In girum imus nocte et consumimur igni

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samedi 3 janvier 2026

Ragnar Axelsson - Faces of the North
Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés du photographe islandais Ragnar Axelsson (b.1985), déjà présenté en décembre 2019. Photoreporter depuis la fin des années 1970 pour le quotidien islandais Morgunblaðið, c’est dans ce contexte qu’il commence à travailler, très tôt, dans les régions arctiques. Il n’y va pas ponctuellement : il y retourne, encore et encore, pendant des décennies. Aujourd’hui encore, il poursuit un projet au long cours consacré aux populations des huit pays de l’Arctique.

R.A. - Behind mountains
Son noir et blanc tient lieu de méthode. Il ne cherche pas l’effet ni la dramatisation : il réduit l’image à l’essentiel, pour rendre lisibles des situations complexes – le travail, la chasse, les déplacements, la relation aux animaux, à la glace, au vent. Les chiens de traîneau, par exemple, ne sont jamais des symboles : ils sont des partenaires de travail, au cœur d’un mode de vie menacé par la transformation rapide de l’environnement.
Axelsson a vu les paysages changer, les saisons se dérégler, les pratiques se raréfier. Il photographie ça sans commentaire, en restant au plus près des personnes concernées. Ce que ses images enregistrent, c’est un monde en train de disparaître sous nos yeux.
KA3

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I.A.
Une image et des mots. Un buste de femme "en marbre polychrome" faussement attribué à Francisco Laurana (1430-1502). Cette image est en fait une création de l'intelligence artificielle.
Et pour l'accompagner, un court poème de René Char, La passante de Sceaux, extrait de Les Matinaux (1950).

Mèches, au dire du regard,
Désir simple de parole ;
Ah ! jongle, seigneurie du cou
Avec la souveraine bouche,
Avec le bûcher allumé
Au-dessous du front dominant.

J'aimerais savoir vous mentir
Comme le tison ment aux cendres,
Mèches, qui volez sans m'entendre
Sur le théâtre d'un instant.
VB2

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dimanche 28 décembre 2025

L.S. - Manhole, Times Square, NY (1954)
Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés du photographe américain Louis Stettner (1922-2016).
Né à Brooklyn dans une famille juive ashkénaze d’origine autrichienne, il découvre très jeune la photographie à travers les revues du début du XXᵉ siècle, notamment Camera Work. Cette découverte le convainc que la photographie peut être autre chose qu’un simple usage domestique. Il commence alors à photographier sérieusement, encouragé par ses parents.
À New York, dans les années 1930 et 1940, il fréquente des photographes engagés comme Berenice Abbott, Lisette Model ou Weegee, et reçoit l’attention de figures comme Alfred Stieglitz et Paul Strand.

L.S. - On a ferry, Holland (1958)
Après la guerre, une série réalisée dans le métro new-yorkais attire l’œil de Sid Grossman et l’amène à la Photo League, où il rencontre Willy Ronis. C’est dans ce contexte qu’il découvre Paris, où il s’installe en 1947.
Entre New York et Paris, Stettner photographie la rue, le travail, les déplacements, sans chercher l’événement. Il reste fidèle au noir et blanc et à une pratique directe, nourrie par le temps long et les allers-retours entre les deux villes. Cette constance, peu spectaculaire, a sans doute tenu son œuvre à distance des effets de mode. Elle lui donne aujourd’hui une unité rare, faite de situations simples, regardées sans distance ni commentaire.

samedi 27 décembre 2025

Diogo Battista - Black Beast (2020)
Une image et des mots. Panique, ils réclament sans savoir un paradis perdu, écrit Georges-Emmanuel Clancier dans Contre-Chants (2000).

Pour accompagner ce cliché du photographe portugais Diogo Battista, et comme pour prolonger le très court poème de G-E Clancier, en voici un autre, ou plutôt un extrait, tiré du recueil de Victor Hugo Les chansons des rues et des bois (1865)


Le cheval luttait ; ses prunelles,
Comme le glaive et l'yatagan,
Brillaient ; il secouait ses ailes
Avec des souffles d'ouragan.

Il voulait retourner au gouffre ;
Il reculait, prodigieux,
Ayant dans ses naseaux le soufre
Et l'âme du monde en ses yeux.

Il hennissait vers l'invisible ;
Il appelait l'ombre au secours ;
À ses appels le ciel terrible
Remuait des tonnerres sourds.
[.....]
Moi, sans quitter la plate-longe,
Sans le lâcher, je lui montrais
Le pré charmant, couleur de songe,
Où le vers rit sous l'antre frais.

Je lui montrais le champ, l'ombrage,
Les gazons par juin attiédis ;
Je lui montrais le pâturage
Que nous appelons paradis.
An.

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dimanche 21 décembre 2025

M-E. Mark - Irish Travellers, Dublin
Le vide-grenier du dimanche. En cette période de joujoux par milliers, deux clichés de la photographe américaine Mary Ellen Mark (1940-2015). Formée à l’Université de Pennsylvanie, où elle étudie le photojournalisme et l’anthropologie visuelle, elle part très tôt en Inde avec une bourse Fulbright. Ce voyage, puis plusieurs séjours dans les années qui suivent, marquent durablement sa façon d’aborder le documentaire : avec une attention patiente, presque obstinée, pour les existences fragiles ou périphériques.

M-E.M. - New York (1963)
Dans les années 1970 et 1980, elle s’impose aux États-Unis comme l’une des grandes figures de la photographie sociale. Elle travaille pour la presse, accompagne des réalisateurs au cinéma – Milos Forman, Coppola – tout en menant ses propres projets au long cours.. Ses séries les plus fortes naissent souvent de ces immersions prolongées : les adolescentes sans abri de Seattle, les pensionnaires d’institutions psychiatriques, les cirques indiens, les familles en situation de précarité. On peut penser parfois à Diane Arbus pour la frontalité, mais M-E Mark reste moins fascinée par l’étrangeté que par le lien humain, la relation qui se construit au fil du temps. Son oeuvre éclaire des vies dont on détourne souvent les yeux.

dimanche 14 décembre 2025

F. Porter - Interior with roses (1955)
Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres du peintre américain Fairfield Porter (190è-1975), figure discrète mais essentielle de la peinture figurative du XXᵉ siècle. Né dans une famille d’artistes et d’écrivains, il étudie à Harvard puis à l’Art Students League de New York, avant de s’installer entre Southampton et l’île de Great Spruce Head, dans le Maine. Porter forge peu à peu une vision très personnelle – à la croisée du réalisme et de l’abstraction gestuelle chère à l'école de New York. Influencé par Bonnard et Vuillard autant que par ses amis Willem et Elaine de Kooning, il reste volontairement figuratif dans une époque dominée par l’expressionnisme abstrait. Ses tableaux montrent ce qu’il connaît le mieux : sa maison, sa famille, ses amis, les paysages du littoral.
F.P. - Clothesline (1958)

Porter peint sans effet des scènes où la lumière adoucit tout – une table, une fenêtre ouverte, un coin de jardin. Rien n’est spectaculaire ; tout est apaisé, et paraît vu avec gratitude. Ce que j’aime dans sa peinture, c’est ce mélange d’attention et de détachement : il regarde le quotidien sans le charger de symboles, mais il en révèle la paisible beauté.
« Fais que tout soit plus beau », disait Renoir à Bonnard ; Porter semble avoir pris ce conseil à la lettre.

dimanche 7 décembre 2025

M.P - The Perry family; London (2012)
Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres du photographe anglais Martin Parr (1952-2025), déjà présenté en mai 2020. Il nous a quittés hier, en laissant derrière lui un regard qui a transformé la photographie documentaire anglaise.
Parr a su imposer la couleur dans un univers encore largement dominé par le noir et blanc, mais ce n’est pas seulement la couleur elle-même qui frappe dans ses photographies ; c’est la façon dont elle révèle le quotidien, les petites contradictions, les gestes triviaux.

M.P. - Liverpool, England (1984)
Ses sujets peuvent paraître anecdotiques mais ils deviennent des terrains d’observation, qu’il s’agisse de vacances populaires, de fêtes locales ou de scènes de consommation banales. Ses images nous donnent à voir de petits fragments de vie où l’on devine des histoires, des habitudes, des comportements parfois amusants, parfois incongrus... C’est ce que j’apprécie beaucoup chez lui, cet équilibre subtil entre l’ironie et la curiosité bienveillante, comme avec ce portrait « so British » des artistes contemporains Philippa et Grayson Perry avec leur fille Florence.
TU1


samedi 6 décembre 2025

Phil Greenwood - Leaf fall (1979)

Une image et des mots. Une oeuvre du graveur et aquafortiste gallois Philip Greenwood (b.1943).
Et un poème de Nâzim Hikmet (1901-1963).

J'ai lu cinquante mille poèmes et romans
qui parlaient de la chute des feuilles en automne
j'ai vu cinquante mille films
sur la chute des feuilles en automne

j'ai vu cinquante mille fois tomber
les feuilles en automne
les feuilles qui tombent, qui traînent, qui
pourrissent sur le sol

cinquante mille fois j'ai entendu leur crissement sans vie
sous les semelles de mes souliers
entre mes paumes et au bout de mes doigts
et pourtant la chute des feuilles me serre toujours le cœur

surtout les feuilles qui tombent sur les boulevards
surtout s'il s'agit de feuilles de marronniers
surtout si des enfants passent par là
surtout s'il fait soleil

surtout si j'ai reçu ce jour-là une bonne nouvelle
me parlant d'amitié
surtout si mon cœur ne me fait pas trop mal
surtout si je crois que m'aime ma bien-aimée

surtout si ce jour-là je suis d'accord
avec les autres et avec moi-même
rencontrer la chute des feuilles en automne me serre le cœur
surtout celles qui tombent sur les boulevards
surtout s'il s'agit de feuilles de marronniers.

dimanche 30 novembre 2025

L.McC. - Navajo woman (1948)
Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés du photographe américain d’origine manxo‑britannique Leonard McCombe (1923‑2015). Né sur l’île de Man, il commence à photographier dès l’âge de 16 ans, accompagne l’avance alliée en Europe pendant la Seconde Guerre mondiale avec le magazine Picture Post, puis s’installe aux États‑Unis en 1945 où il rejoint Life Magazine à seulement 22 ans.
McCombe se spécialise dans le photo‑reportage : il documente des moments de guerre, des fragments de vie quotidienne, des figures de l’Amérique contemporaine. L’un de ses travaux les plus fameux, « Career Girl: Her Life and Problems » (1948), documente la vie d’une jeune diplômée à New York.
Son style se caractérise par une immédiateté combinée à une vraie sensibilité : il cherchait, disait-il « à ce que mon travail fasse réfléchir plutôt qu’amuser ».

L.McC. - Texas cowboy (1949)
Les deux clichés que j'ai choisis aujourd'hui illustrent à la fois son regard attentif sur l’Amérique et son sens de la narration. Le premier fait partie de son travail sur la Nation navajo, réalisé en 1948. McCombe y suit la vie quotidienne d’une famille navajo dans l’Arizona, documentant avec une grande empathie les gestes, les visages et les relations au sein d’une communauté confrontée à de profondes difficultés économiques et sociales. La jeune femme qu’il photographie incarne cette intimité, ce mélange de dignité et de fragilité que McCombe savait rendre palpable.
Le second portrait montre Clarence Hailey Long, cow‑boy texan photographié peu après dans son ranch. Cette image, qui sera pour l'agence publicitaire Leo Burnett l’inspiration directe de son légendaire « Marlboro Man », dépasse le simple portrait : en saisissant le mélange de solitude, de force et de quotidienneté qui caractérise la vie de ces hommes, Leonard McCombe inscrit son travail documentaire dans l’imaginaire collectif américain.
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dimanche 23 novembre 2025

David Park - The bus (1954)
Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres de l'américain David Park (1911-1960), figure fondatrice de l’École de San Francisco, qui marque le renouveau de la figuration dans l’Amérique des années 1950.
Né à Boston, Park s’installe très jeune en Californie, où il enseigne à la California School of Fine Arts. Avec Richard Diebenkorn et Elmer Bischoff, il s’éloigne peu à peu de l’abstraction dominante pour retrouver le motif humain – un geste audacieux à une époque où triomphait l’expressionnisme abstrait.
« Je voulais peindre des images que je connais et qui me tiennent à cœur ».
D.P. - Boston street scene (1954)

Ses tableaux, souvent peints de mémoire, montrent des scènes simples : des enfants qui jouent, des musiciens, des amis réunis, des baigneuses. Les formes sont larges, les couleurs épaisses et chaudes : c'est un rapport direct au monde, sans artifice ni théorie. On y sent la présence du peintre – son attention à la lumière, à la matière, à la vie ordinaire.
C'est ce que j’aime dans ces œuvres - et que je retrouve aussi dans les tableaux de Dylan : cette tension entre la simplicité du sujet et la densité du geste : tout est proche et familier, mais la peinture dégage un grand sentiment de liberté. Dix ans plus tard, un autre vent de liberté soufflera sur la Californie ; mais chez Park, cette liberté est déjà là, silencieuse, inscrite dans la peinture même. Toutes les formes d'art sont au service du plus grand de tous les arts, disait Brecht : l'art de vivre.

samedi 22 novembre 2025

Anonyme - Los Angeles (2016)

Une image et des mots. Un cliché anonyme pris à Los Angeles en 2016. Et pour aller avec, quelques vers d'Alfred de Vigny extraits des Destinées.

"Ne sens-tu pas le monde et tout le genre humain
Qui souffre avec ma chair et frémit dans ta main ?"
[.....]
S'il est vrai qu'au jardin sacré des Écritures,
Le Fils de l'homme ait dit ce qu'on voit rapporté ;
Muet, aveugle et sourd aux cris des créatures,
Si le Ciel nous laissa comme un monde avorté,
Le juste opposera le dédain à l'absence,
Et ne répondra plus que par un froid silence
Au silence éternel de la Divinité.

RW2

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dimanche 16 novembre 2025

Albert Rieger - Clair de lune

Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres du peintre et photographe autrichien Albert Rieger (1834-1905), formé à l'Académie des Beaux-Arts de Venise.

A.R. - Traversée au clair de lune
J'avoue qu'une partie significative de son œuvre me laisse assez indifférent, notamment ses vues de Venise ou ses représentations orientalistes. En revanche, je suis sensible à ses saisissantes marines sur une mer du Nord souvent tourmentée, ainsi qu'à ses paysages alpins dont voici un bel exemple, avec ces deux scènes baignées de lune à l'atmosphère très romantique.

Ragnar Axelsson - Faces of the North Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés du photographe islandais Ragnar Axelsson (b.1985), déjà prése...