In girum imus nocte et consumimur igni

In girum imus nocte et consumimur igni
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samedi 5 juillet 2025

Hiroko Otake - Metamorphosis
Une image et des mots. Une oeuvre de la japonaise Hiroko Otake (b.1980).
Je me souviens qu’en lisant Cent ans de solitude, j’avais été émerveillé par le passage évoquant les vols de papillons qui suivent partout l’un des personnages, et admiratif que son auteur ait eu une idée à la fois si belle et poétique.
Depuis, j’ai connu l' Amazonie...  et à chacune de mes expéditions, j’ai vu des nuées de papillons jaunes s’agglutiner sur les berges des fleuves, et tournoyer en grappes autour de ceux qui passent.
C’est alors que j’ai compris que García Márquez avait dû assister lui aussi à ce spectacle des dizaines de fois sur les rives des fleuves colombiens, et qu’il puisait dans ses souvenirs d’enfance une part de son inspiration.

C'est alors qu'elle remarqua les papillons jaunes qui précédaient chaque apparition de Mauricio Babilonia. Elle avait déjà noté leur présence, surtout à l'atelier de mécanique où elle avait pensé que les attirait l'odeur de peinture. Quelquefois elle les avait sentis voleter au-dessus de sa tête dans la pénombre du cinéma. Mais quand Mauricio Babilonia se mit à la poursuivre comme un spectre qu'elle seule pouvait identifier dans la foule, alors elle comprit que les papillons avaient quelque chose à voir avec lui. Mauricio Babilonia se trouvait toujours parmi le public des récitals, au cinéma, à la grand-messe, et elle n'avait nul besoin de le voir pour découvrir sa présence que lui signalaient les papillons.

dimanche 29 juin 2025

R.C. - Tierra guajira (1999)
Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés du photographe cubain Raúl Cañibano (b.1961), autodidacte et l’une des grandes voix de la photographie cubaine contemporaine. D’abord soudeur de métier, il découvre la photo en 1984 et se forme seul, en feuilletant des livres d’art à la Bibliothèque nationale. Influencé à la fois par Henri Cartier-Bresson, Sebastião Salgado et Salvador Dalí, il développe peu à peu un style qu’il décrit lui-même comme « un peu surréaliste ».

R.C. - Viñales (2017)
Son œuvre, à la fois documentaire et poétique, raconte Cuba sous toutes ses formes : la ville (Crónicas de la Ciudad), la campagne (Tierra Guajira), la foi, la vieillesse.
Dans Tierra Guajira, série entamée il y a plus de vingt ans et récompensée dès 1999, il rend hommage aux paysans cubains parmi lesquels il a grandi. « Mon intention était de documenter un mode de vie qui pourrait disparaître avec les années, et de capturer la noblesse, la familiarité et la bonté du paysan cubain », disait-il. Cañibano se définit volontiers comme un conteur : il se sert de la photographie pour raconter son pays et la grâce fragile de son quotidien.
Ce que j’aime particulièrement, c’est cette façon de mêler réalisme et mystère : ses scènes ordinaires paraissent toujours traversées par une sorte de poésie discrète, parfois presque mystique, qui rend hommage à la dignité des gens simples et à la lumière de son île.
RN3

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samedi 28 juin 2025

Alyssa Monks - Trust (2010)
Une image et des mots. Un tableau de l'artiste hyperréaliste américaine Alyssa Monks (b.1977), et quelques lignes de Gustave Flaubert, extraites de Madame Bovary (1857).

Elle monta l’escalier ; la porte de la chambre était ouverte. Le soleil passait entre les rideaux. Sur la table, elle vit sa lettre à Rodolphe, restée là, non scellée. Alors elle pensa qu’il ne viendrait pas.
Alors elle eut un attendrissement héroïque ; et, serrant ses bras sur sa poitrine, comme pour y retenir son cœur qui éclatait, elle se mit à pleurer abondamment. Elle se sentait perdue, engloutie, abandonnée de tous, et son âme s’enfonçait comme dans une mer immense d’amertume.

dimanche 22 juin 2025

Dain L. Tasker - Amazon lily
Le vide-grenier du dimanche. Deux radiographies florales du Dr. Dain L. Tasker (1872-1964), qui a magnifié l’alliance de la science et de l’art en dévoilant grâce à la radiographie la beauté intime des fleurs, l'expression - disait-il -, de la vie amoureuse des plantes. Chef radiologue au Wilshire Hospital de Los Angeles à une époque où la radiologie en était à ses balbutiements, il s’est lancé dans les années 1930 dans une exploration artistique unique, inspiré par une radiographie réalisée par un collègue.

Dain L. Tasker
Ses clichés, réalisés à partir de négatifs de rayons X, dévoilent la structure délicate et presque éthérée des pétales et des feuilles. Ces images spectrales, à l'esthétique minimaliste, révèlent toute la beauté fragile et le mystère organique des fleurs.
Encouragé par le photographe Will Connell, Tasker a exposé ses œuvres dans les salons prestigieux des Camera Pictorialists de Los Angeles et à l’Exposition internationale de San Francisco en 1939. Ses photographies, publiées dans des revues influentes comme U.S. Camera et Popular Photography, lui ont valu une reconnaissance tardive mais durable. Aujourd’hui, ses œuvres, parfois vendues à prix d’or, s’imposent comme des chefs-d’œuvre de poésie intemporelle qui célèbrent l’alliance subtile de la science et de l’art.

dimanche 15 juin 2025

Jay Senetchko - Phone (2011)
Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres du canadien Jay Senetchko (b.1973), formé à l’Université de l’Alberta puis installé à Vancouver. Peintre figuratif, il puise dans la culture populaire, la mythologie et l’histoire de l’art pour construire des images d’une grande force narrative, où se croisent la mémoire collective et les mythes personnels.
Senetchko s’intéresse particulièrement à la façon dont les images - celles des médias, du cinéma, de la publicité - façonnent notre perception du monde et du passé. Son travail explore ce lien entre la mémoire et la fiction : il recompose des scènes familières, en apparence réalistes, mais traversées par une tension étrange, qui reste assez indéfinissable, comme une suspension du temps ou une certaine "distance" entre les personnages..
J.S. - The migrants (2013)

Ses compositions, d’une rigueur classique, mêlent des références au réalisme américain et à la peinture de la Renaissance. Mais derrière cette maîtrise technique se cache peut-être un questionnement plus intime : comment les histoires qu’on se raconte – individuellement ou collectivement – influencent-elles ce que l'on voit ? Ce que j’aime dans sa peinture, c’est ça, cette manière de brouiller les frontières ; un art narratif qui invite à interroger ce que l'on croit reconnaître.

Shellie Garber - Still waters (2025) Une image et des mots. Un tableau de l'artiste américaine Shellie Garber.