In girum imus nocte et consumimur igni

In girum imus nocte et consumimur igni
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dimanche 25 novembre 2018

W.E. Smith - Pride Street, Pittsburgh
(1955)

Le vide-grenier du dimanche. Deux autres clichés du photographe américain W. Eugene Smith (1918-1978), déjà présenté ici en janvier 2010, figure majeure de l'essai photographique. Après avoir quitté Life en 1954, il poursuit son travail au sein de l’agence Magnum puis de manière indépendante, élaborant ces grands récits visuels qui feront école. Qu’il s’agisse du médecin de campagne dans le Colorado (1948), des habitants d’un village espagnol (1951), du monumental projet Pittsburgh (1955-58) ou de son ultime combat aux côtés des victimes de la pollution au mercure à Minamata (années 1970), Smith a toujours cherché à donner une forme narrative et profondément humaine à ses images.
W.S. - Dream Street, Pittsburgh
(1955)

Perfectionniste à l’extrême, parfois jusqu’à l’obsession, il travaillait ses planches contact comme un écrivain travaille son manuscrit, convaincu que la photographie devait transmettre la vérité d’une expérience vécue. Chez lui, une image est rarement pensée isolément : elle prend sa pleine signification dans une suite de photographies qui construit peu à peu un récit. Cette conviction traverse toute son œuvre :
« A photo is a small voice, at best, but sometimes - just sometimes -, one photograph or a group of them can lure our senses into awareness. Much depends upon the viewer; in some, photographs can summon enough emotion to be a catalyst to thought. »

VU2

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dimanche 18 novembre 2018

A. Volkov - Moonlit road (2005)
Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres du peintre russo-américain Alexander Volkov (b.1960). Après des études de physique à l'université de Leningrad, Alexander Volkov se tourne vers le cinéma d'animation, puis vers la peinture. Il participe dès le début des années 1980 aux groupes d'artistes indépendants de Leningrad avant de s'installer aux États-Unis en 1989.
Il vit aujourd'hui dans le New Jersey, où il développe une œuvre consacrée principalement au paysage, à la nature morte et aux scènes de la vie quotidienne. Volkov se définit à demi-mot comme un autodidacte et revendique une filiation choisie : de Turner, Vermeer, Hals et Rembrandt à Hopper, Parrish et Wyeth, sans oublier la musique de Satie ou les films de Tarkovski.

A.V. - Moontide (2018)
Malgré cette diversité d'influences, une même préoccupation traverse toute son œuvre : la lumière. Ses tableaux, inspirés de la campagne américaine où il vit depuis plus de trente ans, s'attachent aux variations lumineuses qui accompagnent le glissement des saisons et métamorphosent imperceptiblement les lieux les plus familiers.
« Il n'y a pas pour moi de plus grand mystère que le conflit de l'ombre et de la lumière. Dans la manière de se rencontrer et de se pénétrer l'un l'autre, il y a la source de toute chose. Que je peigne un paysage, une nature morte ou un portrait, il y a toujours là une histoire de la lumière qui voyage à travers l'obscurité. »
Petite précision pour ceux qui souhaiteraient découvrir davantage son travail : il existe autant d'Alexander Volkov que de John Smith. Ne le confondez ni avec Alexandre Nikolaïevitch Volkov (1886-1957), ni avec le joueur de tennis ou le combattant de MMA qui portent le même nom.
JB11

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samedi 17 novembre 2018

Frank Hurley, WW1 western front (1918)
Une image et des mots.
Lavendange. - Et ils ont déménagé pourquoi, les dieux?
Hermès. - Les Grecs leur ont tapé sur les nerfs; alors ici, à leur place à eux, ils ont installé la Guerre, en vous abandonnant à elle, pour qu'elle vous traite... c'est bien simple; à sa discrétion. Et eux, ils ont déménagé aussi haut qu'ils ont pu, pour ne plus vous voir batailler, et être hors de portée de vos jérémiades.
Lavendange. - Et pourquoi est-ce qu'ils nous ont fait ce coup-là, dis-moi?
Hermès. - Parce que vous avez préféré la guerre, en tant d'occasions où ils essayaient de vous réconcilier.
Aristophane, La Paix.
RH6

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dimanche 11 novembre 2018

Otto Dix - Les joueurs de skat (1920)
Le vide-grenier du dimanche. En ce 100ème anniversaire de l'armistice de la Grande Guerre, deux oeuvres du peintre expressionniste allemand Otto Dix (1891-1969), figure majeure de la Nouvelle Objectivité, et l'un de ceux que le régime nazi qualifiera d’« artiste dégénéré ».
Formé à Dresde, à la fois à l’École des Arts et Métiers et à l’Académie des Beaux-Arts, Dix s’est d’abord nourri de l’expressionnisme avant d’adopter un réalisme dur, presque chirurgical. Rien n’a autant marqué son œuvre que son expérience du front pendant la Première Guerre mondiale : il en a rapporté une vision du monde blessée, obsédée par la violence, la mutilation et l’absurdité. Son travail, traversé aussi par les fractures sociales et morales de la République de Weimar, ne cherche pas la beauté mais la vérité nue d’une société défigurée par la guerre et la décadence. 
O.D. - Flandres (c.1935)

On admire sans doute les toiles d'Otto Dix moins pour leur « beauté » que pour l’empreinte indélébile des horreurs qu’elles portent.
Le premier tableau représente des « gueules cassées » : d'anciens combattants mutilés, aux visages reconstruits par des prothèses métalliques. Le second, Flandres, s’inspire à la fois du roman Le Feu, de Henri Barbusse, où des soldats se réveillent parmi les noyés des tranchées inondées, et du Retable d’Issenheim de Grünewald : deux visions de la souffrance que Dix réunit dans une même image de la chair et du monde en lambeaux.
ST1

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dimanche 4 novembre 2018

Mark Broyer - série What's the fog

Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés du photographe et artiste visuel allemand Mark Broyer (b.1979). Après plusieurs années consacrées à des projets musicaux qui n'aboutiront pas, il découvre la photographie à la faveur de l'exposition America by Car de Lee Friedlander (voir oct. 2008), une révélation qui l'amène à faire de l'image son principal moyen d'expression. « Fais n'importe quoi, mais tires-en de la joie », écrivait Henry Miller.
M.B. - série After hours (2017)

Photographiant principalement Hambourg, Berlin ou de grandes métropoles asiatiques, Broyer compose des images presque désertes, où quelques silhouettes anonymes suffisent à donner l'échelle du paysage urbain. Il combine volontiers photographie traditionnelle, interventions numériques et procédés expérimentaux, sans jamais rompre l'unité de ses images. Il en naît une atmosphère singulière, faite de silence, d'attente et de mélancolie, qui évoque parfois l'univers de Wong Kar-wai ou les tableaux de Edward Hopper.

BD4

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samedi 3 novembre 2018

J. Bastien-Lepage - Saison d'octobre (1878)
Une image et des mots. Je reviens cette semaine à la peinture de la vie paysanne, un sujet qui me plaît beaucoup. Je ne crois pas avoir déjà publié ici de tableau de Jules Bastien-Lepage, dont voici Saison d'octobre. Pour l'accompagner, les mots sont de Jacinta Ortiz Mesa, "la Tilli", une paysanne andalouse qui a publié à plus de 70 ans deux petits recueils de poésie (non traduits en français).
Ne sachant lire ni écrire, elle a dicté ses poèmes à une enseignante de son village. Des mots simples et sincères qui auraient peut-être ému un autre andalou amoureux de la terre, Garcia Lorca, ou inspiré une chanson à Victor Jara...

Yo no me quiero acordar ni la memoria me alcanza, para tanta calamidad, como yo pasé en mi infancia. Cuando tenía seis años me ponen a trabajar, guardando cerdos y cabras y pavos para empatar.
Si conocen lo que digo, los cerdos se despistaban, las cabras comían los olivos y los pavos que no andaban.
¡Ni con la ayuda de Dios, señores, yo los juntaba!
Con muchísimo trabajo y muy poca libertad yo llegué a los quince años ¡no lo quiero ni pensar!
Cuando a los quince llegué ya los niños me gustaban, pero era yo tan fea que nadie me decía nada.
¡Por fin! ya llegó ese día, que uno me dijo te quiero yo le dije: y yo a ti contesté pronto y ligero.
Era el hombre de mi vida, el que se sentó a mi lado, que yo, viva como viva, a ese nunca lo he olvidado.
Pero poquito duró eso bueno de mi vida, el diablo se atravesó y volví a pasar fatiga.
Se perdió un ángel en el cielo que por eso Dios bajó y cuando lo vio tan bueno al cielo se lo llevó.
Menores de once años me quedaron cinco niños, un montón de trabajo y ni una pizca de cariño.
Era un cuadro gigante lo que en mi casa quedó, había que seguir pa' alante y tenía que hacerlo yo,
De día yo trabajaba y por la noche cosía, pues lo que a mí me pasaba era que poco dormía.
Yo muy poquito dormía, muy poquito descansaba, pero con todo ese esfuerzo y con la ayuda de Dios nunca nos faltó de nada.
Lo malo que les he hecho es hacerles trabajar , pa que fuesen de provecho y apretaran a estudiar.
Ya se me hicieron mayores y ahí está el resultado, todos son trabajadores y todos se han colocado:
uno se hizo tractorista, y el otro fue camionero, la chica rompió por contable, y otro se me hizo banquero, y la más grande de todos plancha para el mundo entero. Me ha llegado la vejez y ahora tengo esa alegría, los veo a todos trabajar que era lo que yo quería. ¡Qué bonito es vivir! cuando la vida es buena. ¡Qué bonito es vivir! si la vives sin pena, ¡Qué bonito es vivir! la salud es lo primero
¡Qué bonito es vivir! Se lo digo al mundo entero.
PA1

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Peter Turnley - New York (2013) Une image et des mots. Un cliché du photographe américain Peter Turnley, et quelques vers d'Emma Lazaru...