In girum imus nocte et consumimur igni

In girum imus nocte et consumimur igni
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dimanche 15 mai 2011

T. Nishimura - du triptyque Ultimate (1971)
Le vide grenier du dimanche. figure discrète mais importante de la photographie japonaise des années 1970.Formée à l’université des beaux-arts de Tokyo, elle travaille quelque temps auprès de Daidō Moriyama et s’inscrit dans le sillage des photographes issus de l’après-guerre japonais, qui cherchent à rompre avec la photographie documentaire classique pour saisir le monde dans ses fragments, ses instants incertains, ses déséquilibres mêmes.

T. N. - Shibetsu, Hokkaido (c.1970)
Nishimura photographie les rues, les voyages, les visages croisés, les gestes ordinaires.
Son noir et blanc, souvent granuleux et traversé de flous ou de contrastes violents, ne cherche pas tant à décrire le réel qu’à restituer une sensation, une présence fugitive. Chez elle, les images semblent parfois vaciller, comme si le regard hésitait entre le souvenir, le rêve et la perception immédiate.
La photographie est une forme d'art qui peut transcender les limites de la réalité. Je veux utiliser cette puissance pour capturer l'essence de la vie et la beauté du monde qui nous entoure. Je photographie pour faire connaître le monde que je ne vois pas. Et j'essaie de le rendre visible.
La première photographie, très belle, est aussi troublante. Cette main qui paraît flotter devant le visage, sans appartenir tout à fait au même espace, est-ce bien celle de la jeune femme qui dos au vent tente de ramener ses cheveux ? Toute l’image tient dans cette étrange incertitude.
HN1
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dimanche 8 mai 2011

A. Stevens - Mappemonde
Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres du belge Alfred Stevens (1823-1906), figure majeure de la peinture de genre au XIXᵉ siècle. Élève d’Ingres, ami de Manet, il excelle aussi bien dans les scènes élégantes du Second Empire que dans la représentation de la pauvreté – voir par exemple C’est ce qu’on appelle le vagabondage, conservé au musée d’Orsay.
Stevens se spécialise surtout dans les figures féminines : femmes du monde surprises dans leur intimité, rêveuses ou mélancoliques, dans des intérieurs raffinés qui disent à la fois le luxe d’un monde et son enfermement.
Au faîte de sa célébrité, alors que rien ne l’y oblige, il demande pourtant au maire de Paris l’autorisation de s’engager dans la Garde nationale pendant le siège de 1870. « Je suis à Paris depuis vingt ans, j’ai épousé une Parisienne, mes enfants sont nés à Paris ; mon talent, si j’en ai, je le dois en grande partie à la France. »
A.S. - Symphonie en vert
(1892)

Ces deux femmes ont reçu une lettre. Le premier tableau, Mappemonde, porte d’ailleurs aussi le titre de Nouvelles de l’absent. Le pli a été ouvert à la hâte ; puis la lettre abandonnée, tandis que le regard se perd maintenant dans de lointaines géographies. La dame en vert, elle aussi, semble absente au monde, regardant sans le voir l’oiseau posé à sa fenêtre.
La rêverie, écrit Flaubert dans Madame Bovary, est une chambre d'écho où l'âme fait vibrer les sons lointains qu'elle y a entendus.
Il y a ainsi dans la peinture mondaine d'Alfred Stevens autre chose qu’une simple image d’apparat : comme une mélancolie diffuse qui préfigure parfois les atmosphères d’un Vilhelm Hammershøi (voir janvier 2010). Admiré de son vivant puis longtemps délaissé, Alfred Stevens apparaît aujourd’hui comme l’un des observateurs les plus subtils de la société du Second Empire – et peut-être surtout comme un remarquable peintre de l’attente, du silence et des pensées vagabondes.
CS1

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samedi 7 mai 2011

Anon. - Trip to Mars, Carnival Circus (1911)
Une image et des mots. Que penser devant cette baraque de foire qui promet un voyage sur Mars pour quelques cents ? Métaphore du désir d’évasion et de connaissance, ou au contraire illustration d’une illusion qui maintient les foules dans un rêve inaccessible ?
Kant, dans son essai Qu’est-ce que les Lumières ? (1784), invite l’humanité à sortir de sa "minorité", cet état d’aveuglement intellectuel où l’on préfère croire ce que l’on nous propose plutôt que d’exercer notre raison. Cette attraction foraine pourrait alors illustrer le choix fondamental qui s’offre à chacun d'entre nous : 
céder à la facilité des récits prêts-à-penser, ou exercer notre raison, notre esprit critique, même si cela coûte effort, solitude parfois.

« Mais voilà que j'entends crier de tous côtés : " Ne raisonnez pas ! " L'officier dit : " Ne raisonnez pas, faites vos exercices ! " Le percepteur : " Ne raisonnez pas, payez ! " Le prêtre : "Ne raisonnez pas, croyez ! " [...] Les lumières se définissent comme la sortie de l'homme hors de l'état de minorité, où il se maintient par sa propre faute. La minorité est l'incapacité de se servir de son entendement sans être dirigé par un autre. Elle est due à notre propre faute quand elle résulte non pas d'un manque d'entendement, mais d'un manque de résolution et de courage pour s'en servir sans être dirigé par un autre. "Sapere aude !" Aie le courage de te servir de ton propre entendement ! Voilà la devise des lumières
Elle reste aujourd'hui d'une brûlante actualité...

dimanche 1 mai 2011

Laurent de la Hyre
Saint Pierre guérissant les malades
(1635)

Le vide-grenier du dimanche. Chaque 1er mai, de 1630 à 1707 (à l’exception de 1683 et 1694), la Confrérie des orfèvres de Paris offrait à la cathédrale Notre-Dame un grand tableau d’autel en hommage à la Vierge : ce sont les célèbres Mays de Notre-Dame-de-Paris. Pour ces commandes prestigieuses, elle faisait appel aux plus grands peintres français du XVIIe siècle, dont certains furent sollicités à plusieurs reprises.
Ainsi Laurent de La Hyre (1606–1656), dont je présente ici Saint Pierre guérissant les malades de son ombre, reçut deux commandes, en 1635 et 1637.

Eustache le Sueur
Le prêche de saint Paul
(1649)
À une époque où les musées n’existaient pas, voir son œuvre exposée dans la nef de Notre-Dame constituait un honneur immense et une incomparable consécration publique : les Mays étaient alors la grande vitrine de la peinture française.
Ces toiles monumentales – souvent plus de trois mètres de haut – illustraient des épisodes tirés des Actes des Apôtres, exaltant la foi agissante, la parole et la mission évangélique. Dressées chaque printemps sous les voûtes de la cathédrale, elles devaient frapper le regard autant que l’âme. La tradition s’éteint au début du XVIIIᵉ siècle, mais elle nous laisse un ensemble unique - dont voici la liste complète - une trentaine de grandes toiles aujourd’hui dispersées entre le Musée du Louvre, Notre-Dame et plusieurs églises de France.
À travers elles se lit tout un moment de notre histoire : celui où l’art, la foi et le prestige d’une corporation se rejoignaient pour faire de la peinture non seulement un acte de dévotion, mais aussi une affaire de grandeur publique.

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