dépression.
Après avoir étudié à l'Art Institute of Chicago puis à l'Académie Julian à Paris, il s’éloigne progressivement du modernisme pour trouver une manière de peindre qui lui soit propre, profondément attachée aux réalités et à la culture américaines. Ses scènes de la vie ordinaire prennent parfois, à mes yeux, une ampleur presque épique, comme dans les grands récits américains où le quotidien est agrandi jusqu'à devenir une sorte de mythe.

T.H.B. - Departure of the Joads (1939)
Dans les années 1930, ses fresques murales, comme America Today ou celles réalisées pour le Capitole de l'État du Missouri, deviennent célèbres par la manière dont elles racontent l’histoire et la culture américaines. America Today, peinte en 1930-1931, offre ainsi un vaste panorama de la vie américaine des années 1920, du travail industriel aux loisirs urbains.
Professeur à l'Art Students League de New York, Benton forme notamment Jackson Pollock, qui sera profondément marqué par son enseignement avant de s’éloigner radicalement de sa manière de peindre. Pollock pose d’ailleurs pour plusieurs figures de travailleurs dans America Today. L'œuvre de Thomas Hart Benton, intimement liée au Midwest et à son Missouri natal, constitue aujourd'hui un témoignage particulièrement riche sur l’Amérique du XXᵉ siècle.
« J’ai la conviction qu’en dépit de toutes les limites de mon esprit, des luttes et des échecs traversés, je suis parvenu à exprimer quelque chose qui soit à l’image de l’Amérique et du peuple américain de mon temps. »
 © Veilleur de Nuit – 2022

BS3
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samedi 7 mai 2022

Anonyme
Une image et des mots. Fermé pour cause de fermeture....; la paix est-elle décidément inatteignable ?
[.....]... au dessus de ces nombreuses races d'animaux est placé l'homme, dont la main destructrice n'épargne rien de ce qui vit, écrit Joseph de Maistre dans Les nuits de Saint Petersbourg. 
Il tue pour se nourrir, il tue pour se vêtir, il tue pour se parer, il tue pour se défendre, il tue pour attaquer, il tue pour tuer...

La paix est donc contre-nature. Elle est du domaine de la raison et de la morale, le triomphe des principes pour Ralph Waldo Emerson... 
Et alors voici ce qu'en dit Kant, dans Vers la paix perpétuelle (1795) :
Or, la raison moralement pratique énonce en nous son veto irrésistible : il ne doit y avoir aucune guerre ; ni celle entre toi et moi dans l'état de nature, ni celle entre nous en tant qu'États, qui, bien qu'ils se trouvent intérieurement en état légal, sont cependant extérieurement dans un état dépourvu de lois - car ce n'est pas ainsi que chacun doit rechercher son droit. Aussi la question n'est plus de savoir si la paix perpétuelle est quelque chose de réel ou si ce n'est qu'une chimère et si nous ne nous trompons pas dans notre jugement théorique, quand nous admettons le premier cas, mais nous devons agir comme si la chose qui peut-être ne sera pas devait être, et en vue de sa fondation établir la constitution qui nous semble le plus capable d'y mener et de mettre fin à la conduite de la guerre dépourvue de salut, vers laquelle tous les États sans exception ont jusqu'à maintenant dirigé leurs préparatifs intérieurs, comme vers leur fin suprême. Et si notre fin en ce qui concerne sa réalisation demeure toujours un voeu pieux, nous ne nous trompons certainement pas en admettant la maxime d'y travailler sans relâche, puisqu'elle est un devoir.
RB1

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dimanche 1 mai 2022

P. van Lint - Le travail récompensé
La veillée du dimanche. Pour ce 1er mai, une belle allégorie de Pieter van Lint (1609-1690), où le Travail est récompensé par l'Abondance et la Paix, sous le regard bienveillant de Minerve et du Temps.    Originaire d’Anvers, Van Lint appartient à la génération du baroque flamand marquée par l’influence de Rubens.
Élève d’Artus Wolffort, il devient maître de la guilde de Saint-Luc en 1632, avant de séjourner plusieurs années en Italie, notamment à Rome, où il se familiarise avec la peinture italienne et le classicisme des Carrache. Il séjourne ensuite à Paris avant de revenir définitivement à Anvers en 1641.
P. van Lint - Voyageurs endormis

De cette expérience, il retiendra l’équilibre et la clarté italiennes qu’il associera à la richesse de la tradition flamande : ses œuvres religieuses, mais aussi ses scènes allégoriques et ses portraits, se distinguent par une lumière douce, des couleurs nuancées et une grande attention aux expressions humaines. À Anvers, il répond à de nombreuses commandes ecclésiastiques, réalise des esquisses pour fresques et retables, et réalise également des illustrations pour des ouvrages dévotionnels.
Ainsi, Pieter van Lint est l'auteur d'une œuvre qui mêle la tradition flamande et les influences de la peinture italienne. Même s’il est moins célèbre que Rubens ou Van Dyck, il est à ce titre une figure importante du baroque anversois.
 © Veilleur de Nuit – 2022

GF3

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E.L. - Les travaux aux champs (1918) La veillée du dimanche. Deux œuvres du peintre belge Eugène Laermans (1864-1940). J’ai eu plusieurs fo...