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| T. Le Clear - Newsboy (1853) |
La veillée du dimanche. Deux œuvres du portraitiste et peintre de genre américain Thomas Le Clear (1818-1882), formé à l'Académie des Beaux-Arts de Pennsylvanie.
Il m'arrive souvent d'être séduit par une image – photographie ou tableau – avant même d'en connaître le contexte. C'est parfois l'image elle-même qui me conduit ensuite vers l'histoire qu'elle porte.
C'est ce qui s'est produit avec Young America, peint en 1863 par Thomas Le Clear. Cette chronique sera exceptionnellement plus longue qu'à l'accoutumée, car il fait partie de ces tableaux qui ne se contentent pas de nous toucher : ils nous invitent à chercher, à comprendre, à remonter le fil de l'histoire.
Au premier regard, on voit une scène de rue. Les enfants et les adolescents occupent le centre de la composition : l’un d’eux, debout sur une caisse en bois, semble prendre la parole ; un autre désigne une affiche : « Meeting Tomorrow – Young America ». Autour d’eux, trois adultes assistent à la scène, parmi lesquels un homme noir. Au premier plan, deux garçons s’étreignent. L’un porte une veste bleue, l’autre un gilet rouge et blanc : les couleurs du drapeau américain. Dans la rue voisine, un autre adulte passe sans s’arrêter, le regard baissé, comme perdu dans ses pensées. Il apporte à cette scène une discrète note d’interrogation. Mais rien ici n’évoque la violence ou l’affrontement ; tout respire au contraire une forme de calme, de confiance et d’espérance partagée.
C'est en déchiffrant l'affiche que j'ai compris de quoi parle ce tableau. Nous sommes en pleine guerre de Sécession. Young America est le nom d'un mouvement politique né quelques années plus tôt, et Le Clear fait discrètement allusion aux grandes questions qui traversent alors les États-Unis : l'Union, l'émancipation, l'immigration, la vie démocratique. Mais il choisit de les évoquer simplement, à travers une scène d'enfants et d'adolescents.
J'aime cette idée. Au lieu de montrer le fracas de l'Histoire, Le Clear représente une jeunesse qui écoute, qui discute, qui apprend peut-être déjà à devenir citoyenne. Ce petit orateur improvisé ne harangue personne ; il parle simplement. Et les deux garçons qui s'étreignent, vêtus des couleurs de la bannière américaine, semblent plutôt incarner l'espérance d'une même nation.
Thomas Le Clear est surtout connu pour ses portraits, mais ce tableau rappelle qu'une scène en apparence ordinaire peut parfois nous apprendre autant sur une époque qu'une grande peinture d'histoire.
L’autre tableau, Newsboy (1853), nous ramène quelques années en arrière et dans une autre réalité de la jeunesse américaine. Un petit vendeur de journaux s’est assis sur une caisse pour prendre un moment de repos et manger un fruit. La scène est simple, presque banale, mais Thomas Le Clear y prête la même attention que dans ses portraits : il ne cherche ni à idéaliser ni à dramatiser son personnage. Ce jeune garçon n’est pas réduit à sa condition sociale ; il apparaît simplement comme un enfant au milieu de sa journée de travail, avec sa fatigue, mais aussi sa présence et sa dignité.
Réunis ici, ces deux tableaux offrent deux visages de la jeunesse américaine du XIXᵉ siècle : celle qui écoute, débat et se prépare à prendre part à la vie collective, et celle qui travaille déjà pour trouver sa place dans la société. Dans les deux cas, Thomas Le Clear porte sur ses jeunes sujets un regard attentif et profondément humain.
« The aim of the true artist is not to give pleasure, but to awaken an emotion. »
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