| JH2 |
In girum imus nocte et consumimur igni
eiπ + 1 = 0
dimanche 15 mars 2026
dimanche 8 mars 2026
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| Ebrahim Noroozi - Kaboul (2022) |
Le vide-grenier du dimanche. En cette Journée internationale des droits des femmes, deux clichés du photographe et photojournaliste iranien Ebrahim Noroozi (b.1980). Né à Téhéran, il travaille depuis plusieurs années sur les zones de crise – en particulier au Moyen-Orient et en Afghanistan – où il documente les conséquences concrètes des conflits et des bouleversements politiques. Son regard se porte souvent sur ceux qui vivent ces situations au quotidien : réfugiés, civils déplacés, familles confrontées à la guerre ou à la précarité.
Ces deux images appartiennent à sa série Afghanistan’s girl athletes. Elles montrent de jeunes Afghanes qui pratiquaient le sport avant que le retour des talibans au pouvoir, en août 2021, ne réduise progressivement leurs libertés.
L’interdiction du sport n’est qu’un aspect d’une politique qui a également exclu les filles de l’enseignement secondaire et des universités, limité fortement l’accès des femmes au travail et restreint leur présence dans l’espace public.
Je ne connais de lui aucune image spectaculaire. Ses photographies restent au plus près des personnes qu’il rencontre ; elles laissent apparaître, derrière les interdictions et les chiffres, des vies concrètes, des visages, des gestes et des aspirations que le pouvoir tente d’effacer.
samedi 7 mars 2026
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| Frances Featherstone - Far far away |
Une image et des mots. Le paradis, disait Bachelard, est une immense bibliothèque.
Pour aller avec cette toile de l'artiste britannique Frances Featherstone, un extrait du pamphlet de Voltaire De l'horrible danger de la lecture (1765).
Par la voix feinte d’un décret ottoman, Voltaire tourne en dérision la phobie de l’imprimerie et de la diffusion des idées : il montre comment le pouvoir sacralise l’ignorance pour préserver ses privilèges.
L’extrait suivant (points 1–4) illustre parfaitement sa satire : arguments absurdes et pseudo‑juridiques dénoncent la peur des progrès que le livre peut susciter.
1. Cette facilité de communiquer ses pensées tend évidemment à dissiper l’ignorance, qui est la
gardienne et la sauvegarde des États bien policés.
2. Il est à craindre que, parmi les livres apportés d'Occident, il ne s'en trouve quelques-uns sur
l’agriculture et sur les moyens de perfectionner les arts mécaniques, lesquels ouvrages pourraient à
la longue, ce qu'à Dieu ne plaise, réveiller le génie de nos cultivateurs et de nos manufacturiers,
exciter leur industrie, augmenter leurs richesses, et leur inspirer un jour quelque élévation d'âme,
quelque amour du bien public, sentiments absolument opposés à la saine doctrine.
3. Il arriverait à la fin que nous aurions des livres d'histoire dégagés du merveilleux qui entretient
la nation dans une heureuse stupidité. On aurait dans ces livres l’imprudence de rendre justice aux
bonnes et aux mauvaises actions, et de recommander l’équité et l’amour de la patrie, ce qui est
visiblement contraire aux droits de notre place.
4. Il se pourrait, dans la suite des temps, que les misérables philosophes, sous le prétexte spécieux,
mais punissable, d'éclairer les hommes et de les rendre meilleurs, viendraient nous enseigner des
vertus dangereuses dont le peuple ne doit jamais avoir de connaissance.
dimanche 1 mars 2026
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| R.D. - Hand and coat (1962) |
Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés du photographe américain Roy DeCarava (1919-2009). Né à New York, DeCarava grandit au cœur de la Harlem Renaissance, période d’effervescence artistique et culturelle afro-américaine. Formé à la Cooper Union, au Harlem Art Center et à la George Washington Carver Art School, il commence par la peinture et le dessin avant de se tourner vers la photographie, d’abord comme outil de travail, puis comme moyen d’expression à part entière.
DeCarava choisit le noir et blanc pour photographier la vie quotidienne, mais son travail dépasse largement le témoignage social. Il ne cherche pas seulement à montrer une communauté ou une époque : il s’attache aux atmosphères, aux gestes, à ce qui affleure dans un visage ou une attitude. Sa photographie, très construite, est souvent proche de la peinture par son attention aux valeurs, aux textures et aux rapports subtils entre l'ombre et la lumière.
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| R.D. - Woman and children (1952) |
En 1955, il publie The Sweet Flypaper of Life, en collaboration avec l’écrivain Langston Hughes, un ouvrage devenu majeur où ses images accompagnent un texte poétique consacré à la vie familiale à Harlem. Il photographie également de nombreux musiciens de jazz, dont certaines images deviendront des pochettes d’albums célèbres.
Durant près de six décennies, DeCarava contribue à faire reconnaître la photographie comme un véritable langage artistique et joue un rôle important dans la transmission de son expérience aux générations suivantes, notamment à travers le Kamoinge Workshop, collectif de photographes noirs fondé à Harlem et déjà évoqué ici le 2 décembre 2012.
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