In girum imus nocte et consumimur igni

In girum imus nocte et consumimur igni
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dimanche 29 juin 2014

Paul Sample - Beaver meadow (1939)
Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres de l'américain Paul Starrett Sample (1896-1974), dont la peinture est profondément ancrée dans les paysages et les scènes de la Nouvelle-Angleterre rurale.
Né dans le Kentucky, formé d’abord comme architecte, il se tourne vers la peinture après un séjour en sanatorium où il commence à dessiner. Il poursuit ensuite sa formation à l’Art Students League de Los Angeles, puis à Woodstock, où il se rapproche du courant régionaliste, aux côtés notamment de Grant Wood et Thomas Hart Benton.
P. Sample - Just before winter

Ce mouvement s’attache à représenter une Amérique rurale en transformation, marquée par l’industrialisation et les nouveaux modes de vie. C’est dans ce contexte que Sample développe son œuvre : des scènes de travail, des intérieurs modestes, des paysages du Nord-Est, qu'il observe sans emphase ni dramatisation.
On peut aussi situer une bonne part de son travail dans la tradition du réalisme social., Né en France au XIXe siècle avec Courbet, Daumier ou Millet, ce courant prend aux États-Unis une importance particulière durant les années de la Grande Dépression. Voir à cet égard les peintres de l' Ashcan school, ou le travail de photographes comme Dorothea Lange, Lewis Hine, Berenice Abbott, et bien d'autres encore... Rien de tapageur, la justesse des gestes, la présence des objets, la chaleur discrète d'intimités partagées. C’est ce mélange de réalisme presque documentaire et d’émotion contenue qui me touche chez Paul Sample.
JM1

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dimanche 22 juin 2014

Syd Shelton - London Docklands (1990)
Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés du photographe et militant anglais Syd Shelton (b.1947), , dont l’œuvre est étroitement liée aux combats culturels et politiques qui ont traversé l’Angleterre des années 1970 et 1980.
Né dans le Yorkshire et formé aux beaux-arts, il se tourne vers la photographie après un séjour en Australie. 
S S. - Hove Beach (2008)

De retour à Londres, il devient l’un des principaux visages du mouvement Rock Against Racism, collectif né en réaction à la montée de l’extrême droite et aux prises de position regrettables de certaines figures musicales de l’époque.
Shelton en devient le photographe officieux, écumant concerts, manifs, rues populaires, pour saisir toute l’énergie de cette jeunesse métissée et en colère, où se mêlent le punk, le reggae, 
la revendication et l'espoir.
I reject the notion that the photographer is an impassive observer. You construct the argument of what you want to say through the language of photography, through the shots you take and the angles you choose.
Cette déclaration résume assez bien son approche. Chez Shelton, pas de neutralité : la photographie  participe pleinement du combat qu'elle documente
L'Earth & Stars Pub, à Brighton, vient de lui consacrer une belle expo.
EC3

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samedi 21 juin 2014

Henry Glover - Insomnia (nd)
Une image et des mots. L'image, c'est un tableau du peintre britannique Henry Glover (b.1997).
Les mots sont un poème extrait du recueil Place au cirque, publié par Gilles Ortlieb chez Gallimard en 2002.

Et l'on s'agite et se retourne encore, sans fin,
sur l'unique planche, étroite, de l'insomnie
à rameuter sans cris des troupeaux de pensées
nomades, éperdues. Un bref ricanement d'oiseau
et déjà, sur les nerfs tendus, les premiers bruits
un à un se posent, sonnant la fin de la résistance :
le matin trouvera l'effort et la nuit assommés,
confondus.
SA1

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dimanche 15 juin 2014

R. Capa - Barcelone (1936)

Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés du photoreporter hongrois Endre Ernö Friedmann (1913-1954), figure majeure du photojournalisme de guerre, dont le travail s’est confondu avec la construction même du mythe de Robert Capa. Formé à la photographie à Berlin, il quitte l’Allemagne face à la montée du nazisme et s’installe à Paris, où il rencontre Gerda Taro.
C’est avec elle qu’il adopte le pseudonyme de Robert Capa, sous lequel il connaîtra rapidement la reconnaissance internationale. Ce nom devient celui d’un regard : celui d’un photographe au plus près des conflits de son temps, refusant la distance.
« Si ta photo n’est pas bonne, c’est que tu n’étais pas assez près. »
R.C. - Omaha Beach (1944)

Il est l’un des fondateurs de l’agence Magnum, et l’auteur de certaines images devenues emblématiques – parfois controversées – de la guerre d’Espagne, notamment celle du milicien anarchiste Federico Borrell García frappé par une balle franquiste.
Pour cette publication, j’ai choisi de lui préférer un portrait d’enfant pris durant la guerre civile espagnole, et une scène saisie au lendemain du Débarquement, où des pêcheurs français – l'un d'eux mains aux poches et clope au bec – se tiennent devant les corps de soldats américains échoués sur la plage. Deux images moins iconiques, peut-être, mais qui disent autrement la proximité de Capa avec la guerre, et la fragilité de ceux qui la traversent.

AJ1
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dimanche 8 juin 2014

Paul-Élie Ranson - La chambre bleue (1891)
Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres du peintre et graveur français Paul-Élie Ranson (1861-1909), figure singulière du groupe des Nabis, où il occupe une place à la fois discrète et profondément originale.
Né à Limoges, il se forme d’abord à l’École des Beaux-Arts appliqués de sa ville, puis poursuit son apprentissage à Paris, à l’École nationale supérieure des arts décoratifs, avant d’intégrer l’Académie Julian. En 1888, il participe à la fondation du groupe des Nabis aux côtés de Sérusier, Bonnard ou Vuillard.

P-E. Ranson
Quatre femmes à la fontaine (1895)
On le surnomme alors « le Nabi plus japonard que le Nabi japonard », en référence à son goût prononcé pour les arts décoratifs japonais, partagé avec Pierre Bonnard (c'est lui, « le Nabi japonard »). 
Il se distingue rapidement comme le plus curieux du groupe, passionné par la théosophie, la mythologie et l'occultisme... Sa peinture porte la marque de l'exhortation faite par Paul Gauguin à Paul Sérusier, lors d'une rencontre à Pont-Aven en 1888, à renoncer à vouloir imiter la réalité, à ne pas tenir compte des couleurs originales pour les exagérer ou leur substituer des couleurs plus pures et plus vives, à « abolir l'inutile complication des formes et des tons ».
(Gauguin et l'école de Pont-Aven, de W.Jaworska, 1971).

EP4

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samedi 7 juin 2014

Linn Heidi Stokkedal - The escape (2013)
Une image et des mots. Amour, amour quand tu nous tiens on peut bien dire adieu prudence, écrivait La Fontaine.
Pour aller avec ce cliché de la norvégienne Linn Heidi Stokkedal (b.1989), je choisis ces quelques mots de Jankélévitch (1903-1985), extraits de son Le je-ne-sais-quoi et le presque rien (1980).

"Tout à l’heure, il sera trop tard, car cette heure-là ne dure qu’un instant.
Le vent se lève, c’est maintenant ou jamais.
Ne perdez pas votre chance unique dans toute l’éternité, ne manquez pas votre unique matinée de printemps."

Comme l'a dit l'auteur américain de bandes dessinées Bil Keane (The Family Circus) : "Yesterday is the past, tomorrow is the future, but today is a gift. That's why it's called the present."
WL1
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dimanche 1 juin 2014

Paul Guigou - La lavandière (1860)
Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres de Paul Guigou (1834-1871). Issu d’une famille modeste, il se forme aux Beaux-Arts de Marseille, alors dirigés par Émile Loubon, peintre proche de l’école de Barbizon, qui encourage ses élèves à travailler sur le motif.  En 1855, Guigou monte à Paris. Il y découvre les maîtres de la tradition classique et s’imprègne des grands paysages de Corot. Influencé par Courbet, plus tard par Bazille, par Sisley et par Monet, il peint une Provence paisible et lumineuse mais aussi âpre et minérale, où l'on devine la chaleur accablante et chargée de poussière....

Paul Guigou
Lavandières sur les bords de la Durance
(1866)
À rebours des visions folklorisantes du Sud, Guigou privilégie une approche rigoureuse et naturaliste, attentive aux formes, à la topographie, à la densité de l’air. Ses scènes, dépouillées, presque silencieuses, captent la lumière et l’austère beauté des Alpilles, du Luberon, du bord de Durance où s'affairent les lavandières. Sa lavandière, il la peint à l'âge de 26 ans. Il nous la montre de dos, et légèrement en plongée ; on ne voit pas le ciel ni le soleil, mais on en voit la chaleur qui pèse sur son dos.
GB1

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Peter Turnley - New York (2013) Une image et des mots. Un cliché du photographe américain Peter Turnley, et quelques vers d'Emma Lazaru...