In girum imus nocte et consumimur igni

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dimanche 16 août 2026

Milton Avery - Paris pigeons (1955)
La veillée du dimanche. Deux œuvres du peintre et aquarelliste américain Milton Avery (1885-1965) reconnu pour son style singulier, à la croisée du modernisme européen et d'une sensibilité proprement américaine. Bien qu’il soit souvent associé à l’expressionnisme et au modernisme, Avery n’a jamais revendiqué d’appartenance à un mouvement. Il a développé une voie personnelle qui influencera nombre d’artistes américains, dont Mark Rothko, qui disait de lui : « Quel était son répertoire ? Son salon, Central Park, sa femme Sally et sa fille March..., ses amis et ce qui traînait dans son studio : un monde domestique et ordinaire. »
Milton Avery - Two poets (1963)

Ce qu’il peignait, c’était donc son entourage : sa famille, ses amis, des paysages ou des natures mortes, abordés avec une économie de détails qui frôle l’abstraction. Son usage des aplats de couleurs, influencé notamment par Matisse, confère à ses toiles une intensité à la fois lumineuse et apaisée.
Longtemps resté dans l’ombre des grands noms de l’expressionnisme abstrait, Milton Avery est aujourd’hui reconnu comme un pionnier : il a su établir un lien essentiel entre la peinture américaine traditionnelle du début du XXᵉ siècle - encore marquée par le réalisme et le régionalisme - et l’expressionnisme abstrait qui s’imposera dans les années 1940.
Il a ainsi contribué à faire émerger une modernité plus libre, ancrée dans le quotidien et attentive à la simplicité des choses.

dimanche 12 mai 2024

D.G. - An honest day wages

La veillée du dimanche. Deux œuvres de l'illustrateur américain Danny Galieote. Formé à l'Art Center College of Design de Pasadena, ce natif de Burbank débute comme animateur et artiste conceptuel chez Disney, où il participe notamment au Roi Lion et à Pocahontas.
Cette expérience marque profondément son approche de l'image. Nourri par la peinture figurative américaine, il compose des scènes inspirées de l’Amérique des années 1930 à 1950, où l’on retrouve quelque chose de Norman Rockwell, d’Edward Hopper et du cinéma classique hollywoodien.
D.G. - The picnic

Galieote puise dans une mémoire collective de l’Amérique, faite de petits rituels et d’images familières. Dans An Honest Day Wages, le jeune vendeur de journaux n’est pas seulement un paperboy : son chapeau de Davy Crockett et le gant de base-ball accroché au porte-bagage de son Schwinn évoquent tout un imaginaire de l’enfance américaine, entre aventure et insouciance.
Le titre lui-même ajoute une dimension presque morale : celle de la valeur du travail accompli honnêtement, de l’effort et de l’apprentissage de l’autonomie.
L’image ne montre donc pas seulement un enfant qui distribue des journaux, mais l’un des motifs fondateurs de l’imaginaire américain du self-made man : celui où, par le travail et l’effort, se forge un caractère.
Quant au pique-nique, autre symbole fort de la culture américaine, il devient chez lui le cadre d’un moment de grande complicité et même d’intimité. Un instant volé à une histoire d’amour, existante ou à naître.

dimanche 14 octobre 2018

Raphael Soyer - Café scene (1940)

La veillée du dimanche. Deux œuvres du peintre, dessinateur et graveur américain d’origine russe Raphael Soyer (1899-1987), dont l’œuvre est consacrée à la vie quotidienne new-yorkaise.
Né à Borisoglebsk en Russie, il émigre avec sa famille en 1912 et s’installe dans le Bronx. Formé à la Cooper Union, à la National Academy of Design puis à l’Art Students League, il étudie auprès de Guy Pène du Bois et Boardman Robinson. Très tôt, il se tourne vers une peinture attentive aux scènes urbaines et aux figures anonymes, dans la lignée de l’Ashcan School.
« If art is to survive, it must describe and express people. »
R.S. - Annunciation (1980)

Tout au long de sa carrière, Soyer peint les hommes et les femmes dans des cadres quotidiens et des situations ordinaires – rues, métros, ateliers ou appartements modestes. Membre de la Fourteenth Street School, il expose dans les grands musées américains et enseigne à l'Art Students League et à la New School for Social Research. Rattaché à la American Scene, il en incarne le versant social-réalistecentré sur les réalités urbaines. Là où le régionalisme américain célèbre l’Amérique rurale, Soyer s’attache à la ville et à ses anonymes, dans un réalisme discret, souvent mélancolique.
Le premier tableau est conservé au Brooklyn Museum, à New York. Le second, au titre biblique, est au Smithsonian American Art Museum de Washington. Les deux œuvres sont séparées par une quarantaine d’années.

dimanche 18 décembre 2016

Adolf Dehn - Central Park in winter (1965)
La veillée du dimanche. Deux œuvres de l’artiste américain Adolf Dehn (1895-1968), aquarelliste et lithographe. Il commence ses études artistiques en 1917 à la Minneapolis School of Art, où il rencontre l'illustratrice Wanda Gág qui partagera sa vie pendant plusieurs années. Tous deux rejoignent ensuite l'Art Students League de New York.

A.D. - Red birds (1959)
Appelé sous les drapeaux en 1918, Dehn se déclare objecteur de conscience. En 1921, il part pour l’Europe et s’installe à Paris, puis à Vienne, où il fréquente de nombreux intellectuels et artistes, parmi lesquels Gertrude Stein, E. E. Cummings, Josephine Baker, Leo Stein ou Kurt Weill. « Life in Paris is simply glorious! »
Il rentre aux États-Unis en 1929, au moment où la Grande Dépression frappe le pays.
Les années qui suivent sont difficiles et il met notamment son art au service de la WPA pour assurer l'ordinaire.
À partir de 1936, sa réputation s’affirme aux États-Unis comme à l’étranger. Il devient l’un des grands maîtres américains de la lithographie et une figure importante du régionaliste et du réalisme social, aux côtés de Grant Wood et Thomas Hart Benton, que je présenterai prochainement.
 © Veilleur de Nuit – 2016

dimanche 5 octobre 2008

K. Nelson - Mending (2007)

La veillée du dimanche. Deux œuvres de Kenton Nelson (b.1954), héritier de l’American Scene Painting, en particulier du régionalisme dont il revisite l’optimisme dans une peinture baignée de lumière californienne.
Originaire de Los Angeles, il étudie à la California State University de Long Beach puis à l’Otis Art Institute, où il enseignera plus tard. Son grand-oncle était le muraliste mexicain Roberto Montenegro, proche de Diego Rivera et de Frida Kahlo ; Kenton Nelson voit volontiers dans cette filiation l’une des origines de sa vocation de peintre.
À partir des années 1990, il développe une peinture figurative immédiatement reconnaissable, à la croisée du réalisme stylisé, de l’illustration américaine et d’une certaine esthétique des années 1950.
K.N. - Charitably inclined (1995)

Il revendique des influences aussi diverses que les peintres régionalistes américains de l'époque de la Grande Dépression, les affiches publicitaires de l’après-guerre et le pop-art.
« I'm interested in making paintings that evoke some sort of emotion or memory for people. »
C’est sans doute ce qui me plaît le plus dans ses tableaux : des aplats de couleurs franches, des contours nets, des compositions épurées, une élégance presque rétro. On peut penser parfois à Hopper, mais là où celui-ci laisse souvent affleurer la solitude, Kenton Nelson semble préférer une forme de nostalgie sereine, une Amérique idéalisée qui doit autant au souvenir qu’au cinéma, aux magazines et à la culture visuelle de l’après-guerre.

A.N. Samokhvalov - Blue twilight (1960) La veillée du dimanche. Deux oeuvres du peintre et illustrateur russe Alexander Nikolaevich Samo...