In girum imus nocte et consumimur igni

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dimanche 1 octobre 2023

I. Codrington - The Kitchen (1927)
La veillée du dimanche. Deux œuvres de la peintre anglaise Isabel Codrington Pyke-Nott (1874-1943). Formée très jeune à la Hastings School of Art, puis à la Royal Academy Schools de Londres, elle expose pour la première fois à quinze ans. Issue d’un milieu artistique - une mère peintre, un père dramaturge amateur - elle grandit dans un climat propice à la création.
Mariée en 1901 au critique et historien d’art Paul Konody, elle s’éloigne quelque temps de la peinture pour élever leurs deux filles, avant de reprendre pleinement son activité après son remariage avec Gustavus Mayer en 1918. Dès lors, elle expose régulièrement à la Royal Academy et dans plusieurs galeries, dont la Fine Art Society à Londres et Knoedler à Paris.

I.C. - Evening (1925)
Codrington a pratiqué aussi bien l’huile que l’aquarelle, avant de se tourner à la fin des années 1920 vers la gravure et l’eau-forte, où l’on retrouve son goût pour le réalisme, les scènes de genre et les paysages inspirés de la campagne anglaise ou de ses voyages en Europe. 
Sa peinture figurative, d’une élégance discrète, la rattache à la grande tradition réaliste britannique.
J’aime beaucoup les deux tableaux présentés ici. Dans The Kitchen (1927), une femme debout à sa fenêtre, un bras appuyé contre le châssis, retient le rideau tout en regardant au dehors ; sur la table, une boule de pain et une volaille encore à plumer. Mais il y a aussi une bouteille d’alcool... ; faut-il alors comprendre, selon les codes de l’époque, que c'est un homme qu'elle attend ? Et, à son attitude anxieuse, que peut-être il ne viendra pas ? Codrington n’a rien inventé – sa peinture n’est ni flamboyante ni révolutionnaire –, mais elle me touche. Le second tableau : un intérieur modeste, sans éclat, mais chargé de présence ; une tasse, c’est encore le tableau d’une solitude.

NC6

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dimanche 24 septembre 2023

Valentin Gubarev

La veillée du dimanche. Deux œuvres du peintre bielorusse Valentin Gubarev (b.1948). Originaire de Nijni-Novgorod, en Russie, il étudie à l’École des beaux-arts puis à l’Institut polygraphique de Moscou, avant de s’installer en 1975 en Biélorussie, où il débute sa carrière comme illustrateur de livres pour enfants.

V. Gubarev
Ses personnages, curieusement attachants, à la mine bonhomme, évoluent dans un univers de petites gens où la vie quotidienne se teinte d’humour et d’une douce étrangeté.
« Il n’y a pas de bad guys dans mon œuvre, » disait-il un jour, « aucun de mes personnages n’est négatif. »
La peinture naïve est un genre auquel je suis très attaché. J’aime sa sincérité, son immédiateté, le fait qu’elle parle au cœur sans qu’il soit nécessaire d’en connaître les codes. C’est une peinture populaire, souvent modeste, mais profondément humaine. Elle est très présente dans l’art latino-américain – une culture que je connais bien pour y avoir vécu une bonne partie de ma vie – et je réalise, en rédigeant cette publication, que je ne lui ai pas encore accordé ici la place qu’elle mérite. Il faudra que j’y pense.

LF2

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samedi 23 septembre 2023

Nébuleuse de la Carène (Hubble)
Une image et des mots. Découverte en 1752 par l'astronome Nicolas-Louis de Lacaille depuis le Cap de Bonne-Espérance, en Afrique du Sud, voici la Nébuleuse de la Carène photographiée par le télescope spatial Hubble.
Les mots pour l'accompagner sont un poème de Jules Supervielle, L'Allée, du recueil Les amis inconnus (1936).

Ne touchez pas l'épaule
du cavalier qui passe,
il se retournerait
et ce serait la nuit,
une nuit sans étoiles,
sans courbes ni nuages.
Alors que deviendrait
Tout ce qui fait le ciel,
la lune et son passage,
et le bruit du soleil ?
Il vous faudrait attendre
qu'un second cavalier
aussi puissant que l'autre
consentît à passer.
PG11

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dimanche 17 septembre 2023

J.F. - Apartment dwellers on New Year's Eve (1948)
La veillée du dimanche. Deux illustrations de l'artiste américain John Philip Falter (1910-1982). La première, publiée le 3 janvier 1948, est l’une des 129 couvertures qu’il réalisa pour The Saturday Evening Post, le mythique hebdomadaire fondé par Benjamin Franklin.
La seconde, que l’amateur de western que je suis affectionne particulièrement, est également connue sous le titre Good Guys Wear White Hats. Né dans le Nebraska, Falter découvre très tôt le dessin et se forme au Kansas City Art Institute avant de s’installer à New York, où il rejoint le milieu foisonnant des illustrateurs américains. Ses premières années se déroulent dans l’univers des pulps”, ces magazines populaires de fiction illustrée qui connaissent leur âge d’or pendant la Grande Dépression.

J.F. - Young Sammy Sixgun (1957)
Comme beaucoup de grands illustrateurs américains de sa génération, il participe ainsi à cette histoire d’une image populaire capable de raconter un monde en une seule scène.
Après ses premières collaborations avec les magazines, il travaille pour de grandes marques avant de s’engager dans la Marine américaine pendant la Seconde Guerre mondiale, où il réalise plus de trois cents affiches de recrutement. En 1943, il signe sa première couverture pour The Saturday Evening Post, début d’une collaboration de vingt-cinq ans et de plus de 120 couvertures.
Grand admirateur de Norman Rockwell, qu’il considère comme un modèle, Falter développe pourtant un style très personnel.
Ses compositions panoramiques, souvent peuplées d’une multitude de personnages, se distinguent des scènes plus resserrées de son aîné et influenceront même Rockwell, qui parlera plus tard de sa propre « période Falter ».
Falter disait vouloir peindre « un morceau d’Amérique, un cadre pour l’imagination ». Il trouve sa voie dans la représentation du quotidien du Midwest, avec humour et tendresse, avant de se consacrer davantage, à la fin de sa vie, aux thèmes de l’Ouest américain, fidèle à son goût pour les grands espaces et la mémoire du pays.
Moins célèbre aujourd’hui que Rockwell ou Leyendecker, John Philip Falter reste pourtant un témoin sensible de l’Amérique du milieu du XXᵉ siècle. Son œuvre rappelle une époque où l’illustration populaire n’était pas seulement un art commercial, mais aussi une manière de raconter une société, ses rêves et son imaginaire.

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