In girum imus nocte et consumimur igni

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dimanche 29 juin 2008

T. Le Clear - Newsboy (1853)

La veillée du dimanche. Deux œuvres du portraitiste et peintre de genre américain Thomas Le Clear (1818-1882), formé à l'Académie des Beaux-Arts de Pennsylvanie.
Il m'arrive souvent d'être séduit par une image – photographie ou tableau – avant même d'en connaître le contexte. C'est parfois l'image elle-même qui me conduit ensuite vers l'histoire qu'elle porte.
C'est ce qui s'est produit avec Young America, peint en 1863 par Thomas Le Clear. Cette chronique sera exceptionnellement plus longue qu'à l'accoutumée, car il fait partie de ces tableaux qui ne se contentent pas de nous toucher : ils nous invitent à chercher, à comprendre, à remonter le fil de l'histoire.

T.L.C. - Young America (1863)
Au premier regard, on voit une scène de rue. Les enfants et les adolescents occupent le centre de la composition : l’un d’eux, debout sur une caisse en bois, semble prendre la parole ; un autre désigne une affiche : « Meeting Tomorrow – Young America ». Autour d’eux, trois adultes assistent à la scène, parmi lesquels un homme noir. Au premier plan, deux garçons s’étreignent. L’un porte une veste bleue, l’autre un gilet rouge et blanc : les couleurs du drapeau américain. Dans la rue voisine, un autre adulte passe sans s’arrêter, le regard baissé, comme perdu dans ses pensées. Il apporte à cette scène une discrète note d’interrogation. Mais rien ici n’évoque la violence ou l’affrontement ; tout respire au contraire une forme de calme, de confiance et d’espérance partagée.
C'est en déchiffrant l'affiche que j'ai compris de quoi parle ce tableau. Nous sommes en pleine guerre de Sécession. Young America est le nom d'un mouvement politique né quelques années plus tôt, et Le Clear fait discrètement allusion aux grandes questions qui traversent alors les États-Unis : l'Union, l'émancipation, l'immigration, la vie démocratique. Mais il choisit de les évoquer simplement, à travers une scène d'enfants et d'adolescents.
J'aime cette idée. Au lieu de montrer le fracas de l'Histoire, Le Clear représente une jeunesse qui écoute, qui discute, qui apprend peut-être déjà à devenir citoyenne. Ce petit orateur improvisé ne harangue personne ; il parle simplement. Et les deux garçons qui s'étreignent, vêtus des couleurs de la bannière américaine, semblent plutôt incarner l'espérance d'une même nation.
Thomas Le Clear est surtout connu pour ses portraits, mais ce tableau rappelle qu'une scène en apparence ordinaire peut parfois nous apprendre autant sur une époque qu'une grande peinture d'histoire.
L’autre tableau, Newsboy (1853), nous ramène quelques années en arrière et dans une autre réalité de la jeunesse américaine. Un petit vendeur de journaux s’est assis sur une caisse pour prendre un moment de repos et manger un fruit. La scène est simple, presque banale, mais Thomas Le Clear y prête la même attention que dans ses portraits : il ne cherche ni à idéaliser ni à dramatiser son personnage. Ce jeune garçon n’est pas réduit à sa condition sociale ; il apparaît simplement comme un enfant au milieu de sa journée de travail, avec sa fatigue, mais aussi sa présence et sa dignité.
Réunis ici, ces deux tableaux offrent deux visages de la jeunesse américaine du XIXᵉ siècle : celle qui écoute, débat et se prépare à prendre part à la vie collective, et celle qui travaille déjà pour trouver sa place dans la société. Dans les deux cas, Thomas Le Clear porte sur ses jeunes sujets un regard attentif et profondément humain.
« The aim of the true artist is not to give pleasure, but to awaken an emotion. »

DO1

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samedi 28 juin 2008

Paul Strand - Rebecca's hand (1923)
Une image et des mots. Pour accompagner ce beau cliché du photographe américain Paul Strand, sur lequel il faudra que je revienne, j'ai choisi de faire appel à deux textes qui soient d'un couple.

Les êtres humains sont des êtres-pour-autrui. Leur être ne consiste pas seulement à exister pour eux-mêmes, mais aussi pour les autres. Nous sommes toujours en relation avec les autres, que ce soit de manière positive ou négative. Notre existence est déterminée par notre rapport aux autres, par notre désir de plaire, de faire plaisir, d'être aimé et reconnu. Et c'est précisément cette relation qui nous permet de nous réaliser en tant qu'individus, de nous découvrir nous mêmes et de donner un sens à notre vie. Sartre, Les Mots (1964).

Le sujet féminin, dans sa situation actuelle, est pris dans une contradiction insupportable : comment être tout à la fois objet et sujet, comment concilier les exigences de la chair et celles de la liberté, comment vivre son corps sans être prisonnière de son corps ? C'est cette question qui sous-tend tous les débats sur l'égalité des sexes, car l'égalité ne consiste pas seulement à accorder les mêmes droits et les mêmes privilèges, mais à reconnaître la dignité de l'autre en tant que sujet à part entière. C'est dans cette reconnaissance mutuelle que réside la possibilité de s'élever au-delà de la contradiction et de trouver une véritable union entre deux êtres humains, deux sujets libres et égaux. Simone de Beauvoir, Le deuxième sexe (1949).

JR1
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dimanche 22 juin 2008

U. Oppi - Femme à la fenêtre

La veillée du dimanche. Deux œuvres de l'italien Ubaldo Oppi (1889-1942). Né à Bologne et élevé à Vicence, il est d’abord envoyé en Allemagne pour apprendre le métier de bottier, avant de s’installer à Vienne où il étudie auprès de Gustav Klimt entre 1907 et 1909. Après un retour en Italie, il sert pendant la Première Guerre mondiale dans les Alpini, combat sur le front alpin et est fait prisonnier, avant d’être interné à Mauthausen.
U.O. - Paysage du Cadore

Après la guerre, il expose à Paris en 1921 puis revient en Italie, où il participe à la fondation du groupe Novecento, qui cherche à renouer avec une forme de peinture classique inspirée du Quattrocento. Il s’en éloigne pourtant dès 1926 ; son œuvre évolue alors vers une peinture de plus en plus claire et dépouillée, nourrie par la Renaissance, puis, à partir de la fin des années 1920, par une dimension religieuse affirmée, qui l’amène à réaliser retables et fresques dans des chapelles italiennes.
Ce que j'aime dans ses tableaux, à la fois classiques et très construits, c'est cette atmosphère apaisée, ce qui ressemble à une recherche de simplicité et d’équilibre. La beauté, disait-il, est l'essence de l'art.

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dimanche 15 juin 2008

C.R. - La petite malade (1995)

La veillée du dimanche. Deux clichés de la photographe et photojournaliste espagnole Cristina García Rodero (b.1949). Elle découvre la photographie en 1974, après des études de peinture à l’École des Beaux-Arts de l’Université de Madrid, où elle enseignera ensuite jusqu’en 2007.
À l’écart des images emblématiques de la movida alors en plein essor, elle choisit de documenter les fêtes, les rites, la ferveur religieuse, mais aussi la poésie et parfois la rudesse d’une Espagne rurale en train de disparaître. Avec España oculta, son premier grand travail, elle donne à voir un monde où les traditions, les croyances et les rites occupent encore une place centrale.
C.R. - Escober (1988)

« J'ai essayé de photographier l'âme mystérieuse, authentique et magique de l'Espagne dans toute sa passion, son humour, sa tendresse, sa rage, sa souffrance, et toute sa vérité ; et les moments les plus pleins et les plus intenses dans les vies de ces personnages, aussi simples qu'irrésistibles, avec toute leur force intérieure.»
En 2005, Cristina G. Rodero est la première espagnole à rejoindre la prestigieuse agence Magnum. Son travail explore notre rapport au sacré, au temps long des traditions et aux gestes qui fondent les communautés. Il nous rappelle que ces moments collectifs ne sont pas seulement des survivances du passé, mais des espaces où se révèlent les émotions, les croyances et les liens qui unissent les hommes.

TW2

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dimanche 8 juin 2008

L. de V. - La belle ferronnière (c.1490)
La veillée du dimanche. Deux œuvres de Léonard de Vinci (1452-1519), le géant de la Renaissance. Il serait bien vain de vouloir présenter ici celui dont la vie et l’œuvre ont nourri tant de livres et de commentaires ; on peut ICI en apprendre davantage.
D’abord, un portrait longtemps connu sous le titre La Belle Ferronnière, dont l’histoire reste encore en partie discutée, notamment quant à l’identité de la modèle. Longtemps associée à Anne Boleyn, cette hypothèse est aujourd’hui écartée ; on évoque plutôt un lien avec l’entourage de Ludovico Sforza, le grand mécène milanais de Léonard.

Leonard de Vinci
Étude de drapé pour ange agenouillé
(1472)
En regard, une étude de drapé également conservée au Louvre. Plus discrète en apparence, elle révèle pourtant beaucoup de sa manière de regarder : la précision du trait, l’attention portée aux plis, aux volumes et aux effets de lumière témoignent d’une observation qui dépasse la simple représentation pour chercher à comprendre les formes.
« Savoir écouter, c’est posséder, outre le sien, le cerveau des autres », disait Léonard.
AN1

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samedi 7 juin 2008

Guy Le Querrec - Palais des Congrès (1979)
Une image et des mots.
Aristote, dans La Métaphysique, aborde la distinction entre l'audible et l'inaudible.

Le son est ce qui tombe sur l'oreille.
Le sonore est donc audible. Ce qui n'a pas cette qualité est inaudible. Mais le son est sensible à l'ouïe, et l'ouïe est la faculté de percevoir le son. Il en est de même pour l'odorat, le goût, le toucher. Le sensible, c'est ce qui peut être perçu par les sens, et le sens est la faculté qui le perçoit.
Ainsi l'audible et l'inaudible sont déterminés par notre faculté à percevoir le son.

Dans cet extrait, Aristote souligne la relation étroite qui existe entre les sens et le monde qui nous entoure, ainsi que l'importance de nos facultés sensorielles dans notre compréhension de la réalité. Ce qui est inaudible ne peut être perçu par notre ouïe, mais cela ne signifie pas que cela n'existe pas. Cette réflexion peut s'étendre à d'autres aspects de la réalité qui échappent à notre perception, et souligne l'importance de reconnaître les limites de notre connaissance.
Maurice Merleau-Ponty, dans sa Phénoménologie de la perception (1945), traite aussi de cette distinction entre l'audible et l'inaudible, et souligne le rôle crucial de la perception subjective dans notre compréhension et notre interprétation du monde.
RB1

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dimanche 1 juin 2008

George Tooker - Jukebox (1953)

La veillée du dimanche. Deux œuvres du peintre américain George Tooker (b.1920). Né à Brooklyn, il suit à la Art Students League de New York l'enseignement de Reginald Marsh et Kenneth Hayes Miller, deux figures importantes de la tradition réaliste américaine ; mais Tooker revendique aussi l’influence des maîtres de la Renaissance et de certains courants modernistes.
Dès les années 1940, il s’oriente vers une peinture figurative singulière, intime, à rebours de l’abstraction alors dominante. Il travaille lentement, avec exigence, en utilisant la tempera sur bois, une technique ancienne héritée des primitifs italiens, qui confère à ses tableaux une surface mate, dense, presque minérale, baignée d'une lumière douce.

G.T. - Government Bureau (1956)
Ses œuvres mettent souvent en scène des personnages anonymes dans des lieux d’attente ou de passage : couloirs, bureaux, stations de métro, espaces géométriques où l’individu semble parfois perdu. Des tableaux comme The Subway (1950) ou Government Bureau (1956) traduisent le sentiment d’une société froide et impersonnelle ; d’autres, comme The Waiting Room, laissent apparaître une dimension plus intime, faite de fragilité, d’attente et peut-être d’espérance.
Catholique assumé, Tooker laisse affleurer dans son œuvre une forme de spiritualité discrète, comme une compassion retenue... « My art is an attempt to transform a reality that I consider tragic into an image of beauty. »

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A.N. Samokhvalov - Blue twilight (1960) La veillée du dimanche. Deux oeuvres du peintre et illustrateur russe Alexander Nikolaevich Samo...