In girum imus nocte et consumimur igni

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samedi 5 février 2022

Bert Hardy - The Gorbals, Glasgow (1948)
Une image et des mots.
Ce cliché fait partie de la très belle série documentaire que le photographe anglais Albert Hardy (voir février 2016) a consacrée en janvier 1948 aux Gorbals, un quartier misérable et populeux de Glasgow. Ce quartier dont l'histoire remonte au moins au 13e siècle était à l'origine un petit village près d'un pont sur la rivière Clyde.
Au 19e siècle, il était fortement industrialisé et attirait une population diverse, y compris de nombreux réfugiés juifs fuyant les persécutions en Europe de l'Est​.
Les mots pour aller avec sont extraits du Traité de la réforme de l'entendement (1662), de Spinoza.

Quand l'expérience m'eut appris que tous les événements ordinaires de la vie sont vains et futiles, voyant que tout ce qui était pour moi cause ou objet de crainte ne contenait rien de bon ni de mauvais en soi, mais dans la seule mesure où l'âme en était émue, je me décidai en fin de compte à rechercher s'il n'existait pas un bien véritable et qui pût se communiquer, quelque chose enfin dont la découverte et l'acquisition me procureraient pour l'éternité la jouissance d'une joie suprême et incessante.
MA5

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dimanche 30 janvier 2022

Karl Holtz - Rue de Berlin (1920)

La veillée du dimanche. Deux œuvres du dessinateur allemand Karl Holtz (1899-1978). Formé à Berlin par Emil Orlik et Ludwig Sütterlin à l’Institut du Musée des arts appliqués, Holtz s’impose dès les années 1920 comme l’un des dessinateurs satiriques les plus incisifs de son pays. Pendant la révolution de Novembre, qui ouvre la voie à la République de Weimar, il publie dans Die Aktion et The Red Flag des dessins qui dénoncent les injustices sociales et les dérives du pouvoir. Ses caricatures mordantes reflètent les tensions politiques de son temps. En 1933, l’arrivée des nazis met brutalement fin à cette activité : Holtz est frappé d’interdiction professionnelle et se tourne vers le graphisme publicitaire.
K.H. - Scène de rue à Berlin (1924)

Quatre ans plus tard, douze de ses lithographies sont confisquées lors de la campagne contre « l’art dégénéré » ; certaines seront détruites.
Après 1945, Holtz s’installe en Allemagne de l’Est, où il collabore au magazine satirique Ulenspiegel et poursuit son travail d’artiste. Mais une caricature de Staline publiée par le Nebelspalter suisse lui vaut d’être arrêté : en 1949, un tribunal militaire soviétique le condamne à 25 ans de prison. Il sera libéré par grâce en 1956, sans réhabilitation.
Moins connu que certains de ses contemporains, Karl Holtz demeure une figure singulière de la satire politique allemande du XXᵉ siècle. Après avoir été réduit au silence par le régime nazi, il est emprisonné quelques années plus tard par le régime soviétique. Il y a des régimes et des époques où l'expression de ses opinions peut coûter la liberté.
 © Veilleur de Nuit – 2022

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samedi 29 janvier 2022

Will Faller - Untitled (c.1966)
Une image et des mots. Le cliché est du photographe américain Will Faller (b.1941).
Les mots sont de Marshall McLuhan, extraits de son ouvrage The mechanic bride (La mariée mécanique), publié en 1951 et où il analyse la culture de masse de l'homme moderne. 
Dans sa préface il évoque la télévision, ce "monde qui s'effondre sur le monde", selon les mots de Christian Bobin (L'inespérée, 1994).

Notre ère est la première à avoir fait de la pénétration des consciences collectives et publiques par des milliers de consciences individuelles, parmi les plus formées d'entre elles, une activité à plein temps. Il est à présent question de s'introduire dans les consciences à des fins de manipulation, d'exploitation et de contrôle. Avec pour objectif de produire de la chaleur et non de la lumière. Maintenir chacun dans un état d'impuissance prolongée est l'effet produit par un grand nombre de publicités et de programmes de divertissement.
Hanouna, si tu nous lis...

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dimanche 23 janvier 2022

A. Delaney - The road into town

La veillée du dimanche. Deux œuvres du peintre anglais Arthur Delaney (1927-1987), connu pour ses évocations sensibles de la vie industrielle du nord de l’Angleterre, et plus particulièrement des paysages urbains du Manchester d'autrefois.
Influencé par son compatriote et aîné L.S. Lowry (voir déc. 2015 et mai 2020), Delaney reprend la silhouette familière des « matchstick men » ; il les peint dans le Manchester de son enfance – celui des années 1930 – avec les tramways et les cheminées d'usines sous un ciel de fumée.
A.D. - City under snow

Il peint la rudesse du monde ouvrier et la mémoire d'une ville qui fut longtemps l’un des cœurs industriels de l’Angleterre.
J’aime chez Delaney cette façon de regarder un monde disparu sans l’idéaliser, en nous faisant simplement partager les souvenirs teintés de nostalgie d'un homme qui a grandi dans cette ville, et qu'il n'a jamais cessé de peindre et d'aimer.
 © Veilleur de Nuit – 2022

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