In girum imus nocte et consumimur igni

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dimanche 3 mai 2026

L. Misonne - Dans la forêt (1941)
La veillée du dimanche. Deux clichés du photographe belge Léonard Misonne (1870-1943).
Ingénieur de formation – il étudie à l’université de Louvain sans jamais exercer – Misonne se tourne très tôt vers la photographie, après s’être intéressé à la musique et à la peinture. À partir du milieu des années 1890, il s’y consacre pleinement et rencontre rapidement un certain succès, exposant en Belgique puis à l’étranger. Il voyage en Suisse, en Allemagne, en France, mais reste fidèle à des motifs proches : paysages, vues urbaines, scènes prises en Belgique ou aux Pays-Bas.
L.M. - Auprès du moulin (1905)

On le rattache au pictorialisme, un mouvement qui cherche à rapprocher la photographie de la peinture et que certains de ses détracteurs surnommeront parfois « l’école du flou ». Misonne y occupe toutefois une place un peu particulière : il ne cherche pas à dissoudre le sujet, mais à le transformer par la lumière. « Le sujet n’est rien, la lumière est tout. »
Ses images sont traversées par les brumes, les pluies fines, les éclaircies après l’averse.
Les silhouettes y apparaissent légèrement voilées, comme retenues dans l’atmosphère. Grâce à différents procédés de tirage, il intervient sur la matière même de l’image, sans jamais chercher l’effet pour lui-même. Ce qui me plaît dans ses photographies, c’est sans doute cette retenue : tout semble légèrement éloigné, comme vu à travers une fine épaisseur d’air ou de mémoire.

dimanche 6 juillet 2025

Anne Brigman - The breeze (1910)
La veillée du dimanche. Deux clichés de la photographe américaine Anne Brigman (1869–1950), figure pionnière du mouvement pictorialiste et membre du cercle de la Photo-Secession fondé autour d’Alfred Stieglitz.
Née à Hawaï, elle s’installe en Californie à la fin du XIXᵉ siècle, où elle développe un travail profondément personnel, mêlant nature, symbolisme et affirmation de soi. Ses photographies – souvent réalisées dans les paysages rocheux et lumineux de la Sierra Nevada – mettent en scène des corps féminins, très souvent le sien, dans une relation étroite avec les formes de la nature.
Anne Brigman

Brigman revendiquait la liberté du corps et de l’esprit : à une époque où les femmes occupent encore une place limitée dans le monde de la photographie, Brigman choisit d’être à la fois celle qui regarde et celle qui est regardée. Elle ne se contente pas de représenter un corps féminin : elle en fait l’instrument d’une présence, d’une liberté et d’un rapport nouveau au paysage.
Ce que j’aime dans son œuvre, c’est cette alliance rare de puissance et de douceur – un romantisme sans mièvrerie, où la lumière révèle l’union du corps et de la nature, comme une forme d’émancipation poétique.

samedi 25 novembre 2023

Isa Marcelli - série Impermanence
Une image et des mots. Un cliché de la photographe Isa Marcelli (b.1958), tiré de sa série "Impermanence", pour illustrer une démarche artistique qu'elle qualifie sur son site de quête pictorialiste assumée.
Les mots sont un extrait d'un poème en prose de Marc Quaghebeur, tiré du recueil Les carmes du Saulchoir (1993).

L'obscure fascination du monde est l'habitacle des visages, leur regret : celui des mères.
Comme nos mensonges, ils font tampon. Ils font la foule. Celle qui s'hystérise, pour oublier l'intensité tragique des regards qui la composent.
Ils sont pourtant la clef du monde.
On voit très rarement les visages. Sinon furtivement, parfois, entre les rythmes de l'amour. Ils irradient aussi des mots ou des traits forcenés des grands maîtres. À la manière d'un rappel. 
D'un manque. D'un écho.

dimanche 20 août 2023

Rudolf Koppitz - Carinthiac (1930)

La veillée du dimanche. Deux clichés du photographe autrichien Rudolf Koppitz (1884-1936).
Il se forme à la photographie à partir de 1897 en travaillant comme retoucheur dans différents studios et ateliers, avant de s’installer à Vienne en 1911.
Il suit alors les cours de l’Académie des Beaux-Arts et est également influencé par la Sécession viennoise, un mouvement qui mêle esthétisme, modernité et recherche d’une synthèse entre les arts. Mêlant une grande rigueur technique à une recherche esthétique proche de la peinture, Koppitz s’inscrit dans la tradition pictorialiste.  Ses sujets de prédilection sont les portraits, les scènes paysannes romantiques, les paysages enneigés et les vedute.
R.K. - Les yeux (1928)

Mais c'est surtout à ses études du corps en mouvement, souvent inspirées par la danse, que Koppitz doit sa renommée.
Sa photographie la plus célèbre, Bewegungstudie (Étude de mouvement, 1925), montre une danseuse nue entourée de figures drapées de noir : une composition à la fois sculpturale et presque mystique, emblématique de son art du clair-obscur et de l’influence du Jugendstil (Art nouveau) sur son travail.
Si les positions politiques de Koppitz – mort deux ans avant l'Anschluss – restent discutées, son esthétique, profondément liée à l’idée de la Heimat – l’attachement à la terre, aux traditions et à un enracinement culturel –, sera par la suite récupérée par le national-socialisme.
Il convient toutefois de distinguer l’œuvre elle-même des usages idéologiques qui ont pu ensuite en être faits.

dimanche 7 mars 2021

G. Käsebier - The manger (1899)

La veillée du dimanche. À la veille de la Journée internationale des droits de la femme, deux clichés de Gertrude Käsebier (1852-1934), figure essentielle du mouvement pictorialiste et l’une des premières femmes à s’imposer dans la photographie artistique au tournant du XXᵉ siècle.
Née à Des Moines (Iowa), elle commence sa carrière artistique relativement tard, après avoir élevé ses enfants, en étudiant d’abord la peinture puis la photographie au Pratt Institute de Brooklyn.
Elle s’impose rapidement par ses portraits – souvent de femmes et d’enfants – et par ses natures mortes.

G.K. - The sketch (1903)
Käsebier joue un rôle clé dans la reconnaissance de la photographie comme art à part entière, en travaillant sur la composition, la lumière et l’expression avec une sensibilité proche de la peinture. Il y a dans ses images de maternité et de figures féminines une douceur empreinte de force intérieure qui me touche beaucoup.
Membre fondatrice de la Photo-Secessionelle encourage aussi les femmes à investir ce nouveau champ artistique : « I earnestly advise women of artistic tastes to train for the unworked field of modern photography. It seems to be especially adapted to them. » Dans un monde encore très masculin, Gertrude Käsebier a su imposer une œuvre à la fois sensible et affirmée, qui demeure l’une des expressions les plus attachantes du pictorialisme américain.

dimanche 14 février 2021

C. Van Weele - Pont des Arts (1954)

La veillée du dimanche. Pour la Saint Valentin, deux clichés du photographe néerlandais Cor Van Weele (1918-1989).
Il débute comme assistant dans l'atelier de Franz Ziegler, à Zwolle. Doué pour le dessin, il réalise bientôt les arrière-plans des portraits de couples notamment ces couchers de soleil romantiques peints sur plaques de verre – avant de se voir confier les travaux de retouche. De 1940 à 1944, il poursuit son apprentissage auprès de plusieurs portraitistes tout en rejoignant, à Haarlem, le groupe de résistance Vrij Nederland. En 1947, il s'installe à Amsterdam où il commence sa carrière de photographe indépendant.
C. van Weele (1970)

La rencontre avec Edward Steichen, qui parcourt alors l'Europe à la recherche d'images pour son exposition European Photography, est décisive dans l'affirmation de son style. La vision profondément humaniste du maître pictorialiste le marque durablement. Son livre En Alles Daartussen (« Et tout ce qui est entre »), où la personne humaine devient le fil conducteur d'un récit en images, aurait sans doute difficilement vu le jour sans l'influence du magnifique Family of Man.

dimanche 13 septembre 2020

Robert Demachy - Sans titre
La veillée du dimanche. Deux clichés de Robert Demachy (1859-1936), figure majeure du pictorialisme français. Issu d'une famille aisée, il peut se consacrer entièrement à la photographie dès les années 1880 et devient l’un des théoriciens les plus actifs du mouvement. Son père ayant refusé qu’il entreprenne une formation de peintre à l’Académie Julian, il trouve dans la photographie un moyen d’expression qui lui permet de poursuivre son ambition artistique.
R.D. - Sans titre

Convaincu que la photographie ne devait pas être un simple enregistrement du réel, mais une création interprétée par l’artiste, Demachy défend une pratique proche de la peinture, où le photographe intervient sur l’image pour en construire l’atmosphère. Il devient ainsi l’un des principaux représentants du pictorialisme français, un mouvement qui revendique la dimension artistique de la photographie à travers les effets de lumière, de matière et de composition. Demachy devient également l’un des grands maîtres de la gomme bichromatée, un procédé qui lui permet de donner à ses photographies des tonalités et des textures proches du dessin ou de la peinture.
Ce travail sur la matière de l’image traduit sa conviction que la photographie ne doit pas seulement reproduire le monde visible, mais aussi l’interpréter.
Très lié au Linked Ring anglais, communauté de photographes opposés à une approche purement technique de leur pratique, il entretient également une correspondance régulière avec Alfred Stieglitz (voir publication de novembre 2011), grande figure du pictorialisme américain.

dimanche 11 mars 2018

P. Strand - Femme d'Alvaredo, Veracruz
(1933)
La veillée du dimanche. Deux clichés du photographe américain Paul Strand (1890-1976), qui a déjà fait l'objet d'une publication en juin 2008. Issu d’une famille modeste de quincaillers de New York, il est inscrit en 1904 par ses parents à l’Ethical Culture School, où il suit les cours de Lewis Hine. Celui-ci l’initie non seulement aux techniques photographiques mais aussi à une conception morale de l’image, envisagée comme outil d’éducation et de témoignage.
C’est lui qui l’emmène à la galerie 291 de Stieglitz, où Strand découvre les grands noms de la photographie (Hill, Cameron, Käsebier, White) ainsi que l’art moderne européen. À 17 ans, il sait déjà qu’il sera photographe. Après quelques années d’apprentissage et d’expérimentation, Strand franchit en 1915 un cap décisif : ses photographies impressionnent Stieglitz, qui l’expose dès l’année suivante dans Camera Work.

P.S. - Filets, Michoacan (1933)
Fasciné par Picasso, Braque et Brancusi, Strand explore alors l’abstraction visuelle à travers des jeux d’ombres ou de clôtures. Mais très vite, il transpose ces principes de construction formelle dans une photographie débarrassée des artifices pictorialistes, une straight photography où la netteté, l’équilibre des formes et la clarté de la composition suffisent. Des images comme White Fence ou Wall Street - qui feront peut-être l'objet d'une future publication - en sont devenues emblématiques. Toute sa vie, Strand cherchera à capter ce qu’il appelait « le caractère essentiel d’un lieu et de sa population ».
Les deux photographies présentées ici ont été réalisées lors de son séjour au Mexique, entre 1932 et 1934, en même temps qu’Henri Cartier-Bresson. Comme le Français, Strand veut s’écarter du pictorialisme : il ne s’agit plus d’imiter la peinture, mais de faire confiance aux moyens propres de la photographie : la netteté, la lumière, la composition et la force expressive des choses ordinaires. « It is easy to make a picture of someone and call it a portrait. The difficulty lies in making a picture that makes the viewer care about a stranger. »
Chez lui, l’esthétique va de pair avec l’éthique : « J’ai toujours voulu utiliser la photographie comme un instrument de recherche et de témoignage de la vie de mon époque. » De cette exigence découle une œuvre d’une grande justesse, qui allie rigueur formelle, attention au monde, et un profond humanisme.

dimanche 23 août 2015

E. Hartwig - Vieille ruelle (1930)
La veillée du dimanche. Deux clichés du photographe polonais Edward Hartwig (1909-2003), frère de l'éminente poétesse Julia Hartwig.
Né à Moscou, où son père tenait un studio photographique, il part s'installer avec sa famille à Lublin en 1918 lorsque la Pologne regagne son indépendance.
E.H. - Au point d'eau (1928)

D'abord inspiré par le travail de son compatriote Jan Bulhak, ses premières photographies donnent à voir des paysages nimbés de brume et de mystère, dans la lignée du pictorialiste Léonard Misonne (voir déc. 2010).
Par la suite, les enseignements de son professeur au Vienna Institute of Graphics, Rudolf Koppitz, l'ont encouragé à explorer et à mettre en oeuvre de nouvelles techniques et de nouvelles pratiques ; l'association de la photo et des arts graphiques permettait à Hartwig de mieux exprimer son art à travers diverses expériences en chambre obscure : surexpositions, doubles expositions, manipulations des optiques et de la lumière, recours à des miroirs... Son travail allait désormais combiner la photo réaliste avec le graphisme, et il se mit à produire des compositions presque abstraites qui, peut-être, feront l'objet d'une prochaine publication. « Photographier, disait-il, c’est arrêter la fuite des choses, mais aussi leur donner un nouvel élan.»

dimanche 15 décembre 2013

Adolf Fassbender - Just drifting (1953)
La veillée du dimanche. Deux clichés du photographe allemand Adolf Fassbender (1884-1980), émigré aux États-Unis en 1911 où il devient l'un des membres fondateurs de la Photographic Society of America.
Il ouvre son propre studio à New York en 1921 et, dès la fin des années 1920, choisit de se consacrer pleinement à la création artistique et à l’enseignement de la photographie.
A.F. - Onward (1937)

Figure du pictorialisme, il défend l’idée que la photographie peut être un art véritable et publie en 1937 Pictorial Artistry: The Dramatization of the Beautiful in Photography.
Ses images sont souvent construites à partir de plusieurs négatifs et retravaillées pour tendre vers une vision idéalisée du réel. Par le jeu du clair-obscur, du flou, du cadrage et de techniques de tirage spécifiques, il cherche à produire une image au moins aussi sensible que descriptive, où la subjectivité du regard du photographe devient centrale.

dimanche 6 novembre 2011

A. Stieglitz - The steerage (1907)
La veillée du dimanche. Deux clichés du photographe américain Alfred Stieglitz (1864–1946), déjà présenté ici en mai dernier à propos du travail de Wynn Bullock.
À la fois artiste, éditeur, théoricien et infatigable promoteur de la photographie comme art à part entière, Stieglitz demeure une figure fondatrice de la modernité photographique aux États-Unis.
Fils d’un marchand d’origine juive allemande installé à New York, il découvre la photographie lors d’un séjour en Europe dans les années 1880. Il se forme à Berlin, où il étudie la chimie et aborde la photographie avec une rigueur scientifique.
À une époque où l’image photographique est encore perçue comme un procédé technique ou documentaire, Stieglitz s’engage pour sa reconnaissance artistique.
En 1902, il fonde, sur le modèle du Linked Ring britannique, le mouvement Photo-Secession qui défend une photographie pictorialiste : floue, lyrique, souvent inspirée de la peinture symboliste ou impressionniste. Sa revue, Camera Work (1903–1917), devient une plateforme incontournable de l'avant-garde photographique.
A.S. - The Terminal (1892)

Mais Stieglitz fut aussi un passeur : à travers ses galeries (291, puis An American Place), il introduit aux États-Unis des artistes européens comme Cézanne, Picasso, Matisse ou Brancusi ; il expose des sculptures africaines, des dessins d’enfants, et publie des textes de Gertrude Stein ou Sadakichi Hartmann. Il participe ainsi à la définition d’un modernisme américain à part entière.
Le premier cliché présenté ici – The Steerage ("l’Entrepont") – compte parmi les images les plus célèbres de l’histoire de la photographie. Par sa composition rigoureusement géométrique, il est souvent considéré comme une œuvre fondatrice du modernisme photographique ; mais il possède aussi une forte valeur documentaire, en ce qu’il témoigne du sort des migrants européens traversant l’Atlantique dans les premières années du XXe siècle. En le regardant, je pense à ces deux vers de Desnos ...
Comme l'espace entre eux devient plus opaque,
Le signe des mouchoirs disparut pour jamais.

dimanche 17 avril 2011

E. Vadas - Enfant (1949)
La veillée du dimanche. Deux clichés du photographe hongrois Ernó Vadas (1899-1962), l’un des photographes les plus importants de la Hongrie de l’entre-deux-guerres.
Né à Nagykanizsa, il travaille d’abord comme employé de banque et ne pratique la photographie qu’en amateur.
En 1927, il commence à se former auprès de Rudolf Balogh.
En 1931, sa photographie Libák (Oies) reçoit en Suisse le premier prix d’un concours organisé par la revue Camera, doté de mille francs-or.
Ses images paraissent bientôt dans National Geographic, Vanity Fair, Harper’s Bazaar ou encore Illustrated London News. En 1938, il figure au cinquième rang, parmi 13 424 photographes, de l’American Annual Photography.
Ses photographies de l’époque, souvent consacrées à la nature et à la vie rurale, sont très composées ; elles jouent avec la lumière, les contre-jours et le mouvement, avec une sensibilité marquée par le pictorialisme. Moisson, prise en 1937, appartient pleinement à cette période.
E.V. - Moisson (1937)

Puis vient la guerre. Vadas est astreint au travail forcé et déporté à Mauthausen. Il en revient en 1945.
Après la guerre, ses sujets s’élargissent et son travail prend une tonalité plus réaliste. Il devient photoreporter pour l’agence de presse hongroise, dirige la revue Fotó et participe à la création de l’Association des photographes hongrois, dont il sera président jusqu’à sa mort. Il joue également un rôle important dans la formation de jeunes photographes.
Douze ans après Moisson, il photographie un enfant qui descend un escalier de pierre avec son seau. Rien d’autre que le geste, sans doute quotidien, d’un enfant qui aide à la ferme.
La guerre est passée entre ces deux photographies, avec pour Vadas les souffrances de la déportation. Le monde, lui, a changé. Mais dans son objectif, quelque chose demeure : des femmes et des hommes au travail dans les champs, puis un enfant au travail lui aussi, à la mesure de ce qu’il est. Les gestes sans cesse répétés des gens qui vivent.

samedi 18 décembre 2010

Léonard Misonne - Gare à Namur
Une image et des mots. L'image est du photographe pictorialiste belge Léonard Misonne (1870-1943), et les mots sont de son compatriote - d'origine du moins -, Henri Michaux, extraits de Quatre cents hommes en croix:

"Je ne peux pas toujours placer la croix d'abord. Parfois c'est l'homme qu'il faut étendre avant tout, étendre en plein ciel, mais étendre, étendre, comme s'étend la peine des hommes."

dimanche 14 mars 2010

E.Steichen - Lilac buds (1906)

La veillée du dimanche. Deux clichés du peintre et photographe américain d'origine luxembourgeoise Edward Steichen (1879-1973), l'un des grands maîtres du pictorialisme. Conservateur du Museum of Modern Art pendant quinze ans, de 1947 à 1962, il y crée en 1955, avec son assistant Wayne Miller, la formidable exposition The Family of Man, qui deviendra ensuite itinérante.
Son ambition est de composer, au-delà des différences entre les peuples, un vaste portrait de l’humanité montrant ce que les expériences humaines ont d’universel.

E.S. - Vogue (1928)
Présentée dans de nombreux pays, l’exposition sera vue par plus de neuf millions de visiteurs entre 1955 et 1964, année où le gouvernement américain l’offre au Luxembourg, terre natale de Steichen. Elle est aujourd’hui conservée au Château de Clervaux et inscrite depuis 2003 au registre « Mémoire du monde » de l’UNESCO.
« It is an error common to many artists, (who) strive merely to avoid mistakes, when all our efforts should be to create positive and important work. Better positive and important with mistakes and failures than perfect mediocrity. »

dimanche 14 février 2010

H.P. Robinson - The Valentine (1885)
La veillée du dimanche. En ce 14 février, deux clichés du photographe anglais Henry Peach Robinson (1830-1901). Figure de proue du mouvement pictorialiste, il fut un pionnier de la "photographie combinée", un procédé précurseur du photomontage qui consistait à assembler plusieurs négatifs pour obtenir une seule image.
Cette méthode lui permettait d'élaborer des scènes – souvent inspirées de la littérature –, avec une grande maîtrise de la composition et de la lumière.
D'abord peintre, Robinson s'intéresse à la photographie après 1852 et ouvre un studio en 1855 à Leamington Spa. Son travail est marqué par l'esthétique préraphaélite, par l'influence de John Ruskin, mais aussi – comme il l'écrit dans sa correspondance – par l'oeuvre de Turner.

H.P.R. - Wayside gossip (1880)
En 1892, il cofonde le groupe Linked Ring, qui défend la reconnaissance de la photographie comme art à part entière.
Ses membres, malgré des sensibilités diverses, rejettent une approche purement technique de la photographie et veulent en promouvoir les possibilités artistiques.
Le groupe accueille bientôt plusieurs grandes figures internationales comme Edward SteichenAlfred StieglitzGertrude Käsebier ou Clarence H. White, dont certains joueront ensuite un rôle important dans la fondation de la Photo-Secession aux États-Unis.

dimanche 20 septembre 2009

J.D. - Listening to the birds (1885)

La veillée du dimanche. Deux œuvres du photographe pictorialiste américain John E. Dumont (1856-1944), actif à la charnière des XIXᵉ et XXᵉ siècles. À une époque où la photographie cherchait encore à être reconnue comme un art à part entière, Dumont développe une approche influencée par la peinture et l’estampe : cadrages soignés, lumières travaillées, atmosphères parfois presque irréelles. Il appartient à cette génération de photographes pour qui l’appareil ne devait pas seulement enregistrer le monde, mais aussi le réinterpréter.

J.D. - Gossip by the wayside (1893)
La trajectoire de Dumont est cependant moins connue que son œuvre. Né, selon certaines sources, à Washington, il vit à New York puis à Rochester, où il exerce le métier de courtier en produits alimentaires. Il commence la photographie en amateur en 1884 et se fait remarquer par ses scènes de genre en extérieur ainsi que par ses portraits de studio.
Aujourd’hui assez oublié, Dumont exposa pourtant régulièrement aux États-Unis et en Europe jusqu’au début du XXᵉ siècle. Son travail, à la fois naturaliste et marqué par l’idéalisme pictorialiste, lui valut d’être rapproché du Britannique Henry Peach Robinson, l’une des grandes figures de ce mouvement., auquel je consacrerai une prochaine publication.

dimanche 24 mai 2009

José Alemany - Cigarillos
La veillée du dimanche. Deux clichés du photographe espagnol José Alemany Bori (1895-1951).
Originaire de Catalogne et imprégné de l'esprit noucentiste qui prévalait alors dans cette région, il développe une œuvre située entre pictorialisme et expérimentation moderne : portraits féminins, paysages de dunes, natures mortes ou objets isolés, où il expérimente les jeux de lumière, les photogrammes, la solarisation et les montage.
Pacifiste et républicain, son engagement politique bouleverse son parcours : il quitte l’Espagne pour s’exiler aux États-Unis, où il étudie la psychologie avant d’enseigner la langue et la littérature espagnoles à l’université de Syracuse, dans l’État de New York.
J.A. - Ssh... (1939)

« La photographie n’est pas seulement un moyen d’enregistrer ce qui nous entoure, mais aussi d’interpréter notre monde et de révéler quelque chose de nous-mêmes dans le processus », écrit-il.
Passionné de littérature, grand lecteur et polyglotte, il évolue dans les milieux intellectuels internationaux et fréquente notamment Einstein, Bertrand Russell ou Stravinsky.
Contemporain de Doisneau, influencé par Stieglitz et le pictorialisme américain, José Alemany Bori demeure aujourd’hui encore largement méconnu.

dimanche 17 mai 2009

Edward C. Hardman - Loch Alsh (1935)
La veillée du dimanche. Deux clichés du photographe irlandais Edward Chambré Hardman (1898-1988).
Installé à Liverpool, où il ouvrit un studio avec sa femme Margaret Mills – elle-même photographe –, il mène une double carrière : s’il gagne sa vie grâce au portrait de commande, c’est la photographie de paysages, apprise en autodidacte, qui le passionne.

E.C.H. - The first lamb
Ses compositions, souvent réalisées aux premières heures du jour ou sous un ciel couvert, révèlent un goût marqué pour les lumières diffuses et les atmosphères recueillies.
On y perçoit l’héritage pictorialiste, mais aussi cette attention très britannique aux variations du climat et de la lumière.
Longtemps avant l’invention de la photographie, la peinture avait fait du paysage un genre majeur de l’histoire de l’art, et Hardman en apparaît à sa manière comme un héritier discret, dans le prolongement d’une tradition qui connut son apogée aux XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles.
« Most of my childish dreams were of landscapes; usually of some remote and spectacularly sited lake, which I could never find again. »

dimanche 14 décembre 2008

A.Aubrey Bodine - Jessie's coffee shop

La veillée du dimanche. 
Deux clichés du photographe et photojournaliste américain A. Aubrey Bodine (1906-1970).
Entré en 1923 au Baltimore Sunday Sun comme garçon de courses, il y commence sa carrière de photographe quelques années plus tard et consacrera ensuite plus de quarante ans à documenter la vie du Maryland.

A.A.B. - Journey's end (1950)
Entre documentaire et pictorialisme, son travail célèbre les paysages industriels, marins ou ruraux du Maryland, toujours avec un grand soin apporté à la composition et aux contrastes.
Il considérait la photographie comme un art véritable, exigeant patience et maîtrise technique ; il retouchait souvent ses tirages en chambre noire pour en affiner les contrastes.
Un de ses collègues du Baltimore Sun, Rob Hiaasen, disait de lui : « Aubrey Bodine was a master photographer who had an extraordinary vision of beauty in ordinary things.»
« Il n’y a rien de plus extraordinaire que ce qui est ordinaire », aurait dit Chesterton.

samedi 4 octobre 2008

E. Osterlof - Miss Curiosity (1908)
Une image et des mots. "Veilleur, où en est la nuit?" (Isaïe, 21,11).
Voici un beau portrait de sa fille Sophie par le photographe polonais Edmund Osterloff (1863-1938).
Représentant du courant pictorialiste - il a pu être comparé à Léonard Misonne - il fut l'un des pionniers de la photographie artistique en Pologne.
Ce cliché a été pris à Tbilissi, en Georgie, où il dut s'exiler pendant 25 ans après deux ans d'emprisonnement pour son appartenance aux cercles socialistes.
Les mots pour l'accompagner sont de Clarice Lispector, extraits de Silencio.

Seulement ça : il pleut et je regarde la pluie. Comme c'est simple. Je n'aurais jamais cru que le monde et moi puissions parvenir à un tel accord. La pluie tombe non pas parce qu'elle a besoin de moi, et je la regarde non pas parce que j'ai besoin d'elle. Mais nous sommes aussi indissociables que l'eau de pluie l'est de la pluie. Et je ne remercie rien. [.....]
Je suis une femme, je suis une personne, je suis une attention, je suis un corps qui regarde par la fenêtre. De même la pluie n'est pas reconnaissante de n'être pas une pierre. Elle est la pluie. Peut-être est-ce cela, ce que l'on pourrait appeler
"être vivant". Ce n'est pas plus que cela, seulement cela : "être vivant". Et je vis seulement d'une joie paisible.

C.C. - All on a summer's day (1888) La veillée du dimanche. Deux œuvres du peintre anglais Charles Conder (1868-1909), qui fut, avec To...