In girum imus nocte et consumimur igni

In girum imus nocte et consumimur igni
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dimanche 7 juillet 2019

L. Hine - Johnnie and the shucking-boss (1911)
La veillée du dimanche. Deux clichés de Lewis Wickes Hine (1874-1940), pionnier de la photographie sociale aux États-Unis.
Ils font partie des dix photographies restaurées et colorisées par le colorisateur anglais Tom Marshall, ICI.
Convaincu que l’image pouvait éveiller les consciences, Hine l’utilise très tôt comme un outil de réforme. Formé à la sociologie, il documente avec rigueur les conditions de vie des immigrants à Ellis Island, puis les réalités souvent brutales du monde ouvrier.

L.H. - Garment workers (1910)
Dans les années 1910, son travail pour le National Child Labor Committee le conduit à parcourir le pays pour dénoncer l’exploitation des enfants. 
Il photographie, souvent au péril de sa sécurité, les petites mains de l’industrie textile, des mines ou de la pêche. « Il y a un travail qui profite aux enfants, et un travail qui ne profite qu’aux employeurs. » Johnnie, petit écailler de Louisiane, a 9 ans en 1911 ; les jeunes ouvrières du textile, âgées de 5 à 12 ans, ont été photographiées à New York le 26 janvier 1910. Ces images contribuent à faire évoluer la législation sur le travail des enfants.
Mais Lewis Hine ne se limite pas à la dénonciation. Il célèbre aussi la dignité du labeur, notamment dans ses célèbres clichés des ouvriers sur le vertigineux chantier de l’Empire State Building. En soignant la composition et la beauté formelle de ses images, il donne à son témoignage social une puissance accrue.
« Si je pouvais raconter l’histoire en mots, je n’aurais pas besoin de traîner un appareil photo. »
 © Veilleur de Nuit – 2019

ZU3
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samedi 6 juillet 2019


Meretseger (Nouvel Empire) 
Une image et des mots. Ou plutôt deux images : deux représentations de la déesse Meretseger (ou Mertseger),
« celle qui aime le silence », l’une sur cette stèle en calcaire conservée au Louvre, l’autre sur cet ostracon conservé au Musée du Caire.
Déesse associée à la forme du cobra, Meretseger est la protectrice de la Vallée des Rois et de la vaste nécropole thébaine, sur la rive occidentale du Nil, face à Louxor.
Son culte se développe au Nouvel Empire, notamment à Deir el-Médineh, le village où vivent les artisans chargés de creuser et de décorer les tombes royales. Pour aller avec, j'ai pensé à ce texte du poète palestinien Mahmoud Darwich (1942-2008), Le grondement du silence.
Meretseger

"J'écoute le silence. Existe-t-il ?
Si, oubliant son nom, nous tendions l'oreille, nous entendrions les voix des âmes errantes dans les airs et les cris de ceux qui ont trouvé le chemin des premières cavernes. Le silence est une voix qui s'est évaporée, cachée dans le vent et brisée en échos conservés dans des jarres cosmiques.
Si nous tendions l'oreille, nous entendrions le heurt de la pomme tombant sur une pierre dans le jardin d'Eden, le cri d'Abel effrayé par le premier sang répandu, le premier gémissement de désir entre un mâle et une femelle désemparés, nous entendrions les méditations de Jonas dans le ventre de la baleine et les négociations secrètes entre les dieux anciens. Si nous tendions l'oreille derrière le voile du silence, nous entendrions les conversations nocturnes entre les prophètes et leurs épouses, les premières cadences de la poésie, la plainte des empereurs qui s'ennuient, le martèlement des sabots des chevaux dans une guerre aux date et lieu inconnus, la musique du rituel sacré de la prostitution, les pleurs de Gilgamesh sur son ami Enkidu, la perplexité du singe après qu'il eut sauté de l'arbre sur le trône de la tribu et les insultes échangées entre Sarah et Hagar.
Si nous tendions l'oreille à la voix du silence, nos paroles se feraient plus rares ! "
GF2

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dimanche 30 juin 2019

A.C. - Marins regardant la mer (1923)

La veillée du dimanche. Deux œuvres du Belge Antoine Carte (1886-1954), déjà présenté en septembre 2012. Fils d’un maître ébéniste, il grandit entouré du bois, des outils, et du respect du travail bien fait ; cette rigueur artisanale va imprégner profondément sa manière de travailler.
Il entre à l’Académie de Mons en 1897, où il suit les cours en soirée tout en travaillant comme apprenti chez un peintre-décorateur. Là, il se lie d’amitié avec Louis Buisseret (dont j’aime beaucoup les portraits), qui l’encourage à exposer ses œuvres et restera un compagnon de route. Plus tard, à l’Académie de Bruxelles, Carte découvre le symbolisme. La lecture de Verhaeren nourrit chez lui un intérêt nouveau pour la poésie, l’allégorie et la spiritualité.

A.C. - Le pain (1921)
Entre 1910 et 1913, une bourse le conduit à Paris.
Il y découvre l’effervescence de l’avant-garde et s’intéresse aux décors de scène, notamment ceux des Ballets Russes, mais il reste fidèle à une peinture claire, attachée aux gestes simples, tournée vers les hommes et leur vie ordinaire.
Après la guerre, il illustre des textes littéraires, expose en Belgique et aux États-Unis et acquiert une reconnaissance internationale.
En 1928, avec Buisseret et Léon Eeckman, il fonde le groupe Nervia, pour défendre un art figuratif, accessible, souvent symboliste : une réponse wallonne au tumulte expressionniste flamand. J’aurais pu, pour cette chronique, présenter d’autres tableaux que j’aime beaucoup, Angelus (1918), Les Aveugles (1924), entre autres. La peinture d’Anto Carte est à la fois ambitieuse et proche des hommes, traversée par la spiritualité, la sensibilité sociale et la vie de tous les jours. J’ai finalement choisi Le Pain, ci-dessus, car il me semble en être une belle illustration : un sujet à la fois trivial et hautement symbolique, où le geste quotidien prend une dimension presque spirituelle.
 © Veilleur de Nuit – 2019

ML8

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dimanche 23 juin 2019

B. Abbott - New York at night (1932)
La veillée du dimanche. Deux œuvres de la photographe américaine Berenice Abbott (1898-1991).
Comme beaucoup d’artistes et d’intellectuels de son époque, elle s’installe à Paris au début des années 1920, alors que le surréalisme y domine la scène artistique.
Elle y devient l'assistante de Man Ray, qui lui fait rencontrer Eugène Atget (voir nov.2011) et se passionne pour son œuvre. En 1928, elle acquiert une partie du fonds du maître, qu’elle expose à Paris puis à New York, où elle s’installe définitivement en 1929.
Dès lors, Abbott joue un rôle décisif dans la conservation, la promotion et la diffusion du travail d’Atget.

B.A. - Herald Square, NYC (1936)
De retour aux États-Unis, elle est choisie pour participer au vaste programme documentaire de la Works Progress Administration consacré à New York, alors frappée, comme le reste du pays, par la Grande Dépression, la pire crise économique du XXème siècle.
De cette commande naît sa série la plus célèbre, Changing New York, composée de 305 clichés, une vaste chronique photographique où les gratte-ciel naissants côtoient les quartiers populaires, les enseignes lumineuses, les foules, les ponts et les docks. Abbott écrit : « Le tempo de la ville n’est pas celui de l’éternité, ni celui du temps, mais celui de l’éphémère. C’est pour cette raison qu’un tel enregistrement revêt une importance particulière, tant documentaire qu’artistique. »
Ces deux photographies appartiennent à cette série, réalisée dans les années 1930.
Elles montrent ce qu’Abbott cherche à retenir : une ville en transformation, dont les formes et les usages sont déjà en train de disparaître.
 © Veilleur de Nuit – 2019

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