In girum imus nocte et consumimur igni

In girum imus nocte et consumimur igni
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samedi 6 mars 2010

Walt Disney - Mary Poppins (1964)
Une image et des mots.
À deux jours de la Journée internationale de la femme, une image de ce chef d'oeuvre de poésie et d'humour que nous a offert Walt Disney en 1964 avec son adaptation du roman de Pamela Travers.
Et pour aller avec, un extrait de l'ouvrage du sociologue Pierre Bourdieu, La domination masculine (1998).

En fait, il n'est pas exagéré de comparer la masculinité à une noblesse. Pour s'en convaincre, il suffit d'observer la logique, bien connue des kabyles, du double standard, comme disent les anglo-saxons, qui instaure une dissymétrie radicale dans l'évaluation des activités masculines et féminines. Outre que l'homme ne peut sans déroger s'abaisser à certaines tâches socialement désignées comme inférieures (entre autres raisons parce qu'il est exclu qu'il puisse les accomplir), les mêmes tâches peuvent être nobles et difficiles, quand elles sont réalisées par des hommes, ou insignifiantes et imperceptibles, faciles et futiles, quand elles sont accomplies par des femmes ; comme le rappelle la différence qui sépare le cuisinier de la cuisinière, le couturier de la couturière, il suffit que les hommes s'emparent de tâches réputées féminines et les accomplissent hors de la sphère privée pour qu'elles se trouvent par là même ennoblies et transfigurées.
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dimanche 28 février 2010

J.G.M. - Listening at the door (1866)
Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres du peintre allemand Johann Georg Meyer von Bremen (1813-1886), figure importante de la peinture de genre du XIXe siècle. Formé à l’Académie des beaux-arts de Düsseldorf, il appartient à cette école réputée pour son goût du réalisme minutieux et des scènes de la vie quotidienne. Héritière du romantisme allemand, elle exercera une influence durable jusque sur les peintres américains de la Hudson River.
J.G.M. - Sleeping beauty
(1867)

Sans appartenir pleinement à la période canonique du Biedermeier (1815–1848), Meyer von Bremen en prolonge clairement l’esprit.
Après s'être d'abord consacré aux sujets religieux, il se tourne vers des scènes domestiques peintes avec beaucoup d’empathie.
Par le choix de ses thèmes comme par un style proche de celui de Carl Spitzweg ou de Ferdinand Georg Waldmüller, il incarne cette esthétique du quotidien idéalisé, portée par une vision apaisée et souvent morale du monde.

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samedi 27 février 2010

Ernest Brooks
Une image et des mots.
Depuis six mille ans la guerre plait aux peuples querelleurs, et Dieu perd son temps à faire les étoiles et les fleurs, écrivait Victor Hugo dans Les Châtiments (1853), où il illustre la dualité tragique entre la beauté du monde et la violence des hommes. 
Le cliché est de Ernest Brooks (1878-1957), premier photographe officiel de guerre du Royaume-Uni pendant la Grande Guerre ; et les mots que j'ai choisis pour l'accompagner sont un extrait de Sur l'eau, de Maupassant, un récit de voyage publié en 1888.

Les petits lignards qui courent là-bas sont destinés à la mort comme les troupeaux que pousse un boucher sur les routes. Ils iront tomber dans une plaine, la tête fendue d’un coup de sabre ou la poitrine trouée d’une balle ; et ce sont des jeunes gens qui pourraient travailler, produire, être utiles. Leurs pères sont vieux et pauvres ; leurs mères qui, pendant vingt ans, les ont aimés, adorés comme adorent les mères, apprendront, dans six mois ou un an peut-être, que le fils, que l’enfant, le grand enfant élevé avec tant de peine, avec tant d’argent, avec tant d’amour, fut jeté dans un trou comme un chien crevé... [...] Les hommes de guerre sont les fléaux du monde. Nous luttons contre la nature, l’ignorance, contre les obstacles de toute sorte, pour rendre moins dure notre misérable vie. Des hommes, des bienfaiteurs, des savants usent leur existence à travailler, à chercher ce qui peut aider, ce qui peut secourir, ce qui peut soulager leurs frères. [...] La guerre arrive. En six mois les généraux ont détruit vingt ans d'efforts, de patience, et de génie.
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dimanche 21 février 2010

J.B. & H.R. - Le repos
Le vide-grenier du dimanche. Deux œuvres de Jan Brueghel l'Ancien (1568-1625) et de Hans Rottenhammer (1564-1625), qui unirent ici leurs talents. Fils de Pieter Brueghel l’Ancien, Jan Brueghel était célèbre pour ses paysages minutieusement détaillés, ses scènes naturalistes et sa lumière très claire. Rottenhammer, profondément marqué par son séjour en Italie, s’était quant à lui spécialisé dans les petites peintures sur cuivre et les compositions maniéristes inspirées de l’esthétique classique.

J.B.(II) & H.R. - Paysage d'hiver
Il excellait particulièrement dans la représentation des figures humaines, auxquelles il conférait une grâce et une finesse héritées de la tradition italienne, comme on le voit dans ce Repos pendant la fuite en Égypte. Leur collaboration reposait sur une répartition simple des tâches : Brueghel peignait les paysages, Rottenhammer les personnages. Le résultat est sublime.

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