In girum imus nocte et consumimur igni

In girum imus nocte et consumimur igni
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samedi 31 janvier 2026

Art Spiegelmann - Maus (1980-91)
Une image et des mots. Habituellement, à la clôture du Festival international de la bande dessinée d’Angoulême, je publie deux dessins d’auteurs graphiques qui comptent pour moi. Mais cette année, le festival prévu du 29 janvier au 1er février a été annulé en raison d’une crise majeure et d’un boycott du milieu professionnel, avant d’être remplacé par un événement alternatif, le « Grand Off », proposant rencontres, ateliers et animations autour de la BD dans un esprit plus indépendant et ouvert.
Pour cette raison, mais aussi dans un contexte social où circulent de plus en plus d’idées préoccupantes, je fais cette année exception à la règle et choisis de ne présenter qu’un seul artiste : Art Spiegelman, l’auteur de Maus.
Pour aller avec, quelques lignes de la préface de Si c'est un homme (1947), le témoignage autobiographique de Primo Levi.

Beaucoup d'entre nous, individus ou peuples, sont à la merci de cette idée, consciente ou inconsciente, que "l'étranger, c'est l'ennemi". Le plus souvent, cette conviction sommeille dans les esprits, comme une infection latente ; elle ne se manifeste que par des actes isolés, sans lien entre eux, elle ne fonde pas un système. Mais lorsque cela se produit, lorsque le dogme informulé est promu au rang de prémisse majeur d'un syllogisme, alors, au bout de la chaîne logique, il y a le Lager ; c'est à dire le produit d'une conception du monde poussée à ses plus extrêmes conséquences avec une cohérence rigoureuse ; tant que la conception a cours, les conséquences nous menacent. Puisse l'histoire des camps d'extermination retentir pour tous comme un sinistre signal d'alarme.
BE1

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dimanche 25 janvier 2026

A. Sisley - Neige à Louveciennes (1878)
La veillée du dimanche. Deux œuvres du peintre Alfred Sisley (1839-1899), déjà présenté en août 2019. Envoyé à Londres en 1857 pour y apprendre le commerce, Sisley y découvre surtout la peinture de paysage. Turner, Constable et Bonington lui révèlent une manière nouvelle de regarder le ciel, les nuages et les variations de la lumière. De retour en France, il trouve dans Corot, Daubigny et les peintres de Barbizon d'autres modèles, avant de rejoindre Monet, Renoir et Bazille dans cette aventure qui deviendra l'impressionnisme.

A.S. - Au bord du Loing (1891)
Sisley est un peintre de paysages. 
Les figures humaines y sont rares et discrètes ; elles se fondent dans l'environnement, en laissant toute la place aux effets de la lumière et aux atmosphères changeantes.
« Sisley fixe les moments fugitifs de la journée, observe un nuage qui passe et semble le peindre en son vol », écrivait Mallarmé.
 © Veilleur de Nuit – 2026
GI6

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dimanche 18 janvier 2026

Nick Hedges - Manchester (1972)
La veillée du dimanche. Deux clichés du photographe britannique Nick Hedges (1943-2025).
Formé au Birmingham College of Art, Hedges commence à photographier la pauvreté urbaine à la fin des années 1960, alors qu’il est encore étudiant.
Très vite, son travail attire l’attention de Shelter, une organisation caritative engagée dans la lutte contre le mal-logement, qui l’emploie entre 1968 et 1972 comme photographe et chercheur.
Pendant ces quatre années, Hedges sillonne l'Angleterre et l’Écosse et documente, de l’intérieur, les conditions de vie dans des logements jugés « impropres à l’habitation » : maisons condamnées, pièces surpeuplées, murs rongés par l’humidité, absence de chauffage ou de lumière.
Si ses images montrent souvent des femmes et des enfants, ce n’est pas un choix esthétique ou idéologique : les hommes refusaient fréquemment d’être photographiés, par honte ou par résignation.

N.H. - Cour d'immeubles, Glasgow (1971)
Je n'ai pas l'impression que Hedges cherche à dramatiser ce qu'il voit. Ce que je sais c'est qu'il prenait le temps de parler avec ceux qu’il photographiait, d’entrer dans leur quotidien, de comprendre les lieux avant de les montrer. Car on ne peut pas séparer les conditions dans lesquelles ces gens vivent de leur vie elle-même : les pièces trop petites, les murs humides, le manque de lumière font partie de leur quotidien.
En d'autres mots, les êtres sont liés aux espaces qu'ils habitent.
Utilisées dans la campagne nationale Face the Facts, ces images ont contribué à modifier le regard du public britannique sur le logement social et ont joué un rôle dans l’évolution de la législation, jusqu’au Housing (Homeless Persons) Act de 1977.
Longtemps restées invisibles, en partie parce que Hedges lui-même souhaitait protéger ses sujets, elles ne seront redécouvertes publiquement qu’à partir des années 2010.
Ce qui me plaît dans ces photographies, c’est qu’elles montrent des conditions de vie souvent révoltantes sans réduire les personnes à ce qu’elles subissent. Comme l’a résumé Ken Loach, les images de Nick Hedges témoignent d’une injustice sociale, mais aussi d’une dignité qui demeure.
 © Veilleur de Nuit – 2026
PG9

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dimanche 11 janvier 2026

P.C. - Christmas, Madison Square Park
(1910)
La veillée du dimanche. Deux œuvres du peintre américain Paul Cornoyer (1864-1923), qui occupe une place singulière dans la peinture américaine du tournant du siècle, entre impressionnisme et tonalisme. Formé à Saint-Louis puis à Paris, à l’Académie Julian, auprès de Jules Lefebvre et de Benjamin-Constant, il découvre l'impressionnisme français tout en restant marqué par l’héritage plus sombre et contemplatif de l’école de Barbizon.
De retour aux États-Unis en 1894, son œuvre s’imprègne profondément du tonalisme américain : une peinture aux atmosphères voilées et aux lumières diffuses. Encouragé par William Merritt Chase, il s’installe à New York à la fin des années 1890 et se consacre presque exclusivement aux paysages urbains et aux scènes de rue. Il peint New York, mais aussi Paris et Londres, sous la pluie, dans le brouillard ou à différentes heures du jour ; souvent, les passants n'y sont que de simples silhouettes.

P.C. - Winter in New York (1901)
La ville semble moins animée que silencieuse, comme si la pluie, le brouillard et les reflets sur l’asphalte mouillé en modifiaient les contours et en atténuaient le mouvement. Les titres de plusieurs de ses tableaux – After the Rain, Gloucester, A Rainy Day in New York City, The Plaza After the Rain – témoignent eux aussi de son goût pour ces atmosphères ouatées.
Enseignant toute sa vie, notamment au Mechanics Institute de New York, il s’installe en 1917 à East Gloucester, dans le Massachusetts, où il peint également des scènes portuaires et rurales.
 © Veilleur de Nuit – 2026
IW5

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dimanche 4 janvier 2026

Ragnar Axelsson - Faces of the North
La veillée du dimanche. Deux clichés du photographe islandais Ragnar Axelsson (b.1985), déjà présenté en décembre 2019. Photoreporter depuis la fin des années 1970 pour le quotidien islandais Morgunblaðið, il commence alors à travailler dans les régions arctiques. Il n’y va pas ponctuellement : il y retourne, encore et encore, pendant des décennies. Aujourd’hui encore, il poursuit un projet au long cours consacré aux populations des huit pays de l’Arctique.

R.A. - Behind mountains
Son noir et blanc, très sobre, montre l’essentiel : le travail, la chasse, les déplacements, la relation aux animaux, à la glace et au vent.
Les chiens de traîneau, par exemple, ne sont pas chez lui des images pittoresques ou des symboles ; ils sont des partenaires de travail, au cœur d’un mode de vie menacé par la transformation rapide de l’environnement.
Axelsson a vu les paysages changer, les saisons se dérégler, certaines pratiques disparaître peu à peu. Il photographie ça sans commentaire, en restant au plus près des personnes concernées. Ce que ses images enregistrent, c’est un monde en train de disparaître sous nos yeux.
 © Veilleur de Nuit – 2026

samedi 3 janvier 2026

I.A.
Une image et des mots. Un buste de femme "en marbre polychrome" faussement attribué à Francisco Laurana (1430-1502). Cette image est en réalité une création de l'intelligence artificielle.
Et pour l'accompagner, un court poème de René Char, La passante de Sceaux, extrait de Les Matinaux (1950).

Mèches, au dire du regard,
Désir simple de parole ;
Ah ! jongle, seigneurie du cou
Avec la souveraine bouche,
Avec le bûcher allumé
Au-dessous du front dominant.

J'aimerais savoir vous mentir
Comme le tison ment aux cendres,
Mèches, qui volez sans m'entendre
Sur le théâtre d'un instant.
VB2

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FM2 ICI