In girum imus nocte et consumimur igni

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samedi 22 juin 2024

Ugur Gallenkus - Parallel universes of children (2020)
Une image et des mots. L'image est une création de l'artiste digital Turc Ugur Gallenkus (b.1990).

Jamais, quand c'est la vie elle-même qui s'en va, on n'a autant parlé de civilisation et de culture. Et il y a un étrange parallélisme entre cet effondrement généralisé de la vie qui est à la base de la démoralisation actuelle et le souci d'une culture qui n'a jamais coïncidé avec la vie, et qui est faite pour régenter la vie. Avant d'en revenir à la culture, je considère que le monde a faim, et qu'il ne se soucie pas de la culture ; et que c'est artificiellement que l'on veut ramener vers la culture des pensées qui ne sont tournées que vers la faim. Le plus urgent ne me paraît pas tant de défendre une culture dont l'existence n'a jamais sauvé un homme du souci de mieux vivre et d'avoir faim, que d'extraire de ce que l'on appelle la culture, des idées dont la force vivante est identique à celle de la faim.
Antonin Artaud, Le théâtre et son double, préface (1938)
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dimanche 16 juin 2024

J. Sloan - Hairdresser's window (1907)

La veillée du dimanche. Deux œuvres du peintre américain John Sloan (1871-1951), déjà présenté ici en février 2011. Né à Lock Haven, en Pennsylvanie, Sloan grandit à Philadelphie, où il manifeste très tôt un intérêt pour l’art et commence sa carrière comme illustrateur dans des journaux locaux.
En parallèle, il étudie à la Pennsylvania Academy of the Fine Arts, où il rencontre des artistes comme Robert Henri (voir nov.2010), dont l’appel à une peinture plus libre, attentive à la réalité contemporaine, marquera profondément sa démarche.
Au début des années 1900, Sloan s’installe à New York et s’attache à représenter les rues animées, les quartiers populaires, et les scènes ordinaires de la vie urbaine.

J.S. - Sixth Ave. Elevated (1928)
Aux côtés de George Bellows, Everett Shinn et William Glackens, il devient l’une des figures de l’Ash Can School, ce groupe informel d’artistes qui choisit de peindre la ville telle qu’elle est, loin des sujets élégants et convenus de la peinture académique.
Socialiste convaincu, proche un temps de la revue The Masses, Sloan n’a pourtant jamais voulu réduire la peinture à un discours politique. Ce qui compte chez lui, c’est d’abord la présence des êtres, la lumière d’une fenêtre, le désordre vivant d’une chambre ou d’une rue new-yorkaise aperçue depuis son atelier de Chelsea. Il peignait New York comme d’autres tiennent un journal : avec curiosité, avec une pointe d'ironie parfois, mais surtout avec une véritable sympathie pour ceux qui l’habitent. À travers ces scènes ordinaires, c’est le New York des dernières années du Gilded Age qu’il donne à voir : une ville en pleine transformation, bruyante, populaire, encore traversée par les contrastes et les profondes inégalités de l’Amérique industrielle du début du XXᵉ siècle.
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dimanche 9 juin 2024

Billy Dihn - Untitled

Le vide grenier du dimanche. Deux clichés du photographe américain Billy Dinh (b.1990), originaire de Philadelphie, que j’ai découvert récemment sur les réseaux sociaux. Enfant, il se passionne pour le dessin et la peinture avant de se tourner, presque par hasard, vers la photographie – d’abord comme moyen de conserver des souvenirs, puis comme véritable mode d’expression.
Inspiré notamment par Saul Leiter (voir déc.2013, déc.2014, fév.2019), Harry Gruyaert (août 2009, août 2015, janv.2023), Fan Ho (mai 2009, août 2016), et les peintures réalistes d’Edward Hopper (juin 2011, sept.2018), Dinh développe un style où se rencontrent observation attentive, sens narratif et lumière cinématographique.
Billy Dihn - Untitled

Ses images prises pour la plupart dans les grandes villes – Inde, Vietnam, Éthiopie ou New York, où il vit désormais – et se distinguent par une maîtrise remarquable des couleurs, des ombres et des reflets. Il lui arrive, dit-il, d’attendre longuement qu’une scène se compose d’elle-même, jusqu’à ce que surgisse l’instant juste. C'est ce que j’aime dans ses photographies : cet équilibre entre spontanéité et construction, entre hasard – ce "purgatoire de la causalité", disait Baudrillard – et précision.

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dimanche 2 juin 2024

Dale Bissnan - Sea view Crinan
La veillée du dimanche. Deux œuvres du peintre écossais Dale Bissnan (b.1985). Je ne sais pas grand-chose de cet artiste dont la biographie, sur son site, reste assez succinte. On y apprend seulement qu’il s’est formé en autodidacte, en étudiant les maîtres, leurs styles et leurs techniques, en particulier ceux du XIXᵉ siècle.

D.B. - Road to Caolas (2023)
« Le Louvre est le livre où nous apprenons à lire », disait Cézanne, ce qu’allait reprendre Matisse en affirmant que le style vient avec la culture.
Dale Bissnan illustre bien cette transmission : il peint ce qu’il connaît, ce qu’il observe au quotidien, avec une attention au détail qui témoigne d’un regard nourri par l’étude des grands peintres du passé. Il choisit des sujets familiers – Glasgow, la campagne ou les côtes écossaises – et les peint avec précision et sensibilité. Ses scènes sont banales en apparence ; pourtant, il s’y révèle un univers discret et vivant, où la lumière, les lieux et les petits détails du quotidien invitent le regard à s’attarder.

A.S. - Jeunes Paysans (1914) La veillée du dimanche . Il n’a jamais été question de faire de ce blog un cours approfondi de sémiologie de l...