In girum imus nocte et consumimur igni

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dimanche 29 octobre 2023

Bunny Yeager - Self-portrait (1950s)
La veillée du dimanche. Deux clichés de la photographe américaine Bunny Yeager (1929-2014). Ancienne mannequin devenue photographe, elle fut l’une des grandes figures de l’âge d’or de la pin-up américaine, notamment pour ses photographies de Bettie Page, parmi lesquelles la fameuse série "Jungle Bettie". La pin-up, j'ai déjà eu l'occasion de l'évoquer dans l'illustration américaine, chez Art Frahm par exemple (voir juil. 2016), chez Gil Elvgren (voir fév.2018), ou encore dans l'univers des pulps : un monde populaire, au graphisme gai et coloré, qui me plaît beaucoup pour sa fraîcheur, son humour, sa séduction à la fois innocente et espiègle.

B.Y. - Eleanor Lucky
Mais le parcours de Bunny Yeager y ajoute une dimension particulière. Après avoir été elle-même modèle, elle passe derrière l’objectif et devient celle qui construit l’image. Yeager photographiait aussi bien les pin-up célèbres que des femmes ordinaires. Elle expliquait que celles-ci acceptaient de poser pour elle parce qu’elles savaient qu’elle ne les pousserait pas à faire des photos nues si elles ne le souhaitaient pas.
Elle continuera pourtant à se photographier elle-même, et publiera en 1964 How I Photograph Myself, un livre consacré à ses autoportraits. Les deux photographies présentées ici appartiennent à cette partie de son travail.

© Veilleur de Nuit – 2023

J’ai déjà eu l’occasion d’évoquer sur ce blog la pin-up dans l’illustration américaine, chez Art Frahm par exemple (voir juil. 2016) ou chez Gil Elvgren (voir fév. 2018), mais aussi dans l’univers des pulps. J’aime ces images pour leur fraîcheur, leur humour, parfois leur autodérision, et cette façon de mêler la séduction à une certaine innocence. Des filles « next-door », sexy sans être sophistiquées, bien loin des femmes fatales en fourreau et gants noirs. Il y a aussi les couleurs gaies, le graphisme pimpant, ce monde propre et souriant d’une culture populaire aujourd’hui disparue.

Il était assez naturel que cette pin-up passe aussi du dessin à la photographie. Bunny Yeager en est l’une des figures les plus emblématiques. Après avoir été elle-même modèle, elle passe derrière l’objectif et sait ce qui fonctionne devant un appareil photo, mais aussi comment mettre ses modèles à l’aise. Elle ne se contente pas de les faire poser : elle imagine des situations, cherche des décors, joue avec les accessoires et les costumes. Elle photographie aussi bien les pin-up célèbres que des femmes ordinaires.

Elle commence à photographier Bettie Page en 1954. Parmi les images qu’elle réalise avec elle cette année-là, certaines deviendront célèbres, notamment celles de la série des guépards, où Page pose en tenue léopard au milieu des animaux.

Yeager continue pourtant à se photographier elle-même. Ses autoportraits donneront lieu en 1964 à How I Photograph Myself. Les deux photographies présentées ici appartiennent à cette partie de son travail.

© Veilleur de Nuit – 2023

EP6

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samedi 28 octobre 2023

A. Siefert - Hypathia (av.1892)
Une image et des mots. Un beau portrait imaginaire de la philosophe-martyre Hypatie d'Alexandrie par le peintre germano-bohémien Alfred Siefert (1850-1901)
Pour l'accompagner j'ai choisi ce court poème de Charles Kingsley, qui en 1853 écrit un récit romancé inspiré de sa vie.

J'entendis mille notes mélangées,
Tandis que dans un bosquet je m'assois allongé,
Dans cette douce humeur quand des pensées agréables
Apportent des pensées tristes à l'esprit.

À ses belles oeuvres, la nature a lié
L'âme humaine qui à travers moi a couru ;
Et j'ai beaucoup de peine à penser
À ce que l'homme a fait de l'homme.
WM8
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dimanche 22 octobre 2023

Carel Willink - La maison jaune (1934)
La veillée du dimanche. Deux œuvres du néerlandais Carel Willink (1900-1983), déjà présenté en octobre 2010. Souvent associé au "réalisme magique", il peint un monde où tout semble réel... et pourtant profondément inquiétant. Les architectures monumentales, les places désertes, les ciels d'orage ou les ruines donnent à ses tableaux une atmosphère de silence et de tension, comme si quelque chose allait se produire sans que l'on sache quoi.

C.W. - Nouvelles de l'emploi (1952)
Au fil de sa carrière, Willink s'éloigne du cubisme et de l'abstraction pour retrouver une peinture figurative d'une précision presque photographique, mais qu'il charge d'un sentiment d'étrangeté. Ses œuvres semblent suspendues entre la réalité et le rêve, entre beauté classique et pressentiment de catastrophe. Réflexion sur la fragilité de la civilisation, reflétée dans ses décors monumentaux et vides ? Par son style unique qui mêle réalité et fantastique, Willink reste l'une des figures majeures de l'art moderne néerlandais.

ML12

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dimanche 15 octobre 2023

L.Goldsmith - Patti Smith (1976)
La veillée du dimanche. Deux clichés de la photographe américaine Lynn Goldsmith (b.1948). Diplômée de l’Université du Michigan en littérature anglaise et en psychologie, elle s’est fait connaître par ses portraits de figures de la musique, du cinéma et des arts, qu’elle cherche moins à figer dans leur image publique qu’à révéler dans une forme d’intimité.

L.G. - Bob Dylan, NYC (1983)
En 1976, elle fonde LGI, la première agence consacrée à la diffusion de portraits de célébrités destinés à un usage éditorial, notamment dans les domaines du divertissement et du sport. Sous sa direction, l’agence connaît un essor considérable, jusqu'à fédérer un réseau international de plus de 300 photographes. En 1997, elle la vend à Corbis, société fondée par Bill Gates, afin de se consacrer pleinement à sa carrière artistique et à ses projets personnels.
À l'occasion d'une publication sur Jim Marshall de novembre 2017, j'avais confié qu'elle était l'auteure d'un de mes portraits favoris de Dylan ; le voici.
LF2

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dimanche 8 octobre 2023

A.K. - Lac Ladoga (1871)
La veillée du dimanche. Deux œuvres de Arkhip Kuindzhi (1842-1910), déjà présenté en juin 2010.
Arkhip Kuindzhi excelle dans l’art de la suggestion et de l’épure, où l’essentiel semble souvent se jouer au-delà du sujet lui-même. Je suis fasciné par l’atmosphère de ses tableaux, qui doit sans doute autant à leur composition qu’à la manière dont il transforme la lumière naturelle en une véritable présence.
A.K. - La nuit (1905)

Élève de l’Académie impériale des beaux-arts de Saint-Pétersbourg, Kuindzhi est d’abord influencé par les maîtres du réalisme russe, notamment Ivan Aïvazovsky et Ivan Kramskoï. Mais il développe rapidement une vision très personnelle du paysage – ciels immenses, plaines ouvertes –, où la lumière et la couleur deviennent les véritables protagonistes de ses œuvres.
Par ses contrastes subtils entre ombre et clarté, il crée ce que l’on a parfois appelé un
« rayonnement intérieur » : l’impression que la lumière semble naître du tableau lui-même.
Ses paysages ne cherchent pas seulement à reproduire la nature ; ils en révèlent une présence plus profonde, presque mystérieuse. En faisant de la lumière un véritable langage pictural, Kuindzhi a contribué à renouveler profondément la peinture paysagiste russe du XIXᵉ siècle. C’est sans doute cette capacité à transformer un simple paysage en une expérience visuelle et émotionnelle qui fait encore aujourd’hui la singularité de son œuvre.

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samedi 7 octobre 2023

Iran, probably Kashan (13th–14th century AD)

Une image et des mots.
Cette merveille, datée de la fin du 13e et moitié du 14e apr. J.-C. et supposée originaire de la ville de Kashan, fait partie de la collection de Hossein Afshar. On peut l'admirer au musée des beaux-arts de Houston (MFAH) où elle fait partie de l'exposition de céramiques persanes "Between sea and sky".
Pour aller avec, voici un extrait du discours prononcé en mai 2005 par l'écrivain américain David Foster Wallace (1962-2008) devant les lauréats de l'université de Kenyon College, dans l'Ohio.
C'est l'histoire de deux jeunes poissons qui nagent et croisent le chemin d'un poisson plus âgé qui leur fait signe de la tête et leur dit : 
" Salut, les garçons. L'eau est bonne ? " Les deux jeunes poissons nagent encore un moment, puis l'un regarde l'autre et fait : " Tu sais ce que c'est, toi, l'eau ? "

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dimanche 1 octobre 2023

I. Codrington - The Kitchen (1927)
La veillée du dimanche. Deux œuvres de la peintre anglaise Isabel Codrington Pyke-Nott (1874-1943). Formée très jeune à la Hastings School of Art, puis à la Royal Academy Schools de Londres, elle expose pour la première fois à quinze ans. Issue d’un milieu artistique - une mère peintre, un père dramaturge amateur - elle grandit dans un climat propice à la création.
Mariée en 1901 au critique et historien d’art Paul Konody, elle s’éloigne quelque temps de la peinture pour élever leurs deux filles, avant de reprendre pleinement son activité après son remariage avec Gustavus Mayer en 1918. Dès lors, elle expose régulièrement à la Royal Academy et dans plusieurs galeries, dont la Fine Art Society à Londres et Knoedler à Paris.

I.C. - Evening (1925)
Codrington a pratiqué aussi bien l’huile que l’aquarelle, avant de se tourner à la fin des années 1920 vers la gravure et l’eau-forte, où l’on retrouve son goût pour le réalisme, les scènes de genre et les paysages inspirés de la campagne anglaise ou de ses voyages en Europe. 
Sa peinture figurative, d’une élégance discrète, la rattache à la grande tradition réaliste britannique.
J’aime beaucoup les deux tableaux présentés ici. Dans The Kitchen (1927), une femme debout à sa fenêtre, un bras appuyé contre le châssis, retient le rideau tout en regardant au dehors ; sur la table, une boule de pain et une volaille encore à plumer. Mais il y a aussi une bouteille d’alcool... ; faut-il alors comprendre, selon les codes de l’époque, que c'est un homme qu'elle attend ? Et, à son attitude anxieuse, que peut-être il ne viendra pas ? Codrington n’a rien inventé – sa peinture n’est ni flamboyante ni révolutionnaire –, mais elle me touche. Le second tableau : un intérieur modeste, sans éclat, mais chargé de présence ; une tasse, c’est encore le tableau d’une solitude.

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E.L. - Les travaux aux champs (1918) La veillée du dimanche. Deux œuvres du peintre belge Eugène Laermans (1864-1940). J’ai eu plusieurs fo...