In girum imus nocte et consumimur igni

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dimanche 10 mai 2026

O. Redon - Cinq papillons (1912)

Le vide-grenier du dimanche. Deux œuvres du peintre et graveur français Odilon Redon (1840–1916), figure singulière du symbolisme.
Né à Bordeaux, il entame de brèves études aux Beaux-Arts de la ville, mais se détourne vite d’un enseignement académique qu’il juge trop rigide.
Il se forme alors en grande partie seul, nourri par la découverte de l’estampe japonaise, les œuvres de Gustave Doré ou de Gustave Moreau, mais aussi par la littérature, la philosophie, les sciences...

O.R. - La barque mystique (1890)
La rencontre du botaniste Armand Clavaud, dont il admire la pensée, l’amène à voir dans la nature un monde mystérieux, presque spirituel. Plus tard, la lecture de Darwin et son éducation religieuse viendront aussi marquer sa sensibilité. Dans son recueil autobiographique À soi-même, Redon écrit que Clavaud explorait « les confins du monde imperceptible ». Ce sont sans doute ces mêmes territoires - faits de rêve, de silence et d’étrangeté - que Redon tente d’atteindre dans ses dessins, ses noirs, puis dans ses pastels colorés, toujours à la recherche de quelque chose d'invisible qu’aucun mot ne saurait désigner.

dimanche 3 mai 2026

L. Misonne - Dans la forêt (1941)
Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés du photographe belge Léonard Misonne (1870-1943).
Ingénieur de formation – il étudie à l’université de Louvain sans jamais exercer – Misonne se tourne très tôt vers la photographie, après s’être intéressé à la musique et à la peinture. À partir du milieu des années 1890, il s’y consacre pleinement et rencontre rapidement un certain succès, exposant en Belgique puis à l’étranger. Il voyage en Suisse, en Allemagne, en France, mais reste fidèle à des motifs proches : paysages, vues urbaines, scènes prises en Belgique ou aux Pays-Bas.

L.M. - Auprès du moulin (1905)
On le rattache au pictorialisme, un mouvement qui cherche à rapprocher la photographie de la peinture et que certains de ses détracteurs ont appelé « l’école du flou ». Misonne y occupe une place un peu particulière : il ne pousse pas les effets jusqu’à l’effacement du motif, mais travaille plutôt dans un entre-deux, où l’image reste lisible tout en étant adoucie, modulée par la lumière.Il l'affirmait sans ambiguïté : « Le sujet n’est rien, la lumière est tout. ».
Ses images sont traversées par des brumes, des pluies fines, des éclaircies après l’averse.Les silhouettes y apparaissent légèrement voilées, comme retenues dans l’atmosphère. Il a pour cela recours à différents procédés de tirage qui lui permettent d’intervenir sur la matière même de l’image, sans jamais chercher l’effet pour lui-même. Ce qui me plaît dans ses photographies, c’est précisément cette retenue : tout semble légèrement éloigné, comme vu à travers une fine épaisseur d’air ou de mémoire.

samedi 2 mai 2026

O.S. - Nature morte (2015)
Une image et des mots. " L’escargot est naturellement héroïque, disait Alexandre Vialatte, car il ne recule jamais. » Pourtant, pour accompagner ce détail d’une nature morte d’Olga Smirnova (Nature morte aux raisins et à l’escargot, 2015), j’ai préféré une figure bien moins flatteuse : celle imaginée par Hans-Christian Andersen dans son conte Le rosier et l’escargot.

Le jardin était entouré de noisetiers. Au milieu, fleurissait un rosier, et sous lui vivait un escargot.
— Attendez que mon temps arrive ! disait l’escargot. Je ferai des choses bien plus grandioses que de fleurir, ou donner des noisettes, ou donner du lait comme les vaches et les moutons.
— Quand les ferez-vous ? demanda le rosier.
— Je prends mon temps. Attendre est plus excitant.
[…]
Un an plus tard, l’escargot était toujours là. Le rosier, lui, avait produit des fleurs fraîches, emportées par le vent ou cueillies.
— Rien n’a changé, dit l’escargot. Toujours des roses. Vous n’évoluez pas.
— Je ne peux pas faire autrement. Je sens une force de la terre et du ciel. Alors je fleuris. C’est ma vie.
— Vous avez eu la vie facile, dit l’escargot. Moi, j’ai une pensée plus profonde. Le monde ne m’intéresse pas, je me suffis.
— Mais nous ne devrions pas donner le meilleur de nous-mêmes ? Moi, je donne mes roses. Et vous, que donnez-vous ?
— Je crache sur le monde ! Je n’ai besoin que de moi.
Et l’escargot rentra dans sa coquille et la referma.
— C’est triste, dit le rosier. J’ai vu une femme garder une rose dans son missel, une autre fut portée par une jeune fille. Un enfant en a embrassé une. Cela m’a rendu heureux. Voilà ma vie.
[…]
Les années passèrent. L’escargot et le rosier devinrent poussière. Mais de nouveaux rosiers fleurirent. Et de nouveaux escargots grandirent à leurs pieds.
Ils rentraient dans leur coquille… car le monde ne les concernait pas. Allons-nous relire cette histoire une nouvelle fois ? Elle ne sera pas différente.

Dans ce conte, Andersen oppose deux figures : l’escargot, replié sur lui-même, convaincu de sa supériorité et trop « profond » pour agir, et le rosier, modeste mais généreux, qui offre ses fleurs sans rien attendre. L’escargot devient la métaphore d’un individualisme stérile, qui refuse de se mêler au monde au nom d’un idéal jamais réalisé. À l’inverse, le rosier incarne la fécondité de ceux qui, sans se poser en donneurs de leçons, apportent de la beauté et de la joie au monde - parfois à leur insu. Le conte dénonce avec légèreté l’illusion d’un dépassement de soi - ou même tout simplement d'une importance de soi -, qui, à force de mépriser les choses simples, finit par ne rien produire.

dimanche 26 avril 2026

G.S. - South Shields, Tyneside (1976)
Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés de Graham Smith (b.1947), figure importante mais longtemps restée discrète de la photographie documentaire anglaise. Né à Middlesbrough, il a consacré l’essentiel de son travail au nord-est industriel de l’Angleterre, qu’il photographie dans les années 1970 et 1980, au moment où un monde bascule.
Son nom est souvent associé à celui de Chris Killip (voir août 2010 et décembre 2014), avec qui il collabore au sein du collectif Amber Collective à Newcastle. Tous deux documentent les communautés ouvrières dont l’existence dépendait des industries lourdes – juste avant leur effondrement brutal.

G.S. - Black Path, Middlesborough
(1982)
Là où Killip construit des images très composées, Smith se tient plus près encore des gens : ses photographies, souvent prises dans les pubs de Middlesbrough, montrent des visages familiers, des moments de relâchement, des instants à la fois ordinaires et fragiles.
Moins connu que Killip, Smith est aussi une figure plus insaisissable.
En 1991, à la suite de violentes attaques de la presse populaire – qui accusait son travail de voyeurisme – et de réactions hostiles dans son propre environnement, il se retire presque entièrement de la scène photographique et refuse longtemps d’exposer ou de publier.
Ce retrait a contribué à entretenir autour de lui une forme de légende.
Ses images n’en restent pas moins parmi les plus justes de cette période. Elles montrent, sans effet, des vies ordinaires prises dans des bouleversements qui les dépassent. Rien n’est appuyé – mais tout est là.
PM6

ICI

samedi 25 avril 2026

Delacroix - Carnet de voyage (1832)
Une image et des mots. L'image est extraite du Carnet de voyage au Maroc de Delacroix (1798-1863), illustré à la mine de plomb et aquarelle.
Et pour l'accompagner, juste cette phrase de Paul Gadenne : "Instant, laisse la place à de plus beaux instants", qui pourrait résumer ce sentiment qu'éprouve le voyageur... ; proche d'une plénitude qui reste inassouvie et toujours teintée, malgré tout, de l'attente d'un meilleur ailleurs.

Peter Turnley - New York (2013) Une image et des mots. Un cliché du photographe américain Peter Turnley, et quelques vers d'Emma Lazaru...