In girum imus nocte et consumimur igni

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dimanche 25 octobre 2026

Anna Park - Untitled
Une image et des mots. Une œuvre de l'artiste américaine d'origine sud-coréenne Anna Park.
Et pour aller avec, quelques lignes de Kropotkine, extraites de La morale anarchiste (1889).

Le mensonge devient vertu ; la platitude, un devoir. S'enrichir, jouir du moment, épuiser son intelligence, son ardeur, son énergie, n'importe comment, devient le mot d'ordre des classes aisées, aussi bien que de la multitude des pauvres gens dont l'idéal est de paraître bourgeois. Alors la dépravation des gouvernants – du juge, du clergé et des classes plus ou moins aisées – devient si révoltante que l'autre oscillation du pendule commence.
RW6

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Andrea Solari - Salomé (détail)
La veillée du dimanche. Ce blog est un vrai bazar.
On y passe d'un peintre danois à un photographe cubain, d'une gravure japonaise à un paysage anglais.
Pourquoi certaines images nous retiennent-elles ? Pourquoi peut-on aimer aussi bien les préraphaélites que les peintres de Skagen ou ceux de la Nouvelle Objectivité ? Les raisons qui nous font aimer une œuvre sont sans doute aussi nombreuses que les œuvres elles-mêmes.
Bien sûr, il y a d'abord le plaisir esthétique. C'est ce qui nous arrête dans notre déambulation au musée : une couleur, une lumière, un visage, une composition. Quelque chose nous plaît, parfois immédiatement, sans qu'on sache toujours très bien pourquoi.
Il arrive aussi qu'une œuvre évoque un souvenir, nous ramène à un lieu, à une rencontre, à un moment de notre vie parfois presque oublié.
D'autres fois, c'est la curiosité qui nous retient. L'image nous apprend quelque chose sur une époque, un pays, une manière de vivre. Elle nous donne à voir des gens et des réalités que nous connaissons mal. Pour moi, cette dimension documentaire peut compter pour beaucoup dans le plaisir que je prends à regarder une œuvre, en peinture comme en photographie.

W.B. - Le lever (détail)
Ou bien l'œuvre suscite une question, nous amène à réfléchir, ouvre une porte sur quelque chose que nous n'avions pas envisagé.
Ces raisons sont multiples et peuvent se combiner. Ainsi, on peut à la fois aimer un tableau pour sa beauté, pour ce qu'il nous apprend d'une époque ou d'un mode de vie, pour l'émotion qu'il suscite ou les questions qu'il soulève. On peut aussi être sensible à une manière de peindre, à une vision du monde.
Aimer une œuvre, ce n'est pas toujours aimer la même chose en elle.
Et on est peut-être toujours un peu seul face à elle, tant les raisons qui font qu'elle nous accroche peuvent être multiples, parfois très personnelles, intimes même, ou tout simplement incommunicables, parce que nous-mêmes avons du mal à les identifier. « Les œuvres d'art sont d'une infinie solitude », disait Rilke. Et cette solitude n'est pas seulement celle de l'artiste.
Certaines œuvres nous fascinent à un point tel qu'on se plonge en elles jusqu'à en examiner le moindre détail. C'est vrai pour la peinture, bien sûr, mais aussi pour le cinéma ou la musique. Mieux encore, il arrive qu'on aille y chercher ce qu'elles ne nous montrent pas, ce qui relève de l'invisible, ce qu'elles cachent " derrière ". « La poésie est un monde à l'arrière du monde », écrit Jón Kalman Stefánsson dans La Tristesse des anges.
Et puis, parfois, c'est au contraire un détail qui nous arrête et nous amène à découvrir l'œuvre dans son ensemble : un vers dans un poème, un motif de quelques notes dans un morceau, ou, dans un tableau, un objet, une attitude, un élément du décor, un personnage à peine visible. Quelque chose dont nous ne parvenons plus à détacher notre regard. Pourquoi celui-là plutôt qu'un autre ?
Mais au fond, est-ce bien important, s'il suffit qu'une œuvre nous arrête un instant pour que soudain le monde soit simplement plus beau…
 © Veilleur de Nuit – 2026
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A.D. - La tasse de thé (1935)
La veillée du dimanche. Deux œuvres du peintre français André Derain (1880-1954), figure majeure du fauvisme, un mouvement déjà évoqué ici à travers Vlaminck (voir décembre 2012), Van Dongen (voir avril 2017) et Raoul Dufy (voir août 2018). Avec Henri Matisse et Maurice de Vlaminck, Derain participe à cette aventure picturale qui, au début du XXe siècle, donne à la couleur une liberté nouvelle.
Né à Chatou, près de Paris, André Derain se forme à l’Académie Camillo puis à l’Académie Julian, où il rencontre notamment Maurice de Vlaminck. Sa rencontre avec Henri Matisse, en 1905, est décisive. Ensemble, ils contribuent à l’émergence du fauvisme, dont l’exposition au Salon d’Automne de la même année suscite de vives réactions. Après cette période fauve, Derain évolue vers une peinture plus classique, nourrie par son admiration pour les maîtres anciens.
A.D. - Aux alentours de Chatou (1905)

Le Paysage aux alentours de Chatou (1905) appartient pleinement à cette période fauve : les couleurs y sont flamboyantes, presque irréelles ; elles s’affranchissent du réel pour devenir un moyen d’expression. À l’inverse, La Tasse de thé (1935) montre un Derain bien différent, qui revient à une peinture plus sobre et plus proche de la tradition. C’est celle qui me plaît davantage.
Je l’avoue : le fauvisme n’est pas un mouvement qui me touche particulièrement. Mais cela n’empêche pas certaines œuvres de me plaire ; derrière un mouvement artistique, il y a toujours des personnalités, des sensibilités et des chemins très différents. Ces deux tableaux en sont une illustration : ils m’ont suffisamment plu pour me donner envie de les partager.
 © Veilleur de Nuit – 2026
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samedi 24 octobre 2026

Piero Vivarelli - Oggi a Berlino (1962)
Une image et des mots. Cette image, qui nous montre des Allemands face à d'autres Allemands, est un photogramme du film de Piero Vivarelli, Oggi a Berlino (1962).
Et pour aller avec, quelques lignes de Bernanos, extraites de Les grands cimetières sous la lune (1938).

" C’est vrai que la colère des imbéciles remplit le monde. Vous pouvez rire si vous voulez, elle n’épargnera rien, ni personne, elle est incapable de pardon. Évidemment les doctrinaires de droite ou de gauche, dont c’est le métier, continueront de classer les imbéciles, en dénombreront les espèces et les genres, définiront chaque groupe selon les passions, les intérêts des individus qui le composent, leur idéologie particulière.
Pour de tels gens cela n’est qu’un jeu. Mais ces classifications répondent si peu à la réalité que l’usage en réduit impitoyablement le nombre. Il est clair que la multiplication des partis flatte d’abord la vanité des imbéciles
."

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dimanche 18 octobre 2026

P. Fisher - Dans un tramway (1922)
La veillée du dimanche. Deux œuvres du peintre danois Paul Gustav Fischer (1860-1934), qui a consacré une grande partie de sa carrière à la vie quotidienne de Copenhague.
Né dans une famille de peintres, il se forme à l’Académie royale des beaux-arts de Copenhague, qu’il quitte après deux ans. Il travaille ensuite quelque temps dans l’entreprise de peinture de son père, tout en poursuivant sa propre activité artistique. Il dessine aussi pour des journaux et des revues, avant de se faire connaître par ses scènes de rue, ses portraits et ses représentations de la vie urbaine.
Fischer peint une ville vivante, avec ses rues, ses tramways, ses passants et ses petits événements du quotidien. Il s’intéresse à la foule comme aux scènes plus intimes, sans chercher nécessairement le pittoresque ou l’anecdote.
P.F. - L'Anniversaire (1905)

J'aime beaucoup son travail et, ici encore, j'ai eu du mal à choisir les deux tableaux qui allaient illustrer cette chronique.
Ils témoignent d’une époque où la ville se transforme, où les déplacements et les habitudes changent, et où la vie moderne devient un sujet de peinture à part entière.
C’est ce que suggèrent les deux œuvres que j’ai choisies : Dans un tramway à la gare de Nørreport (1927) et L’Anniversaire (1905). L’une nous place dans le mouvement de la ville (le tramway et ses voyageurs reviennent régulièrement dans ses tableaux), l’autre dans un moment de la vie privée. Deux situations différentes, deux instants ordinaires qui, mis en peinture, témoignent d’une certaine façon de vivre.
 © Veilleur de Nuit – 2026
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dimanche 11 octobre 2026

E.H. - British Museum tube station (1937)

La veillée du dimanche. Deux photographies du photographe allemand naturalisé britannique Emil Otto Hoppé (1878-1972), l’une des grandes figures de la photographie du début du XXᵉ siècle.
Né à Munich dans une famille de banquiers, Hoppé s’installe à Londres en 1900. Il abandonne progressivement la carrière financière à laquelle il se destinait pour se consacrer à la photographie. Son studio, ouvert en 1907, lui apporte rapidement une grande notoriété, notamment grâce à ses portraits d’écrivains, d’artistes et de personnalités de son temps. Mais son intérêt ne se limite pas aux visages : il photographie aussi les rues, les paysages industriels et les grandes constructions qui transforment le monde moderne.

E.H. - Delaware Bridge, Philadelphia (1926)

Ponts, usines, installations portuaires ou infrastructures urbaines deviennent sous son objectif des sujets à part entière, pour leurs formes autant que pour leur fonction. Une autre de ses photographies, King George V’s Docks, London (1934), aurait peut-être été plus pertinente encore pour illustrer cet intérêt pour les formes et les possibilités plastiques des constructions modernes. Mais j’ai finalement choisi ces deux images qui témoignent elles aussi de cette manière de transformer des lieux fonctionnels en sujets photographiques.
La station du British Museum, fermée au public depuis 1933, est déjà devenue un vestige du réseau souterrain londonien lorsque Hoppé la photographie. Le pont de Philadelphie et cette station de métro nous montrent deux constructions très différentes, mais qui offrent l’une comme l’autre au photographe un jeu de lignes, de volumes et de perspectives.
 © Veilleur de Nuit – 2026

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dimanche 4 octobre 2026

A.M. - Notre-Dame, soleil (1904)
La veillée du dimanche. Déjà présenté en juillet 2016, voici, avec deux nouvelles toiles – encore une fois bien difficiles à choisir –, un de mes peintres préférés : Albert Marquet (1875-1947).
J’aime énormément cette peinture dépouillée, qui va à l’essentiel sans que rien pourtant ne semble inachevé, sans que rien ne manque. Quelques lignes, des formes simples, des silhouettes humaines réduites à quelques touches sombres dans le paysage, des couleurs souvent assourdies : il lui en faut peu pour construire un tableau, en restituer la lumière et l’atmosphère.

A.M. - Sables d'Olonne (1938)
Tout est à sa place, sans effort apparent, comme si Marquet avait su trouver, dans chaque motif, la juste mesure entre la simplicité des formes et la richesse de ce qu’elles nous donnent à voir.
C’est autant cette économie de moyens que la beauté de ses compositions qui me plaît tant chez Albert Marquet : l’harmonie des lignes, l’équilibre des formes et le choix de couleurs retenues, jamais agressives. Une peinture qui simplifie le monde sans l’appauvrir, et dont je ne me lasse pas.
 © Veilleur de Nuit – 2026
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samedi 3 octobre 2026

A.L. - Peninsula Hotel, Chicago, IL (2009)

Une image et des mots. Une photo d'Annie Leibovitz, et quelques lignes de Simone Weil, extraites de Note sur la suppression des partis politiques (dans Écrits de Londres et dernières lettres, 1957).

L’attention véritable est un état tellement difficile à l’homme, tellement violent, que tout trouble personnel de la sensibilité suffit à y faire obstacle. Il en résulte l’obligation impérieuse de protéger autant qu’on peut la faculté de discernement qu’on porte en soi-même contre le tumulte des espérances et des craintes personnelles.

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Anna Park - Untitled Une image et des mots. Une œuvre de l'artiste américaine d'origine sud-coréenne Anna Park. Et pour aller avec, ...