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vendredi 1 mai 2026

L. Misonne - Dans la forêt (1941)
Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés du photographe belge Léonard Misonne (1870-1943).
Ingénieur de formation – il étudie à l’université de Louvain sans jamais exercer – Misonne se tourne très tôt vers la photographie, après s’être intéressé à la musique et à la peinture. À partir du milieu des années 1890, il s’y consacre pleinement et rencontre rapidement un certain succès, exposant en Belgique puis à l’étranger. Il voyage en Suisse, en Allemagne, en France, mais reste fidèle à des motifs proches : paysages, vues urbaines, scènes prises en Belgique ou aux Pays-Bas.

L.M. - Auprès du moulin (1905)
On le rattache au pictorialisme, un mouvement qui cherche à rapprocher la photographie de la peinture et que certains de ses détracteurs ont appelé « l’école du flou ». Misonne y occupe une place un peu particulière : il ne pousse pas les effets jusqu’à l’effacement du motif, mais travaille plutôt dans un entre-deux, où l’image reste lisible tout en étant adoucie, modulée par la lumière.Il l'affirmait sans ambiguïté : « Le sujet n’est rien, la lumière est tout. ».
Ses images sont traversées par des brumes, des pluies fines, des éclaircies après l’averse.Les silhouettes y apparaissent légèrement voilées, comme retenues dans l’atmosphère. Il a pour cela recours à différents procédés de tirage qui lui permettent d’intervenir sur la matière même de l’image, sans jamais chercher l’effet pour lui-même. Ce qui me plaît dans ses photographies, c’est précisément cette retenue : tout semble légèrement éloigné, comme vu à travers une fine épaisseur d’air ou de mémoire.

samedi 25 novembre 2023

Isa Marcelli - série Impermanence
Une image et des mots. Un cliché de la photographe Isa Marcelli (b.1958), tiré de sa série "Impermanence", pour illustrer une démarche artistique qu'elle qualifie sur son site de quête pictorialiste assumée.
Les mots sont un extrait d'un poème en prose de Marc Quaghebeur, tiré du recueil Les carmes du Saulchoir (1993).

L'obscure fascination du monde est l'habitacle des visages, leur regret : celui des mères.
Comme nos mensonges, ils font tampon. Ils font la foule. Celle qui s'hystérise, pour oublier l'intensité tragique des regards qui la composent.
Ils sont pourtant la clef du monde.
On voit très rarement les visages. Sinon furtivement, parfois, entre les rythmes de l'amour. Ils irradient aussi des mots ou des traits forcenés des grands maîtres. À la manière d'un rappel. 
D'un manque. D'un écho.

dimanche 20 août 2023

Rudolf Koppitz - Carinthiac (1930)

Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés du photographe autrichien Rudolf Koppitz (1884-1936). Il se forme à la photographie à partir de 1897 en travaillant comme retoucheur dans différents studios et ateliers jusqu'à son installation à Vienne en 1911. Il suit alors les cours de l'Académie des Beaux-Arts, et va également être influencé par la Sécession viennoise, un mouvement artistique qui mêlait esthétisme et modernité. Mêlant ainsi la rigueur technique à une recherche esthétique proche de la peinture, ses sujets de prédilection sont typiquement pictorialistes : portraits, scènes paysannes romantiques, paysages enneigés et vedute.
R. Koppitz - Les yeux (1928)

Koppitz doit surtout sa renommée à ses études du corps en mouvement, souvent inspirées par la danse, qu’il compose avec une précision formelle et une lumière d’un grand raffinement.
Sa photographie la plus célèbre, Bewegungstudie (Étude de mouvement, 1925), montre une danseuse nue entourée de figures drapées de noir : une mise en scène à la fois sculpturale et mystique, emblématique de son art du clair-obscur et de l’influence du Jugendstil (Art nouveau) sur son travail. Si les opinions politiques de Koppitz, mort deux ans avant l'Anschluss, sont restées ambigües, et même si son esthétique en profonde résonnance avec l'esprit de la Heimat a été récupérée par le national-socialisme, il a joué un rôle important dans le développement de la photographie artistique en Autriche et reste l'une des figures marquantes de la photographie du début du XXe siècle.

dimanche 7 mars 2021

G. Käsebier - The manger (1899)

Le vide-grenier du dimanche. À la veille de la Journée internationale des droits de la femme, deux clichés de Gertrude Käsebier (1852-1934), figure essentielle du mouvement pictorialiste et l’une des premières femmes à s’imposer dans ce domaine au tournant du XXᵉ siècle.
Née à Des Moines (Iowa), elle commence sa carrière artistique relativement tard, après avoir élevé ses enfants, en étudiant la peinture puis la photographie au Pratt Institute de Brooklyn. Rapidement, elle s’impose par ses portraits - souvent de femmes et d’enfants - et par ses natures mortes.
G.K. - The sketch (1903)

Käsebier joue un rôle clé dans la reconnaissance de la photographie comme art à part entière, en travaillant sur la composition, la lumière et l’expression avec une sensibilité proche de la peinture. Il y a dans ses images de maternité et de figures féminines une douceur empreinte de force intérieure qui me touche beaucoup.
Membre fondatrice de la Photo-Secession, elle milite aussi pour une meilleure place des femmes dans les arts et encourage les vocations féminines : “I earnestly advise women of artistic tastes to train for the unworked field of modern photography. It seems to be especially adapted to them.” Dans un monde encore très masculin, Gertrude Käsebier a su imposer une œuvre à la fois sensible et affirmée, qui demeure l’une des plus belles expressions du pictorialisme américain.

dimanche 14 février 2021

C. Van Weele - Pont des Arts (1954)

Le vide-grenier du dimanche. Pour la Saint Valentin, deux clichés du photographe néerlandais Cor Van Weele (1918-1989).
Il débute comme assistant photographe dans l'atelier de Franz Ziegler à Zwolle ; doué pour le dessin, il a rapidement l'occasion de créer des arrière-plans – des couchers de soleil romantiques pour les portraits de couples amoureux – qu'il dessine sur des plaques de verre. Le travail de retouche classique lui est également confié. De 1940 à 1944 il apprend le métier auprès de divers portraitistes, tout en rejoignant la section Haarlem du groupe de résistance "Vrij Nederland".

C. van Weele (1970)
C'est en 1947, à Amsterdam, que Cor van Weele débute sa carrière de photographe indépendant.
Une rencontre avec Edward Steichen, qui voyageait à travers l'Europe en 1950 à la recherche de photos pour son exposition European Photography, a été déterminante pour le développement de son style personnel.
La vision humaniste de Steichen l’a profondément influencé, et son livre En Alles Daartussen ("Et tout ce qui est entre"), où la personne humaine constitue le sujet d'une narration visuelle, serait par exemple difficilement concevable sans le formidable Family of Man du maître pictorialiste.

dimanche 13 septembre 2020

Robert Demachy - Sans titre
Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés de Robert Demachy (1859-1936). Héritier d’une famille aisée, il se consacre à la photo dès les années 1880 et devient l’un des plus actifs théoriciens du mouvement. Son père ayant contrarié son souhait d'étudier la peinture à l'académie Julian, il se tourne entièrement vers cette activité dès son retour du service militaire et lui consacrera désormais toute sa vie de rentier oisif.

R.D. - Sans titre

Convaincu que la photographie devait rivaliser avec la peinture, il défend une pratique assumée comme artistique, faite d’interprétation et non de simple enregistrement du réel ; il devient donc logiquement une figure de proue du mouvement pictorialiste français. Outre ses liens très étroits avec le Linked Ring anglais (une communauté de photographes opposés à une approche purement technique de leur pratique), Robert Demachy entretient une correspondance régulière avec Alfred Stieglitz (voir publication de nov.2011), figure majeure du courant pictorialiste américain.

dimanche 11 mars 2018

P. Strand - Femme d'Alvaredo, Veracruz
(1933)
Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés du photographe américain Paul Strand (1890-1976), qui a déjà fait l'objet d'une publication en juin 2008.Issu d’une famille modeste de quincaillers de New York, il est inscrit en 1904 par ses parents à l’Ethical Culture School, où il suit les cours de Lewis Hine. Celui-ci l’initie non seulement aux techniques photographiques mais aussi à une conception morale de l’image, envisagée comme outil d’éducation et de témoignage.
C’est lui qui l’emmène à la galerie 291 de Stieglitz, où Strand découvre les grands photographes (Hill, Cameron, Käsebier, White) et l’art moderne européen. À 17 ans, il sait déjà qu’il sera photographe. Après quelques années de pratique et de tâtonnements, Strand franchit en 1915 un cap décisif : ses photographies impressionnent Stieglitz, qui l’expose dès l’année suivante dans Camera Work.

P.S. - Filets, Michoacan (1933)
Fasciné par Picasso, Braque et Brancusi, Strand explore alors l’abstraction visuelle à travers des jeux d’ombres ou de clôtures. Mais très vite, il transpose ces principes de construction formelle dans une photographie débarrassée des artifices pictorialistes, une straight photography où la netteté, l’équilibre des formes et la clarté de la composition suffisent. Des images comme White Fence ou Wall Street - qui feront peut-être l'objet d'une future publication - en sont devenues emblématiques. Toute sa vie, Strand cherchera à capter ce qu’il appelait « le caractère essentiel d’un lieu et de sa population ».
Les deux photographies présentées ici ont été réalisées lors de son séjour au Mexique, entre 1932 et 1934, en même temps qu’Henri Cartier-Bresson. Comme le Français, Strand veut s’écarter du pictorialisme : il ne s’agit plus de concevoir la photo comme une œuvre d’art mais comme un objet documentaire, capable de révéler une vérité humaine. « It is easy to make a picture of someone and call it a portrait. The difficulty lies in making a picture that makes the viewer care about a stranger. »
Chez lui, l’esthétique va de pair avec l’éthique : « J’ai toujours voulu utiliser la photographie comme un instrument de recherche et de témoignage de la vie de mon époque. » De cette exigence découle une œuvre d’une grande justesse, qui allie rigueur formelle et conscience politique.

dimanche 22 février 2015

E. Hartwig - Vieille ruelle (1930)
Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés du photographe polonais Edward Hartwig (1909-2003), frère de l'éminente poétesse Julia Hartwig.
Né à Moscou, où son père tenait un studio photographique, il part s'installer avec sa famille à Lublin en 1918 lorsque la Pologne regagne son indépendance.
E.H. - Au point d'eau (1928)

D'abord inspiré par le travail de son compatriote Jan Bulhak, ses premières photographies donnent à voir des paysages nimbés de brume et de mystère, dans la lignée du pictorialiste Léonard Misonne (voir déc.2010).
Par la suite, l'enseignement de son professeur au Vienna Institute of Graphics, Rudolf Koppitz, l'a encouragé à explorer et à mettre en oeuvre de nouvelles techniques et de nouvelles pratiques ; l'association de la photo et des arts graphiques permettait à Hartwig de mieux exprimer son art au travers de diverses expériences en chambre obscure : surexpositions, doubles expositions, manipulations des optiques et de la lumière, recours à des miroirs... Son travail désormais allait combiner la photo réaliste avec le graphisme, et il se mit à produire des compositions presque abstraites qui, peut-être, feront l'objet d'une prochaine publication. Photographier, disait-il, c’est arrêter la fuite des choses, mais aussi leur donner un nouvel élan.

dimanche 15 décembre 2013

Adolf Fassbender - Just drifting (1953)
Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés du photographe allemand Adolf Fassbender (1884-1980), émigré aux États-Unis en 1911 où il sera l'un des membres fondateurs de la Photographic Society of America. Il ouvre son propre studio à New York en 1921 et, dès 1928, il décide de se consacrer entièrement à la création artistique et à l'enseignement de la photographie.

A.Fassbender - Onward (1937)



Représentant du mouvement pictorialiste, qui entend élever la photographie au rang des beaux-arts, il publie en 1937 Pictorial Artistry : The Dramatization of the Beautiful in Photography.
Ses images, soigneusement composées, sont souvent réalisées à partir de plusieurs négatifs et retravaillées pour atteindre une esthétique idéale. Il s'agit, par l'emploi d'effets comme le clair-obscur, le flou, les cadrages, ou encore des techniques de tirage particulières, de donner une vision "impressionniste" du réel, marquée par la sensibilité du photographe.

dimanche 6 novembre 2011

A. Stieglitz - The steerage (1907)
Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés du photographe américain Alfred Stieglitz (1864–1946), déjà évoqué ici en mai dernier à propos du travail de Wynn Bullock. À la fois artiste, éditeur, théoricien et infatigable promoteur de la photographie comme art à part entière, Stieglitz demeure une figure fondatrice de la modernité photographique aux États-Unis.
Fils d’un marchand juif-allemand installé à New York, il découvre la photographie lors d’un séjour en Europe dans les années 1880. Il se forme à Berlin, où il étudie la chimie et aborde la photographie avec une rigueur scientifique.
À une époque où l’image photographique est encore perçue comme un procédé technique ou documentaire, Stieglitz s’engage passionnément pour sa reconnaissance artistique. En 1902, il fonde, sur le modèle du Linked Ring britannique, le mouvement Photo-Secession qui défend une photographie pictorialiste : floue, lyrique, souvent inspirée de la peinture symboliste ou impressionniste. Sa revue, Camera Work (1903–1917), devient une plate-forme incontournable de l'avant-garde photographique, accueillant aussi bien des photographes (Edward Steichen, Gertrude Käsebier) que des peintres ou écrivains modernistes.

A.S. - The Terminal (1892)
Mais Stieglitz fut aussi un formidable passeur : à travers ses galeries (291, puis An American Place), il introduit aux États-Unis des artistes européens comme Cézanne, Picasso, Matisse ou Brâncuși ; il expose des sculptures africaines, des dessins d’enfants, et publie des textes de Gertrude Stein ou Sadakichi Hartmann. Il n’a pas seulement façonné une vision de la photographie : il a contribué à définir un modernisme américain à part entière.
Le premier cliché présenté ici - The Steerage (en français l’Entrepont) - compte parmi les images les plus célèbres de l’histoire de la photographie.
Par sa composition rigoureusement géométrique, il est souvent considéré comme une œuvre fondatrice du modernisme photographique ; mais il possède aussi une forte valeur documentaire, en ce qu’il témoigne du sort des migrants européens traversant l’Atlantique dans les premières années du XXe siècle.
Je pense en le voyant à ces deux vers de Desnos ...
Comme l'espace entre eux devient plus opaque,
Le signe des mouchoirs disparut pour jamais.

dimanche 22 mai 2011

W. Bullock - Log and horsetails (1957)
Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés du photographe Wynn Bullock (1902-1975).
Originaire de Pasadena, en Californie, il commence sa carrière artistique à New York comme chanteur, engagé dans la Music Box Revue d’Irving Berlin. Il part ensuite en Europe pour y poursuivre sa formation, et c'est à Paris qu'il découvre l'impressionnisme et le post-impressionnisme - dont on retrouve parfois l’atmosphère dans ses paysages -, puis l'esthétique surréaliste de Man Ray.

W.B. - Chess game (1955)
De retour aux États-Unis il fait en 1948 une autre rencontre déterminante : frappé par la beauté et la puissance des clichés d'Edward Weston, il s'intéresse à la doctrine de la straight photography, prônée par Alfred Stieglitz et Paul Strand : une photographie "pure", nette, sans effets, à rebours du pictorialisme (ces trois photographes majeurs feront l'objet d'une publication).
Passionné par la physique quantique, la philosophie, et empreint d'une profonde spiritualité, Bullock conçoit la photographie comme un moyen de questionner le réel, d’en révéler les dimensions invisibles. "Mysteries lie all around us, even in the most familiar things, waiting only to be perceived ", ou encore : "When I feel a rock is as much of a miracle as a man, then I feel in touch with the universe ".

samedi 18 décembre 2010

Léonard Misonne - Gare à Namur
Une image et des mots. L'image est du photographe pictorialiste belge Léonard Misonne (1870-1943), et les mots sont de son compatriote - d'origine du moins -, Henri Michaux, extraits de Quatre cents hommes en croix:

"Je ne peux pas toujours placer la croix d'abord. Parfois c'est l'homme qu'il faut étendre avant tout, étendre en plein ciel, mais étendre, étendre, comme s'étend la peine des hommes."

dimanche 14 mars 2010

E.Steichen - Lilac buds (1906)

Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés du peintre et photographe américain d'origine luxembourgeoise Edward Steichen (1879-1973), un des maîtres du pictorialisme
Il fut pendant quinze ans, de 1947 à 1962, conservateur du MoMA de New York, et c'est là qu'il crée en 1955, avec son assistant Wayne Miller, la formidable exposition The Family of Man qui deviendra par la suite itinérante. Son propos est de dresser, au-delà des différences entre les hommes, un portrait de l'humanité qui montre l'universalité de l'expérience humaine.
E.S. - Vogue (1928)

L'exposition, qui a voyagé à travers le monde, a été vue par plus de 9 millions de visiteurs entre 1955 et 1964, date à laquelle le gouvernement des États-Unis l'offre au Grand Duché de Luxembourg, pays natal de Steichen. Elle est aujourd'hui installée et visible au musée de Clervaux et, depuis 2003, inscrite au registre de la "Mémoire du monde", de l'Unesco.
It is an error common to many artists, (who) strive merely to avoid mistakes, when all our efforts should be to create positive and important work. Better positive and important with mistakes and failures than perfect mediocrity.

dimanche 14 février 2010

H.P. Robinson - The Valentine (1885)
Le vide-grenier du dimanche. En ce 14 février, deux clichés du photographe anglais Henry Peach Robinson (1830-1901). Figure de proue du mouvement pictorialiste, il fut un pionnier de la "photographie combinée", un procédé précurseur du photomontage qui consistait à assembler plusieurs négatifs pour obtenir une seule image.
Cette méthode lui permettait d'élaborer des scènes - souvent inspirées de thèmes littéraires -, avec une maîtrise unique de la composition et de la lumière.
D'abord peintre, Robinson s'intéresse à la photographie après 1852 et ouvre un studio en 1855 à Leamington Spa. Ses photographies sont volontiers inspirées par l'esthétique des préraphaélites et de leur mentor John Ruskin, mais aussi - c'est ce qu'il confie dans son courrier - par les oeuvres de Turner.

H.P.R. - Wayside gossip (1880)
En 1892, Henry Robinson cofonde le groupe Linked Ring, dont l'ambition est de promouvoir la reconnaissance de la photographie comme un art.
Si les membres de ce groupe pouvaient avoir des visions esthétiques variées, tous partageaient le refus d'une approche purement technique de la photographie, alors prédominante. Ils écartaient systématiquement les œuvres qui, selon eux, ne contribuaient pas à « l’épanouissement de la forme d’art la plus élevée que la photographie puisse atteindre ».
Pour diffuser ses idées, le Linked Ring s'est ouvert aux plus grandes figures internationales de la photographie : Edward Steichen, Alfred Stieglitz, Gertrude Käsebier ou encore Clarence H. White... Plusieurs d'entre eux joueront ensuite un rôle clé dans la fondation de la Photo-Secession, un mouvement qui allait défendre des concepts similaires aux États-Unis.

dimanche 24 mai 2009

José Alemany - Cigarillos (nd)
Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés du photographe espagnol José Alemany Bori (1895-1951). Originaire de Catalogne et imprégné de l'esprit Noucentiste qui prévalait dans la province à son époque, sa photographie oscille entre pictorialisme et modernité expérimentale : portraits féminins, paysages de dunes, natures mortes, objets isolés, où apparaissent montages, jeux de lumière, solarisations ou photogrammes. Très engagé politiquement, pacifiste et républicain, il quitte l’Espagne pour s’exiler aux États-Unis, où il étudie la psychologie et enseigne la langue et la littérature espagnole à l’université de Syracuse, dans l’État de New York.
J.A. - Ssh... (1939)
Il écrit : "La photographie n'est pas seulement un moyen d'enregistrer ce qui nous entoure, mais aussi d'interpréter notre monde et de révéler quelque chose de nous même dans le processus."
Passionné de littérature, lecteur avide et polyglotte, il fréquente Einstein, Bertrand Russell, Igor Stravinsky...
Contemporain de Doisneau, influencé par Stieglitz et le pictorialisme, ce photographe précoce et disparu trop tôt reste aujourd’hui encore largement méconnu.

dimanche 17 mai 2009

Edward C. Hardman - Loch Alsh (1935)
Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés du photographe irlandais Edward Chambré Hardman (1898-1988). Installé à Liverpool, où il ouvrit un studio avec sa femme Margaret Mills - elle-même photographe -, il a mené une double carrière : s'il a gagné sa vie grâce au portrait de commande, c'est la photographie de paysages, apprise en autodidacte, qui l'intéressait le plus.

E.C.H. - The first lamb




Ses compositions, souvent réalisées aux premières heures du jour ou par temps couvert, révèlent un goût marqué pour les jeux de lumière douce, les ambiances calmes ; on y perçoit l’héritage pictorialiste, mais aussi une attention toute britannique à l’atmosphère.
Longtemps exploré par la peinture avant l'invention de la photographie, le paysage est un genre majeur dans l'histoire de l'art, et Hardman en est à sa manière un héritier discret, dans la continuité d’une tradition qui a connu son apogée aux 18 et 19ème siècles.
"Most of my childish dreams were of landscapes; usually of some remote and spectacularly sired lake, which I could never find again".

dimanche 25 janvier 2009

J.D. - Listening to the birds (1885)

Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres de John E. Dumont (1856-1944), photographe pictorialiste américain actif à la fin du XIXᵉ et au début du XXᵉ siècle. À une époque où la photographie cherchait encore à être reconnue comme un art à part entière, Dumont développe une approche influencée par la peinture et l’estampe : cadrages soignés, lumières travaillées, atmosphères parfois presque irréelles. Il appartient à cette génération de photographes pour qui l’appareil ne devait pas seulement enregistrer le monde, mais aussi le réinterpréter.

J.D. - Gossip by the wayside (1893)
Né, selon certaines sources, à Washington, John Dumont a vécu à New York puis à Rochester, où il travaillait comme courtier en produits alimentaires. Il commence la photographie en amateur en 1884 et se fait remarquer par ses scènes de genre réalisées en extérieur ainsi que par ses portraits de studio.
Aujourd’hui assez oublié, Dumont exposa pourtant régulièrement aux États-Unis et en Europe jusqu’au début du XXᵉ siècle. Son travail, à la fois naturaliste et marqué par l’idéalisme pictorialiste, lui valut d’être rapproché du Britannique Henry Peach Robinson, auquel je consacrerai d’ailleurs une prochaine publication.

dimanche 14 décembre 2008

A.Aubrey Bodine - Jessie's coffee shop

Le vide-grenier du dimanche. 
Deux clichés du photographe et photojournaliste américain A. Aubrey Bodine (1906-1970).
Entré en 1923 au Baltimore Sunday Sun comme garçon de courses, il y commence sa carrière de photographe quelques années plus tard et consacrera ensuite plus de quarante ans à documenter la vie du Maryland.

A.A.B. - Journey's end (1950)
Entre documentaire et pictorialisme, son travail célèbre les paysages industriels, marins ou ruraux du Maryland, toujours avec un grand soin apporté à la composition et aux contrastes.
Il considérait la photographie comme un art véritable, exigeant patience et maîtrise technique ; il retouchait souvent ses tirages en chambre noire pour en affiner les contrastes.
Un de ses collègues du Baltimore Sun, Rob Hiaasen, disait de lui : “Aubrey Bodine was a master photographer who had an extraordinary vision of beauty in ordinary things.”
« Il n’y a rien de plus extraordinaire que ce qui est ordinaire », aurait dit Chesterton.

samedi 4 octobre 2008

E. Osterlof - Miss Curiosity (1908)
Une image et des mots. "Veilleur, où en est la nuit?" (Isaïe, 21,11).
Voici un beau portrait de sa fille Sophie par le photographe polonais Edmund Osterloff (1863-1938).
Représentant du courant pictorialiste - il a pu être comparé à Léonard Misonne - il fut l'un des pionniers de la photographie artistique en Pologne.
Ce cliché a été pris à Tbilissi, en Georgie, où il dut s'exiler pendant 25 ans après deux ans d'emprisonnement pour son appartenance aux cercles socialistes.
Les mots pour l'accompagner sont de Clarice Lispector, extraits de Silencio.

Seulement ça : il pleut et je regarde la pluie. Comme c'est simple. Je n'aurais jamais cru que le monde et moi puissions parvenir à un tel accord. La pluie tombe non pas parce qu'elle a besoin de moi, et je la regarde non pas parce que j'ai besoin d'elle. Mais nous sommes aussi indissociables que l'eau de pluie l'est de la pluie. Et je ne remercie rien. [.....]
Je suis une femme, je suis une personne, je suis une attention, je suis un corps qui regarde par la fenêtre. De même la pluie n'est pas reconnaissante de n'être pas une pierre. Elle est la pluie. Peut-être est-ce cela, ce que l'on pourrait appeler
"être vivant". Ce n'est pas plus que cela, seulement cela : "être vivant". Et je vis seulement d'une joie paisible.

samedi 26 juillet 2008

Harold Pierce Cazneaux
Une image et des mots. L'image est un cliché du photographe pictorialiste australien Harold Pierce Cazneaux (1878-1953), présenté ici au mois de janvier dernier. 
Les mots pour l'accompagner sont de l'américain Cormac McCarthy, extraits de son roman "De si jolis chevaux", traduit et publié chez Actes Sud en 1993.

"Il pensait que dans la beauté du monde il y avait un secret qui était caché. Il pensait que pour que batte le coeur du monde il y avait un prix terrible à payer et que la souffrance du monde et sa beauté évoluaient l'une par rapport à l'autre selon des principes de justices divergents et que dans cet abyssal déficit de sang des multitudes pourrait être le prix finalement exigé pour la vision d'une seule fleur."

AM2 ICI