In girum imus nocte et consumimur igni

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dimanche 21 décembre 2025

M-E. Mark - Irish Travellers, Dublin
La veillée du dimanche. En cette période de joujoux par milliers, deux clichés de la photographe américaine Mary Ellen Mark (1940-2015). Formée à l’Université de Pennsylvanie, où elle étudie le photojournalisme et l’anthropologie visuelle, elle part très tôt en Inde avec une bourse Fulbright.
Ce voyage, puis plusieurs séjours dans les années qui suivent, marquent durablement sa façon d’aborder le documentaire : avec une attention patiente, presque obstinée, pour des existences fragiles, souvent laissées à l’écart.

M-E.M. - New York (1963)
Dans les années 1970 et 1980, elle s’impose aux États-Unis comme l’une des grandes figures de la photographie sociale. Elle travaille pour la presse, accompagne des réalisateurs au cinéma – Milos Forman, Coppola – tout en menant ses propres projets au long cours.
Ses séries les plus marquantes naissent souvent de ces immersions prolongées : les adolescentes sans abri de Seattle, les pensionnaires d’institutions psychiatriques, les cirques indiens, les familles en situation de précarité. On peut penser parfois à Diane Arbus pour la frontalité de certaines images, mais Mary Ellen Mark reste moins fascinée par l’étrangeté que par le lien humain, la relation qui se construit au fil du temps.
Son oeuvre éclaire des vies dont on détourne souvent les yeux.

dimanche 2 février 2025

Stanley Kubrick - New York (1940's)

La veillée du dimanche. Deux clichés de l'américain Stanley Kubrick (1928-1999), déjà présenté ici en juillet 2011.
Avant de devenir l'un des plus grands cinéastes du XXᵉ siècle, Kubrick est un photographe d'un talent exceptionnel. À dix-sept ans, plutôt que d'entrer à l'université, il est engagé par le prestigieux magazine new-yorkais Look, où il apprend son métier en photographiant la rue, les anonymes, les célébrités, les boxeurs ou les musiciens.

S.K. - Shoe shine boy (1947)
Des artistes, et donc de lui-même, Kubrick disait  :
« Je ne pense pas qu'ils aient quelque chose de particulier à dire. Je pense qu'ils ont quelque chose qu'ils ressentent. Et ils aiment la forme de l'art : ils aiment les mots, ou l'odeur de la peinture, ou les images celluloïdes ou photographiques et travailler avec des acteurs. Je ne pense pas qu'un artiste véritable ait jamais été orienté par autre chose que sa propre vie intérieure, et la récompense est dans l'excitation de créer quelque chose qui est vivant et résonnera en d'autres personnes. »
Ses photographies révèlent déjà l’attention portée aux détails, à la lumière et au rythme des scènes – qualités qu’il portera ensuite au cinéma. On y perçoit l’œil d’un observateur attentif, capable de saisir l’instant avec une rigueur et une sensibilité qui annoncent ses futurs films, où chaque plan devient une composition presque picturale.

dimanche 8 décembre 2024

Andy Levin - New York (1978)
La veillée du dimanche. Deux clichés du photographe américain Andy Levin (b.1950) – contributeur de Life Magazine dans les années 1980 – qui témoignent de son regard attentif sur les lieux et les êtres qui les habitent. 
« My mission is to capture the vitality of the human experience and to present it on paper in a visually compelling manner. »
Né à New York, Levin baigne très tôt dans la photographie grâce à son père, lui-même passionné et ami de figures comme Weegee ou Cartier-Bresson. Il commence à expérimenter dès son enfance, voyage en Europe avec sa famille et apprend très jeune à observer les gens et les lieux.

A.L. - Water Logged, Katrina
Après avoir travaillé à l’agence Black Star et participé à de nombreux projets il s’installe en 2004 à la Nouvelle-Orléans, où il documente un an plus tard les ravages du cyclone Katrina.
Entre photographie et engagement auprès de ses voisins, Levin capte la beauté et la fragilité de la ville, en mêlant engagement et poésie.
Aujourd’hui, Levin continue de vivre et de travailler à New Orleans. Tout en enseignant et en éditant le magazine 100 Eyes, il poursuit son exploration des lieux et des histoires humaines qui s’y inscrivent.

dimanche 17 décembre 2023

G. Cummings - New York (2019)
La veillée du dimanche. Deux clichés du photographe irlandais Gary Cummins, que j’ai découvert d’abord avec ses séries Astrophotography et Abandoned. Son travail explore des territoires très différents, de l’astrophotographie aux séries urbaines, en passant par les portraits et la photographie expérimentale. Je pense avoir déjà eu l’occasion, dans ce blog, de dire que je ne suis pas très sensible à la photographie d’art ; une bonne partie de ce qu’il fait m’échappe donc.
J’ai en revanche beaucoup aimé la série qu’il a consacrée à Toronto, où il vit aujourd’hui – sa façon de jouer avec la géométrie, la symétrie et les lignes architecturales crée des compositions à la fois puissantes et intrigantes, qui mettent en relief la présence fragile de l’homme face à l’ampleur de ses constructions ; elle fera sans doute l'objet d'une future publication.
G.C. - série Abandoned (2020)

« Photography for me is a means of meditation. A way to engage both myself and the world around me. Taking it all and expressing it through images.»
Parallèlement à son activité photographique, Gary Cummins travaille dans l’industrie de la construction et profite de son temps libre pour explorer, photographier et expérimenter. Mais ce qui reste au cœur de son travail, dit-il, c’est ce désir simple : sortir, explorer, découvrir, même dans son propre jardin – « We are all explorers! Never stop! »

dimanche 30 avril 2023

Evelyn Hofer - Dublin (1966)

La veillée du dimanche. Deux clichés de la photographe germano-américaine Evelyn Hofer (1922-2009).
Née à Marburg, en Allemagne, elle connaît très jeune l’exil : sa famille fuit le nazisme en 1933 et s’installe successivement en Suisse, en Espagne puis au Mexique. C’est en Suisse qu’Evelyn se forme à la photographie, avant de commencer à travailler professionnellement au Mexique.
En 1946, elle rejoint New York, collabore avec Alexey Brodovitch de Harper’s Bazaar et fréquente des artistes comme Richard Lindner ou Saul Steinberg.

E.H. - Arteries, NY (1964)
Elle réalise alors des portraits et des paysages urbains avec une chambre photographique grand format 4 × 5 pouces, accompagnée d’un lourd trépied. Une technique qui impose la lenteur et la précision – sans doute adaptée à des images comme Arteries, où les routes et les gratte-ciel s’organisent dans le cadre – mais qui pourrait l’être moins pour des scènes prises sur le vif.
Pourtant, ses photographies donnent souvent l’impression d’une rencontre presque fortuite.
Ainsi, la petite fille à bicyclette, photographiée à Dublin en 1966, semble s’être arrêtée un instant pour regarder la photographe. Hofer expliquait qu’elle n’aimait pas « espionner » les gens :
elle voulait qu’ils sachent qu’elle les photographiait et qu’ils acceptent de collaborer avec elle. Une conception du portrait qui éclaire peut-être aussi son choix d’un matériel aussi lourd et d’une photographie aussi patiente.
Evelyn Hofer réalise également plusieurs livres associant ses photographies aux textes d’écrivains, notamment Dublin: A Portrait avec V. S. Pritchett ou The Stones of Florence avec Mary McCarthy. Hilton Kramer, critique d’art du New York Times et grand défenseur de son travail, la surnommera « the most famous unknown photographer in America ».
 © Veilleur de Nuit – 2023

dimanche 19 juin 2022

S.W. - Scene from the street, NY

La veillée du dimanche. Deux clichés du photographe allemand Sepp Werkmeister (1931-2021).
Il est surtout connu pour ses portraits de jazzmen et ses scènes de rue à New York dans les années 1960 et 1970. Ses images captent aussi bien les grandes figures de la scène jazz – Duke Ellington, Louis Armstrong, Ella Fitzgerald, Miles Davis – que l’atmosphère particulière de la ville. Dans ses photographies de New York, le regard du portraitiste et celui du photographe de rue se rejoignent :
il s’intéresse aux gens, à leurs attitudes, à leurs vêtements, mais aussi aux contrastes de la ville.

S.W. - Lower Manhattan, NY (1968)
Son travail s’inscrit dans la longue tradition de la photographie de rue européenne et américaine, de Henri Cartier-Bresson à William Klein, Lisette Model, Weegee, Garry Winogrand ou Vivian Maier. Ses images new-yorkaises des années 1960 et 1970, longtemps restées peu connues, montrent aussi bien les quartiers populaires et les sans-abri que les habitants plus aisés de Manhattan.
Bien avant Stephen Shore (mai 2010) et William Eggleston (mai 2013), il est aussi l’un des premiers photographes de rue à avoir largement travaillé en couleur, à une époque où celle-ci restait encore peu considérée dans le monde de l’art. Werkmeister trouve alors notamment son inspiration dans les photographies en couleur d’Ernst Haas et dans le travail sans concession de Diane Arbus, qu’il rencontre à New York. Arbus lui demande un jour ce qu’il photographie...
« Je vais dans les rues », lui répond-il.
© Veilleur de Nuit – 2022

dimanche 10 avril 2022

H.P. - Under the El, NYC (1949)

La veillée du dimanche. Deux clichés du photographe documentaire américain Homer Page (1918–1985). Après des études d’art et de psychologie sociale à l’UCLA puis à Berkeley, il devient photographe professionnel en 1944.
Il enseigne ensuite la photographie au San Francisco Art Institute, où il travaille notamment aux côtés d’Ansel Adams (voir avril 2010 et mai 2019), et de Minor White (voir août 2013 et sept. 2019).
H. Page - New York (1949)

Par l’intermédiaire de Dorothea Lange, Page rencontre également Edward Steichen, alors responsable du département de photographie du Museum of Modern Art de New York, qui l’invite à participer à plusieurs expositions du musée.
Son travail porte principalement sur la vie urbaine américaine de l’après-guerre, à New York comme à San Francisco. Il photographie les rues, les passants, les lieux ordinaires, avec une empathie discrète et – il me semble – une grande sensibilité à la solitude moderne.
Ses photographies sont très ordinaires, au fond. Rien de manifeste dans ses clichés, aucun regard social appuyé, aucune prétention poétique. Beaucoup de photographes de rue affichent davantage l’un ou l’autre ; chez Page, s'ils sont là, ils restent discrets. J'aime beaucoup son travail. Longtemps sous-estimée – peut-être pour ces raisons –, l’œuvre subtile et lucide d’Homer Page demeure aujourd’hui encore trop peu connue.
 © Veilleur de Nuit – 2022

dimanche 8 décembre 2019

Pierre Belhassen - New York (2012)
La veillée du dimanche. Deux clichés du photographe français Pierre Belhassen (b.1978), déjà présenté ici le 29 mai 2016. Pris à New York, où il a découvert la photographie à l'occasion d'un premier voyage en 2005, ils témoignent de son goût pour une ville qu’il ne cesse depuis d’arpenter, attentif à la lumière, aux gestes fugaces, aux détails presque invisibles qui, pour peu qu’on y prête attention, racontent quelque chose de la ville. Sa photographie est une affaire de rythme, de sensation, d’instants saisis au vol.

P.B. - série Color walk
« C'est ici que tout a commencé, il y a une énergie unique qui circule dans cette ville. New York est définitivement un lieu de genèse pour moi. »
Les influences que revendique Belhassen sont multiples : le cinéma de Kurosawa, la littérature de Chandler et Ellroy, la peinture de Bonnard et Bacon, la musique, et bien sûr la photographie, de Robert Frank à Trent Parke, en passant par Saul Leiter ou Jonas Bendiksen... (voir juin 2013). Pierre Belhassen ne cherche pas à expliquer ce qu'il photographie ; il préfère laisser au regardeur la liberté d'y trouver son propre récit.
 © Veilleur de Nuit – 2019

dimanche 21 janvier 2018

J. Heiden - New York (2014)
La veillée du dimanche. Deux clichés de l’Américaine Jamie Heiden, artiste contemporaine installée dans le Wisconsin, où elle vit dans une ferme avec sa famille et sa petite ménagerie. Photographe de formation, elle s’est peu à peu tournée vers un travail de composition numérique : 
à partir de ses propres photographies, elle intervient à l’aide d’outils graphiques et picturaux pour créer des images à la frontière entre photographie et peinture.
Elle explique sa démarche [ICI].
J. Heiden - Tree (2014)

Heiden se dit fascinée par le pouvoir narratif des images.
Ses paysages, souvent ruraux ou forestiers, sont peuplés d’arbres solitaires, de chemins qui se perdent, de maisons oubliées ou de silhouettes fragiles. Les textures qu’elle ajoute – craquelures, transparences, halos – éloignent la photographie du simple enregistrement du réel et lui donnent quelque chose de pictural et d’onirique. On pense par moments au pictorialisme, mais avec les outils de l’image numérique. « Simplicity is my inspiration, story is my goal.I love an open horizon or a lone tree, an abandoned house or an aged barn. It's this simplicity that more effectively sets the stage for narrative to begin inside the viewer's mind. I hope my images start a story, make you stop and think of someone, someplace or sometime. » 
C’est peut-être là que réside le charme de ses images : elles ne cherchent pas seulement à montrer un lieu, mais à laisser une place à ce que chacun peut y projeter – un souvenir, une émotion, une histoire.
 © Veilleur de Nuit – 2018.

samedi 4 novembre 2017

Tom Bob
Une image et des mots. Une oeuvre du street-artist américain Tom Bob, que j'ai récemment découvert et dont je ne sais pas encore grand chose mais dont on peut voir davantage ICI.
Depuis quelques mois, les passants découvrent dans les rues de New York ses détournements pleins d’humour et de poésie d’éléments triviaux de l’espace urbain – bouches d’égout, compteurs électriques, tuyaux en tous genres.
De quelle nature est cette poésie ? Est-elle une manière de regarder autrement la réalité, comme Francis Ponge dans Le Parti pris des choses ?
Pas tout à fait : Ponge s’attache aux choses elles-mêmes, tandis que Tom Bob les transforme pour nous les faire voir autrement. Mais peu importe...
En regardant cette image, j’ai pensé aux lignes que Ponge consacre aux montres, « dont le principe est fait de roues qui tournent à des très inégales vitesses, quoiqu’elles soient agies par un unique moteur ».

dimanche 21 juillet 2013

D. Lyon - Big Barbara, Chicago (1965)
La veillée du dimanche. Deux clichés du photographe américain Danny Lyon (b.1942).
Très engagé politiquement, diplômé d’histoire et de philosophie de l’Université de Chicago, il documente dès 1962 plusieurs campagnes du Civil Rights Movement auxquelles il participe lui-même.

D. L. - West 39th Street, NYC (1980)
Quelques années plus tard, il partage pendant près de quatre ans la vie des membres du Outlaws Motorcycle Club de Chicago ; ce travail donnera naissance à l’un de ses livres les plus célèbres. Chez Lyon, la photographie est une expérience vécue de l’intérieur. À la manière du New Journalism, il ne cherche pas à observer ses sujets à distance : il entre dans leur vie, partage leur quotidien et photographie depuis cette proximité.
« I feel totally responsible for what I see. I feel totally responsible for what I photograph.
You put a camera in my hand, I want to get close to people. Not physically close, emotionally close, all of it.»

dimanche 16 octobre 2011

Ernst Haas - Homecoming (1947)
La veillée du dimanche. Deux clichés de l’austro-américain Ernst Haas (1921-1986), l’un des grands novateurs de la photographie couleur au XXe siècle. Il est l’un des premiers à considérer la couleur non comme une simple information visuelle, mais comme une matière expressive à part entière.
Né à Vienne et d’abord formé à la peinture, Haas se tourne vers la photographie après la guerre, en autodidacte. Il connaît une reconnaissance précoce avec Homecoming (1947), un reportage consacré au retour des prisonniers de guerre à Vienne, qui attire l’attention de Robert Capa. Celui-ci l’invite à rejoindre l’agence Magnum, fondée peu auparavant avec Henri Cartier-Bresson et David Seymour.

E.H. - New York (1970)
Installé à New York à partir de 1950, Haas photographie notamment les immigrants arrivant à Ellis Island. Puis vient, en 1953, sa célèbre série en couleur sur New York pour Life Magazine : New York, A Magic City.
« I am not interested in shooting new things. I am interested to see things new.»
À partir des années 1950, il développe un style très personnel, fondé sur le flou, le mouvement et l’intensité des couleurs. Ses images, souvent proches de l’abstraction, cherchent moins à décrire le monde qu’à restituer une sensation, une lumière, un rythme. « Color is joy. One does not think joy. One is all joy. »

dimanche 18 avril 2010

H.Levitt - New York (1940)
La veillée du dimanche. Deux clichés de la photographe américaine Helen Levitt (1913-2009).
Née à New York, qui sera au cœur de toute son œuvre, elle abandonne ses études au sortir du lycée et apprend la photographie dès l’âge de 17 ans auprès d’un photographe commercial du Bronx.
« Je sortais et je photographiais, je suivais mes yeux ; ce qu'ils voyaient j'essayais de le capturer avec mon appareil, pour que d'autres le voient.» 
Elle rencontre Henri Cartier-Bresson et Walker Evans, dont elle devient l’assistante en 1938 et 1939. Elle travaille notamment avec Evans sur un projet documentaire dans le métro new-yorkais, l’appareil caché sous le manteau.

H.Levitt - New York (1938)
La rigueur documentaire de Walker Evans et la recherche de « l’instant décisif » d’Henri Cartier-Bresson marquent durablement son regard. Levitt photographie les enfants des quartiers populaires de New York – Harlem, Brooklyn, Lower East Side – dans leurs jeux, leurs gestes et les dessins à la craie qui recouvrent les trottoirs et les murs. Ce travail donnera naissance à la série In the Street: Chalk Drawings and Messages, New York City 1938–1948.
« Tout ce que je peux dire à propos du travail que j'essaie de faire, c'est que l'esthétique est dans la réalité elle-même.»

dimanche 15 mars 2009

H.Feinstein - Storefront, NYC (1951)
La veillée du dimanche. Deux clichés du photographe américain Harold Feinstein (1931-2015). Très tôt attiré par la photographie, il devient à dix-sept ans le plus jeune membre de la Photo League, collectif new-yorkais de photographes engagés socialement, attaché à une photographie documentaire tournée vers les classes populaires.
Le grand photographe W. Eugene Smith, profondément attaché à la valeur documentaire et humaine de la photographie, voyait en Feinstein l'un des photographes les plus capables de révéler avec autant de force et d’honnêteté la poésie de l’ordinaire.

H.F. - Girl with horse (1950)
J’aime beaucoup la photo de cette petite fille qui, le sourcil froncé et les bras ramenés sur la poitrine, semble observer ce colosse avec méfiance.
Peut-être éprouve-t-elle la même réserve que Churchill, qui disait des chevaux qu'ils étaient "dangereux aux deux bouts et inconfortables au milieu".

dimanche 17 août 2008

L.F. - New York, bridge at night (1947)

La veillée du dimanche. Deux clichés du photographe américain Louis Faurer (1916-2001). Natif de Philadelphie, il commence sa carrière comme illustrateur de mode avant de se tourner vers la photographie dans les années 1940.
Son travail nous donne souvent à voir des scènes prises sur le vif, des passants anonymes saisis dans la beauté et la tragédie ordinaire de la vie urbaine.
« I'm looking for something else in a photograph than just somebody walking across the street. I'm looking for a photograph that has emotional content. »

L.F. - New York (1940s)
Parmi ses influences, il cite notamment Eugène Atget, le photographe des rues parisiennes du début du XXᵉ siècle ; Walker Evans, dont il admirait l’approche documentaire et la capacité à saisir l’Amérique de la Grande Dépression ; Henri Cartier-Bresson, bien sûr, ainsi que Saul Leiter, dont il était l’ami.
Bien qu’il ait été publié dans des magazines comme Harper's Bazaar et Life, et présenté dans plusieurs expositions collectives au MoMA, Louis Faurer est resté longtemps dans une relative discrétion. Ce n’est que tardivement que son œuvre a reçu la reconnaissance qu’elle mérite. Pour Joel Meyerowitz, dont le travail sera présenté ici un jour, ses photographies sont comme des « tableaux de Hopper amenés à la vie ». Une belle formule pour évoquer ces images où le quotidien semble toujours contenir une histoire secrète.

E.L. - Les travaux aux champs (1918) La veillée du dimanche. Deux œuvres du peintre belge Eugène Laermans (1864-1940). J’ai eu plusieurs fo...