In girum imus nocte et consumimur igni

In girum imus nocte et consumimur igni
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dimanche 27 septembre 2026

E. Gordon - Wind from the sea (1965)
La veillée du dimanche. « Vous ne pouvez pas inviter le vent, mais vous devez laisser la fenêtre ouverte », dit Krishnamurti. Deux œuvres de l'américain Edward Gordon (b.1940), peintre scrupuleux de fenêtres et de vent. Largement autodidacte, Gordon a longtemps exercé le métier de comptable avant de se consacrer à la peinture, au début des années 1980. Le rendu méticuleux des textures, le soin extrême apporté aux nuances du ciel et de la mer – toujours présente chez ce natif d’Ocean City, dans le New Jersey – donnent à ses toiles un aspect presque photographique.
« My goal is to make paintings so realistic that viewers are drawn into the imagery space...» 

E.G. - Music room, Ocean City, NJ (1965)
Mais ce qui m’en reste surtout, c’est un étrange sentiment de paix, malgré les horizons parfois menaçants.
L'homme, à ma connaissance en tout cas, n'est jamais représenté dans les pièces impeccables de ses belles villas côtières. Mais on appréciera le bon goût de celle ou celui qui a accroché aux murs de cette élégante demeure – il semble, aux motifs de la balustrade, qu'il s'agisse de la même –, deux chefs-d'œuvre de Vermeer.
 © Veilleur de Nuit – 2026
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samedi 26 septembre 2026

C.R. - Les forces de l'âme (1976)
Une image et des mots. Le cliché, pris à Puente Genil en Espagne, est de Cristina García Rodero.
Les mots pour aller avec sont de l'écrivain anarchiste mexicain de langue allemande B. Traven, auteur entre autres du Trésor de la Sierra Madre porté à l'écran par John Huston.

Nul dieu ne t'aidera, nul programme, nul parti, nul bulletin de vote, nulle masse, nulle unité. Je suis le seul capable de m'aider. Et c'est en moi-même que j'aiderai tous les hommes dont les larmes débordent.
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dimanche 20 septembre 2026

E.L. - Les travaux aux champs (1918)
La veillée du dimanche. Deux œuvres du peintre belge Eugène Laermans (1864-1940). J’ai eu plusieurs fois l’occasion de dire ici mon attachement au monde paysan. Je suis donc sensible à la peinture de Laermans, qui lui a consacré une grande partie de son œuvre, comme aux ouvriers et aux gens modestes de son époque.
Né à Molenbeek-Saint-Jean, près de Bruxelles, Laermans se forme à l’Académie de Bruxelles auprès de Jean-François Portaels. Ses premières œuvres sont encore influencées par le symbolisme et la littérature, notamment par Baudelaire, dont il illustre Les Fleurs du mal. Mais, à partir des années 1890, il se tourne vers les hommes et les femmes qu’il voit autour de lui. Ses paysans et ses ouvriers sont souvent représentés en groupes, avec des silhouettes simplifiées, très dessinées, qui donnent à ses tableaux une force particulière.

E.L. - Les Paysans (1903)
On pense à Bruegel, mais Laermans ne se contente pas de l'imiter.
Ce qui me plaît chez lui, c’est qu’il ne cherche pas à idéaliser le monde rural. Ses paysans sont là pour travailler, marcher, attendre, vivre. Il y a quelque chose de très concret dans ces scènes, même si les personnages prennent parfois une allure presque monumentale.
Dans Les Paysans, peint en 1903, comme dans Les Travaux aux champs, quinze ans plus tard, on retrouve cette attention au travail de la terre et à ceux qui l’accomplissent. Le temps a passé, mais Laermans n’a pas changé de sujet.
À onze ans, une méningite l'avait rendu sourd et presque muet. Des années plus tard, sa vue commence elle aussi à se dégrader, jusqu’à l’obliger à cesser de peindre en 1924.
 © Veilleur de Nuit – 2026
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dimanche 13 septembre 2026

H.W. - California (1969)
La veillée du dimanche. Deux clichés du photographe américain Henry Wessel (1942-2018), qui donnent, je crois, une assez bonne idée de sa manière de photographier : regarder autour de soi, accepter ce que le hasard propose. Wessel découvre la photographie presque par hasard alors qu’il étudie la psychologie à l’université de Pennsylvanie.
Un livre trouvé dans une librairie, The Photographer’s Eye, catalogue d’une exposition du MoMA, lui fait découvrir Atget, Robert Frank, Lee Friedlander, Wright Morris et Garry Winogrand. Il commence à photographier sérieusement en 1967. En 1971, une bourse Guggenheim lui permet de parcourir les routes américaines pour photographier les paysages qui les bordent. 
Wessel photographie beaucoup depuis sa voiture. Il raconte qu’en roulant, une scène lui apparaît d’une certaine manière et qu’elle change complètement s’il s’arrête pour sortir et la regarder. Il prend donc souvent la photographie depuis le siège du conducteur, au moment même où quelque chose attire son attention.
« Je photographie tout ce qui attire mon regard. »
Cette façon de travailler donne à ses photographies quelque chose de très spontané.
Le SFMOMA décrit ses premières images comme des jeux entre le sujet et le vide, souvent construits autour d’un élément central – un panneau, un poteau, un arbre. California, 1969 en est un bon exemple.
H.W. - Oakland, CA (1970)

Avec Oakland, California, 1970, le point de vue depuis l’habitacle fait partie de l’image. La photographie est penchée, comme si Wessel avait déclenché dans l’instant, sans prendre le temps de mettre l’appareil à l’horizontale. « L’innocence est la quintessence de l’instantané », écrivait Lisette Model (voir août 2013). Wessel avait fait sienne cette idée, en prenant soin de distinguer l’innocence de l’ignorance : « Je souhaite faire la distinction entre l’innocence et l’ignorance. L’innocence est l’une des formes les plus élevées d’être et l’ignorance, l’une des formes les plus basses. »
Henry Wessel participe en 1975 à New Topographics, l’exposition qui remet en question la manière traditionnelle de photographier le paysage américain.
Pendant une grande partie de sa carrière, il travaille avec le même Leica 35 mm équipé d’un objectif de 28 mm et du film Kodak Tri-X. Il enseigne parallèlement au San Francisco Art Institute de 1973 à 2014.
© Veilleur de Nuit – 2026
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dimanche 6 septembre 2026

G. Little - Black necklace (2014)
La veillée du dimanche. Deux œuvres postmodernes, empreintes d’un romantisme discret, réalisées à la gouache et aux crayons de couleur par l’Écossais Graham Little (né en 1972), peintre de la beauté, de l’intimité et de la solitude. Ses compositions sont d’une minutie presque obsessionnelle ; on dit qu’il passe des mois à réaliser chacune de ses œuvres.
Diplômé en beaux-arts du Duncan of Jordanstone College de Dundee et du Goldsmiths College de Londres, il vit et travaille aujourd'hui à Londres.

G.L. - Sleeping (2014)
Inspirées par les magazines de mode des années 1970 et 1980 – Vogue, Harper’s Bazaar ou Burda Moden –, ses tableaux mettent souvent en scène des figures féminines à l’air las ou lointain, absorbées dans des tâches quotidiennes ou bien comme ici perdues dans la rêverie. Des récits où il semble que passé et présent se superposent, pour créer une atmosphère un peu énigmatique et délicatement poétique.
 © Veilleur de Nuit – 2026
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samedi 5 septembre 2026

Jiří Horák - Brno  (1984)
Une image et des mots. Un cliché du photographe tchèque Jiří Horák (b.1940), The Rythm of empty houses, et quelques lignes de Colette, extraites de La retraite sentimentale (1900).

- Vous ne savez pas, vous, ce que c'est que l'envie de partir ?
- Heu... il y aurait bien à dire là-dessus, et il serait peut-être excessif de prétendre que je ne souhaite pas, à de certaines heures... y aller de mon petit voyage...
- Ne riez pas ! Je voudrais que vous me compreniez. L'envie de partir... il y a un tas de gens qui ne se doutent pas de ce que c'est. C'est une maladie, un empoisonnement ; ce n'est même pas une idée. [...] Pendant que je mange, pendant que je dors ou que je brode, j'ai là, ici, tout autour, cette chose qui me tire obstinément.

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