In girum imus nocte et consumimur igni

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dimanche 18 mai 2025

Percy Shakespeare - A mulatto (1933)
Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres du peintre anglais Percy Shakespeare (1906-1943).
Né dans le quartier populaire de Kates Hill, quatrième d’une fratrie de huit enfants, il entre en 1920 à la Dudley Art School, où le directeur lui accorde une bourse couvrant l’intégralité des frais. 
Il y révèle très tôt un talent pour le dessin de figure et le portrait. Il poursuit sa formation à la Birmingham School of Art, où il étudie le dessin anatomique de 1923 à 1927, obtient un Art Masters Certificate et se qualifie comme enseignant.

P.S. - December on the Downs, Wartime
(1939)
En 1933, il expose à la Royal Academy avec A Mulatto, portrait acquis par la Dudley Art Gallery. Durant les années 1930, il soumet régulièrement des peintures à la Royal Academy, souvent acceptées, tout en exposant au Salon de Paris et à la Royal Birmingham Society of Artists, dont il devient membre associé en 1936. Au cours de cette décennie, Shakespeare réalise une série de peintures à l’huile représentant des groupes de personnes au loisir, capturant des moments de détente ou d’occupation quotidienne. Son travail montre des affinités avec le néo-romantisme et certaines élégances de l’Art déco, notamment dans le traitement des silhouettes et des poses. Ces œuvres sont le fruit d’un travail intense, avec de nombreux dessins préparatoires pour chaque personnage, qui ont eux-mêmes une valeur artistique considérable. Shakespeare réalisait une ou deux de ces peintures par an, souvent acceptées à la Royal Academy. Ces compositions se distinguent par la richesse de la couleur et l’organisation des figures, restituant l’esprit des années 1930.
Mobilisé pendant la Seconde Guerre mondiale, il est tué en mai 1943 lors d’un bombardement aérien, alors qu’il est stationné à Roedean School, près de Brighton. Il laisse derrière lui un ensemble important de peintures et de dessins consacrés à la vie quotidienne des années 1930, aujourd’hui majoritairement conservés au Dudley Museum and Art Gallery.

dimanche 11 mai 2025

Ben Enwonwu - Anyanwu (1954)
Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres de l'artiste nigérian Ben Enwonwu (1917-1994), figure tutélaire de l'art moderne africain. Il a su incarner, avec cette seule silhouette d'Anyanwu, l'ambition d'une modernité africaine, et à ce titre il fut longtemps présenté comme "l'artiste nigérian par excellence", reconnu à la fois par l'académie coloniale et par l'avant-garde post-coloniale.
Formé au Nigeria auprès de son père, sculpteur igbo, puis à Londres à la Slade School of Fine Art, il est l’un des premiers artistes africains à s’imposer au plan international sans renier ce qu’il est : ni un “native artist” folklorisé, ni un suiveur du canon occidental. Ben Enwonwu ne s'excuse ni de ses racines ni de ses ambitions, et emprunte à l’un et à l’autre pour mieux inventer.

Ben Enwonwu - Atlas
De retour au Nigeria dans les années 1950, il devient conseiller artistique pour le gouvernement fédéral. C’est à ce titre qu’il réalise en 1954 l’une de ses œuvres majeures : Anyanwu (“L’Éveil”), une sculpture installée devant le Musée national de Lagos : une figure féminine dressée, les bras légèrement écartés comme pour s'élever, à la fois symbole de la maternité, de l’énergie vitale et de l’indépendance.
"Mon but était de symboliser notre nation montante. J’ai essayé de combiner les matériaux, l’artisanat et la tradition, pour exprimer une conception basée sur la féminité – la femme, la mère et nourricière de l’homme. Dans notre nation montante, je vois les forces incarnées dans la féminité ; le début, et ensuite, le développement et l’épanouissement en stature la plus complète d’une nation – un peuple ! Cette sculpture est spirituelle dans sa conception, rythmique dans son mouvement et tridimensionnelle dans son cadre architectural – ces qualités sont caractéristiques des sculptures de mes ancêtres".
Sa manière est immédiatement identifiable : silhouettes élancées, goût du mouvement, formes inspirées des danses rituelles ou des mascarades Igbo. Chez Anyanwu, cette élongation n’est pas une simple stylisation, elle exprime une aspiration : la forme tendue vers le haut traduit une tension politique, existentielle, collective. Avec cette allégorie féminine de la nation, Ben Enwonwu a donné corps à tout un peuple en devenir.

dimanche 4 mai 2025

Jean Béraud - Un Figaro de rêve
Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres du peintre français Jean Béraud (1849-1935), célèbre pour ses scènes de la vie parisienne sous la Belle Époque.
Né à Saint-Pétersbourg, il s'installe à Paris après la mort de son père et étudie à l'École des Beaux-Arts sous la direction de Léon Bonnat.

J.B. - Au café, dit L'absinthe (1909)
Dans un style qui oscille entre réalisme et impressionnisme, il restitue avec une spontanéité et une minutie quasi-documentaires l’essence du Paris de la fin du XIXe siècle, à la manière d'un photographe de rue aujourd’hui : ses rues animées, ses cafés et ses buveurs d'absinthe, ses théâtres et ses élégantes figures mondaines..., les compositions de Béraud foisonnent de mouvement, de regards échangés, de petites anecdotes visuelles qui donnent l’impression d’un moment volé sur le vif. En ce sens, il pourrait sans doute être vu comme un précurseur du regard photographique appliqué à la peinture.
On compare souvent son travail à celui de Degas ou du flamboyant Giovanni Boldini, mais Béraud a encore quelque chose en plus : une touche narrative et un brin d’ironie qui rendent ses scènes plus vivantes, presque cinématographiques. Là où Degas capte l’instant et Boldini magnifie l’élégance, Béraud raconte des histoires, avec ce regard un peu amusé sur le Paris de son époque qui le rend si singulier.

samedi 3 mai 2025

Lectionnaire d'Henri III
Une image et des mots. En ce surlendemain de Fête du travail...
Ce que veut dire la parabole des ouvriers de la 11ème heure (Matthieu, 20), magnifiquement illustrée ici dans le lectionnaire d'Henri III (1017-1056), c'est que pour le Christ la récompense n'est pas proportionnelle à l'effort fourni, ("les derniers seront premiers, les premiers seront derniers").

Mais cette image peut aussi se lire comme une simple illustration narrative (et laïque) du travail et de sa rémunération. La scène du haut est une scène de travail, avec des ouvriers qui taillent la vigne et qui la sarclent; la scène du bas est celle du travail accompli et de la rémunération.
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