In girum imus nocte et consumimur igni

In girum imus nocte et consumimur igni
eiπ + 1 = 0

dimanche 27 avril 2025

J. Sternfeld - McLean, Virginia (1978)
La veillée du dimanche. Deux clichés du photographe Joel Sternfeld (b.1944), déjà évoqué ici en juillet 2023 dans la chronique consacrée à Niall McDiarmid. Formé au Dartmouth College, Sternfeld s’impose dans les années 1970 avec un regard singulier sur les paysages américains. 

J.S. - Potato harvest
Aroostook County
(1982)
Son œuvre la plus célèbre, American Prospects (1987), compose un vaste portrait du territoire et 
de ses habitants : des scènes plutôt banales en apparence où un détail, une situation ou un décalage viennent apporter une touche d'étrangeté.
Ce qui me plaît chez lui, c'est cette manière qu'il a d'introduire une narration discrète, parfois comme ici teintée d'humour ou de mélancolie.
 © Veilleur de Nuit – 2025
WO2

ICI

samedi 26 avril 2025

Ute de Naumbourg
Une image et des mots. À la question « Pourquoi l’homme est-il fasciné par la beauté ? », Aristote aurait répondu :
« C’est la question d’un aveugle ! ».
Voici un détail d’un chef-d’œuvre du gothique allemand, que l'on peut admirer dans la cathédrale de Naumbourg : la statue de Uta von Ballenstedt, margravine de Misnie, un État médiéval du Saint-Empire romain germanique. Elle aurait inspiré, chez Disney, le dessin de la marâtre de Blanche-Neige.
Pour l’accompagner, j’ai choisi un sonnet de Baudelaire, extrait des Fleurs du Mal (1857)

Je suis belle, ô mortels ! comme un rêve de pierre,
Et mon sein, où chacun s'est meurtri tour à tour,
Est fait pour inspirer au poète un amour
Eternel et muet ainsi que la matière.

Je trône dans l'azur comme un sphinx incompris;
J'unis un coeur de neige à la blancheur des cygnes;
Je hais le mouvement qui déplace les lignes,
Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris.

Les poètes, devant mes grandes attitudes,
Que j'ai l'air d'emprunter aux plus fiers monuments,
Consumeront leurs jours en d'austères études;

Car j'ai, pour fasciner ces dociles amants,
De purs miroirs qui font toutes choses plus belles :
Mes yeux, mes larges yeux aux clartés éternelles !
FL6

ICI

dimanche 20 avril 2025

W. Plewinski - Suzy, London (1968)

La veillée du dimanche. Deux œuvres du photographe polonais Wojciech Plewinski (b.1928), l’un des grands témoins de la vie polonaise de l’après-guerre. Formé à Cracovie, il s’intéresse d’abord à l’architecture avant de se tourner vers la photographie dans les années 1950. Pendant plus de quarante ans, il collabore avec Przekrój, l’un des principaux magazines culturels polonais, pour lequel il réalise des milliers de portraits d’artistes, d’écrivains, mais aussi d’anonymes rencontrés au fil des jours.
W.P. - Witowice dolne (1976)

Mais Plewiński ne se limite pas au portrait : il photographie également la scène théâtrale de Cracovie, les rues, les campagnes et ces instants où une attitude, un regard ou une situation prennent une signification particulière, comme dans ces deux images que l’on dirait tirées d’un film.
 © Veilleur de Nuit – 2025

dimanche 13 avril 2025

C.F. - Femme à la fenêtre (1822)
La veillée du dimanche. Deux œuvres de l'allemand Caspar David Friedrich (1774-1840). il grandit dans un environnement marqué par la rigueur de la foi luthérienne et par plusieurs deuils familiaux qui pèseront sur son existence. La solitude, la mélancolie et la spiritualité traversent son œuvre.
Formé à l’Académie de Copenhague, il s’impose dès le début du XIXᵉ siècle comme l’un des principaux représentants du romantisme allemand. Dans ses paysages, la nature devient aussi le reflet d’un état d’âme : « Le peintre ne doit pas peindre seulement ce qu'il voit en face de lui, mais aussi ce qu'il voit en lui. » 
C.F. - Le soir (1821)

« Cet homme a découvert le tragique du paysage », disait de lui le sculpteur David d’Angers.
Les paysages de Friedrich – étendues enneigées, montagnes brumeuses, ruines gothiques ou silhouettes solitaires face à la mer – donnent souvent le sentiment que l’homme (souvent représenté de dos, selon le motif de la Rückenfigur) se trouve devant quelque chose qui le dépasse. « Le romantisme, disait Sainte-Beuve, cherche ce qu'il n'a pas, et jusque par-delà les nuages.» Bien sûr on pense au plus célèbre des tableaux du peintre...
Peu soucieux des modes, Friedrich reste longtemps à l’écart des courants dominants, et son style, jugé trop austère, tombe progressivement dans l’oubli après sa mort en 1840. Il faudra attendre le début du XXᵉ siècle pour qu’il soit véritablement redécouvert, avant que son œuvre ne retienne l’attention des expressionnistes puis des surréalistes.
 © Veilleur de Nuit – 2025

AB1 ICI