In girum imus nocte et consumimur igni

In girum imus nocte et consumimur igni
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samedi 5 octobre 2024

Brassaï - Rue de l'Hôtel de Ville, Paris (1932)

Une image et des mots. J'étais à la recherche de la poésie du brouillard qui transforme les choses, de la poésie de la nuit qui transforme la ville, de la poésie du temps qui transforme les êtres... Ce cliché est de Brassaï.
Et pour l'accompagner, voici quelques lignes d'Alexandre Vialatte extraites de son roman "Salomé" écrit en 1932 et publié pour la première fois en 1991.

Regarde au fond de la nuit noire et tu n'y verras que tes rêves. Solitude des maisons fermées. Que font ces âmes dans la nuit ? Désordre immense au fond des eaux calmes, suprême désordre des sommeils ...
[...] Une petite fille, les yeux ouverts, regardant au plafond de sa chambre, écoute un air venu de loin qui perce la nuit... [...] Deux flûtes, presque imperceptibles, au coeur des montagnes lointaines, tissent le destin dans leur navette. Les rêves passent au fond des ténèbres, les rêves défilent au fond des eaux comme des poissons maléfiques, brillants, que nos mains effarouchent, que nos torpeurs rendent hardis. La nuit descend, avec ses fards et ses opiums, et révèle l'envers du monde. Le jour brise comme la foudre ceux qui ont pris la nuit pour patrie. La nuit, patrie internationale, qui ne souffre pas de trahison ; océan pur d'où le poisson ne peut pas sortir sans en mourir ; le soleil foudroie les nocturnes, les mythiques. On dit qu'il existe, au fond des profondeurs abyssales, des poissons merveilleux ; s'ils remontent vers le soleil, trompés et séduits par l'ombre d'un navire, ils éclatent comme des bombes et rien ne reste de leurs entrailles dispersées.

dimanche 29 septembre 2024

Adolph Gottlieb - Drift (1961)
Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres du peintre américain Adolph Gottlieb (1903-1974), un des artistes les plus influents du XXe siècle et un acteur central du mouvement de l'expressionnisme abstrait.
Certains peintres transforment le soleil en un point jaune ; d'autres transforment un point jaune en soleil, disait Picasso.
Originaire de New York, il commence sa formation artistique à l'Art Students League, avant de voyager en Europe, où il découvre l’art moderne. Cézanne, Matisse, Léger, Picasso, mais aussi le surréalisme et les arts premiers le marquent profondément. Ces influences se manifestent dans sa série des Pictographs (années 1940), où il ordonne symboles et formes géométriques dans des grilles évoquant à la fois les mythes anciens et les archétypes universels. 

A.G. - Man with fish
Dans les années 1950, il développe son style le plus emblématique avec les Burst Series : de grandes toiles dominées par des sphères éclatantes, des oppositions de masses et de couleurs qu’on peut lire comme des abstractions de l’énergie, du chaos ou des forces vitales.
But to me everything is nature, including any feelings that I have – or dreams. Everything is part of nature.
Even painting has become part of nature. To clarify further: I don't have an ideological approach or a doctrinaire approach to my work. I just paint from my personal feelings, and my reflexes and instincts. I have to trust these
En parallèle, Gottlieb s’engage activement dans la défense de l’art moderne : membre fondateur du groupe The Ten, il co-signe en 1950 la Première Déclaration des peintres d’avant-garde publiée dans le New York Times, affirmant la place de l’abstraction comme langage essentiel du monde contemporain.

samedi 28 septembre 2024

(anon.)
Une image et des mots. Une pirogue en Amazonie, et les dernières lignes de l'autobiographie de Sartre.

"Glissez, mortels, n’appuyez pas. Ce que j’aime en ma folie, c’est qu’elle m’a protégé, du premier jour, contre les séductions de « l’élite » : jamais je ne me suis cru l’heureux propriétaire d’un « talent » : ma seule affaire était de me sauver – rien dans les mains, rien dans les poches – par le travail et la foi.
Du coup ma pure option ne m’élevait au-dessus de personne : sans équipement, sans outillage je me suis mis tout entier à l’œuvre pour me sauver tout entier. Si je range l’impossible Salut au magasin des accessoires, que reste-t-il ? Tout un homme, fait de tous les hommes et qui les vaut tous et que vaut n’importe qui
."
DG7

ICI

dimanche 22 septembre 2024

J. Vermeer - Le géographe (c.1669)

Le vide-grenier du dimanche. Deux chefs-d'oeuvre de Vermeer (mais est-ce que Vermeer n'a pas peint que des chefs-d'oeuvre ?), déjà présenté en juin et novembre 2008. Aujourd'hui célébré comme l'un des plus grands peintres de l'Âge d'or néerlandais aux côtés de Rembrandt, Vermeer demeura pourtant presque inconnu de son vivant, en dehors de sa ville natale de Delft. Sa notoriété restreinte s’explique sans doute par une production limitée – à peine une quarantaine de toiles en vingt ans – et par une vie restée longtemps mystérieuse, qui lui valut ce beau surnom de « Sphinx de Delft ».

J.V. - Le verre de vin (1661)
Tombé dans l’oubli après sa mort, il ne sera redécouvert qu’au XIXᵉ siècle grâce au regard passionné du critique français Théophile Thoré-Bürger, qui lui consacre en 1866 une série d’articles décisifs.
Maîtrise exceptionnelle de la lumière et des couleurs, finesse remarquable dans les détails - des textures des étoffes à la profondeur des espaces -, la peinture de Vermeer a sublimé la beauté simple et lumineuse de la vie.

dimanche 15 septembre 2024

Marvin Newman - Chicago (1950)
Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés du photographe américain Marvin E. Newman (b. 1927).
Dès l’âge de seize ans, il entreprend des études de sculpture et de photographie au Brooklyn College de New York, où il a pour professeur Walter Rosenblum — celui-là même qui fut le premier photographe allié à pénétrer dans le camp de Dachau.

M.N. - Broadway (1954)
En 1948, Newman rejoint brièvement la Photo League, et l'année suivante il est à l' Institute of Design de Chicago, où il va suivre l'enseignement de Harry Callahan (voir mai 2010) et de Aaron Siskind (voir déc. 2020). Diplômé en 1952, il retourne à New York, où il poursuivra une longue carrière marquée par une approche à la fois humaniste et expérimentale, attentive à la géométrie, à la couleur et au mouvement d'une ville qu’il n’aura, d’une certaine manière, jamais quittée.

dimanche 8 septembre 2024

Xavier Marabout
Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres du peintre et sculpteur français Xavier Marabout (b.1967), connu pour ses détournements malicieux mêlant culture populaire et peinture classique.
Il revisite des figures iconiques de la bande dessinée et de l’animation, en y injectant une touche érotique et humoristique. Ainsi, le loup libidineux de Tex Avery croise des femmes nues peintes dans le style de Picasso.

X.M. - Taxi pour noctambules
(2014)
Depuis 2012, il explore l’univers d’Hergé dans une série (ICI), où Tintin, habituellement asexué, est placé dans des situations plus audacieuses que celles auxquelles son créateur nous a habitués. Marabout le met en scène dans des décors inspirés des toiles d’Edward Hopper, comme Nighthawks ou Summertime, conjuguant la ligne claire de la bande dessinée avec le réalisme poétique de Hopper, et jouant sur le contraste entre l’univers sage de Tintin et ces contextes empreints de sensualité.
Cette façon qu'a Xavier Marabout de mêler l'irrévérence et l'hommage pour brouiller les frontières entre art classique et culture populaire me plait beaucoup.

Will Rochfort - The first draft Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres du peintre britannique Will Rochfort (b.1985). W.R. - The soda sho...