In girum imus nocte et consumimur igni

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dimanche 5 octobre 2025

Ganjifa moghol
La veillée du dimanche. Les Ganjifas, ces cartes à jouer peintes à la main venues d’Inde, sont d’un jeu ancien originaire de Perse, qui a pris tout son essor en Inde à partir du XVIᵉ siècle, surtout sous les Moghols. Ces cartes ne sont pas simplement des cartes à jouer : elles sont peintes à la main, parfois sur des matériaux précieux : ivoire, écaille de tortue, bois, carton ou pâte de papier, selon le rang social et la fortune. Chaque jeu compte plusieurs enseignes (ou « suits »), numérotées de 1 à 10, plus deux cartes de cour : le roi (ou rajah) et le vizir/ministre. Dans les versions les plus élaborées comme le Dashavatara Ganjifa, on peut trouver 10 à 16 enseignes, avec des thèmes tirés de la mythologie, des avatars de Vishnou, des constellations...

Ganjifa moghol
La fabrication est méticuleuse. On prépare des supports (papier cartonné, bois ou même vieux saris), on peint à la main avec des pinceaux fins (parfois en poils d’animal), on utilise des pigments naturels (pierre broyée, insectes, feuilles, noirs de fumée), et souvent, on applique des couches de laque ou de vernis pour protéger et faire briller les couleurs. Avec le temps, le Ganjifa a décliné sous l’effet de la concurrence des cartes imprimées modernes, de la perte des artisans traditionnels, des nouveaux matériaux, voire du désintérêt pour les règles du jeu classique. Mais il connaît aujourd’hui un renouveau dans certaines régions comme Sawantwadi, Bishnupur, Odisha ou le Karnataka – non tant comme jeu populaire que comme objet d’art et de collection.
Ce que j’aime dans le Ganjifa, c’est qu’il résume en miniature ce que j’admire dans les arts traditionnels : le soin, le récit, la matière. Une carte de ce jeu, même délaissée comme outil, reste un petit tableau, un fragment d’histoire - mythe, astrologie, légende ou simple recherche de beauté.
Elle laisse deviner un monde ancien, où chaque image compte, chaque couleur, chaque trait.
Et je trouve ça émouvant : c’est un objet trivial – une carte à jouer – et en même temps empli de poésie. Triviales dans leur usage, mais précieuses par leur exécution, ces cartes rappellent combien, dans la culture indienne, le quotidien peut se mêler naturellement au spirituel et au merveilleux.
SR1

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samedi 4 octobre 2025

C.Ebbets - Lunch atop a skyscraper (1932)

Une image et des mots. Pour aller avec ce cliché célébrissime, attribué à Charles Ebbets, voici quelques mots de Roger Caillois, un extrait de L'incertitude qui vient des rêves (1956).

J'ai cédé à un souci personnel constant, presque exclusif, invincible [.....]. Je veux parler d'un attrait ininterrompu pour les forces d'instinct, de vertige, du goût d'en définir la nature, d'en démonter autant que possible la sorcellerie, d'en apprécier exactement les pouvoirs ; de la décision, enfin, de maintenir sur eux, contre eux, la primauté de l'intelligence, de la volonté, parce que, de ces facultés seules naît pour l'homme une chance de liberté et de création.

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dimanche 28 septembre 2025

J.W.  - Diogène de Sinope, détail (1882)
La veillée du dimanche.
Cette lanterne apparaît dans deux toiles du préraphaélite John William Waterhouse (1849-1917). Fasciné par les mythes antiques et les légendes arthuriennes, il a consacré une grande partie de son œuvre à des figures féminines empruntées à la littérature et à la mythologie.

J.W. - Diogène (1882)
Né à Rome, Waterhouse arrive très jeune à Londres où son père, lui-même peintre, lui transmet le goût de l’art. Il entre en 1870 à la Royal Academy, dont il deviendra membre en 1895.

J.W. -  The lady of Shalott (1888)


Inspiré du poème de Tennyson, le tableau The Lady of Shalott, l'amoureuse tragique de Lancelot, est sans doute son oeuvre la plus célèbre. Il figure parmi les toiles les plus admirées de la Tate de Londres. Diogène, quant à lui, est conservé à Sydney.
Je ne sais pas si Waterhouse a voulu établir un lien entre ces deux lanternes, mais leur présence dans ces deux tableaux m’a frappé. Dans Diogène, elle est l’attribut du philosophe qui cherche l’homme véritable. Dans The Lady of Shalott, elle éclaire le dernier voyage d’une femme qui quitte son univers clos pour rejoindre Camelot. D’un tableau à l’autre, cette petite lumière semble accompagner deux êtres en quête de quelque chose qui leur échappe.
LM2

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samedi 27 septembre 2025

Christa Merk
Une image et des mots. Un cliché de la photographe néerlandaise Christa Merk.
Et quelques vers de Saint-John Perse, extraits de Vents IV (1946).

Il nous suffit ce soir du front contre la selle, à l’heure brève de la sangle […] Mais quoi ! n’est-il rien d’autre, n’est-il rien d’autre que d’humain ?

Et ce parfum de sellerie lui-même, et cette poudre alezane qu’un songe, chaque nuit,

Sur son visage encore promène la main du Cavalier, ne sauraient-ils en nous éveiller d’autre songe

Que votre fauve image d’amazones, tendres compagnes de nos courses imprégnant de vos corps la laine des jodhpurs ?

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