In girum imus nocte et consumimur igni

In girum imus nocte et consumimur igni
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dimanche 22 mai 2011

C.M. - KKK, Columbia, South Carolina
(1952)

Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés du photographe gréco-américain Constantine Manos (1934-2025), membre de l’agence Magnum Photos depuis 1963.
Né à Columbia, en Caroline du Sud, dans une famille d’immigrés grecs, Manos découvre la photographie à treize ans dans le club photo de son école.
Étudiant en littérature anglaise à l’université de Caroline du Sud, il lit Henri Cartier-Bresson, dont l’influence sera décisive. Armé d’un Leica et de pellicules Ilford, il commence à photographier les descendants d’esclaves travaillant encore dans les plantations du Sud américain.

C.M. - Man reading a newspaper
À dix-neuf ans, il devient le photographe officiel du Boston Symphony Orchestra au festival de Tanglewood ; ce travail donnera naissance à son premier livre, Portrait of a Symphony (1961).
Après son service militaire, il s’installe à New York et collabore avec Life, Look ou Esquire, avant de partir vivre en Grèce entre 1961 et 1964.
De ce séjour naît A Greek Portfolio, publié en 1972 et aujourd’hui considéré comme l’un des grands livres de photographie humaniste de l’après-guerre. Villages, processions, cafés, enterrements, enfants dans les rues : Manos y photographie une Grèce encore rurale avec un regard à la fois rigoureux et profondément attentif aux gestes ordinaires. Ses images, très construites sans jamais paraître figées, témoignent d’un sens remarquable de la composition hérité de Cartier-Bresson, mais aussi d’une proximité humaine qui lui appartient en propre.

SE1

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samedi 21 mai 2011

C. Hassam - Geraniums (c.1888)
Une image est des mots. Un tableau du peintre impressionniste américain Childe Hassam (1859-1935), à qui je consacrerai bientôt une publication.
Pour aller avec, voici quelques lignes extraites d'Hypérion, du poète romantique allemand Friedrich Hölderlin (1770-1843).

Son coeur était chez lui parmi les fleurs, comme s'il eût été l'une d'elles. [.....] Cette vérité est éternelle et universelle : plus une âme a d'innocence et de beauté, plus elle est familière de ces autres existences que l'on prétend sans âme.
CP2

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dimanche 15 mai 2011

T. Nishimura - du triptyque Ultimate (1971)
Le vide grenier du dimanche. figure discrète mais importante de la photographie japonaise des années 1970.Formée à l’université des beaux-arts de Tokyo, elle travaille quelque temps auprès de Daidō Moriyama et s’inscrit dans le sillage des photographes issus de l’après-guerre japonais, qui cherchent à rompre avec la photographie documentaire classique pour saisir le monde dans ses fragments, ses instants incertains, ses déséquilibres mêmes.

T. N. - Shibetsu, Hokkaido (c.1970)
Nishimura photographie les rues, les voyages, les visages croisés, les gestes ordinaires.
Son noir et blanc, souvent granuleux et traversé de flous ou de contrastes violents, ne cherche pas tant à décrire le réel qu’à restituer une sensation, une présence fugitive. Chez elle, les images semblent parfois vaciller, comme si le regard hésitait entre le souvenir, le rêve et la perception immédiate.
La photographie est une forme d'art qui peut transcender les limites de la réalité. Je veux utiliser cette puissance pour capturer l'essence de la vie et la beauté du monde qui nous entoure. Je photographie pour faire connaître le monde que je ne vois pas. Et j'essaie de le rendre visible.
La première photographie, très belle, est aussi troublante. Cette main qui paraît flotter devant le visage, sans appartenir tout à fait au même espace, est-ce bien celle de la jeune femme qui dos au vent tente de ramener ses cheveux ? Toute l’image tient dans cette étrange incertitude.
HN1
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dimanche 8 mai 2011

A. Stevens - Mappemonde
Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres du belge Alfred Stevens (1823-1906), figure majeure de la peinture de genre au XIXᵉ siècle. Élève d’Ingres, ami de Manet, il excelle aussi bien dans les scènes élégantes du Second Empire que dans la représentation de la pauvreté – voir par exemple C’est ce qu’on appelle le vagabondage, conservé au musée d’Orsay.
Stevens se spécialise surtout dans les figures féminines : femmes du monde surprises dans leur intimité, rêveuses ou mélancoliques, dans des intérieurs raffinés qui disent à la fois le luxe d’un monde et son enfermement.
Au faîte de sa célébrité, alors que rien ne l’y oblige, il demande pourtant au maire de Paris l’autorisation de s’engager dans la Garde nationale pendant le siège de 1870. « Je suis à Paris depuis vingt ans, j’ai épousé une Parisienne, mes enfants sont nés à Paris ; mon talent, si j’en ai, je le dois en grande partie à la France. »
A.S. - Symphonie en vert
(1892)

Ces deux femmes ont reçu une lettre. Le premier tableau, Mappemonde, porte d’ailleurs aussi le titre de Nouvelles de l’absent. Le pli a été ouvert à la hâte ; puis la lettre abandonnée, tandis que le regard se perd maintenant dans de lointaines géographies. La dame en vert, elle aussi, semble absente au monde, regardant sans le voir l’oiseau posé à sa fenêtre.
La rêverie, écrit Flaubert dans Madame Bovary, est une chambre d'écho où l'âme fait vibrer les sons lointains qu'elle y a entendus.
Il y a ainsi dans la peinture mondaine d'Alfred Stevens autre chose qu’une simple image d’apparat : comme une mélancolie diffuse qui préfigure parfois les atmosphères d’un Vilhelm Hammershøi (voir janvier 2010). Admiré de son vivant puis longtemps délaissé, Alfred Stevens apparaît aujourd’hui comme l’un des observateurs les plus subtils de la société du Second Empire – et peut-être surtout comme un remarquable peintre de l’attente, du silence et des pensées vagabondes.

NS2 ICI