In girum imus nocte et consumimur igni

In girum imus nocte et consumimur igni
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mercredi 19 août 2026

A.N. Samokhvalov - Blue twilight (1960)
La veillée du dimanche. Deux oeuvres du peintre et illustrateur russe Alexander Nikolaevich Samokhvalov (1894-1971), associé au réalisme socialiste et à la modernité soviétique du XXe siècle. Né à Bezhetsk et formé par Kouzma Petrov-Vodkine à l'Académie impériale des arts de Saint-Pétersbourg, il développe très tôt un style personnel, à la croisée du réalisme et des avant-gardes russes des années 1920, celles du constructivisme et de l'art monumental.
Connu pour ses portraits de héros du sport et du travail, qui traduisent la fierté et l’idéalisme de l’URSS, il est considéré comme l’un des représentants majeurs de l'École de Léningrad.

A.N.S. - Trees in flower (1962)
Son style, immédiatement reconnaissable, occupe une place importante dans le paysage artistique soviétique, où il reste aujourd’hui une figure emblématique de l’esthétique socialiste.
Je dois dire qu’il y a assez peu d’œuvres de Samokhvalov qui me touchent réellement, mais j’aime particulièrement ces deux-là, au point de les présenter ici. J’ai pensé aussi à une toile disparue dont la paternité a été récemment établie : Rencontre d’amis, qui montre une tablée d’officiers russes célébrant la victoire de 1945, et qui fera peut-être l’objet d’une future publication, en compagnie de Jeune femme avec un foulard rouge (1934).

Rainer Arend - Held (2011)

La veillée du dimanche. Deux clichés du photographe allemand Rainer Arend, découvert un peu par hasard, et dont je ne sais rien sinon qu'il est allemand. Lorsqu'on lui demande quel genre de personne il est, il emprunte sa réponse à Bob Dylan : « Ich bin ein Anderer », ("je suis un autre")

R.A. - Fall nicht ... (2014)
C'était déjà suffisant pour susciter mon intérêt, et je ne regrette pas d'avoir voulu découvrir un peu plus de son travail, même si l'esthétique n'est pas ce qui m'intéresse le plus en photographie.
J'ai même eu du mal à faire mon choix parmi tous les clichés que j'ai parcourus [ICI], souvent d'une tonalité expressionniste assez envoûtante, et aux titres parfois énigmatiques, comme ce cliché intitulé « Fall nicht durch die Zeit », (« Ne tombe pas à travers le temps »).

Luigia Pansera - Solitude (2009)
La veillée du dimanche. Deux clichés de Luigia Pansera, photographe et vidéaste italienne qui s'est spécialisée avec son époux Giuseppe Colonese dans le documentaire nuptial.
L.P. - Milk #3, Epilogue (2009)

Après des études en communication et au DAMS, elle cofonde avec lui la société Evergreen Films - voir ICI -, qui a pour objet de documenter de belles histoires d'amour aux quatre coins du monde.
Je connais peu son travail photographique mené en parallèle de son activité commerciale, mais je suis tombé sur ces deux images, au caractère assez conceptuel, qui m'ont suffisamment plu pour avoir envie de les partager ici.

lundi 17 août 2026

G. Little - Black necklace (2014)
La veillée du dimanche. Deux œuvres postmodernes, traversées d’un romantisme discret, réalisées à la gouache et aux crayons de couleur par l’Écossais Graham Little (né en 1972), peintre de la beauté, de l’intimité et de la solitude, dans des compositions d’une minutie presque obsessionnelle ; on dit qu’il passe des mois à réaliser chacune de ses œuvres.
Diplômé en beaux-arts du Duncan of Jordanstone College de Dundee et du Goldsmiths College de Londres, il vit et travaille aujourd'hui à Londres.
G.L. - Sleeping (2014)

Inspirées par les magazines de mode des années 1970 et 1980 – Vogue, Harper’s Bazaar ou Burda Moden –, ses tableaux mettent souvent en scène des figures féminines à l’air las ou lointain, absorbées dans des tâches quotidiennes ou perdues dans la rêverie. De ces images naissent des récits où passé et présent se superposent subtilement, dans une atmosphère à la fois énigmatique et délicatement poétique.

dimanche 16 août 2026

C.C. - All on a summer's day (1888)
La veillée du dimanche. Deux œuvres du peintre anglais Charles Conder (1868-1909), qui fut, avec Tom Roberts, Arthur Streeton et Frederick McCubbin, l’un des principaux représentants de la Heidelberg School, le mouvement auquel on rattache généralement les débuts de l’impressionnisme australien. Né à Londres, Conder arrive en Australie en 1886, à l’âge de dix-sept ans, pour travailler comme arpenteur auprès de son oncle.
Il abandonne rapidement cette voie et se tourne vers le dessin et la peinture. Il travaille un temps comme illustrateur pour The Illustrated Sydney News, avant de rencontrer Tom Roberts, avec lequel il peint en plein air. En 1888, il s’installe à Melbourne et rejoint le petit groupe d’artistes qui cherche alors à peindre l’Australie telle qu’elle est : sa lumière, ses paysages, mais aussi ses habitants et leurs loisirs.

C.C. - A holiday at Mentone (1888)
All on a Summer’s Day, peint à Coogee en avril 1888, montre une journée de plage. La scène est toute simple, presque banale : une femme, seule sur ce morceau de plage, profite d’une belle journée, assise sur une chaise et protégée du soleil par son ombrelle.
Conder ne cherche pas à donner à cette petite scène une importance qu’elle n’a pas – ou bien, justement, il lui donne toute l’importance qu’elle a. Tout cela, un jour d'été.
Il peint ce qu’il voit, avec cette lumière australienne qui devient l’un des grands sujets de cette génération de peintres. Quelques mois plus tard, à Melbourne, il peint A Holiday at Mentone. Là encore, la plage et ceux qui la fréquentent sont au centre du tableau. Mais la scène est peut-être un peu plus amusante : hommes en costume et chapeau, femmes en longues robes et chapeaux élégants, chacun semblant avoir apporté avec lui une partie de la ville jusque sur le sable.
Charles Conder quittera l’Australie dès 1890 pour l’Europe. Ces deux tableaux appartiennent donc à une période très courte de sa courte vie – mais à une période essentielle, puisqu’elle aura largement contribué à faire de lui l’un des peintres importants de l’art australien de la fin du XIXe siècle.

dimanche 9 août 2026

B. Bourel - Flirt with me (1994)
La veillée du dimanche. Deux clichés du photographe français Bruno Bourel (b.1957), installé à Budapest depuis 1993. Après des études de réalisation et de musique – il joue chaque jour Bach et Bartók au piano –, il se tourne vers la photo à la fin des années 1970. 
Fidèle depuis ses débuts au noir et blanc et à son Leica M6, il photographie la rue ordinaire : bus, tramways, marchés, cafés, trottoirs, silhouettes croisées au hasard de la marche.
B. Bourel - Door

Les cérémonies de l'arpente, l'usure des semelles, les rencontres ... Tout cela vous conduit partout et nulle part, c'est la lumière qui me guide, je ne sais pas pourquoi je prends une rue plutôt qu'une autre mais je sais que toujours je reviens monter mon escalier, regarder par ma fenêtre.

dimanche 2 août 2026

A.D. - La tasse de thé (1935)
La veillée du dimanche. Deux œuvres du peintre français André Derain (1880-1954), figure majeure du fauvisme, mouvement déjà évoqué ici à travers Vlaminck (voir décembre 2012), Van Dongen (voir avril 2017) et Raoul Dufy (voir août 2018). Avec Henri Matisse et Maurice de Vlaminck, Derain fut l’un des principaux acteurs de cette aventure picturale qui, au début du XXe siècle, donna à la couleur une liberté nouvelle.
Né à Chatou, près de Paris, André Derain se forme à l’Académie Camillo puis à l’Académie Julian, où il rencontre notamment Maurice de Vlaminck. Sa rencontre avec Henri Matisse en 1905 sera décisive : ensemble, ils vont contribuer à l’émergence du fauvisme, dont l’exposition au Salon d’Automne de la même année suscitera de vives réactions. 

A.D. - Aux environs de Chatou (1905)
Après cette période de recherches audacieuses sur la couleur, Derain évoluera vers une peinture plus classique, nourrie par son admiration pour les maîtres anciens.
Le Paysage aux alentours de Chatou (1905) appartient pleinement à cette période fauve : les couleurs y sont flamboyantes, presque irréelles ; elles s’affranchissent du réel pour devenir un moyen d’expression. À l’inverse, La Tasse de thé (1935) témoigne d’un autre moment de son parcours, plus apaisé, où Derain revient à une peinture plus sobre et plus proche de la tradition. C'est celle qui me plaît davantage.
Je l’avoue : le fauvisme n’est pas un mouvement qui me touche particulièrement.
Mais cela n’empêche pas certaines œuvres de me séduire ; derrière un mouvement artistique, il y a toujours des personnalités, des sensibilités et des chemins très différents. Ces deux tableaux en sont une illustration : ils m’ont suffisamment plu pour me donner envie de les partager.
NM1

ICI

samedi 1 août 2026

I.B. - 8, Imp. Florimont, Paris (1948)
Une image et des mots.
« Je suis pour ces minuscules et invisibles forces de l'amour humain qui agissent d'individus à individus en s'insinuant entre les fissures du monde », écrivait le philosophe William James.
Pour accompagner ce cliché d'Izis Bidermanas (voir juin 2016), quelques lignes de Le Clézio, extraites de L'Extase matérielle (1967).

Être vivant, c'est d'abord savoir regarder. Pour ceux dont la vie n'est pas sûre, regarder est une action. C'est la première jouissance effective de l'être vivant. Il est né. Le monde est autour de lui. Le monde est lui. Il le voit. Il le regarde. [...] Il ne faut pas s'habituer. Il faut être stupéfait tout le temps, par chaque nouvelle vision.
TD4

ICI

dimanche 26 juillet 2026

Will Rochfort - The first draft
La veillée du dimanche. Deux œuvres de Will Rochfort (b.1985), peintre britannique installé sur la côte sud de l’Angleterre. Formé à Kingston University en illustration et beaux-arts, il se consacre depuis la fin de ses études presque exclusivement à la peinture à l’huile. Son univers est nourri autant par Degas que par Norman Rockwell, mais aussi par le cinéma américain et l’âge d’or d’Hollywood – une culture visuelle assumée, populaire, narrative.
Ce qui le distingue, c’est sa manière de travailler : il construit ses tableaux comme des plateaux de cinéma.
Il fabrique des décors, assemble des accessoires, sollicite ses proches comme modèles, dirige la scène comme un metteur en scène avant de passer à la toile.

W.R. - The soda shop
Les images que l’on croit spontanées sont en réalité entièrement mises en place, photographiées, puis recomposées.
Il parle de « snapshots », des instantanés, mais ce sont des instantanés longuement préparés.
Il y a donc dans la démarche de Will Rochfort quelque chose d’artisanal et de cinématographique à la fois : construire, éclairer, cadrer, puis peindre. Comme si la toile était la dernière étape d’un long travail en coulisses.
JT1
ICI

samedi 25 juillet 2026

Anon. - Meeting Mickey Mouse Club (1950s)

Une image et des mots. Une convention du Club Mickey aux États-Unis dans les années 1950, et quelques mots de Hunter Thompson, extraits de Las Vegas Parano (1971).

Le principal problème de toute démocratie, c'est que les bateleurs capables d'enflammer les foules sont généralement des porcs décérébrés. Ils montent sur scène, plongent leurs partisans dans une transe quasi orgiaque, puis retournent dans leur bureau pour vendre chacun de ces pauvres types au rabais, pour une poignée de centimes.

AI3

ICI

dimanche 19 juillet 2026

W.B. - The wandering moon (1816)
La veillée du dimanche. Deux œuvres de William Blake (1757-1827), poète, graveur et peintre anglais, difficile à faire entrer dans une case.
Trop singulier pour son époque, trop visionnaire pour les catégories habituelles, il avance seul, nourri autant par la Bible que par ses propres visions.
Il écrit, dessine, grave et imprime lui-même ses livres, mêlant texte et image dans un même geste, comme si l’un ne pouvait pas aller sans l’autre.

Son travail s’inscrit à la marge du romantisme, mais sans le pittoresque ni le sentimentalisme que l’on y associe souvent. 

W.B. - Midsummer night's dream (1786)

Chez Blake, tout est symbole, tension, apparition. Les corps semblent parfois raides, presque maladroits, mais cette étrangeté fait partie du langage – rien n’est là pour plaire, tout sert à dire autre chose.

Ce qui me frappe avec ses illustrations, c’est cette impression de regarder non pas une scène, mais avant tout une pensée en train de prendre forme. William Blake ne décrit pas le monde et ses figures ne racontent pas une histoire : elles affirment une vision. On peut rester à distance, dérouté, ou juste accepter de se laisser traverser par ces images comme par un texte obscur.

PG15

ICI

dimanche 12 juillet 2026

Ch. H. - Harlem, NYC (1972)
La veillée du dimanche. Deux clichés du photographe américain Chester Higgins Jr. (b.1946).
Né en Alabama, il étudie à la Tuskegee University auprès de P. H. Polk avant de s’installer à New York au début des années 1970. Après avoir travaillé avec Romare Bearden, il devient en 1975 le premier photographe noir intégré à l’équipe du New York Times, où il contribuera pendant près de quarante ans à renouveler la représentation des Afro-Américains. Dès ses premiers travaux, Higgins envisage la photographie comme un moyen d’explorer la mémoire, l’identité et les liens entre les générations. Dans un contexte où les images des populations noires étaient encore trop souvent enfermées dans les récits de la pauvreté, de la discrimination ou des conflits, il cherche à élargir ce regard : montrer des vies qui ne se résument pas aux épreuves qu’elles traversent.

C.H. - Harlem, NYC (1974)
La première photographie montre un couple avançant dans la rue.
Ils marchent enlacés et l’homme porte leur enfant sur ses épaules.
Ils sont photographiés de dos et c’est ce qui donne à cette scène toute sa portée : ces gestes de tendresse et de protection racontent, tout en s’inscrivant dans une histoire particulière, une histoire universelle.
La seconde montre un homme seul au comptoir d’un café de Harlem, devant sa tasse. Rien de spectaculaire : simplement un instant de calme dans un lieu familier et visiblement paisible. L’attention de Higgins se porte ici sur une présence, sur ce moment ordinaire où un homme s’accorde une pause dans le cours de sa journée. Le cadre, la sobriété du lieu et la simplicité de la scène rappellent que l’histoire humaine se raconte aussi dans ces moments sans éclat qui composent une existence.
WO1

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A.N. Samokhvalov - Blue twilight (1960) La veillée du dimanche. Deux oeuvres du peintre et illustrateur russe Alexander Nikolaevich Samo...