In girum imus nocte et consumimur igni

In girum imus nocte et consumimur igni
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dimanche 24 février 2019

D. E. -  Laith Majid, réfugié irakien (2015)
La veillée du dimanche. Deux clichés du photojournaliste allemand Daniel Etter (b.1980), diplômé en sciences politiques et lauréat du Prix Pulitzer.
Sur le premier cliché, Laith Majid, un réfugié irakien fuyant Bagdad, éclate en sanglots en arrivant sur l'île grecque de Kos, en serrant dans ses bras son fils Taha et sa fille Nour.

D.E. - Migrantes nigériennes (2016)
Sur le second, deux migrantes nigérianes apparaissent dans un centre de détention pour réfugiés à Surman, en Libye, où sont détenues dans des conditions précaires des centaines de femmes ayant tenté de rejoindre l'Europe par la Méditerranée.
Daniel Etter commence sa carrière en 2010, d'abord en documentant notamment les inégalités sociales en Inde, avant de se tourner vers les conflits et les crises humanitaires au Moyen-Orient et en Afrique. Ces deux photographies montrent ce qui est au cœur de son travail : moins les événements eux-mêmes que ceux qui les vivent.
« En 2001, j'ai vu le documentaire War Photographer consacré à James Nachtwey. J'avais alors vingt ans, et ce film m'a profondément marqué. J'ai compris à ce moment-là que c'était ce métier que je voulais exercer. »
 © Veilleur de Nuit – 2019
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samedi 23 février 2019

Malcolm T. Liepke
Une image et des mots. La toile est de l'américain Malcolm Liepke (b.1953), déjà présenté en septembre 2012..
Les mots sont extraits de Les habitants, une collection de conversations recueillies par Raymond Depardon et restituées, telles qu'il les a enregistrées, dans un ouvrage paru au Seuil en 2016.

- Je t'ai jamais empêché, non plus, tu m'as jamais demandé...
- Ouais mais bon.. À chaque fois que j'essaie d'y aller, tu me dis non... Tu vois...
- Oui, mais c'est la jalousie ça...
- Tu fais la gueule et tout. Moi, tu me demandes d'aller avec tes copines, voilà, t'y vas et puis c'est tout. Tu vois..
- Oui mais t'es aussi jaloux que moi dans ton sens, donc...
- Ouais, mais...
- C'est ça qu'il faut que tu comprennes. Faut que ce soit réciproque.
- Non mais regarde, genre, quand on sort au café, t'es toujours en train de m'espionner. Tu vois...
- Oui mais c'est la jalousie, c'est...
- Moi je peux faire pareil avec mes potes, quand mes potes ils sont là et que t'es la seule fille, tu vois, je peux être jaloux aussi, tu vois..
- Ouais, je sais, ouais, je me doute. Bref, on va pas...
- Si, ça saoule un peu, tu vois...
- Ouais mais moi j'y peux rien, c'est..... c'est dans ma nature, c'est mon tempérament, je suis comme ça. Tu le sais à force. Ça fait quand même trois ans qu'on est ensemble.
- Ouais, je sais, ouais, mais bon, laisser un peu de distance ça serait bien quand même..
- Quand t'avais encore ton boulot c'était bien parce que ça nous faisait des petites coupures entre nous, on était contents de se retrouver le soir mais bon, on n'a plus la même situation..
- Ouais, je sais, ouais..
- C'est un peu compliqué. Après je t'empêche pas non plus, si tu veux sortir avec tes copains, tu peux sortir, fais-toi plaisir, amuse-toi. Je vais pas non plus tout casser entre nous pour... pour une sortie entre amis.
- J'espère. Bon, faudra faire ça, puis essayer quoi...
- Ouais.
- Ok?
- Ouais
- Je t'aime.
- Moi aussi je t'aime. Ce soir tu vas à la pêche?
- Ouais.
- Avec qui?
- Avec des potes, deux trois potes et puis on verra bien ce qu'on fait là-bas.
- Ok.
- Je vais rentrer vers trois quatre heures du matin.
- Ok. T'as tout ton matériel, t'as tout ce qui te faut?
- Ouais.
- Tant mieux alors. J'espère que tu vas pêcher du poisson.
- J'espère aussi, ouais.
- J'espère.
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dimanche 17 février 2019

Jacob Riis - Bandit's Roost (1888)
La veillée du dimanche. Deux clichés de Jacob Riis (1849-1914), journaliste et photographe d’origine danoise, devenu l’un des grands témoins de la misère new-yorkaise à la fin du XIXᵉ siècle. Charpentier de formation, mais sans travail, il quitte le Danemark à 21 ans pour tenter sa chance en Amérique.
Arrivé sans un sou à New York en 1870, il connaît lui-même pendant plusieurs années la précarité qu’il décrira plus tard : emplois occasionnels, logements misérables, difficultés des nouveaux arrivants pour survivre.
Engagé comme journaliste au New York Tribune en 1877, il est rapidement confronté à la réalité des quartiers pauvres de Manhattan. Ce qu’il découvre, il l’a vécu : la détresse des plus démunis, les conditions de vie des familles entassées dans les tenements.

J.R. - Homeless children (1890)
Il commence par écrire, puis utilise la photographie pour montrer ce que ses articles ne suffisent pas toujours à faire comprendre. « Le bidonville est la mesure d’une civilisation », écrit-il.
En 1890 paraît How the Other Half Lives, ouvrage qui révèle les conditions de vie effroyables des habitants des quartiers pauvres de New York. Ses photographies montrent des intérieurs exigus, des dortoirs saturés, des enfants malnutris et des familles vivant dans des conditions auxquelles la bonne société new-yorkaise préfère ne pas penser. Remarquées notamment par Theodore Roosevelt, alors figure montante de la politique new-yorkaise, elles contribueront à attirer l’attention sur les conditions de logement et joueront un rôle dans les réformes sociales de l'ère progressiste.
« Je savais que mon appareil photo allait parler plus fort que mes mots », écrivait Riis.
 © Veilleur de Nuit – 2019
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dimanche 10 février 2019

William Fenech - Sans titre
La veillée du dimanche. Deux œuvres de William Fenech (b.1946). D’origine maltaise, il naît en Algérie et arrive en France après la guerre d’Algérie, dans les Pyrénées-Orientales, où il vit et travaille encore aujourd’hui, dans son atelier de Céret.
Artiste autodidacte, il revendique son inscription dans une tradition française de la peinture de la danse et de la fête. Ses tableaux puisent leur inspiration dans l’univers des cabarets, des pianos-bars, des bals populaires et des cafés-concerts.

W.F. - Bd Lafayette
Admirateur de Renoir et de Toulouse-Lautrec, Fenech peint les danseurs, les musiciens, les chanteuses et les fêtards. On croit presque entendre la musique, les voix et le brouhaha des dancings. Sa peinture revendique une fonction optimiste, presque sociale : « embellir la vie », selon la formule de Fernand Léger qu’il aime à citer.
« Je m'attache à conserver dans ma peinture la tradition artistique française de la danse et de la fête. Je peins les cabarets dansants, les piano-bars, les cafés-concerts, les chanteuses de cabaret. Je me situe dans la tradition des bals populaires. »
 © Veilleur de Nuit – 2019
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dimanche 3 février 2019

S. Leiter - In my room - Untitled (1950s)
La veillée du dimanche. Deux clichés du photographe américain Saul Leiter (1923-2013), déjà présenté en décembre 2013 et avril 2014, à l’occasion de la parution chez Steidl d’un ouvrage consacré à une série de photographies intimes, simplement intitulé In My Room, prises chez lui, dans l’East Village à New York.

S.L. - In my room, Lynn (1969)
Jay, Barbara, Faye, Inez, Jean, Soames...
J’ignore si toutes ces jeunes femmes photographiées par Leiter pendant trois décennies ont été ses compagnes, ses muses ou simplement des amies. Jamais en tout cas elles ne semblent être de simples sujets photographiques : elles apparaissent plutôt comme des présences familières, regardées avec attention et délicatesse.
Et lorsqu’ici il joue avec les miroirs et les embrasures, on n’a pas le sentiment dérangeant de photographies volées : tout semble au contraire reposer sur une forme de familiarité et de confiance entre le photographe et celles qu’il photographie.
 © Veilleur de Nuit – 2019
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samedi 2 février 2019

A. de Humboldt - L'Orénoque
Une image et des mots. L'image, c'est cette carte dessinée en 1802 d'après ses observations par Alexandre de Humboldt (1769-1859), le premier à rapporter ce phénomène hydrographique si particulier qu'est le Casiquiare, un cours d'eau sinueux et parsemé de rapides qui relie les bassins des deux géants amazoniens, l'Orénoque et l'Amazone; il faut lire son Voyages dans l'Amérique équinoxiale, paru en deux petits volumes dans une collection de poche, chez La Découverte.
Les mots, extraits du Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations, sont du situationniste Raoul Vaneigem :

"Dans le monde unitaire, sous le regard immobile des dieux, l'aventure et le pèlerinage définissent le changement à l'intérieur de l'immuable. Il n'y a rien à découvrir, car le monde est donné de toute éternité, mais la révélation attend le pèlerin, le chevalier, l'errant à la croisée des chemins. En vérité la révélation est en chacun: parcourant le monde, on la cherche en soi, on la cherche au loin et elle jaillit soudain, source miraculeuse que la pureté d'un geste fait sourdre à l'endroit même où le chercheur disgracié n'aurait rien deviné... [.....] Sous le mouvement, trouver l'immuable; sous l'immuable, trouver le mouvement."
TW6
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